XIII
La Femme en France est moins que l’étranger

«Plus encore que le Français, la Française représente la plus haute expression du caractère national.»

Elisée Reclus.

Les Françaises qui caractérisent la France n’existent pas socialement, annulées, sans action. Elles restent à perpétuité hors la loi dans leur pays, puisqu’elles sont exclues des droits politiques. Ce ne sera cependant qu’en utilisant toute sa force cérébrale que la France s’assurera la prépondérance morale dans le monde.

On n’admet pas au droit commun les Françaises; mais on admet au droit commun les étrangers naturalisés: près de 14.000 étrangers sont, par an, faits citoyens Français.

Plus de la moitié de la nation française n’est pas représentée au Parlement tant que les femmes ne votent pas. Mais les nations Russe, Allemande, Belge, Anglaise, Italienne, Autrichienne, Espagnole, Américaine, Suisse, Hollandaise, Turque, Grecque, Suédoise, Danoise, Norvégienne, Portugaise, Japonaise, Chinoise, Bulgare, Serbe, sont représentées au Parlement Français. Les natifs de ces pays sont devenus électeurs et éligibles chez nous, exercent une influence sur nos assemblées administratives et législatives au profit de leur véritable et première patrie. Ils peuvent faire prendre des déterminations préjudiciables à nos intérêts nationaux, insinuer une mentalité anti-française, tandis que les femmes Françaises, point citoyennes, sont dans l’impossibilité de défendre la France contre ces étrangers.

L’exclusion des droits politiques des femmes contribuables, justiciables qui forment la majorité des Français, est un sabotage des principes patriotiques et républicains qui amoindrit la France et met en péril la République.

Pendant que les députés refusent de faire électeurs les femmes de France, le gouverneur général de l’Afrique Equatoriale française, demande d’admettre sans discussion—par décret—les nègres du Congo à être citoyens, et cette proposition de faire voter les nègres du Congo est immédiatement prise en considération et mise à l’étude par le ministre des Colonies. C’est que les intérêts des nègres du Congo et les intérêts des députés sont connexes; tandis que les intérêts des femmes et les intérêts des députés sont en opposition.

Les noirs du Congo seront faits électeurs, parce qu’en votant, ils augmenteront le nombre des sièges législatifs.

Les femmes ne sont pas admises à voter parce que les députés ne sont point intéressés à ce qu’elles votent. Comptées déjà, contribuant par leur nombre à créer des sièges législatifs, elles ne procureraient pas une place de plus à la Chambre, et en doublant le nombre des électeurs elles rendraient plus difficile d’être élu.

Les noirs des Antilles, de la Guadeloupe, du Sénégal qui ne parlent pas notre langue, qui ne subissent pas nos lois, possèdent depuis longtemps le bulletin de vote.

Les gouvernants élèvent jusqu’à eux, les plus sauvages indigènes de nos colonies parce qu’ils leur assurent des fiefs électoraux. Ils font des étrangers qui contribuent à leur garantir ces fiefs, des égaux politiques. Mais les femmes serves, ne disposant pas des fiefs dont elles ont été spoliées par les hommes, sont laissées au-dessous de tout.

Les Françaises devraient être en France, au moins aussi bien traitées que les étrangers.

C’est anti-français d’accorder aux hommes nés hors de notre territoire des privilèges que les naturelles, que les filles du pays ne possèdent pas.

En la France hospitalière, l’étranger est partout bien accueilli. Il trône dans les salons, il est embauché par les employeurs et par l’Etat. Une grande partie du personnel des établissements dépendant de l’Etat, des départements et des communes est étranger. Le cosmopolitisme pousse les habitants de notre pays à renoncer à toute initiative propre, à accepter les yeux fermés la manière de se vêtir, de se chausser, de se loger, de vivre et de penser de l’étranger.

A l’instigation des étrangers nous cessons d’être nous mêmes. Nous transformons notre langue, nous changeons de manière de voir, nous sommes conquis moralement par les Anglais, les Allemands, les Américains.

Je propose de mettre un impôt sur les anti-patriques qui remplacent les mots de notre langue par des mots étrangers: «L’homme qui aime les autres pays autant que le sien, dit Roosevelt, est un tout aussi nuisible membre de la société, que celui qui aime les autres femmes autant que la sienne.»

