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LA TOURNELLE ET LA PORTE SAINT-BERNARD. XVIe SIÈCLE
 

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L’ABSIDE DE NOTRE-DAME VUE DU QUAI DE L’ILE SAINT-LOUIS (HÔTEL DE BRETONVILLIERS)


CHAPITRE XI

LES GRANDS JOURS DE NOTRE-DAME (Suite)

Les cérémonies sous Louis XIII.—Bagarres dans l’église.—Parlement et Chambre des Comptes.—Le vœu de Louis XIII.—Dévastation du chœur sous Louis XIV.—L’ancien chœur, le jubé et la clôture historiée.—Les étendards ennemis.—Pompes joyeuses et cérémonies funèbres.—Marie-Antoinette.—Bénédiction des drapeaux de la Garde Nationale.—La dernière amende honorable au Parvis.—Suite des dévastations.—Le trésor.—La déesse Raison.

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LES OISELEURS SUR LE PARVIS DE NOTRE-DAME AUX RELEVAILLES DE MARIE-ANTOINETTE

En différentes circonstances, pour des Te Deum, pour des entrées solennelles, les cérémonies à Notre-Dame furent nombreuses aussi sous Louis XIII. C’en était fini des grandes scènes dramatiques que la cathédrale avait vues pendant le siècle troublé et passionné qui venait de se clore; au XVIIe siècle, Notre-Dame devait seulement servir de cadre à des pompes joyeuses ou tristes, toujours fastueuses, entremêlées seulement parfois de querelles ridicules pour des questions d’étiquette. Les passions étaient éteintes ou fatiguées, les caractères apaisés ou refroidis; le siècle nouveau, à part la secousse de la Fronde, révolution avortée précisément en raison de ce rapetissement, devait être un temps régulier et ordonné.

Il faut, dans le nombre de ces solennités à la cathédrale sous le successeur de Henri IV, mettre à part l’étrange réception du cardinal Barberini, légat du pape, le 10 mai 1625, le Te Deum chanté à l’occasion de la prise de la Rochelle le 4 novembre 1628 et la cérémonie du 15 août 1638.

La réception du légat fut l’occasion de querelles entre les échevins et les représentants des corporations, de disputes sur le cérémonial entre le légat et les évêques et archevêques appelés à figurer dans la réception. Chacun y mit une parfaite mauvaise grâce et tout alla le plus mal possible dès la porte Saint-Jacques, si mal qu’en arrivant au Marché-Neuf, de querelle en querelle, les horions se mirent de la partie et que le légat tombé de sa mule blanche, vit déchirer en morceaux le dais sous lequel il marchait, et fut tout heureux de trouver Notre-Dame comme un refuge.

Au Te Deum chanté en présence de la reine et de la cour pour la chute de la ville huguenote, une question d’étiquette faillit mettre aux prises, dans la cathédrale même, les conseillers du Parlement et les conseillers d’Etat. Les membres du Parlement prétendaient occuper dans le chœur les premières places sous le siège épiscopal; des conseillers d’Etat s’y trouvant installés déjà, une dispute violente s’éleva. Gravement le Parlement groupé dans le chœur délibéra comme au Palais et rendit un arrêt ordonnant aux conseillers d’Etat de céder la place. Les conseillers d’Etat, sans se troubler, arguèrent de vice de forme et déclarèrent l’arrêt nul et non exécutoire. Et la dispute de ces robes noires et rouges continua au grand scandale de tous, couvrant parfois les chants religieux jusqu’à ce que la Reine impatientée, s’étant informée, envoya l’ordre aux conseillers d’Etat de quitter la place, ce qui ne se fit pas sans de grands murmures et sans troubles répercutés de rang en rang dans l’assistance.

Au 16 août 1638, à la première cérémonie en exécution du vœu de Louis XIII, ce fut bien autre chose et un plus grand scandale encore, et de même pour une question de préséance.

Les cours supérieures, le corps de ville assistaient bien entendu à cette solennité. L’étiquette admise voulait que dans les cérémonies où devaient paraître les diverses cours souveraines, le Parlement prît la droite et la Chambre des comptes la gauche, les deux présidents s’avançant de front. A Notre-Dame le Parlement occupait dans le chœur les stalles de droite à la place des chanoines, et la chambre des comptes celles de gauche; pour l’entrée dans l’église l’étiquette était moins rigoureuse mais la sortie devait s’effectuer dans l’ordre admis.

Comme d’habitude au moment de quitter le chœur pour la procession dans la nef, le premier président du Parlement marchant le premier, le premier président de la Chambre des comptes voulut le suivre, mais les présidents à mortier se portant en avant obstruèrent le passage pour l’empêcher de défiler en son rang.

Le président des comptes, homme grand et vigoureux, ne se laissa point intimider, il empoigna sans hésiter un président à mortier et le jeta à terre. A son exemple les autres présidents des comptes entamèrent la lutte, chacun d’eux s’attaquant à un président à mortier. En peu d’instants la mêlée fut générale. Dans le chœur tous les Parlementaires se bousculaient, se gourmaient vigoureusement, à coup de poing, à coup de pied, présidents contre présidents, conseillers contre conseillers, en ordre hiérarchique; les bonnets carrés volaient sur les dalles, les robes étaient déchirées et naturellement les coups n’allaient pas sans bonnes injures, sans vociférations extra-parlementaires, et ce tumulte mettait en émoi toute l’église qui voyait le combat sans en discerner les causes.

