§ 483. Quant ceste arrière chartre, qui s’appelle
lettre des renonciations tant d’un roy comme de
l’autre, fu escripte, grossée et seelée, on le lisi et
[47] publia generaument en le cambre dou Conseil, presens
les deux rois dessus nommés et leurs consauls: si
sambla à çascun à estre belle et bonne, bien dittée et
bien ordenée. Et là de rechief jurèrent li doy roy et
5leur doy ainsnet fil, sus les saintes ewangiles corporelment
touchies et sus le corps Jhesu Cris sacré, à
tenir, garder et acomplir et non enfraindre tous les
coses dessus dittes. Depuis encores, par l’avis et regard
dou roy de France et de son estroit conseil et
10sus le fin de leur parlement, fu requis li rois d’Engleterre
que il volsist donner et acorder une commission
general qui s’estendesist sus tous ciaulz qui
pour le temps tenoient en l’ombre de se guerre
villes, chastiaus ou forterèces ou royaume de France,
15par quoi il euissent cause, commandement et cognissance
de vuidier et partir.
Li rois d’Engleterre, qui ne voloit que tout bien
et bonne pais nourir entre lui et son frère le roy de
France, ensi que juré et prommis l’avoit, descendi à
20ceste requeste legierement, et li sambla de raison.
Et commanda à ses gens que elle fust faite sus le
milleur fourme que on poroit, à l’entente et discretion
dou roy de France son frère et de son conseil.
Adonc de rechief se remisent li plus especial dou
25conseil des deux rois dessus nommés ensamble, et
fu là jettée, escripte et puis grossée, par l’avis de
l’un et de l’autre, une commission dont la teneur
s’ensieut ensi.
§ 484. «Edouwars, par le grasce de Dieu roy d’Engleterre,
30signeur d’Irlande et d’Acquitainnes, à tous
nos chapitainnes, gardes de villes et de chastiaus,
[48] adherens et alliiés estans ès parties de France, tant
en Pikardie, en Bourgongne, en Ango, en Berri, en
Normendie, en Bretagne, en Auvergne, en Campagne,
en [Mainne[399]] et en Tourainne et en toutes les
5mètes et limitations dou demainne et de le tenure
de France, salut. Comme paix et acord soient fait
entre nous, nos alliiés, aidans et adherens, d’une
part, et nostre très chier frère le roy de France, ses
alliiés et adherens, d’autre part, sus tous les debas
10et descors que nous avons eu dou temps passet ou
porions avoir ensamble, et aions juré sus le corps
Jhesu Cris la ditte pais, et ossi nostre très chier fil et
ainsné et aultres enfans, et cil de nostre sanch avoec
pluiseurs prelas, barons, chevaliers et des plus notables
15de nostre royaume; et ossi ont juré nostre dit
frère et nostre dit neveu le duch de Normendie et
nos aultres neveus ses enfans et pluiseur de leur
sanch avoech pluiseurs prelas, barons, chevaliers dou
dit royaume de France; comme ensi soit ou aviegne
20que aucun guerrieur de nostre royaume et de nos
subgès se poront efforcier de faire ou d’entreprendre
aucune cose contre la ditte pais, en prenant ou detenant
forterèces, villes, cités ou chastiaus, ou faisant
pillage ou prenant gens ou arrestant leurs corps,
25leurs biens ou marchandises, ou aultres coses faisant
contre la ditte pais, de quoi il nous desplairoit très
grandement et ne le porions nullement ne vorrions
passer sus l’ombre de dissimulation en aucune manière,
nous volons obviier de tout nostre pooir ès
30coses dessus dittes. Si volons, desirons et ordonnons
[49] par deliberation de notre conseil, de certainne sieute,
que, se nulz de nos subgès, de quelconques estat ne
condition qu’il soit, face ou efforce de faire contre
le pais, en faisant pillages, prenant ou detenant forterèces,
5personne ou biens quelconques dou royaume
de France ou aultres de nostre dit frère, de ses subgès,
alliiés et adherens ou aultres quelconques facent
contre la ditte pais, et il n’est delaissié, cessé et deporté
de ce faire et rendre les damages que fais ara
10dedens un mois apriès ce que il ara esté sur ce requis
par aucuns de nos officiiers, sergans, persones
publiques, [que[400]] par tel fait seulement et sans aultres
procès, condempnation ou declaration il soient dès
lors tous reputés pour banis de nostre royaume et
15de tout nostre pooir et ossi dou royaume et terre de
nostre dit frère, et tous leurs biens confisqués et
obligiés à nous et à nostre demainne. Et se il pooient
estre trouvé en nostre royaulme, nous commandons
et volons expressement que punitions en soit faite
20comme de traittes et rebelles à nous, par le manière
qu’il est acoustumé à faire en crime de l’estat majestal,
sans faire sur ce grace, remission, souffrance ne
pardon. Et samblablement le volons faire de nos
subgès, de quelconque estat qu’il soient, qui en
25nostre royaume deçà et delà la mer prenderont, occuperont
et detenront forterèces quelconques contre
le volenté à ceulz de qui elles seront, ou qui bouteront
feus, ranceneront villes ou personnes, en facent
pillages ou roberies, ou feront ou esmouveront
[50] guerre en nostre pooir et sous nos subgès. Si mandons,
commandons et enjoindons destroitement et
expressement à tous nos seneschaus, baillieus, prevos,
chastellains ou aultres nos officiiers, sur quanque
5il se poeent fourfaire envers nous, et sus painne
de perdre leurs offisses, qu’il publient et facent publiier
ces presentes par tous les lieus notables de
leurs senescaudies, baillietés, prevostés et chastelleries,
et que nulz, ce mandement oy et veu, ne demeure
10en forterèce qu’il tiegne ou dit royaume de
France hors de l’ordenance et dou trettiet de le
pais, sus à estre ennemis à nous et à nostre dit frère
le roy de France, et toutes les coses dessus dittes
gardent et facent garder enterinement et acomplir
15de point en point. Et sacent tout que, se il en sont
negligent ou defallant, avoech le painne dessus ditte,
nous leur ferons rendre les damages à tous ceulz qui
par leur deffaute ou negligense aront esté grevés ou
damagiés. Et avoech ce les en punirons par tel manière
20qu’il sera exemples à tous aultres. En tesmoing desquèles
coses, nous avons fait faire cestes nos lettres
patentes, données à Calais le vingtquatrime jour dou
mois d’octembre, l’an de grasce Nostre Signeur mil
trois cens et soissante.»