La France se montre meilleure pour les hommes nés à l’étranger que pour les femmes sorties de son sein.

L’étranger naturalisé a tous les droits des nationaux mâles. Il est électeur, il est éligible, il est trouvé apte à remplir les bons emplois, les hautes fonctions, cependant que des femmes nées en France de parents français sont comme les repris de justice, des dégradées civiques.

Les étrangers ont en France de hautes situations auxquelles les femmes ne peuvent prétendre. Des étrangers sont auditeurs au Conseil d’Etat, mais pas de femmes.

A l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, il y a beaucoup de correspondants et de membres associés Allemands, mais pas de femmes.

L’étranger est en France plus favorisé d’honneurs et de sinécures que les femmes. Il obtient plus facilement qu’elle du travail, et ce travail souvent mal exécuté, est mieux rétribué que celui des femmes.

L’homme étranger peut en France faire concurrence aux ouvriers français, en travaillant au-dessous du tarif des syndicats. Il faut bien qu’il vive le pauvre!... Ne sommes-nous pas tous frères devant les syndiqués?

La femme française, elle, doit mourir de faim ou se prostituer, plutôt que d’accepter de travailler au-dessous du tarif syndical. Si elle se le permet en raison de son infériorité légale, qui fait déprécier son travail, elle est exclue du syndicat, et ses collègues mâles font grève pour obtenir son expulsion de l’imprimerie ou de la fabrique qui emploie.

Or, ces socialistes qui exigent que les femmes infériorisées par la loi soient aussi payées que les hommes qui font la loi, lorsqu’ils deviennent patrons, comme à la verrerie d’Albi, ils donnent aux femmes 1 fr. 25 pendant qu’ils s’attribuent 12 francs par jour[16].

La concurrence étrangère

Les Allemands sont plus chez eux en France que les femmes qui perpétuent la nation française.

Ils nous vendent leur pacotille, des pneumatiques d’automobiles, des échelles de pompiers, des instruments de chirurgie, etc.

Les Allemands auxquels l’abaissement de la France importe tant, ont, dit Edouard Drumont, monopolisé chez nous les industries intéressant la défense nationale. Ils nous fournissent à bon marché l’acétate qui entre dans la composition de la poudre B, cause de tant de catastrophes.

Le congrès du bâtiment tenu à Bordeaux en avril 1912 s’est occupé de la situation faite aux ouvriers français, par les nombreux ouvriers venant de l’étranger et auxquels, même l’état, confie des travaux importants.

En donnant des détails sur ces travaux, les congressistes nous ont appris que le monument de Waldeck-Rousseau du sculpteur Marqueste, érigé à l’aide d’une souscription nationale, a été exécuté à Sarraveza en Italie. Celui du Vengeur commandé pour le Panthéon par l’Etat à M. Ernest Dubois, a été exécuté à Carrare. La fontaine décorative de la place du Carrousel, dont l’auteur est M. Larche a été exécutée dans les ateliers de M. Pelligripi. Le buste de Paul Déroulède par Pallez a été sculpté à Carrare.

Est-ce que l’on ne pourrait pas faire travailler à Paris le marbre de Carrare?

Les artistes qui font exécuter leurs œuvres en Italie, et les grands éditeurs qui font imprimer leurs livres à Londres et à Berlin devraient être frappés d’énormes taxes, car beaucoup de Français pâtissent, pendant que les Italiens, les Anglais et les Allemands mangent notre pain national.

Plus d’un million d’étrangers font chez nous concurrence aux travailleurs français.

En voyant préférer, à elles, les étrangers, les femmes françaises se révoltent. Une fabrique de conserves alimentaires qui employait pour écosser les petits pois, des ouvrières Belges, fut dernièrement envahie par des centaines d’ouvrières françaises qui se plaignaient qu’on donnait leur place aux étrangères. Elles pénétrèrent dans l’usine en frappant les gendarmes qui s’opposaient à leur entrée et elles demandèrent que le travail fût attribué aux françaises, au lieu d’être donné aux étrangères: Ces femmes avaient raison.