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L’ANCIEN MAITRE-AUTEL DE NOTRE-DAME

Pour séparer ces enragés, il fallut que le duc de Montbazon et bon nombre de gentilshommes missent l’épée à la main, et que les archers accourussent; enfin à force de cris, de rappels à la bienséance, un peu de calme revint; on sépara les combattants rouges de colère, vêtements en désordre et coiffures de travers, et les cours sortirent non sans échanger encore des menaces et sans faire craindre que la bataille ne reprît sur le parvis de l’église.

Une pareille affaire entre gens de robe ne pouvait passer sans procès-verbaux, informations et arrêts. Les deux partis aussitôt rentrés au Palais, domicile commun, mirent leurs officiers, clercs et greffiers en branle.

Tout le Palais de dame Thémis est en rumeur et les plumes de courir sur le papier et les deux cours de se jeter les arrêts à la tête! Beau sujet de poème épique, comme le Lutrin, pour Boileau si Boileau avait déjà rimé; mais il avait alors deux ans à peine et devait tout juste rentrer de nourrice chez son père Gilles Boileau, greffier du Parlement.

Le roi pour faire cesser la guerre contre les deux cours intervint, cassa tous les arrêts déjà rendus, et décida que dorénavant le Parlement sortirait de la cathédrale par la grande porte et la Cour des comptes par la petite.

La solennité à l’occasion de laquelle se produisit cette collision entre les cours, était la première procession faite en exécution du fameux vœu de Louis XIII qui eut de si désastreuses conséquences pour la cathédrale.

Louis XIII déjà, au moment de l’invasion de la Picardie par les Espagnols, avait fait vœu d’offrir à Notre-Dame une lampe en argent du poids de 320 marcs. A la nouvelle de la reprise de la ville de Corbie qui lui parut due à l’intercession de la Vierge, il résolut de placer sa personne et son royaume sous la protection spéciale de la mère du Christ.

Les lettres patentes qui proclamaient officiellement le vœu du roi, après avoir exposé les motifs de reconnaissance particulière pour les marques nombreuses de «l’évidente protection qui avait couvert le roi et l’Etat, pendant tout le cours du règne, dans les conjonctures difficiles de la minorité, au moment des rébellions suscitées par l’artifice des hommes et la malice du diable», arrivaient à la déclaration suivante: «A ces causes, nous avons déclaré, et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre Etat, notre couronne et nos sujets, la suppliant de vouloir nous inspirer une sainte conduite et de défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de tous ses ennemis, que, soit qu’il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu, et de tout notre cœur, il ne sorte pas des voies de la grâce qui conduisent à celle de la gloire.»

Les lettres royales ensuite «admonestaient le sieur archevêque de Paris, et lui enjoignaient de faire procéder tous les ans le jour de l’Assomption, en commémoration du vœu, à une procession en son église cathédrale, à laquelle procession assisteraient toutes les compagnies souveraines et le corps de ville».

Cette procession eut lieu pendant deux cents ans, interrompue seulement par les révolutions. Elle se faisait aussi dans les diverses églises de Paris, le clergé de chaque paroisse défilant après les vêpres autour de son église, dans les rues décorées de tapisseries, chaînes tendues aux débouchés des carrefours.

Louis XIII n’eut pas le temps d’exécuter le nouveau maître-autel décidé dans les lettres patentes. Louis XIV se chargea de ce soin et fit les choses grandement, par malheur, on peut le dire, puisqu’il fit disparaître l’ancien maître-autel de la cathédrale, œuvre du XIIIe siècle et jeta bas l’ancienne décoration du chœur pour remplacer le tout par une décoration théâtrale et ostentative.

Ce qu’était l’ancien chœur on peut le savoir par les historiographes de Paris, par les recherches des restaurateurs modernes de la cathédrale. D’abord il était précédé d’un magnifique jubé de pierre élevé vers 1245; Viollet le Duc, aidé par les descriptions et par des fragments restés dans les magasins, a reconstitué ce jubé dans son Dictionnaire d’architecture. Au milieu s’ouvrait une grande arcade terminée par un gable surélevé à la pointe duquel s’érigeait un Christ en croix. Des scènes de la Passion, en bas-reliefs très fouillés, décoraient la partie pleine du jubé, que terminait de chaque côté un bel escalier tournant à jour, montant à la galerie en haut de laquelle, aux grandes fêtes, se lisait l’Évangile et se chantaient certaines hymnes.

Entre ce jubé et les marches du sanctuaire, les stalles encadraient de leurs belles boiseries brunes et de leurs dossiers de cuir enrichi de dessins et de dorures, les capes rouges des chanoines.

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RESTES DE L’ANCIENNE CLÔTURE DU CHŒUR

Tout autour, de pilier en pilier, une clôture de pierre haute de cinq mètres, en deux étages d’arcatures toutes garnies de sculptures, isolaient complètement le chœur. Dans les arcatures supérieures de cette clôture, formant claire-voie, se détachaient visibles des deux côtés, du chœur et du pourtour, des scènes de la vie de Jésus-Christ, non des bas-reliefs, mais des figures complètement en ronde bosse, peintes et dorées ainsi que toutes les lignes et les fonds des arcatures. Se poursuivant ainsi sans interruption du premier pilier nord de l’abside contre le jubé au pilier correspondant sud, à l’autre extrémité du jubé, l’ensemble constituait la plus riche et la plus majestueuse décoration.

