Non, telle qu’elle s’est empreinte sur le voile
Que sur elle posa la tendre humanité,
La face de Jésus, divine sans étoile,
Ne garde pas le sceau de l’affront supporté.
Et ce n’est pas le sang qui, dessinant les lignes,
En a, dans l’éternel, fixé le beau contour ;
Non, elle a les candeurs des neiges et des cygnes,
Les pâleurs d’un albâtre où veille un feu d’amour.
Sur le voile éternel où luit l’image auguste,
Et que l’humanité baise encore en pleurant,
On voit, dans la beauté du front, l’âme du juste,
La paisible fierté d’un humble resté grand.
Le vendu de Judas, le renié de Pierre,
Devant aucun de ceux qui le crucifieront,
N’a jamais abaissé cette calme paupière :
C’est vers les humbles seuls qu’il a courbé le front.
Et la sueur de sang dans la grotte du doute,
Les noirs caillots, fleurons de ta couronne, ô Christ !
Sous tes yeux creux, les pleurs égrenés goutte à goutte,
Toute l’horreur s’efface en ta splendeur d’esprit !
La paix, la volonté, la force de ton âme,
Empreintes sur ton front, dominent les effrois,
Et notre âme, pourtant plus faible qu’une femme,
Oublie, — en regardant tes yeux, — l’horrible croix.