25§ 485. Apriès toutes ces coses faites et devisées et
ces lettres et commissions baillies et delivrées, et si
bien tout ordonné par l’avis adonc de l’un et de l’autre
que les parties se tenoient pour content, voirs est
qu’il fu parlé de monsigneur Charle de Blois et de
30monsigneur Jehan de Montfort sus l’estat de Bretagne,
car cescuns reclamoit avoir grant droit à l’iretage
[51] de Bretagne. Et quoique là en fust parlementé
et regardé comment on poroit couchier les coses et
yaus apaisier, riens n’en fu diffiniement fait; car, si
com je fui depuis enfourmés, li rois d’Engleterre et
5li sien n’i avoient mies trop grant affection. Car il
presumoient le temps à venir, pour ce que il couvenoit
toutes manières de gens d’armes de leur costé
partir et vuidier des garnisons et forterèces qu’il tenoient
à present et avoient tenu ou royaume de
10France, et retraire quel part que fust; et mieulz valoit
et plus pourfitable estoit que cil guerrieur et
pilleur se retraisissent en la ducé de Bretagne, qui est
uns des cras pays dou monde et bons pour tenir
gens d’armes, que donc qu’il revenissent en Engleterre,
15car leur pays en poroit estre perdus et robés.
Ceste imagination fist assés briefment passer les Englès
le parlement et l’article de Bretagne, dont ce fu
pechiés et mal fait que on n’en esploita aultrement;
car, se li doy roy volsissent bien acertes par l’avis
20de leurs consaulz, pais euist là esté entre les parties
dessus dittes, et se fust cescuns tenus à ce que on li
euist donné et departi, et si euist messires Charles de
Blois reus ses enfans qui gisoient prisonnier en Engleterre,
et si euist plus longement vescu qu’il ne
25fist. Et pour ce qu’il n’en fu riens fait, onques les
guerres ne furent si grandes en la ducé de Bretagne,
en devant l’ordenance de la pais des deux rois dont
nous parlons maintenant, que elles ont estet depuis,
si com vous orés avant en l’ystore et par les signeurs,
30barons et chevaliers dou pays de Bretagne qui ont
soustenu l’une opinion et l’autre: siques li dus
Henris de Lancastre, qui fil vaillans sires, sages et
[52] imaginatis, et qui trop durement amoit le conte de
Montfort et son avancement, dist au roy Jehan de
France, present le roy d’Engleterre et le plus grant
partie de leurs consaulz: «Sire, encores ont les
5triewes de Bretagne, qui furent prises et données
devant Rennes, à durer jusques au premier jour de
may qui vient. Là en dedens envoiera li rois nos
sires, par le regard de son conseil, gens de par lui
et de par son fil le jone duch monsigneur Jehan de
10Montfort, en France devers vous, et cil aront pooir
et auctorité d’entendre et de prendre tel droit que li
dis messires Jehans poet avoir de le succession son
signeur de [père] à la ducé de Bretagne, et que vous
et vos consaulz et li nostres mis ensamble en ordonneront.
15Et pour plus grant seurté, c’est bon que les
triewes soient ralongies jusques à le Saint Jehan
Baptiste ensievant.» Ensi fu il fait comme li dessus
dis dus de Lancastre le parlementa, et puis parlèrent
li signeur d’aultre cose.
20§ 486. Li rois Jehans de France, qui avoit grant
desir de retourner en son royaume, et c’estoit raisons,
moustroit au roy d’Engleterre de bon corage
tous les signes d’amour qu’il pooit et ossi à son neveu
le prince de Galles, et li rois d’Engleterre otant bien
25à lui. Et par plus grant conjonction d’amour, li doi
roy, quoique il s’appelassent par l’ordenance de le
pais frère, donnèrent à quatre chevaliers, cescuns de
son costé, le somme de huit mil frans françois de
revenue par an, c’est à entendre cescun deux mil.