A cette clôture historiée commencée au XIIIe siècle, Jean Ravy maçon et ymaigier avait travaillé vingt-six années; il s’était représenté à genoux et les mains jointes dans un coin de la travée d’angle; après lui l’œuvre avait été continuée par Jehan le Bouteillier et terminée vers 1351. Une inscription que l’on voyait sous la figure de l’imagier, avant la mutilation du chœur, donnait les dates et les détails:

«C’est maistre Jehan Ravy qui fut masson de Notre-Dame par l’espace de XXVI ans et commença ces nouvelles hystoires; et maistre Jehan le Bouteillier son neveu les a parfaictes en l’an MCCCLI.»

Le maître-autel était cantonné de quatre fines colonnettes de cuivre surmontées d’anges portant les instruments de la Passion; sur des tringles, entre ces colonnettes, glissaient des courtines entourant l’autel sur trois côtés. En arrière de la table de l’autel, un édicule élevé, tout en cuivre doré, à quatre frontons trilobés surmontés d’une haute croix, renfermait la châsse de saint Marcel, d’argent doré, «enrichie d’une infinité de grosses perles et de pierres précieuses». De chaque côté du maître-autel, derrière les courtines, se trouvaient deux autels plus petits supportant l’un la châsse de Notre-Dame en argent doré, l’autre la châsse de bois et d’argent doré de saint Lucain et plusieurs autres plus petits reliquaires.

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BERGES DE LA CITÉ ENTRE LE PONT NOTRE-DAME ET LE PONT AU CHANGE (QUAI DE LA PELLETERIE)
D’APRÈS UN DESSIN DE LA FIN DU XVIIe SIÈCLE

Derrière ou sur les côtés du maître-autel existaient encore d’autres monuments, la tombe de l’évêque Odon ou Eudes de Sully mort en 1208, avec statue de bronze couchée sur son soubassement haut d’un pied environ, la pierre tombale à effigie de marbre noir de l’évêque Pierre d’Orgemont, mort en 1409, les pierres tombales de la reine Isabelle de Hainaut, femme de Philippe-Auguste, de Geoffroy duc de Bretagne, d’un comte de Champagne et de plusieurs évêques; à droite du maître-autel contre un des gros piliers se dressait sur une colonne de pierre la statue de Philippe-Auguste, en pierre peinte enrichie d’incrustations de pâtes coloriées.

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LA BERGE DE LA CITÉ ENTRE LE PONT NOTRE-DAME ET LE PONT AU CHANGE (QUAI DE LA PELLETERIE) (SUITE)

A la fin du règne de Louis XIV, de 1699 à 1714, pour l’exécution du vœu de Louis XIII, on bouleversa le superbe et majestueux chœur du moyen âge. Tout fut transformé, déguisé ou enlevé, tous les monuments du sanctuaire disparurent. Plus de piliers gothiques, plus d’arcatures ogivales, mais de grands arcs classiques surmontés de Vertus et d’Anges aux archivoltes, des pilastres bien rectangulaires surchargés de trophées plaqués sur les gros piliers gothiques.

Sur le maître-autel pompeux et contourné chargé de personnages, grands anges en adoration, petits angelots sur des nuages, le groupe de la Descente de croix, la Vierge ayant le corps du Christ sur les genoux, remplissait le fond d’une des arcades formant niche. Au-dessus d’autres anges voltigeaient dans les rayons dorés d’une grande gloire.

De chaque côté de l’autel deux statues royales sur des piédestaux également surchargés: à droite Louis XIII agenouillé offrant sa couronne à la Vierge, de l’autre Louis XIV en manteau royal également agenouillé.

Au droit de chaque pilier de l’abside d’autres grandes figures d’anges ailés complétaient cette décoration théâtrale et redondante, qui excita des transports d’admiration quand, après quinze ans de travaux, on rouvrit le chœur pour un Te Deum chanté à l’occasion de la paix de Radstadt. L’œuvre avait été exécutée sur les dessins de Robert de Cotte. Nicolas et Guillaume Coustou avec Coysevox avaient sculpté les figures principales, Louis XIII et Louis XIV, la Descente de croix; le reste était dû à d’autres artistes non moins fameux.

Aucun regret ne fut donné, à cette époque d’aberration artistique, à l’ancien chœur si majestueux, à l’ancienne clôture historiée barbarement démolie tout autour de l’abside, et dont on ne garda que la partie contre laquelle s’adossèrent les nouvelles stalles des chanoines, refaites dans le style du temps, beaux morceaux de menuiserie sculptée certainement, mais qui remplaçaient d’autres boiseries pour le moins aussi bien exécutées, d’aspect plus religieux et assurément très supérieures comme style.

Par les débris de la clôture sculptée des XIIIe et XIVe siècles qui subsistent, on peut juger de ce qu’avait dû être l’ensemble. Il reste du côté nord quatorze sujets de la vie du Christ. Cette partie de la clôture adossée aux stalles ne formait pas claire-voie, les épisodes se déroulent sous des arcatures trilobées reposant sur de fines colonnettes reliées de l’une à l’autre par des sculptures diverses, de beaux feuillages, des ornements fantastiques. La partie sud, moins ancienne que l’autre et due à Jehan le Bouteillier, terminée en 1351, présente encore neuf sujets de la vie du Christ.

Des évêques, des chanoines avaient par des générosités aidé à l’enrichissement de ce chœur magnifique, et ils avaient en récompense obtenu de reposer sous les dalles au pied de quelque pilier du chœur; leurs effigies, leurs pierres tombales ont disparu, enlevées par les vandales du grand siècle, en même temps que toutes les statues du chœur, la statue de Philippe-Auguste, le maître-autel gothique et la clôture historiée.

