XXXIII
L’INSCRIPTION SUR LA TERRE

Lorsqu’on vint lui parler de la femme adultère,
Avant d’éterniser, par un mot de son cœur,
La suave indulgence et le pardon vainqueur,
Il traça de son doigt des signes sur la terre.
Courbé vers le limon d’où l’homme fut tiré,
Que traçait-il à terre avec son doigt sublime ?
Hésitait-il encore à pardonner ce crime ?
Cherchait-il à parfaire un mot, le mot sacré ?
La femme qu’on avait surprise à demi nue,
Demeurait là, debout, triste et baissant les yeux,
Muette, à regarder l’homme mystérieux
Qui traçait sur le sol une chose inconnue.
— « Celui qui d’entre vous se trouve sans péché
Lui jette la première pierre, » dit le Maître.
Puis, se baissant encore, il refit, lettre à lettre,
Ce qu’il traçait du doigt, à genoux et penché.
Pourquoi les laisse-t-il, sans parler davantage,
Tous ces Pharisiens au sourire hideux ?
Pourquoi la laisse-t-il souffrir au milieu d’eux,
Pâle et debout, le sang de la honte au visage ?
Ils partirent, voyant qu’il écrivait toujours ;
Elle resta, sans qu’il parût y prendre garde.
Qu’attend-elle de lui, l’âme qui le regarde ?
Écrit-il son dégoût des terrestres amours ?
S’il écrit sur la terre, ah ! c’est que notre terre,
Qui nourrit les vivants et se nourrit des morts,
Lourde origine, impose à la chair sans remords
Le baiser, redoutable et beau comme un mystère !
C’est qu’elle est toute cause et toute excuse en nous,
Comme nous à la fois chose infime et sublime ;
L’eau du ciel l’alourdit mais un rayon l’anime :
C’est pourquoi, sur la terre, il écrit à genoux…
Et ce qu’il confiait à l’éternelle argile,
C’est l’éternel pardon que répandaient ses mains ;
Dans la terre qu’il creuse, il met tout l’Évangile,
Pour que le sol lui-même en parle aux pieds humains
Pour que, par nos talons, le sol, argile ou sable,
En tremblant nous l’envoie au cœur et sous le front,
Et qu’éternellement, dans tous ceux qui naîtront,
Ce qui périt ressente un verbe impérissable.
Et seul avec la femme, il dit, se relevant :
« Vous a-t-on condamnée ? »
Elle dit : « Non ! »
— « O femme,
Je ne condamne pas non plus ! Paix à votre âme ! »
Alors elle partit, consolée et rêvant…