30Et pour ce que la terre de Saint Salveur le Visconte
en Constentin, qui venoit au roy d’Engleterre dou
[53] costé monsigneur Godefroy de Harcourt, par don et
par vendage que li dis messires Godefrois en avoit
fait au dit roy d’Engleterre, si com il est contenu ci
dessus en ce livre, et que la ditte terre estoit hors
5de l’ordenance dou trettié de le pais, et couvenoit
que, quiconques tenist la terre, qu’il en fust homs de
fief et d’ommage au roy de France, et pour celi cause
li rois d’Engleterre l’avoit donné et reservé à monsigneur
Jehan Chandos, qui pluiseurs biaus services li
10avoit fais et à ses enfans. De quoi li rois de France,
par grant deliberation de corage et d’amour, le conferma
et seela, à le priière dou roy d’Engleterre, au
dit monsigneur Jehan Chandos, à tenir et possesser
ensi comme son bon hyretage. Si es ce une moult
15belle terre et rendable, car elle vault bien une fois
l’an seize mil frans. Encores avoech toutes ces coses
furent pluiseurs aultres lettres faites et alliances,
desquèlez je ne puis mies dou tout faire mention; car
quinze jours ou environ que li doy roy et leur enfant
20et leurs consaulz furent en le ville de Calais, tous les
jours y avoit parlemens et nouvelles ordenances, en
reconfermant et alloiant le paix. Et d’abundant
renouvelloient lettres, sans brisier ne corrompre les
premières, et les faisoient toutes sus une datte pour
25estre mieulz seures et plus approuvées, desquèles je
euch depuis le copie par les registres de le cancelerie
de l’un roy et l’autre.
§ 487. Quant toutes ces coses furent si bien devisées
et ordonnées que nulz n’i savoit ne pooit par raison
30riens amender ne corrigier, et que on ne cuidoit
mies, par les grandes alliances et obligations où li doy
[54] roy et leur enfant estoient loiiet et avoient juret, que
ceste pais se deuist brisier, mais si fist, si com vous
orés avant ens ou livre, et que tout cil qui devoient
estre ostagiier pour le redemption dou roy de France
5furent venu à Calais, et que li rois d’Engleterre
leur eut juré à tenir et garder paisieulement en son
royaume, et que li sis cens mil florin furent paiiet
as deputés le roy d’Engleterre, li dis rois d’Engleterre
donna au roy de France en son chastiel de Calais un
10moult grant souper et bien ordonné. Et servirent si
enfant et li dus de Lancastre et li plus grant baron
d’Engleterre à nus chiés. Apriès ce souper, prisent finablement
li doy roy congiet li un à l’autre moult amiablement,
et retourna li rois de France à son hostel.
15A l’endemain, qu’il fu la vigile Saint Symon et Saint
Jude, se parti li rois de France de Calais, et tout cil de
son costet qui partir se devoient. Et se mist li rois de
France tout à piet en istance que pour venir en pelerinage
à Nostre Dame de Boulongne, et li princes
20de Galles et si doi frère en se compagnie, monsigneur
Leonniel et monsigneur Aymon. Et ensi vinrent il
tout de piet et devant disner jusques à Boulongne,
où il furent receu à grant joie. Et là estoit li dus de
Normendie, qui les attendoit. Si vinrent li dessus dit
25signeur tout à piet en l’eglise Nostre Dame de Boulongne,
et fisent leurs offrandes moult deuement, et
puis tournèrent en l’abbeye de laiens, qui estoit appareillie
pour le roy recevoir et les enfans dou roy
d’Engleterre. Si furent là ce jour et la nuit ensievant
30dalés le roy en grant revel; et l’endemain bien
matin il retournèrent à Calais devers le roy leur père,
qui les attendoit. Si repassèrent tout cil signeur
[55] ensamble le mer et li ostagiier de France: ce fu la
vigile de Toussains l’an mil trois cens et soissante.
§ 488. Or est raisons que je vous nomme tous les
nobles dou royaume de France qui entrèrent en Engleterre
5pour le roy de France: premierement monsigneur
Phelippe duc d’Orliiens jadis filz dou roy
Phelippe de France, en apriès ses deux neveus, le
duch d’Ango et le duch de Berri, et puis le duch de
Bourbon, le conte d’Alençon, monsigneur Jehan
10d’Estampes, Gui de Blois pour le conte Loeis de
Blois son frère, le conte de Saint Pol, le conte de
Harcourt, le conte daufin d’Auvergne, monsigneur
Engherant signeur de Couci, monsigneur Jehan de
Lini, le conte de Porsiien, le conte de Brainne, le
15signeur de Montmorensi, le signeur de Roie, le
signeur de Praiiaus, le signeur d’Estouteville, le signeur
de Clères, le signeur de Saint Venant, le
signeur de la Tour d’Auvergne, le signeur d’Englure,
le signeur de Trainiel, le signeur de Maulevrier,
20le signeur de Bouberk et le signeur d’Andresel
et encores des aultres que je ne puis ou sai
tous nommer. Ossi de la bonne cité de Paris, de
Thoulouse, de Roem, de Rains, de Bourges en Berri,
de Tours en Touraine, de Lyons sus le Rosne, de
25Sens en Bourgongne, d’Orliiens, de Troies, de Chaalons
en Champagne, d’Amiens, de Biauvais, d’Arras,
de Tournay, de Kem en Normendie, de Saint Omer,
de Lille et de Douay, de çascune deux ou quatre
bourgois. Si passèrent finablement tout le mer et
30s’en vinrent amanagier en le bonne cité de Londres.