Le jubé vécut encore une dizaine d’années après l’exécution du vœu de Louis XIII; le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, qui fut un très saint homme et un très vénérable prêtre, mais qui ne concevait certainement pas Dieu sans perruque à la Louis XIV, acheva l’œuvre en 1725, en jetant bas ce jubé pour le remplacer par une lourde décoration plaquée de colonnes à l’antique.

D’autres vandales devaient survenir plus tard, qui mutilèrent à leur tour l’œuvre fastueuse et emphatique du vœu de Louis XIII, mais ces mutilations ont été en grande partie réparées, les statues enlevées rapportées pour la plupart et les stalles de ce temps sont encore en place.

Revenons aux grandes journées de Notre-Dame. Le 11 mai 1625, célébration du mariage d’Henriette de France, troisième sœur de Louis XIII, avec le futur Charles Ier d’Angleterre, alors prince de Galles, représenté par procuration par le duc de Chevreuse.

Le 6 septembre 1638 fut chanté le Te Deum solennel d’actions de grâces pour la naissance inespérée du Dauphin Louis, futur Louis le Grand.

Te Deum pour la prise de Turin, pour Casal et Perpignan. Te Deum ensuite pour la victoire de Condé, au commencement du nouveau règne, pour Rocroy, pour Lens.

On sait que les troubles de la Fronde commencèrent le jour de ce Te Deum, quand la reine et Mazarin crurent pouvoir profiter de cette journée pour arrêter Broussel.

En 1654, le 30 mai, le jeune Louis XIV, allant se faire sacrer à Reims, assiste à un Te Deum. Il n’est encore que le pupille du cardinal Mazarin, mais ne va pas tarder à se montrer le jeune roi dominateur, décidé à ne souffrir aucun empiètement du Parlement ni de personne sur le pouvoir royal. Six ans après, en 1660, ce sont les fêtes du mariage du roi avec l’infante Marie-Thérèse, célébré à Saint-Jean de Luz; le service solennel à Notre-Dame le 27 août, le lendemain de l’entrée triomphale du couple royal, en un splendide cortège passant sous des arcs de triomphe colossaux chargés de statues allégoriques, élevés depuis la porte Saint-Antoine jusque dans la Cité, au pont Notre-Dame, au Marché-Neuf, à la place Dauphine, etc.

La pompe du Te Deum ne fut pas moindre. Quand toutes les cours furent arrivées: Parlement, Cour des comptes, Cour des aides, puis les prévôts et les échevins, les ambassadeurs, le cortège royal fit son entrée, au bruit des trompettes de sa chambre, des fifres et des tambours des Suisses occupant le haut de la nef. Le roi et la jeune reine vinrent s’agenouiller sur une estrade élevée de trois degrés au milieu du chœur, autour de laquelle se groupèrent la reine mère Anne d’Autriche, Monsieur, frère du roi, et les princes et les princesses.

L’année suivante, un autre Te Deum célébrait à Notre-Dame la naissance d’un Dauphin, que peu de temps après la reine Marie-Thérèse et la reine mère venaient solennellement offrir à la Vierge.

En 1663, dans le chœur de Notre-Dame décoré de grandes tapisseries tombant des galeries, garni, comme pour toutes les cérémonies de la cour, de sièges pour tous les grands corps de l’Etat, de tribunes pour les dames, se pressait la même foule brillante, au milieu de laquelle se distinguait un groupe plus sévère, des hommes à grandes barbes blanches sur des fraises à l’ancienne mode. C’étaient les ambassadeurs des treize cantons suisses, qui venaient renouveler solennellement avec le roi Louis XIV par un serment sur l’Évangile, devant le maître-autel de Notre-Dame, la vieille alliance du royaume de France avec les Suisses. Un tableau de Le Brun nous a conservé la physionomie de cette cérémonie. On y voit déjà le Louis XIV olympien, surhumain, dominant d’une tête tous les personnages qui l’entourent, simple multitude de princes.

Les guerres fournissaient d’autres occasions de cérémonies à Notre-Dame, quand les drapeaux pris à l’ennemi étaient apportés pour être suspendus aux voûtes. Il nous reste des estampes du temps comme souvenirs de ces glorieuses solennités, montrant les cornettes prises aux Espagnols dans la campagne de 1635 dans le pays de Liège, ou bien les cornettes, guidons et drapeaux pris à Lens, le le 19 mai 1648, sur les Impériaux et les Espagnols, apportés à la cathédrale, tambours battants et trompettes sonnantes par les Cent Suisses et par les mousquetaires...

Ces drapeaux étaient suspendus aux voûtes, on les voit dans toutes les anciennes gravures représentant la nef de Notre-Dame. La campagne de Hollande, en 1672, en envoya une quarantaine pour garnir la nef. Que de Te Deum, que de transports de drapeaux enlevés à l’ennemi pendant le long règne de Louis le Grand. Te Deum pour les prises de Tournay, Douai, Courtray, Lille, Maestrich, Besançon, pour Valenciennes, Cambrai, Dole, Senef, Philisbourg, Fleurus, Mons, Namur, Barcelone, Lerida, Girone, Hochstadt, Denain...

Au Te Deum chanté après la campagne de 1693, le duc de Luxembourg, qui avait envoyé à la cathédrale les trophées de Fleurus, de Steinkerque, de Nerwinden et de tant d’autres batailles, essayant de se frayer un passage à travers la foule serrée dans l’église, se trouvait fort empêché, lorsque le prince de Conti l’aperçut et lui fit ouvrir les rangs des curieux en criant: «Place, place, messieurs, laissez passer le tapissier de Notre-Dame!»

