LXXVI
JOSEPH D’ARIMATHIE CHEZ PILATE

PILATE.

Quoi ! vous, un sénateur, Joseph d’Arimathie,
Vous venez demander d’ensevelir Jésus !
Et vous blâmez sa mort, quand je l’ai consentie.
Ces sentiments nouveaux…

JOSEPH.

Je les ai toujours eus,
Jamais je n’approuvai la malice des autres,
Mais j’étais riche, faible, et même sénateur !
Comme sur lui la haine était sur ses Apôtres :
Je faisais comme vous, Pilate, j’avais peur !…
J’ai honte enfin de voir comment on l’abandonne…

PILATE.

Quand on court au-devant du blâme, on a grand tort.
Si je vous ai dit non, ma raison est fort bonne :
Quel bien lui ferez-vous maintenant qu’il est mort ?

JOSEPH.

Je soulage du moins la conscience humaine,
Vous avez décrété tant d’horreur aujourd’hui,
Qu’une vertu m’a pris, que la mesure est pleine
Et je vous secours, vous, Pilate, plus que lui.
Il ne faut pas qu’on dise à la race future
Qu’après avoir fait fuir, sous le vent de l’effroi,
Ses disciples, des gens simples dans leur nature,
Vous avez refusé le corps du Maître, à moi.
Je veux ensevelir cet homme comme un homme,
Et vous le permettrez, je vous prie, ou sinon
J’irai dire partout que le préfet de Rome,
Ayant tué Jésus, tremblait devant son nom.

PILATE.

Sa mort a fait souffler comme un vent de démence…
Allez donc enfouir à tout jamais son corps.

JOSEPH.

Sa mission finit, mais la nôtre commence…
Il ressuscitera, par nous, d’entre les morts.

A Nicodème qui l’attend au seuil :

Viens, parais maintenant, très humble ami du Maître,
Qui, comme moi, suivis en secret ses leçons.
Nous qui n’osâmes pas, vivant, le reconnaître,
Maintenant qu’il est seul dans la mort, paraissons !