Penson d’errer ligièrement,
Ainz que la mer retourne en greve.
S’il ne va pas empirement,
Il n’y a chose qui nous grève...
Pour plus aler ysnellement,
Cil enfant illec me baillez.

(Ipsa tradit puernm.)
Pour qu’il est né nouvellement,
La venez. Suymes bien taillez,
Et si m’avent à le porter
Comme à ung asne à porter somme...

UXOR SPONSI.

Gardez qu’il n’ait le vis couvert:
Partant à coup seroit estainct...
Portez le en pais, sans haracier:
Il en pourroit estre pery.

SPONSUS.

Fole estes de vous soucier
Qu’il ne soit porté bien sery.
Nous devon bien Dieu gracier
Que nous suymes ceux en lignie.
Les moynes, sans falacier,
Nous ont fait bonne compagnie.

UXOR SPONSI.

Sy ont. Quer ils sont gens de bien
Misericors et charitables.
Prier pour eulx devrion bien,
Quer jolis sont et bien metables.
. . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . .
II

. . . . . . . . . . . .

POPULUS.

A la place suymes venuz
Que desirée avons souvent.
A saluer suymes tenuz
L’abbé de cy et le couvent,
Et puis après, notre message
Raconteron sans nul deffault.

CONSULTUS POPULI.

Sire, vous parlez comme sage,
Et ainsi entendre le fault.
Après vostre eloquence dicte,
Verron bien, si c’est leur plaisir,
Que la chose soit reconduyte
Avecquez eulx, et s’en saisir
Juscquez ad ce point n’est possible
Que nous en puysson rien savoir.
Cest jouel à qui est sensible
Profite plus qu’or ne avoir.
Alon d’accort leur presenter,
Et par ytant en seron quictez.

POPULUS.

C’est bien dit: sans nous sermenter
De nous en croire aront meritez.
Celui qui est sans finement,

Dicit abbati.

Messeigneurs, vous doint bonne estraine.
Si ouyr vous plaist benignement,
Le cas vous diron qui nous mene.

MAINART, ABBAS MONTIS.

Volentiers vous escouteron,
Quer vous nous semblez gens honnestes,
Par quoi point ne vous doubteron;
Quer gens de bien pert que vous estes.
A voir à vostre filomie,
Ignorer n’en fault nullement.

POPULUS.

De rien ne vous mentiron mie:
Pour nous seroit fait follement.
Et vroy qu’au party dont nous sommes.
Avoit ung serpent molt cruel,
Nagairez, qui femes et hommes
Devouroit à perpetuel.
Du peuple la communité
S’efforça pour le pourchacier.
Veant sa grant malignité,
A le tuer ou le chacier.
La où son retraict il faisoit
Sourvint de commun grant faison:
Quer toutes fois qu’il lui plaisoit
Envenymoit tout de poison.
En un maroys trouvé couché
Fut dudit peuple habitué
Où il avoit été touché
Et frapé à mort et tué.

MAINART ABBAS.

Qui fit cela?

POPULUS.

Nul ne savoit.
Gens y furent de mainte guise.
Ydonc si sage n’y aveit
De nostre evesque et gens d’église
Qui sachent qui avoit frapée
Geste beste cruelle et felle.
Mais son escu et son espée
Lessa sanglans au plus près d’elle.
L’evesque n’y sceut qu’aviser,
Quant au regart de celle ensaigne,
Fors porter pour en delivrer
Au Mont de Gargaine en Champaigne.
Nous deulx icy les portion
En esperant de Dieu la grace;
Mes tant plus fort nous allion,
Plus eslognion de la place.
Ung jouvencel après trouvasmes
En chemin qui fut ensement:
Que portion nous lui contasmes
Qui nous introduyt grandement,
Et de faict nous fist retourner,
Disant estre l’ange Michel
Qui venu est sans séjourner,
Pour le serpent, lassus du ciel...
. . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . .
III

. . . . . . . . . . . .