Les tapissiers de Notre-Dame, après le grand Condé, après Turenne, après le maréchal de Luxembourg, ce sont Catinat, Villars, Vendôme, qui suspendent de nombreux étendards à ces voûtes déjà si glorieusement garnies.

Le 9 septembre 1675, une pompe funèbre remplit Notre-Dame. C’est le service solennel célébré pour le repos de l’âme de Henri de la Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne, le héros de tant de victoires, tué le 27 juillet dans le Palatinat, au moment où il se préparait, après une série de manœuvres savantes, à écraser les Impériaux de Montecuculli acculés à de mauvaises positions.

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LES TROUPES DES SEIZE CASERNÉES DANS LES GALERIES DE NOTRE-DAME, 1590

Le XVIIe siècle imprime son cachet particulier, son goût pour les grands déploiements d’un faste théâtral à ces cérémonies funèbres. Ce sont d’ailleurs les artistes créateurs de ces pompeux arcs de triomphe des grandes fêtes, et des décorations des ballets dansés à la cour, qui organisent aussi ces fêtes funèbres. Il semble même que ces décorations des églises aux grands jours de deuil soient préparées pour des ballets funéraires où la Douleur doive s’exprimer en pas et en cadences bien réglés. La cathédrale, ces jours-là, disparaît sous d’extraordinaires décorations intérieures et extérieures, sous de formidables placages d’architectures et de colossales machineries; des draperies noires voltigeantes voilent les tours de Notre-Dame, des colonnades encadrent des groupes allégoriques au dedans et au dehors de la cathédrale, soulignés d’inscriptions en prose et en vers; à l’intérieur complètement transformé et dont l’architecture gothique ne se découvre plus que dans le haut des voûtes que l’on n’a pu déguiser, ce ne sont que tribunes écussonnées, balcons ventrus, colonnes et pilastres semés d’attributs funèbres, autour de catafalques aux dimensions considérables chargés aussi d’allégories et d’inscriptions.

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ANCIENNE MAISON DU CLOÎTRE NOTRE-DAME, DÉMOLIE EN 1860
D’APRÈS MARCEL POTÉMONT

Catafalques et cénotaphes où travaillent peintres, sculpteurs et décorateurs, sont de véritables monuments, élevés sous la direction de Le Brun, de Van der Meulen ou de Bérain, qui fut l’ordonnateur du Camp de la Douleur, appareil funèbre pour le service solennel de Mgrle prince de Condé, à Notre-Dame, le 10 mars 1687, où les batailles et les principales actions de la vie du héros étaient représentées, avec des médaillons de tous ses ancêtres depuis saint Louis et beaucoup d’autres choses.

Ainsi les voûtes de la cathédrale voient se déployer les pompes funèbres de la reine de France Marie-Thérèse, le 2 août 1683, plus tard celles du Dauphin, puis du duc et de la duchesse de Bourgogne, des petits dauphins, de toute cette descendance de Louis XIV fauchée par la mort, tandis que le vieux roi achevait ses dernières années dans la tristesse, tremblant pour son dernier rejeton, le petit duc d’Anjou, futur Louis XV.

En 1715, le 3 septembre, c’était pour les funérailles de Louis que Notre-Dame se remplissait de personnages officiels; les membres des grands corps de l’Etat étaient là, songeant au règlement difficile de la succession et se demandant à qui allait revenir le pouvoir. Le peuple s’en allait sur la route de Saint-Denis rire et boire dans les cabarets, sous les tentes dressées pour l’occasion, en regardant passer le corps du grand monarque, que les officiers de la couronne et les personnages commandés par l’étiquette allaient enfouir dans les caveaux de la nécropole royale de Saint-Denis, c’est-à-dire le XVIIe siècle attardé que le XVIIIe enterrait avec un soupir de soulagement.

On trouve les représentations de ces pompes funèbres dans les estampes du temps, et l’on voit le XVIIIe siècle amplifier encore sur ces pompes. Après Berain, les frères Slodtz, sculpteurs de talent, organisèrent des funérailles encore plus fastueuses, des décorations plus considérables et plus extraordinaires que celles de leurs prédécesseurs, avec la même verve qu’ils mettaient à ordonner aussi les réjouissances publiques et à régler les fêtes et les bals de la cour.

Ils ordonnèrent, en 1735, la pompe funèbre, à Notre-Dame, de la reine de Sardaigne, reproduite ainsi que d’autres dans les estampes de Cochin. Pour cette occasion, ils avaient élevé dans le chœur de la cathédrale un énorme catafalque peuplé de statues et d’emblèmes. La figure principale était un Temps colossal debout, une faux à la main sur une sphère, moissonnant couronnes, tiare, sceptres, et casques, parmi des débris de monuments renversés. Au coin du monument, des anges contemplaient en pleurant les ravages de l’impitoyable faux, à côté d’une demi-douzaine de Vertus abîmées dans la douleur.

En 1734, un service solennel fut célébré en l’honneur des officiers et soldats morts pendant la campagne du Milanais contre les Autrichiens. Il est très probable que les pompes funèbres de ces soldats, à qui l’on devait les victoires de Parme et de Guastalla, n’égalèrent pas celles des princes et princesses célébrées avec une telle dépense de statues et d’allégories fastueuses, mais enfin on avait pensé à eux.

Il faut noter, parmi les menus événements de l’histoire de Notre-Dame, la visite que lui fit, au cours de son voyage sous la Régence, le tzar Pierre le Grand, le 27 mai 1717.

