LXVI
AU BON VOLEUR

Béni, sois béni, bon voleur,
Pour avoir dit ces deux paroles,
Ami, c’est toi qui nous consoles
Dans cette suprême douleur ;
Toi qui relèves le nom d’homme,
A l’heure de la lâcheté,
Quand tous ses amis l’ont quitté,
Quand le grand crime se consomme.
Tu veux ta part de paradis ?
Mais ton cœur est bon, puisqu’il aime,
Tandis qu’ennemi de lui-même,
L’autre raille ce que tu dis.
Sois béni, pauvre misérable,
Sois envié par les meilleurs,
Pour avoir mis sur nos douleurs
Ton égoïsme secourable.
Et n’est-ce pas qu’il te fut bon,
En retour de ta confiance,
Le mot du Dieu de patience,
Son mot suave de pardon ?
N’est-ce pas qu’à la mauvaise heure
Où l’âme de nos lèvres sort,
Tu trouvas bon goût à la mort,
Un goût de paix intérieure ?
Quand ton souffle s’est envolé,
— Pour avoir, rien qu’une seconde,
Espéré le salut du monde,
Tu te sentis tout consolé…
Les moqueurs nient, dans un blasphème,
Qu’on entre au royaume des cieux…
Soit. C’est lui qui, délicieux,
Entre dans l’âme, dès qu’on aime.