Là les recarga li rois d’Engleterre au maieur de Londres
[56] et à ses officiiers, et leur commanda et enjoindi,
sur quanqu’il se pooient meffaire envers lui, que il
fuissent à ces signeurs et à ces gens courtois, et les
fesissent yaus et leurs gens tenir en pais, car il estoient
5en se garde. Li commandemens dou roy fu
tenus et bien gardés en toutes manières. Et aloient
cil hostagier jeuer sans peril et sans rihote aval le
cité de Londres et environ. Et li signeur aloient cachier
et voler à leur volenté et yaus esbatre et deduire
10sus le pays et veoir les dames et les signeurs
ensi comme il leur plaisoit; ne onques ne furent
constraint, mais trouvèrent le roy d’Engleterre moult
amiable et moult courtois. Or parlerons un petit dou
roy de France qui estoit venus à Boulongne.
15§ 489. Li rois de France ne sejourna gaires à Boulongne
sus mer, mès s’en parti tantost apriès le fieste
de le Toussains, et vint à Moustruel et puis à Hedin,
et fist tant que il entra en le bonne cité d’Amiens, et
partout estoit il receus grandement et noblement.
20Quant il eut esté à Amiens, où il se tint priès jusques
au Noel, il s’en parti et vint à Paris. Là fu il solennelment
et reveramment receus, et à grans pourcessions
de tout le clergié de Paris amenés et aconvoiiés
jusques au palais là où il descendi, et messires Phelippes
25ses filz ossi, et tout li signeur qui avoecques
le roy estoient. Et là fu li disners grans et nobles et
bien estoffés. Je ne vous aroie jamais devisé com
poissamment li rois de France fu recueilliés, à ce retour
en son royaume, de toutes manières de gens,
30car il y estoit moult desirés. Se li donna on des biaus
dons et fist on des riches presens, et le vinrent veoir
[57] et viseter li prelat et li baron de son royaume, et le
festioient et conjoissoient ensi comme il apertenoit,
et li rois les recevoit doucement et bellement, car
moult bien le savoit faire.
5§ 490. Assés tost apriès ce que li rois Jehans fu
retournés en France, passèrent le mer li commis et
establi de par le roy d’Engleterre pour prendre le
possession de[s] terres, des pays, des contés, des
seneschaudies, des cités, des villes, des chastiaus et des
10forterèces qui li devoient estre baillies et delivrées
par le trettiet de le pais. Si ne fu mies si tost fait,
car pluiseurs signeurs en le Langue d’och ne veurent
mies de premiers obeir ne yaus rendre au roy d’Engleterre,
quoique li rois de France les quittast de foy
15et d’ommage, et leur venoit à trop grant contraire et
diversité ce que estre englès les couvenoit, et especialment
ens ès lontainnes marces, le conte de Pieregorch,
le conte de Comminges, le visconte de
Chastielbon, le visconte de Quarmain, le signeur de
20Taride, le signeur de Pincornet et pluiseur aultre.
Et s’esmervilloient trop dou ressort dont li rois de
France les quittoit. Et disoient li aucun que il n’apertenoit
mies à lui à quitter et que par droit il ne le
pooit faire, car il estoient en le Gascongne trop anciiennement
25chartret et privilegiiet dou grant Charlemainne,
qui fu rois de France et d’Alemagne et emperères
de Romme, que nuls rois de France ne pooit
mettre le ressort en aultre court qu’en le sienne, et
pour ce ne veurent mies cil signeur de premiers legierement
30obeir. Mais li rois de France, qui voloit
tenir et à son pooir acomplir ce qu’il avoit juret et
[58] seelet, y envoia monsigneur Jakemon de Bourbon,
son chier cousin, liquelz apaisa le plus grant partie
de ces signeurs. Et devinrent homme cil qui devenir
le devoient au roy d’Engleterre, li contes d’Ermignach,
5li sires de Labreth et moult d’aultres qui à le
priière dou roy de France et de monsigneur Jakemon
de Bourbon obeirent, com envis que ce fust.