Louis XV donna moins que Louis XIV l’occasion au clergé de Notre-Dame de chanter des Te Deum de victoire. La campagne de 1745 en Flandre en fit chanter quelques-uns, pour Fontenoy le 20 mai, pour la prise de Gand le 24, le 3 août pour la prise de Bruges, le 23 août pour la prise de Termonde.

Il y avait, après la cérémonie, fêtes en ville, distributions de vins, illuminations. Le retour du roi, après les triomphes clé cette campagne, donna lieu à de nouvelles fêtes. Louis XV entra dans sa capitale au bruit des cloches, reçu par le gouverneur qui lui offrit les clefs de la ville, par les échevins et le corps de ville agenouillés pendant les harangues suivant l’étiquette.

Le lendemain, le roi et la cour amenés par de splendides carrosses à la cathédrale, assistèrent à la remise des drapeaux pris à l’ennemi, apportés par les Cent Suisses, et au Te Deum d’actions de grâces.

L’année d’avant, pendant la campagne de 1744, lorsque la maladie avait mis les jours du roi en danger à Metz, on sait par quelles émotions passa le peuple de Paris. Le danger de Louis le Bien-Aimé l’avait mis hors de lui-même. Quand les médecins répondirent de la vie du roi, des transports de joie accueillirent les bulletins; le courrier qui apporta la nouvelle de l’entrée en convalescence faillit être étouffé par le peuple; on embrassait son cheval, on voulait le porter en triomphe. Aussi la cérémonie du Te Deum chanté à Notre-Dame fut-elle des plus brillantes, et la ville ensuite se lança dans les réjouissances et les illuminations. Cependant le peuple de Paris ne se déclara pas encore satisfait des démonstrations de joie officielles, il fallut à peu de jours de distance recommencer la fête, redire un nouveau Te Deum. Le soir, nouvelles illuminations accompagnées de feux d’artifices, avec tonneaux mis en perce et distributions de charcuteries diverses sur les places publiques, musiques et bals à tous les carrefours. Et pendant quelque temps dans Paris continuèrent les Te Deum que faisaient chanter successivement communautés et corporations, les fêtes particulières, les illuminations et les fêtes de quartier.

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LE PORT SAINT-LANDRY, XVIIIe SIÈCLE

Ces réjouissances menèrent du mois d’août jusqu’au moment du retour du roi en novembre. Alors les fêtes reprirent de plus belle. Le 3, le roi fit son entrée par la porte Saint-Antoine, le lendemain il alla en grande pompe à Notre-Dame avec la Reine et le Dauphin, avec toute la cour, en carrosses à huit chevaux, acclamés par la foule qui se pressait par les rues et sur le parvis malgré les bourrasques de pluie et de vent. Il y eut à l’Hôtel de Ville, le jour d’après, dîner de gala offert au roi par le corps de ville, décorations sur la place de Grève, arcs de triomphe, fontaine de vin pour le peuple, etc.

Les naissances de princes, de dauphins ou d’enfants des dauphins donnaient lieu à des fêtes semblables, après la célébration des actions de grâce à Notre-Dame. A la naissance du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XV, on ajouta à la solennité du Te Deum quelque chose de mieux qu’un feu d’artifice. Le roi voulut doter six cents jeunes filles, de 500 livres chacune, avec un louis en plus pour le repas de fiançailles et une médaille d’or portant d’un côté son effigie et de l’autre les armes de la ville. Les curés des paroisses furent chargés de trouver les filles et les garçons à unir, ce qui, paraît-il, ne se fit pas sans difficultés, et durent s’occuper aussi des petits détails de la noce. La ville fournit des habits et les voitures pour la cérémonie et les six cents mariages purent être célébrés le même jour, le 9 novembre, dans les différentes paroisses, toutes les cloches sonnant et le canon tonnant sur la place de Grève. Ensuite, les mariés de chaque paroisse et leurs invités s’en allèrent festoyer sous la conduite des curés, dans des salles louées pour la circonstance.

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PASSAGE AU PIED DES TOURS NOTRE-DAME CONDUISANT A L’ARCHEVÊCHÉ ET AU PONT AU DOUBLE
XVIIe SIÈCLE

Le 10 mai 1774, le roi Louis XV étant mort de la petite vérole, on se dépêcha d’enfermer le corps dans deux cercueils et on le porta sans aucune cérémonie à Saint-Denis, «comme un fardeau dont on est pressé de se défaire», avec deux carrosses derrière, une vingtaine de pages et une cinquantaine de palefreniers non vêtus de noir, partant au grand trot de Versailles à huit heures du soir. Ce fut seulement le 7 septembre, après trois mois, que fut célébré, à Notre-Dame, le service solennel, la grande pompe funèbre, avec un cénotaphe monumental sous un portique à l’antique, et l’accompagnement obligé de groupes allégoriques, de vertus entourant l’urne royale, de trépieds funéraires, de bas-reliefs, d’écussons dans une flamboyante accumulation de girandoles et de lumières.

Une fille, Madame, duchesse d’Angoulême, étant née au jeune couple royal qui succédait sur le trône de France à Louis XV le très méprisé, tout Paris fut dans la joie. Paris et la France n’avaient alors pour Louis XVI et Marie-Antoinette que des sentiments d’affection profonde.

Pour marquer ces sentiments, le bureau de la ville fit allumer des feux de joie sur la Grève et, ce qui valait mieux, fit délivrer les malheureux, hommes ou femmes, détenus pour mois de nourrice non payés, en se chargeant du payement des mois suivants. L’élan était donné; des particuliers, pour marquer leur joie, imitèrent la ville, donnèrent des dots à des jeunes filles et marièrent des couples, à condition que le premier enfant qui en naîtrait s’appellerait Louis ou Antoinette.