ABBAS.

Il est jour, Jennyn. Liève toy
Et nous euvre celle fenestre.
J’ay le cueur en si grant esmoy
Que plus ycy je ne vuyl estre.
Pas ne seroit en ma puyssance
De dormir ne de reposer:
Onc de tel fait n’eu congnoissance.
Je n’y saroye que supposer.

JENNYN.

La fenestre si est ouverte,
Il est jour, dont je suys bien aise,
Oncques pour gaigne ne pour perte
Mon cueur ne fut si mal à l’aise,
Comme il a esté ceste nuit.
Je ne sçay don ce m’est venu.
Je ne vouldroye pas ennuyt
Pour rien estre si court tenu.

PRIMUS CUSTOS.

Depuys que m’alay recoucher,
Après la tourmente passée,
Laisir n’eusse eu de me moucher,
Tant ay esté en grant pencée.
Il est jour, dont je remercie
Dieu d’estre hors de ceste paine;
Mais touttefois bien me soucie
D’où vient ceste chose soudaine.

SECUNDUS CUSTOS.

Je n’ay pas trop grande savance;
Mais je vous diray comme indigne,
Qu’en cet hostel, à ma cuydance,
A quelque chose qui est digne;
Aultrement ne se pourroit faire,
Selon que puys apercevoir.
Monseigneur, alez ceste affaire
A nos frères faire assavoir.

ABBAS (intrando in ecclesiam).

Alon à eulx. Ils sont levez.
Ils sont icy dedens l’eglise
Vous, gardes, estre y devez;
A la garder que nul n’y nuysse.
Quer c’est vostre commission
De garder l’autel et reliques.
De ce faire avez pension:
Gardez les myeulx que gens iniques.
Dicit fratribus suis.
Frères, entendez tous à moy.
Une chose sur mon cueur tire
Qui le tient en si grant esmoy
Qu’à paine je vous saroye dire.
Sachez que, quant nous en alasmes.
Er soir, pour nous devoir coucher.
Nos huys et fenestres fermames,
Si bien que nully aproucher
N’en povait en nulle manière,
Tant estoient fermées bien à point.
Puys me couchè, et chacun frere
En noz liz très bien et à point.
Pas ne dormismes longuement,
Qu’il vint une tel fraction
Qu’onc ouy ne fut tel tourment,
De quoy soit faicte mencion.
De ce fusmez tous esvillez:
De dormir nous n’avions garde,
Et, tous ainsi esmerveillez,
Nous levasmes, sans point de tarde,
Cuydans qu’aucuns larrons y fussent.
L’ostel fut serchié promptement:
Et nulz pour serchier que ilz peussent
Rien n’y trouverent nullement.
Si chercha l’en par les corniers,
Et par cotières, et par boutz
Sur les trefs, et sur les sabliers,
Tant par dehors que par desoubz.
Puys que tout ainsi serché fut,
Sans y trouver aucune chose,
Et qu’on eut fait le mieulx qu’on peult.
Chacun après si se repose,
En son lit, comme auparavant,
Sans point dormir une estincelle,
Plus amalvisés que devant
Nous avon esté de plus belle.
Nous ne savon que ce peult estre,
A vous venon conseil querir,
En priant le doulz Roi celestre,
Qu’il luy plaise nous secourir.
Dictez m’en vos oppinions,
Et qu’un poy ycy me repose.

PRIMUS MONACHUS.

Assez sages ne serions
A respondre de si grant chose:
C’est ung cas ycy mervilleux;
Je croy que ce soit ung miracle.
Dieu nous en face tous joieux,
Et luy plaise que par signacle,
Ou par aucune demonstrance,
Nous en vuylle faire certains,
Pour plus confermer sa creance,
Et sans de luy estre lointains.
Je lui supli que, de sa grace,
S’il lui plaist, ainsi soit parfait.

SECUNDUS MONACHUS.

