XXV
L’enfant, source de profits pour l’homme

Aux mâles rapaces qui occupent toutes les sinécures et de plus en plus accaparent les métiers féminins, se font couturières, modistes, corsetières, essayeurs de jupons, détaillants de rubans, il n’est qu’une profession qui demeure inaccessible: c’est celle d’allaiter les enfants; si, à l’étonnement des mères de famille, les hommes remplissent à l’assistance publique, le rôle de nourrices sèches, ils ne parviennent jamais à être des «nourrices» véritables, à donner à téter aux bébés, attendu, que le biberon naturel leur fait défaut.

On pourrait espérer que la profession qui leur est interdite par la nature et qui assure la conservation des nouveau-nés—l’allaitement naturel diminuant les chances de mort, alors que l’allaitement artificiel les augmente—inspirerait aux hommes, inaptes à nourrir les enfants au sein, quelques considérations ou tout au moins la pensée de protéger ce facteur indispensable de peuplement: la nourrice. Eh bien, le sexe masculin ne s’embarrasse pas des détails sociaux essentiels, qui fixeraient d’abord l’attention des femmes, si elles avaient leur part de pouvoir.

La commission chargée de trouver le moyen de diminuer la mortalité infantile est exclusivement composée d’hommes. On ne comprend pas que faire exister l’enfant, après sa vie utérine, soit rôle de femme. Toute la science, renforcée d’expérience de maternité des doctoresses et des sages-femmes, n’a pu déterminer à les faire rivaliser avec les hommes qui se sont sans vergogne attribué les fonctions de nourrice.

Les exproprieurs ensuite clament: Femmes! dédaignez le vain droit de vous occuper des affaires publiques! restez dans votre beau rôle de mère!—Le rôle de mère, ils nous l’ont enlevé dès qu’ils ont vu que le petit humain pouvait être source de profits.

La femme produit l’enfant et c’est l’homme qui tire de lui des avantages. Un homme, l’accoucheur, cueille le fruit de la femme en mesure de bien payer; d’autres hommes gagnent leur vie à immatriculer les nouveau-nés sur le registre de l’état-civil. Si l’enfant est abandonné, il est encore tributaire de tous les fonctionnaires de service des enfants assistés.

En entrant dans la vie, un bébé procure des revenus aux hommes. Le sexe masculin entend nécessairement se réserver le droit de mettre en portefeuille ce petit titre de rente vivant. Aussi a-t-il décidé que, seuls les détenteurs du bulletin pourraient bien vivre de l’enfant. Voilà pourquoi les préfets se sont substitués aux matrones pour inspecter le service des nourrices et des nourrissons.

Les hommes jouent à la mère, surveillent nourrissons et nourrices. La 2e section du 5e bureau de la préfecture de police est chargée de la surveillance des nourrissons, du placement à l’hospice des enfants abandonnés et de l’examen des pièces et des soins des nourrices.

Pourquoi les agences de l’assistance ne sont elles pas dirigées par des femmes? Parce que les femmes ne votent pas, et que seuls les électeurs ont le monopole des emplois français.

Les femmes sont, au détriment général exclues de tout dans la commune et dans l’état, parce qu’elles n’exercent pas leurs droits politiques.