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LES STALLES DE NOTRE-DAME

Il y eut Te Deum à Notre-Dame, naturellement, le 26 décembre et nouveau feu de joie en Grève. La reine Marie-Antoinette vint à Notre-Dame, au commencement de février 1779, remercier Dieu de son heureuse délivrance. Les oiseleurs de Paris, suivant une ordonnance du grand maître des eaux et forêts, apportèrent sur le parvis quatre cents oiseaux qui furent lâchés dans la cathédrale lorsque la reine entra pour le Te Deum.

Ce jour-là aussi, furent mariées à Notre-Dame cent jeunes filles «pauvres et vertueuses», dotées par le roi de 500 livres chacune, plus 200 livres pour le trousseau et 12 livres pour la noce, et l’on célébra aussi, par ordre de la reine, les noces d’or d’un vieux couple. Commencements idylliques d’un règne destiné à une fin si tragique.

Les mariages avaient été célébrés le matin, les cent couples avec leurs parents déjeunèrent à l’Archevêché, puis, avant l’arrivée de la cour, vinrent se ranger dans la nef pour présenter à Leurs Majestés leurs témoignages d’amour et de reconnaissance. La reine s’engagea à payer les mois de nourrice des enfants qui naîtraient et à fournir des layettes aux mères qui nourriraient elles-mêmes.

En octobre 1781, nouvelles réjouissances pour la naissance du dauphin Louis-Joseph, qui mourut en 1789 au moment de l’ouverture des Etats généraux, Te Deum et illumination des tours Notre-Dame, représentations gratuites à l’Opéra et ailleurs, visite à Versailles de délégations des métiers et corporations en costumes de fête, portant leurs chefs-d’œuvre ou quelques cadeaux offerts au Roi, visite et compliments des dames de la Halle, avec discours et chansons. La joie générale se manifeste de toutes les manières, la mode s’en mêle, les femmes portent au cou des bijoux en forme de dauphin, et des dauphins en boucles de souliers, au centre de rubans où sont brodés les mots: «Vive le Roi, vive la Reine, vive monseigneur le Dauphin...»

La reine, le 21 janvier 1782, vint à Notre-Dame accompagnée des princesses, remercier Dieu de cette naissance. Une gravure du temps nous la montre prosternée avec les princesses dans la nef de la cathédrale, de chaque côté de laquelle une file de grenadiers suisses et de gardes françaises présente les armes, pendant que les tambours battent aux champs.

Le 25 mars 1785 naquit un second fils, Louis-Charles, duc de Normandie, dauphin à la mort de son frère en 1789, l’enfant du Temple voué à une si triste destinée,—tragique et courte s’il mourut vraiment au Temple, longue et misérable si, comme certains le croient, comme bien des choses permettent de le supposer, il fut enlevé mystérieusement de sa prison, pour traîner sa vie dans l’abandon et l’effroyable injustice.

Le 24 mai suivant, Marie-Antoinette vint à Notre-Dame rendre encore une fois grâces au ciel. Elle était dans un carrosse à huit chevaux, entouré de gardes du corps, le canon des Invalides tonnant pendant le trajet. Après le Te Deum à Notre-Dame et les prières à l’église Sainte-Geneviève, le cortège royal gagna les Tuileries. Le soir, la reine alla souper au Temple.

Le terrible orage qui doit bouleverser la France et l’Europe fait bientôt entendre ses premiers grondements, voici l’an 1789!

La Bastille vient de tomber aux premiers coups de tonnerre. Le lendemain de l’enlèvement de la vieille forteresse monarchique, aussitôt mise en démolition comme la monarchie elle-même va l’être, les cloches de Notre-Dame, qui, pendant des siècles, aux grandes journées de la monarchie, ont été la grande voix de Paris, sont mises en branle pour célébrer la victoire populaire, un Te Deum solennel est chanté en l’honneur des vainqueurs de la Bastille.

L’Assemblée a envoyé de Versailles à l’Hôtel de Ville une députation de 88 membres pour annoncer que le roi vient d’ordonner l’éloignement des troupes de la capitale. Cette députation amenée à Paris par les voitures de la cour, voyage au milieu d’une ovation perpétuelle. Lafayette et Bailly en font partie, leur vue soulève des tempêtes d’acclamations. A l’Hôtel de Ville, l’archevêque de Paris, Monseigneur de Juigné, croyant à la réconciliation du roi et de son peuple, propose de faire chanter un Te Deum à la cathédrale; aussitôt les 88 députés et le bureau de la ville se lèvent pour le suivre à Notre-Dame, mais auparavant, par acclamations, ils proclament M. de Lafayette commandant général de la milice parisienne, et M. Bailly, non pas prévôt des marchands à la place de Flesselles assassiné, mais créant un titre nouveau pour une situation nouvelle, maire de Paris.

Les événements vont aller vite maintenant. Dans la nuit du 4 août, l’Assemblée, les trois ordres réunis, a voté l’abolition des titres, des droits féodaux et de tous les privilèges. Privilèges de villes, chartes de provinces sont sacrifiés de même, dans un holocauste général sur la proposition de Mgr de Juigné et l’assemblée termine le sacrifice en votant un nouveau Te Deum à Notre-Dame, chanté dans la journée du 5.

Le 27 septembre 1789 est une des grandes journées de la cathédrale. Il s’agissait encore d’une naissance, de quelque chose comme un baptême, pour ainsi dire, non d’un enfant royal, mais d’une institution nouvelle qui devait faire bien parler d’elle pendant quatre-vingts ans. Ce jour eut lieu la bénédiction des drapeaux de la garde nationale de Paris, de l’armée citoyenne organisée par M. de Lafayette.