Je lui pri que certains nous face
Qu’il est à faire de cest fait.
Monseigneur, vous estes bien sage,
Et avez en vous grant science,
Pour pourvoir de vostre courage
A cest fait cy, come je pence.
Tout ce que vous adviserez,
Pour ce cas cy, nous le feron.

ABBAS.

Mes amis estes et serez:
S’or me croiez, nous juneron,
Troys jours continuelment,
Prians Dieu qu’il luy vieulle plaire
A nous donner entendement
De ce cas cy qu’il est à faire.
Et, si la chose vient de luy,
La luy plaise reiterer;
Aussi, s’el ne vient de par luy
Lui plaise le fait moderer.
Et, si le fait est fantaisie,
Ne nous souffre plus tourmenter.
Chacun de nous ne vouldroit mye
. . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . . . .

VI

LES ORIGINES DU THÉATRE FRANÇAIS (XIVᵉ SIÈCLE)

MIRACLE DE LA NATIVITÉ DE NOSTRE SEIGNEUR JHESUS CRIST [42]

PERSONNAGES:

JOSEPH.
NOSTRE-DAME.
ZEBEL.
SALOMÉ.
MICHIEL.
GABRIEL.
SIMÉON.
JHESUS.
LE LIBRAIRE.
PREMIER MAISTRE.
DEUXIESME MAISTRE.
TROISIESME MAISTRE.
QUATRIESME MAISTRE.

JOSEPH.

Vueillez a moy entendre sa,
Marie, doulce amie chiére;
Je ne sçay en quelle maniére
Avec moy vous puisse mener:
Car il nous esconvient aler
Jusqu’en la ville où je fui nez,
A ce que li treuz paiez
Soit de nous, et, a mon semblant,
Si près estes d’avoir enfant,
Ne sçay qu’en die.

NOSTRE DAME.

Joseph sire, cuer qui se fie
En Dieu ne peut estre periz:
Alons y donc. Sains Esperiz
Par sa bonté nous conduira,
S’il li plaist, et de nous fera
Sa voulenté.

JOSEPH.

Dame, vous dites verité:
Or vueille de nous deux commettre;
Car je me vueil en chemin mettre
Tout maintenant.

NOSTRE DAME.

Ce seroit grant desavenant,
Joseph, puis qu’estes mon espoux,
Se je n’aloie avecques vous:
Et pour c’yray.

JOSEPH.

Chiére amie, et je vous menray
Tout bellement.

NOSTRE DAME.

Sire, je suis ja malement
Traveillie; querez un lieu
Où nous puissons huimais pour Dieu
Nous herbergier.

JOSEPH.

Dame, j’en craing moult le dangier:
Car on m’a pour voir raconté
Qu’en Bethleem, ceste cité,
A tant venu pour voir de gent
C’on ne peut trouver pour argent
Ou place avoir.

NOSTRE DAME.

Sire, si vous faut il savoir
Où habergie huimais seray:
Car je croy que j’enfanteray
Encor ennuit.

JOSEPH.

Hé! m’amie, or ne vous ennuit
Tant qu’a celle femme soions
Que la voy. Si li demandons
S’aucun lieu nous enseignera.
Dame, Dieu du ciel qui tout a
Creé, vous doint beneiçon!
Enseigniez nous une maison,
Se vous savez, ou aucun estre
Où sanz plus huimais puissons estre.
Herbergié, dame.

ZEBEL.

Sire preudons, foy que doy m’ame,
Vous estes venuz mal a point:
Car je ne sçay de maison point:
Ou il n’ait gent à grant planté,
Si qu’enseignier en vérité
Ne vous saroie lieu nesun,
Se ce n’estoit un lieu commun,
Liquelz n’est pas pour vous honnestes:
Car la foraine gent leurs bestes
Quant il sont venuz au marchié,
Sitost qu’il les ont decharchié,
Y mettent, sire.

NOSTRE DAME.

Ha! dame, que Dieu vous gart dire!
Y seray je par vous menée?
Je sui de traveil si lassée
Que ne puis plus.

