Tous les matins, avant le réveil des oiseaux,
Sur le berceau, dont elle entr’ouvrait les longs voiles,
Sa mère déposait des fleurs, fines étoiles,
Du bleu de ses yeux, bleus comme les claires eaux.
Elle y posait des lys plus soyeux que la soie,
Droits et purs, mieux vêtus que le roi Salomon,
Car la beauté vaut mieux que l’éclat de Mammon,
Et la candeur inspire aux âmes de la joie.
Parfois elle apportait aussi des épis d’or,
Blonds comme les cheveux du petit enfant rose,
Et jamais près de lui ne laissait une chose
Qui ne lui parût pas plus riche qu’un trésor.
Près du berceau dormaient, entre des branches frêles,
Colombes, passereaux, libres, apprivoisés ;
Et lui, dès le réveil, envoyait des baisers
Aux fleurs, aux passereaux, aux douces tourterelles.
Il grandit. Quand il fut en âge de courir,
Il jouait, façonnant, avec un peu d’argile,
Des oiseaux et des fleurs, d’une grâce fragile,
Qu’il souhaitait de voir ou voler ou s’ouvrir.
Et c’est pourquoi, jeune homme, il sut dire aux Apôtres :
— « Si vous comprenez bien ce que j’ai sous le front,
Les âmes fleuriront, les cœurs s’envoleront…
Suivez ma voie. Il faut s’aimer les uns les autres. »