Si la nature, en la chargeant de perpétuer l’espèce humaine, a destiné la femme à être choyée dans les sociétés civilisées, qui se préoccuperont de réaliser le perfectionnement physique et intellectuel des générations, en notre temps si barbare, sous son masque progressif, la femme, parce que paria politique, est moins bien traitée que les animaux.
Dans l’étable, on garnit mieux le râtelier des herbivores féconds, on accorde meilleure ration et meilleure place à la jument, à la vache, à la brebis en état de gestation, car on escompte le profit que l’on tirera de leur produit. Tandis que dans la maison, les femmes enceintes ne sont pas exemptes de soucis matériels.
Le surmenage, les privations imposées par la nécessité de satisfaire aux besoins de leurs premiers-nés, alourdissent le fardeau des génératrices; et les accablées par une sixième maternité ne reçoivent point, comme les chevaux d’omnibus dans les rues de Paris, de renfort pour monter la voie douloureuse qui conduit à l’enfantement.
La future mère, débilitée, ne peut procréer que la souffrance. Ses enfants, mal à l’aise dans son sein, porteront toute leur vie la marque de leur misère originelle.
Pourquoi les hôpitaux sont-ils encombrés de scrofuleux et de rachitiques?
—Parce que les mères ne sont point dans les conditions voulues pour pouvoir mettre au monde des enfants normaux.
En indemnisant la maternité, on réduirait le nombre des dégénérés qui absorbent le budget de l’Assistance.
Mais, comment faire comprendre aux pouvoirs publics, en lesquels le seul sexe masculin est représenté, que la suppression des privations maternelles relèverait la race, et qu’il y aurait encore plus d’avantages à obtenir de beaux et robustes humains que de jolis poulains?
La législation élaborée sans le concours des femmes s’abstient de tenir compte des intérêts féminins.
C’est parce qu’elles sont tenues en dehors du droit commun, que les femmes ne bénéficient pas des avantages sociaux.
Eliminées des emplois et du bon travail, les Françaises sont, en toutes occasions, frustrées.