ZEBEL.

Dame, oil, sanz faire refus:
Vous me samblez de bon affaire
Et preste, ce croy, de bien faire.
Sçavez vous terme?

NOSTRE DAME.

Nanil; pour voir le vous afferme,
Ma doulce amie.

ZEBEL.

Dame, ne vous mentiray mie:
Vezci le lieu que je disoie.
Entrez ens. Dieu vous y doint joie
De vostre corps.

NOSTRE DAME.

Joseph, alez me tost là hors
Aucune ventriére amener:
Car je senz bien que delivrer
D’enfant me fault.

JOSEPH.

C’y vois de cuer joiant et baut,
Sans faire sejour ne détri.
Dame, je vous requier et pri
Que vous li tenez compagnie,
Afin que seule ne soit mie,
Tant que reviengne.

ZEBEL.

Sire preudons, quoy qu’il aviengne,
N’en doubtez point, ne la lairay.
M’amie, je vous aideray
Voulentiers. Comment vous est il?
Certes, je crainz moult le peril
Où je vous voy.

NOSTRE DAME.

Bien, dame; pour Dieu, aidiez moy;
Vueilliez mon enfant recevoir;
Car nulle autre n’y peut pour voir
A temps venir.

ZEBEL.

Je le feray de grant desir.
Ha! Dieux! que je voy grans merveilles!
Onques mais ne vi les pareilles:
Car je tieng un fil né de mere
Sanz generacion de pere
Corporelle, et par verité
La vierge en sa virginité
Est demeurée.

NOSTRE DAME.

Doulce amie, s’il vous agrée,
En ces drapiaux envelopez
Mon enfant, et puis le metez
Ci delez moy.

ZEBEL.

Voulentiers, dame, par ma foy;
Au bien couchier vueil mettre cure.
E! enfes, doulce creature,
Bien puisses tu ore estre nez
Et bons eurs te soit donnez!
Car tu es gracieus et doulx
Et plaisant sur les enfans touz
C’onques en ma vie vi naistre.
Tenez, dame, vueillez le mettre
De vous bien près.

NOSTRE DAME.

M’amie, moult en suis engrès;
Baillez le sa.

JOSEPH.

Dame, Dieu vous gart! Il a là
Une femme d’enfant enceinte,
Et sachiez qu’elle est si atainte
Qu’il lui semble bien sanz doubter
Que maintenant doie enfanter.
Pour ce, dame, je vous requier,
S’il vous plaist, venez li aidier
Par charité.

SALOMÉ.

La dame dont m’avez compté,
Sire, où fait elle son demour,
Respondez me voir par amour,
Ne qui est elle?

JOSEPH.

C’est une jonne damoiselle
Qui m’a esté donnée à fame,
Qui n’a pas plus de treize ans, dame,
Et s’est née de Nazareth.
Pour Dieu, mais qu’il ne vous soit lait,
Ma chiére amie, à li venez,
Si que de l’enfant quant iert nez
Serez ventrière.

SALOMÉ.

Sire, avec vous à lie chiére
Yray, puis qu’en avez mestier:
Car aussi est ce mon mestier
D’enfans noviaux nez recevoir.
Alons men tost sans remanoir;
N’atarjons point.

JOSEPH.

Alons, dame: Dieu doint qu’a point
Y puissez estre!

SALOMÉ.

Sire, dites moy en quel estre
Vous me menez.

JOSEPH.

M’amie, assez tost y serez.
C’est ci, ce sachiez, qu’est la fame
Pour qui je vous amaine, dame.
Or entrez ens.

SALOMÉ.

Diex du ciel vueil estre ceens
Par son plaisir!

ZEBEL.

Salomé, bien puissez venir!
Que venez querre?

SALOMÉ.

On m’a ci amené bonne erre
Pour une femme qui travaille,
A qui je dois estre la baille
De son enfant.

ZEBEL.