Soixante bataillons, un par district, de cinq compagnies à cent hommes chacune, dont une soldée, formée de gardes françaises et de soldats passés au service de la ville, une section de canonniers avec deux pièces d’artillerie par bataillon. Telle est l’organisation. Pour l’uniforme, c’est un habit bleu à revers et parements rouges, une veste et une culotte blanches; les grenadiers ont le bonnet à poil, les autres le chapeau à trois cornes.

Grand branlebas de tambours dès l’aube du 27 septembre dans tous les quartiers de Paris; les gardes nationaux pleins d’ardeur en ces premiers jours se réunissent compagnies par compagnies, se forment en bataillons à leurs districts respectifs, serrés autour de leurs étendards, déjà bénis dans les églises de quartier, et se mettent en marche, tambour battant, pour la place de Grève où M. Bailly et la municipalité, le marquis de Lafayette et son état-major les attendaient pour les conduire à Notre-Dame.

Un immense concours de population a précédé les milices citoyennes à la cathédrale et se presse sur tout le parcours, derrière les troupes faisant la haie sur le parvis; on acclame M. de La Fayette et l’état-major, on salue les drapeaux. Ils sont tous différents, ces drapeaux, offerts souvent par quelque riche citoyen ou par les dames du district. Chaque district a voulu se distinguer et s’est cherché des emblèmes et des devises. Quelques-uns sont blancs, mais pour la plupart on les a composés d’une croix blanche laissant aux angles des carrés rouges et bleus alternés, c’est-à-dire les vieilles couleurs de la ville unies à la couleur royale. Blancs ou tricolores, ces étendards portent tous des peintures allégoriques ou des emblèmes au centre, des faisceaux d’armes, des canons, des déesses de la Liberté, des Bastilles, beaucoup de vaisseaux, l’antique nef de la cité parisienne, les emblèmes des trois ordres, des lions, des bonnets de liberté de différentes couleurs, etc... On n’en était pas encore à l’unification à outrance qui fait semblables, absolument, le drapeau accroché au-dessus d’un établissement quelconque, où d’ailleurs il n’a que faire, et l’étendard qui mène les régiments aux batailles.

Le district Saint-Gervais a sur son drapeau la Liberté couronnant le buste du roi. Liberté, fidélité, dit le drapeau du bataillon des Capucins Saint-Honoré, donné par Mme la duchesse de Bourbon. Le district Saint-Martin a le coq gaulois sur un canon avec cette devise: Je veille pour la patrie. Le drapeau du district des Barnabites, dans la cité, est blanc, avec la couronne royale au centre sur l’initiale H. IV, et quatre fleurs de lys aux angles. Sous l’écusson de France le district de Popincourt inscrit ces mots: Un roi juste fait le bonheur de tous; la section de Saint-André-des-Arts a fait de son drapeau un immense tableau où, sur des canons, des armes et des boulets amoncelés, passe un grand génie portant des palmes, un étendard bleu, une pique avec le bonnet de la liberté, au milieu d’une immense gloire dorée. Union, force et vertu, dit une banderole tenue par un petit génie.

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LA BÉNÉDICTION DES DRAPEAUX DE LA GARDE NATIONALE, 27 SEPTEMBRE 1789

Le drapeau de la section Saint-Marcel est aussi un tableau, mais plus farouche, on y voit un homme du peuple, armé d’une faux, marchant sur une forteresse, avec la devise: Mort ou Liberté. Le district des Filles-Dieu a mis Jeanne Darc dans la croix blanche de son étendard, dont le rouge et le bleu sont semés de fleurs de lys; le district de Notre-Dame porte A. M. (Ave Maria) en lettres d’or, au-dessus de deux canons en sautoir; le drapeau du district des Prémontrés de la Croix-Rouge est blanc avec une grande croix rouge fleurdelisée. Sur le drapeau du bataillon des pères de Nazareth, se voit un hercule vainqueur de l’hydre avec ces mots: Il est enfin terrassé!... Le drapeau du district des Jacobins Saint-Honoré porte l’écusson royal avec le sceptre coiffé d’un bonnet rouge. Quelques devises encore: Craindre Dieu, honorer son roi (district du Val-de-Grâce);—Sans union point de liberté;—La nation, le roi, la liberté, la loi;—Libre sous un roi citoyen;—(district de la Jussienne): Courageux, libre, prudent;—Sans loix point de liberté;—La loi, vivre ou mourir pour elle;—La liberté fait ma gloire (district Saint-Magloire);—N’obéir qu’à la loi;—etc., etc...

L’un après l’autre, les drapeaux avec des pelotons d’honneur pénètrent dans la nef pleine de baïonnettes; l’église où, tout le long des bas côtés, des tribunes à gradins ont été construites, est bondée de monde, de citoyens et de citoyennes saisis d’une émotion fort compréhensible, tous se croyant à l’aube d’une ère nouvelle de douceur et de paix, tous les cœurs à l’union, à la concorde. Les musiques militaires, les tambours, le bruit des armes mêlés aux chants religieux, aux harmonies des orgues portent au comble cette émotion, que l’abbé Fauchet surexcite encore par un sermon enflammé. Un à un les drapeaux défilent devant le chœur où l’archevêque les bénit, et, pour terminer la cérémonie, des salves de mousqueterie roulant sous les voûtes de la vieille cathédrale couvrent de leur fracas la grande voix des orgues et les acclamations.