A l’autre costé, ossi sus le marine, en Poito et en
Rocellois et tout en Saintonge, vint il à trop grant
10desplaisir as barons, as chevaliers et as bonnes villes
dou pays, quant il les couvint estre englès. Et par
especial cil de le ville de le Rocelle ne s’i voloient
acorder et s’escusèrent par trop de fois, et detriièrent
plus d’un an que onques il ne veurent laissier entrer
15Englès en leur ville. Et se poroit on esmervillier des
douces, amiables et piteuses parolles qu’il escrisoient
et rescrisoient au roy de France, en suppliant pour
Dieu que il ne les volsist mies quitter de leurs fois
ne eslongier de son demainne ne mettre en mains
20estragnes, et que il avoient plus chier à estre tailliet
tous les ans de le moitiet de leur chavance que donc
que il fuissent ens ès mains des Englès. Sachiés que
li rois de France, qui veoit leur bonne volenté et
loyauté et ooit leurs escusances moult souvent, avoit
25grant pité d’yaus; mais il leur mandoit et rescrisoit
affectueusement et songneusement que il les couvenoit
obeir: aultrement la pais seroit enfrainte et brisie,
par lequel coupe ce seroit trop grant prejudisse
au royaume de France. Siques quant cil de le Rocelle
30veirent le destroit, et que escusances ne moustrances
ne priières que il fesissent ne valloient riens,
il obeirent, mès ce fu à trop grant dur. Et disent bien
[59] li plus notable de le ville de le Rocelle: «Nous aourrous
les Englès des lèvres, mais li coers ne s’en mouvera
ja.»
Ensi eut li rois d’Engleterre le saisine et possession
5de la ducé d’Aquitainnes, de la conté de Pontieu et de
Ghines et de toutes les terres que il devoit avoir par
deçà la mer, c’est à entendre ou royaume de France,
qui li estoient données et acordées par l’ordenance
dou trettié. Et proprement en ceste anée passa messires
10Jehans Chandos, comme regens et lieutenans de
par le roy d’Engleterre, et vint prendre le possession
de toutes les terres dessus dittes, les fois et les hommages
des contes, des viscontes, des barons et des
chevaliers, des cités, des villes et des forterèces, et
15mist et institua partout seneschaus, baillieus, officiiers
à sen ordenance, et vint demorer à Niorth. Si
tenoit li dis mesires Jehans Chandos grant estat et
noble, et bien avoit de quoi, quant li rois d’Engleterre
qui moult l’amoit le voloit, et certes il en estoit
20bien merites, car il fu doulz chevaliers, courtois et
amiables, larges, preus; sages et loyaus en tous estas
et qui vaillamment se savoit estre et avoir entre tous
signeurs et toutes dames, onques chevaliers de son
temps mieus de li.
25§ 491. Entrues que li commis et deputé de par le
roy d’Engleterre prendoient les saisines et possessions
des terres dessus dittes, si com ordenance de
trettié et de pais se portoit, estoient aultre commis et
establi ossi de par le roy d’Engleterre ens ès mètes
30et limitations de France avoecques les gens dou roy
de France, qui faisoient vuidier et partir toutes
[60] manières de gens d’armes des fors et des garnisons qu’il
tenoient. Et leur commandoient et enjoindoient
estroitement, sus à perdre corps et avoir et estre
ennemi au roy d’Engleterre, que il baillassent et delivrassent
5les forterèces qu’il tenoient as gens dou
roy de France. Là avoit aucuns chapitainnes, chevaliers
et escuiers de le nation et dou ressort d’Engleterre
qui obeissoient et qui rendoient ou faisoient rendre
par leurs compagnons les dis fors qu’il tenoient.
10Et s’en y avoit ossi de telz qui ne voloient obeir;
et disoient qu’il faisoient guerre en l’ombre et nom
dou roy de Navarre. Et encores en y avoit assés d’estragnes
nations qui estoient grant chapitainne et
grant pilleur qui ne s’en voloient mies partir si legierement
15telz que Alemans, Braibençons, Flamens,
Haynuiers, Bretons, Gascons, mauvais François qui
estoient apovri des guerres: se voloient recouvrer au
guerriier le dit royaume de France. De quoi telz manières
de gens perseverèrent en leur mauvaisté et
20fisent depuis moult de mauls ou dit royaume, oultre
tous chiaus qui grever les voloient. Et quant les
chapitainnes des dis fors estoient parti courtoisement
et avoient rendu ce qu’il tenoient et il se trouvoient
sus les camps, il donnoient leurs gens congiet. Cil
25qui avoient apris à pillier et qui bien savoient que
de retourner en leur pays ne lor estoit point pourfitable,
ou espoir n’i osoient il retourner pour les villains
fais dont il estoient acusé, se cueilloient ensamble
et faisoient nouviaus chapitainnes et prendoient
30par droite election tout le pieur des leurs, et
puis chevauçoient oultre en sievant l’un l’autre. Si
se recueillièrent premierement en Champagne et en
[61] Bourgongne, et fisent là grandes routes et grandes
compagnies qui s’appelloient les Tart Venus, pour
tant que il avoient encores peu pilliet ens ou
royaume de France. Si vinrent et prisent soudainnement
5en Campagne le fort chastiel de Genville et très
grant avoir dedens que on y avoit assamblé de tout
le pays d’environ sus le fiance dou fort lieu. Et quant
ces Compagnes eurent trouvé ce grant avoir, qui bien
estoit prisiés à cent mil frans, il le departirent entre
10yaus tant qu’il peut durer. Et tinrent le chastiel un
temps; et coururent et gastèrent tout le pays de
Champagne, l’evesqué de Vredun, de Toul et de
Lengres. Et quant il eurent assés pilliet, il passèrent
oultre, mès il vendirent ançois le chastiel de Genville
15à chiaus dou pays et en eurent vingt mil
frans.
