« Je suis la paix, l’amour, et mon règne commence, »
Disait-il, et tous les souffrants suivaient ses pas…
Comme il était pressé par une foule immense,
Les enfants, qui voulaient le voir, ne pouvaient pas.
Les disciples disaient « Laissez passer le Maître ! »
Et plusieurs éloignaient les gens avec leur main,
Et les petits enfants qui voulaient le connaître
Se trouvaient écartés aussi de son chemin.
Les mères tout à coup sentaient leur main lâchée
Par le petit garçon et sa petite sœur,
Et les enfants, grimpant sur l’arbre de Zachée,
Regardaient de là-haut l’Homme de la douceur.
Quelques-uns à cheval sur le cou d’un bon père,
Et d’autres sur le bras de leur mère et pleurant,
Tous voulaient voir Celui qui disait : « Peuple, espère ! »
… Ils le sentaient si près de leur cœur, quoique grand !
Et Jésus, très fâché de voir qu’on les repousse :
« Laissez venir à moi tous ces petits enfants…
Ceux-là seuls qui, comme eux, ont l’âme pure et douce,
Au royaume du Père entreront triomphants.
« Et malheur à qui met un trouble dans leurs âmes !
S’il n’est pas criminel ou stupide, il est fou !
Il vaudrait mieux pour lui que, maudit par les femmes,
On le jette à la mer avec la pierre au cou !
« Car ces petits cœurs-là, c’est la source profonde
Qui sera fleuve, et court vers des lieux ignorés.
N’oubliez pas qu’ils sont l’espérance du monde,
Et l’avenir sera ce que vous les ferez. »
Il écarta la foule, et, foule plus petite,
Des centaines d’enfants accouraient, tout joyeux.
Recevant dans leur cœur, où l’avenir palpite,
La bénédiction qui tombait de ses yeux.
Sa main, sa belle main légère, les caresse,
Passant avec douceur sur leurs longs cheveux bruns ;
Il donne à tous sa paix, et la même tendresse…
Et pourtant son regard s’arrête à quelques-uns.
Il voudrait à chacun parler selon leurs âmes :
Il les baptise en lui de paix, d’espoir, de feu,
Surtout les plus petits, nichés au sein des femmes,
Oiseaux à peine éclos des mystères de Dieu.
Il les attire tous dans sa tiède pensée,
Comme la poule prend sous l’aile ses poussins,
Et les garde, nichée incertaine et pressée,
Un instant au berceau de ses profonds desseins.
Tous passent un instant dans cette âme féconde
Et tous l’aiment, sentant que tous ils lui sont chers,
Et le Dieu porte ainsi tout l’avenir du monde
Dans son cœur maternel qui refait l’univers.