Salomé, pour voir vous créant
Que trop à tart vous y venez:
Car li enfes si est ja nez
Et vezla la mere couchie;
Et si sachiez c’onques touchie
Ne fu d’omme en nulle manière;
Ains est vierge de corps entière:
Car je l’ay bien hui esprouvé,
Et pour voir telle l’ay trouvé
A l’enfanter.

SALOMÉ.

Tu te feras des gens moquer,
M’amie, se plus diz telz moz:
Ne porte à femme ja ce loz
Qu’elle puist enfant concevoir
Sanz congnoissance d’omme avoir:
Ce ne peut estre par nature;
Ne qu’enfanter puist vierge pure,
Ne le dy mie.

ZEBEL.

Quoyque des autres ne le die,
De ceste le tesmoingneray,
Qu’après l’enfanter trouvé l’ay
Vierge pucelle.

SALOMÉ.

Certes, c’est chose si nouvelle
Que se de mes yeulz ne veoie
La dame, et de mes mains touchoie,
Je ne croiroie point tel dit;
Pour ce maintenant sanz respit
L’iray veoir et puis taster.
Lasse! j’ai perdu le taster.
Lasse! lasse! lasse! mes mains
Ay perdu. E! lasse! s’au mains
L’une des deux demourast vive,
Bien me fust; mais lasse! chetive!
Ceste forment me desconforte,
Que je voi qu’elle est toute morte:
Et ceste ci redevient seiche
Aussi comme une vielle meiche.
Dieux! or vivray je en mescheance
Quant les membres dont ma chevance
Par honneur je souloie avoir
Pers ainsi. Lasse! Or ne sçay voir
Que puisse faire.

MICHIEL.

Gabriel, pour le cuer reffaire
De joie à la vierge bénigne
Qui du filz Dieu gist en gesine
Nous fault en Bethléem aler
Et devant la dame chanter.
Or y alons.

GABRIEL.

Certes, Michiel, c’est bien raisons
Que de nous ait aucun soulaz:
Car humains par elle des laz
A l’ennemi seront hors mis,
Et seront fait a Dieu amis;
Et dès maintenant leur paix ont
Tuit cil qui de bon vouloir sont.
Pour c’est li fil Dieu nez en terre.
Or y alons, Michiel, bonne erre;
Je vous em pri.

MICHIEL.

Alons sanz plus faire detri,
Et chantons pour nous rehaitier.

Rondel.

On doit bien la dame prisier
En qui prist par dileccion
Dieu le fil incarnacion;
Puisqu’a Dieu fist homme appaisier,
On doit bien la dame prisier.
Car Dieu enfanta sanz brisier
De riens sa vierge affeccion,
Et pour c’en grant devocion
On doit bien la dame prisier
En qui prist par dileccion
Dieu le filz incarnacion.

SALOMÉ.

E! Diex pour quelle mesprison
Sui-je ainsi laidement batue?
Lasse! de forte heure embatue
Me sui ceens, au dire voir,
Pour enfant mortel recevoir,
Quand g’y ay mes deux mains perdu:
Dont j’ay le cuer si esperdu,
Ne sçay que dire.

ZEBEL.

Salomé, je me doubt qu’en ire
Dieu contre vous meu ne soit
Pour aucun pechié qu’en vous voit,
Qui par aventure est en vous,
Ja soit ce que nous pechons touz,
Dont il se veult ore vengier:
Car il est juge droiturier.
Mais il est si misericors
Que qui de soi met pechié hors
Et merci li prie humblement
Il l’appaise ligiérement:
Si que je vous conseil pour bien,
M’amie, se vous savez rien
Qu’aiez meffait encontre li
Que vous li en criez merci:
Ce sera sens.

SALOMÉ.

A ce conseil, Zebel, m’assens;
Car il me semble raisonnable:
Mais je ne sçay de quoy coulpable
Vers li tant soie.

GABRIEL.