Et puis entrèrent en Bourgongne et là s’en vinrent
esbatre et reposer et rafreschir, en attendant l’un
l’autre; et y fisent moult de mauls et de villains fais,
20car il avoient de leur acord aucuns chevaliers et escuiers
dou pays qui les menoient et conduisoient. Si
se tinrent un grant temps entours Besençon, Digon
et Biaune et robèrent tout celi pays, car nulz n’aloit
au devant. Et prisent le bonne ville de Givri en
25Biaunois et le robèrent et pillièrent toute, et se tinrent
là un temps et entours Vregi pour le cause dou
cras pays. Et toutdis accroissoit leurs nombres, car
cil qui se partoient des forterèces et lesquels leur
mestre donnoient congiet, se traioient tous celle part.
30Si furent bien dedens le quaresme quinze mil combatans.
Quant il se trouvèrent si grant nombre, il ordonnèrent
et establirent entre yaus pluiseurs chapitainnes
[62] à qui il obeirent dou tout. Si vous en
nommerai aucuns. Li plus grans mestres entre yaus
estoit uns chevaliers de Gascongne, qui s’appelloit
messires Segins de Batefol: cilz avoit de se route
5bien deux mil combatans. Encores y estoient Talbart
Talbardon, Guios dou Pin, Espiote, le Petit Meschin,
Batillier, Hanekin François, le Bourch Camus,
le Bourc de Lespare, Naudon de Bagherant, le
Bourch de Bretueil, Lamit, Hagre l’Escot, Albrest,
10Ourri l’Alemant, Bourduelle, Bernart de la Sale, Robert
Briket, Carsuelle, Ainmenion d’Ortige, Garsiot
dou Chastiel, Guionet de Paus, Hortingo de la Salle
et pluiseurs aultres.
Si se avisèrent ces Compagnes, environ le mi quaresme,
15qu’il se trairoient vers Avignon et iroient
veoir le pape et les cardinaulz. Si passèrent oultre et
entrèrent en le conté de Mascons et s’adrecièrent
pour venir en le conté de Forès, ce bon cras pays,
et vers Lyons sus le Rosne.
20§ 492. Li rois de France entendi ces nouvelles
que ces Compagnes monteplioient ensi, qui gastoient
et essilloient son royaume: si en fu durement courouciés;
car il li fu dit et remoustré par grant especialité
de conseil que ces Compagnes poroient si
25montepliier que ilz feroient plus de mauls et de villains
fais ou royaume de France, ensi que ja faisoient,
que li guerre des Englès n’euist fait. Si eut avis et
conseil li dis rois que d’envoiier contre yaus et combatre.
Si en escrisi li rois de France especiaument et
30souverainnement devers son cousin, monsigneur
Jakemon de Bourbon, qui se tenoit adonc en le ville
[63] de Montpellier; et avoit mis nouvellement monsigneur
Jehan Chandos en le saisine et possession de
pluiseurs terres, cités, villes et chastiaus de la ducé
de Ghiane, si comme ci dessus est contenu. Et li
5mandoit li dis rois que il se fesist chiés contre ces
Compagnes et presist tant de gens d’armes de tous
costés que il fust fors assés pour yaus combatre.
Quant messires Jakemes de Bourbon entendi ces
nouvelles, il s’avala incontinent vers Avignon sans
10faire nulle part point d’arrest. Et envoioit partout
lettres et messages en priant et commandant les nobles,
chevaliers et escuiers, ou nom dou roy de
France, que il traisissent avant devers Lyons sus le
Rosne, car il voloit ces males gens combatre. Li dis
15messires Jakemes de Bourbon estoit tant amés des
gentilz hommes parmi le royaume de France que
cescuns obeissoit à lui très volentiers. Si le sievoient
chevalier et escuier de tous costés, d’Auvergne, de
Limozin, de Prouvence, de Savoie et de le daufiné
20de Viane. Et d’autre part ossi revenoient grant fuison
de chevaliers et d’escuiers de la ducé et de la conté
de Bourgongne, que li jones dus de Bourgongne y
envoioit. Si se traioient toutes ces gens d’armes et
passoient oultre, ensi qu’il venoient, devers Lyons sus
25le Rosne et en le conté de Mascons. Si s’en vint messires
Jakemes de Bourbon en le conté de Forès dont
la contesse de Forès sa suer estoit dame de par ses
enfans, car li contes de Forès ses maris estoit nouvellement
trespassés. Et gouvrenoit pour le temps
30d’adonc messires Renaulz de Forès, frères au dit
conte, la conté de Forès, liquelz recueilla le dit
monsigneur Jakemon et ses gens moult liement. Et
[64] là estoient si doi neveu, et neveu ossi à monsigneur
Jakemon, à qui il les representa moult doucement.