Les étrangers viennent nous prendre notre clientèle, notre travail, nos gains, nos bénéfices. Ils deviennent médecins avec des diplômes étrangers. Ils sont propriétaires de milliers d’hectares de terre. Ils fondent chez nous des maisons de commerce, des usines. Ils exploitent notre sol et notre sous-sol.

Les espions Allemands se font en France, industriels. Les Anglais aux griffes puissantes ont les mains mises sur tout ce qui leur paraît bon à prendre.

Les déchets sociaux de tous les pays font de Paris, un repaire de bandits. Sur sept malfaiteurs il y a six étrangers.

La France installe les espions à son foyer. Les 103.000 allemands qui vivent à Paris, sont des envahisseurs dont la pénétration choque l’esprit national.

L’homme étranger jouit à Paris de tant de considération, qu’il trouve facilement dans le commerce 100.000 francs de crédit. La femme française ne trouve pas crédit pour 20 kilos de pain.

Quand, pour exercer les droits politiques on n’assimile pas les françaises aux français, comment peut-on assimiler les étrangers aux français pour exercer les droits politiques?

La mise du bulletin de vote en la main de l’étranger est une capitulation qui lui livre notre destinée et lui donne le droit de nous imposer sa loi.

En laissant la majorité de ses membres—les femmes—au-dessous des étrangers, la nation française se rend inapte à résister à la déformation que lui imprime l’infiltration étrangère.

Des étrangers naturalisés ne peuvent envisager nos affaires et nos intérêts comme des français d’origine. Comment se fait-il donc que ces étrangers naturalisés jouissent des prérogatives que les natives de France ne possèdent pas?

Blanqui demandait: Que serons-nous demain si nous n’avons plus de patrie?

La patrie est comme une maison familiale dont tous les habitants sont censés être de la même famille.

Eh bien, les femmes nées en France de parents français sont des sans-patrie, non à la manière internationaliste qui fait disparaître les frontières sous les fraternelles étreintes des peuples, mais selon la légalité napoléonienne qui traite la femme, en errante sans feu, ni lien, qui n’a d’autre nationalité que celle de ses maris successifs.

On lit dans le code civil article 19: La femme française qui épouse un étranger suit la condition de son mari[17].

Ce ne sera qu’en devenant citoyennes que les françaises s’assureront le droit d’avoir une patrie. Actuellement dans leur pays, chez elles, les Françaises sont moins que des Anglais, des Italiens, des Belges, des Allemands naturalisés qui peuvent trancher de tout dans la commune et dans l’Etat.

Pourquoi cette prééminence chez nous des étrangers sur les femmes?

Aux femmes qui les complètent, les français doivent toutes leurs joies.

Aux étrangers qui menacent leur sécurité, qui enlèvent, avec le travail, le pain quotidien, les français ne doivent que des angoisses et de la pauvreté. Cependant, ce n’est pas aux femmes, qui se feraient leurs auxiliaires pour assurer leur bonheur, c’est aux étrangers qu’ils donnent le bulletin de vote qui leur facilitera de prendre leur territoire après avoir pris leur gain.

Est-ce logique: que les étrangers qui trouvent avantageux d’adopter, provisoirement, la France pour patrie, la gouvernent, alors que les femmes sorties des entrailles nationales n’ont le droit d’y décider de rien?

Ceux qui crient: «La France aux Français», aiment mieux que la France soit aux étrangers qu’aux Françaises.

Au lieu d’élever la France, en faisant de cette patrie des hommes, la patrie des hommes et des femmes, en centuplant par la coopération de tous ses habitants, la puissance d’irradiation du pays, flambeau de l’humanité; ceux qui se qualifient patriotes, souffrent que la France soit rapetissée par l’annulement de plus de la moitié de ses enfants. Ils tolèrent que la patrie soit dépouillée du concours moral et intellectuel des vingt millions de femmes. La France amputée des femmes, n’est qu’une demi-France, tandis que la France où les femmes voteraient et légiféreraient conjointement avec les hommes, serait une France et demie.

Quand augmentera-t-on notre patrie, en cessant d’en faire un clan restreint au sexe masculin de l’univers?