Michiel, bien devons mener joie;
Regardez com noble mistere!
Vierge est de son createur mere:
Car elle l’a vierge enfanté,
Et la divine majesté
C’est à enfermeté conjointe,
Et foy c’est a cuer d’omme adjointe
Pour tout ce croire.

MICHIEL.

Gabriel, c’est parole voire.
Dieu c’est fait homs dessous nature
Pour ce que soient l’escripture
Et tuit li prophete acompli,
Et li siéges es cieulx rampli
Qui sont touz vuidz.

GABRIEL.

Ce nous tournera à deduiz,
Michiel amis, et à grant gloire.
Par amour ors disons encoire
Ce rondel qui moult m’atalente:

RONDEL.

Vierge royal, dame excellente,
Sur toutes autres pure et monde,
Qui ne vous sert pensée à lente,
Vierge royal, dame excellente;
Car du fruit avez est à l’ente
Qui de nient crea tout le monde;
Vierge royal, dame excellente,
Sur toutes autres pure et monde.

SALOMÉ.

E! sire Diex, s’en vous habonde
Ne pitié ne misericorde,
Je vous pri de moy vous recorde,
Et me vueillez estre amiable,
Dieu du ciel, pére esperitable:
Car se j’ay n’en parler n’en fait
Riens, sire, contre vous meffait,
Pour quoy vous me punissiez ci,
De cuer vous en requier merci
Que le me vueillez pardonner,
Et me vueillez, sire, donner
Par vostre infinie bonté,
S’il vous plaist, parfaite santé
Dessus mes membres.

GABRIEL.

Salomé dame, or te remembres,
Que pour ce que tu n’as veu
Vierge enfanter, ne l’as creu;
Ains le vouloies esprouver;
Pour ç’a volu Dieux estriver
A toy qu’estrivoies à lui,
Et t’a envoié cest annuy
Qui te doit estre à grant contraire.
Or t’avise que Dieu peut faire
Plus que vierge faire enfanter,
Et, se tu le croiz sanz doubter,
Atouche l’enfant seulement,
Et tes mains saines vraiement
Recouvreras.

SALOMÉ.

Ha! sire, ne me moquez pas.
Qui estes vous? Dites le moy,
Si vous plaist, et je vous em proy:
Ne vous voi mie.

GABRIEL.

Je sui un ange, belle amie;
Sachez que je te compte voir.
Si tes mains veulz saines ravoir,
Fai ce qu’ay dit.

SALOMÉ.

Je le vois touchier sanz respit.
Enfes doulz et beneurez,
Si voirement com tu es nez
De vierge, et ainsi je le croy,
Et que mes mains en cette foy
Mett sur toy, Dieu par son plaisir,
Ains que de ci puisse partir,
A sa merci me vueille prendre!
Ha! Dieu, bien vous doy graces rendre,
Puis que tant m’avez honnouré
Que mes mains m’avez restoré,
Sire, en santé.

ZEBEL.

Il est Diex parfaiz en bonté,
Salomé, ce pouez savoir.
Nous devons espérer pour voir
Que cest enfant de par lui vient,
Puis qu’après l’enfanter il tient
Vierge la mère.

SALOMÉ.

Voire, et dire qu’il en est pére.
Zebel, moult doiz grant joie avoir,
Quant tel enfant poz recevoir.
Et vous, dame, moult estes digne,
Qui gisez de ceste gesine
Esmerveillable.

NOSTE DAME.

A Dieu, le pére esperitable,
En soit la gloire atribuée,
Quant de sa grace m’est donnée
Si grant partie.

SALOMÉ.

Ja ne quier estre departie
De vous, dame, s’il vous agrée,
Tant que vous soiez relevée
Tout à vostre aise.

NOSTRE DAME.

Chiére amie, ne vous desplaise,
Zebel seule bien me souffist.
Alez à celui qui vous fist
Qui vous gart l’âme!

SALOMÉ.

Je m’en vois donques. A Dieu, dame.
Puissiez remaindre!

SIMÉON.