Li dis messires Jakemes les reçut moult bellement et
les mist dalés lui pour chevaucier et yaus armer et
5pour aidier à deffendre leur pays, car les Compagnes
tiroient à venir celle part.
§ 493. Quant ces routes et ces Compagnes, qui se
tenoient vers Chalon sus la Sone et environ Tournus
et tout là en ce bon pays et cras, entendirent que li
10François se recueilloient et assambloient pour yaus
combatre, si se traisent les chapitainnes tout ensamble
pour avoir avis et conseil comment il se maintenroient.
Si nombrèrent entre yaus leurs gens et
leurs routes et trouvèrent qu’il estoient environ seize
15mil combatans, uns c’autres. Si disent ensi entre
yaus: «Nous irons contre ces François qui nous desirent
à trouver et les combaterons à nostre avantage,
se nous poons, ne mies aultrement. S’aventure donne
que li fortune soit pour nous, nous serons tout riche
20et recouvré pour un grant temps, tant en bons prisonniers
que nous prenderons que en ce que nous
serons si redoubté où nous irons que nus ne se mettera
contre nous; et se nous perdons, nous serons
paiiet de nos gages.»
25Cilz pourpos fu entre yaus tenus et arrestés. Si se
deslogièrent et montèrent contremont par devers les
montagnes pour entrer en le conté de Forès et venir
sus le rivière de Loire. Et trouvèrent en leur chemin
une bonne ville qui s’appelle Chierleu, dou bailliage
30de Mascons; si l’environnèrent et assallirent fortement
et se misent en grant painne dou prendre. Et
[65] y furent à l’assaut un jour tout entier, mès riens n’i
fisent, car elle fu bien gardée et bien deffendue des
gentilz hommes dou pays qui s’i estoient retrait:
aultrement elle euist esté prise. Il passèrent oultre et
5s’espardirent parmi la terre le signeur de Biaugeu
qui marcist illuech, et y fisent moult de maulz. Et
puis tantost entrèrent en l’arcevesquié de Lyons; et
ensi qu’il aloient et cheminoient, il prendoient petis
fors où il se logoient et fisent moult de destourbiers
10partout où il conversèrent. Et prisent un chastiel, et
le signeur et la dame dedens, qui s’appelle Brinay, à
trois liewes de Lyons sus le Rosne. Là se logièrent il
et arrestèrent, car il entendirent que li François estoient
tout trait sus les camps et apparillié pour yaus
15combatre.
§ 494. Ces gens d’armes, assamblés avoech monsigneur
Jakemon de Bourbon qui se tenoit à Lyons
sus le Rosne et là environ, entendirent que les Compagnes
approçoient durement et avoient pris le ville
20de Brinay et encores des aultres fors, et gastoient et
exilloient tout le pays. Si despleurent moult ces nouvelles
à monsigneur Jakemon de Bourbon, pour tant
que il avoit en gouvrenance le conté de Forès, la
terre à ses neveus, et ossi fist il à tous les aultres. Si
25se misent as camps, et se trouvèrent grant fuison de
bonnes gens d’armes, chevaliers et escuiers, et
chevaucièrent par devers les ennemis et envoiièrent
leurs coureurs devant pour savoir quels gens il trouveroient.
30Or vous dirai le grant malisse des Compagnes: il
estoient logiet sus une montagne et avoient envoiiet
[66] desous, [en lieu[401]] où on ne les pooit aviser ne approcier,
la droite moitié de leurs gens et les mieus à
harnas, et laissièrent ces coureurs françois, tout de
fait aviset, approcier si priès d’yaus que il les euissent
5bien, se il volsissent. Et retournèrent cil sans
damage devers monsigneur Jakemon de Bourbon et
le viconte d’Usès et messire Renault de Forès et les
signeurs qui là les avoient envoiiés. Si en recordèrent
au plus priès qu’il peurent de ce que il avoient
10veu et disent ensi: «Nous avons veu les Compagnes
rengies et ordenées sus un tertre, et bien avisé à
nostre loyal pooir; mais, tout consideré, il ne sont
non plus de cinq ou de six mil hommes là environ,
et encores sont il si mal armé que merveilles.»
15Quant messires Jakemes de Bourbon oy ce raport,
si dist à l’Arceprestre qui estoit assés priès de lui:
«Archeprestre, vous m’aviés dit qu’il estoient bien
quinze mil combatans, et vous oés tout le contraire.»
—«Sire, respondi li Arceprestres, encores n’en y
20cuide jou mies mains; et se il n’i sont, Diex y ait
part! C’est tout pour nous, si regardés que vous
volés faire.»—«En nom Dieu, respondi messires
Jakemes de Bourbon, nous les irons combatre ou
nom de Dieu et de saint Jorge.»
25Là fist li dis messires Jakemes arrester sus les
camps toutes ses banières et ses pennons et ordonna
ses batailles et mist en très bon arroy ensi que pour
tantost combatre, car il veoient leurs ennemis devant
yaus. Et fist là pluiseurs nouviaus chevaliers: premierement
30son ainsné fil messire Pière, et leva banière,
[67] et son neveu le jone conte de Forès, et leva
banière ossi, et le signeur de Villars et de Rousseillon,
et leva banière, et li sires de Tournon, et li sires
de Montelimar et li sires de Groulée, de le Daufiné.
5Là estoient messires Robers et messires Loeis de
Biaugeu, [messires Loys[402]] de Chalon, messires Huges
de Viane, li vicontes d’Uzès et pluiseurs bons chevaliers
et escuiers de là environ, qui tout se desiroient
à avancier pour honneur, et ruer ces Compagnes
10jus qui vivoient sans nul title de raison. Si fu
ordonnés li Arceprestres, qui s’appelloit messires Renaulz
de Cervole, à gouvrener la première bataille et
l’entreprist volentiers, car il fu hardis et appers chevaliers
durement et avoit en se route plus de quinze
15cens combatans.
Ces gens de Compagnes, qui estoient en une montagne,
veoient trop bien l’ordenance et le couvenant
des François, mès on ne pooit veoir le leur ne yaus
approcier, fors à meschief et à dangier. Et estoient sus
20une montagne où il avoit plus de mil charetées de
rons cailliaus: ce leur fist trop d’avantage et de pourfit,
je vous dirai par quel manière. Ces gens d’armes de
France, qui les desiroient et voloient combatre, comment
qu’il fust, ne pooient venir à yaus ne approcier,
25s’il ne costioient celle montagne où il estoient tout
aresté. Siques, quant il vinrent par desous yaus, cil
d’amont qui estoient tout avisé de leur fait et pourveu
cescuns de grant fuison de cailliaus, car il ne les
couvenoit que baissier et prendre, commencièrent à
30jetter si fort et si ouniement et si roit sus ciaus qui
[68] les approçoient, qu’il effondroient bacinès, com fors
qu’il [fussent, et navroient et mehaignoient telement
gens d’armes que nuls ne pooit ne osoit aler ne
passer avant, com bien que targiés il[403] fust. Et fu ceste
5première bataille si foulée que onques depuis ne se
peut bonnement aidier. Adonc au secours approcièrent
les aultres batailles, messires Jakemes de Bourbon,
ses filz et ses neveus, et leurs banières et grant
fuison de bonnes gens qui tout s’aloient perdre, dont
10ce fu damages et pités que il n’ouvrèrent par plus
grant avis et milleur conseil.
Bien avoient dit li Arceprestres et aucun chevalier
anciien qui là estoient que on aloit combatre
les Compagnes en trop grant peril ou parti où il
15se tenoient et que on se souffresist tant que on les
euist eslongiés de ce fort où il estoient mis, si les
aroit on plus aise; mais il n’en peurent onques
estre oy. Ensi que messires Jakemes de Bourbon et
li aultre signeur, banières et pennons devant yaus,
20approçoient et costioient celle montagne, li plus
nice et li pis armé des Compagnes les afoloient, car
il jettoient si roit et si ouniement ces pières et ces
cailliaus sus ces gens d’armes qu’il n’i avoit si
hardi ne si bien armé qui ne les ressongnast. Et
25quant il les eurent tenus en tel estat et bien batus
une grande espasse, leur grosse bataille fresce et
nouvelle vinrent autour de celle montagne et trouvèrent
une aultre voie, et estoient ossi drut et ossi
serré comme une brousse. Et avoient leurs lances
30toutes recopées à le mesure de six piés ou environ,
[69] et puis s’en vinrent en cel estat de grant volenté,
en escriant d’une vois: «Saint George!» ferir en
ces François. Si en reversèrent à celle première
empainte pluiseurs par terre. Là eut grant riflic et
5grant touellis des uns et des aultres. Et se abandonnoient
et combatoient ces Compagnes si très hardiement
que merveilles seroit à penser, et reculèrent les
François. Et là fu li Arceprestres bien bons chevaliers
et vaillamment se combati, mès il fu si entrepris
10et si menés par force d’armes que durement fu
navrés et bleciés et retenus à prisonnier, et pluiseur
chevalier et escuier de se route.
Que vous feroi je lonch parlement de celle besongne?
Li François en eurent le pieur, et y fu durement
15navrés messires Jakemes de Bourbon, et ossi
fu messires Pières ses filz. Et y fu mors li jones
contes de Forès et pris messires Renaulz de Forès
ses oncles, li vicontes d’Usès, messires Robers de Biaugeu,
messires Loeis de Chalon et plus de cent chevaliers.
20Encores à grant dur furent raporté en le
cité de Lyons sus le Rosne messires Jakemes de
Bourbon et messires Pières ses filz. Ceste bataille de
Brinay fu l’an de grasce Nostre Signeur mil trois
cens soissante et un, le venredi apriès les Grandes
25Paskes.