La bénédiction.
Jeudi 14 juin. — Isaka me met en route sur Waghadougou et me donne comme guide un jeune homme qui doit me conduire à un ancien élève d’Isaka, revenant de la Mecque. Isaka m’accompagne jusqu’au marché et fait une prière pour moi avant de me quitter.
Quoique le paysage soit uniforme, la route ne m’a pas paru trop monotone. On traverse presque d’heure en heure des groupes de villages ou des campements de culture autour desquels il règne quelque animation, car c’est l’époque des semailles. Les Mossi appellent ces campements de culture wouiri (ce qui est le même mot que ouéré, qui signifie, en poular et en mandé, « parc à bestiaux »). Après avoir dépassé un gros village de culture à 4 kilomètres de Sakhaboutenga, nous traversâmes successivement Lilspaka, Bonam, village abandonné, Goro, Kouapoukissé, Tènelili, plusieurs villages de culture. Nous fîmes étape à Saponé. Tous ces villages sont habités par des Mossi non musulmans. Le marché de Saponé, que nous avons traversé, est situé en pleine brousse, à environ 20 minutes de Saponé ; il comporte une série de hangars couverts en paille sous lesquels se tiennent marchands et acheteurs. Ces hangars seraient très bien conditionnés si les toits étaient plus hauts : il est impossible de circuler debout sous ces constructions.
Vendredi 15. — Comme nous étions trop éloignés de Waghadougou pour y arriver d’une seule traite, nous fîmes étape le matin à Tenganokho, après avoir traversé de nombreux villages de culture, laissé à l’ouest Tiéfakhé (grand village, marché), et traversé Bassemyam.
A Tenganokho, je trouvai un Peul qui m’offrit du lait et quelques autres provisions ; il nous apprit qu’en quittant le village à deux heures nous atteindrions avant la nuit Waghadougou, dont nous n’étions séparés que par un petit village nommé Nakhla.
En effet, le soir même, après une courte étape, nous atteignons le natenga[110] du Mossi. Le guide nous dirige sur l’habitation d’El-Hadj qui, assis sur une peau devant sa porte, ordonne de me conduire chez l’imam, qui reste à côté. Ce dernier, assis sur une sorte de couvercle rond en osier, au lieu de s’occuper de me trouver une installation, s’extasie avec ses amis sur mes chaussures, dont il croit les œillets en or. Voyant qu’il ne se lassait pas de cette contemplation, je crus prudent de lui rappeler que mes hommes et mes animaux étaient fatigués et que la nuit approchait. Après quelques ia sidda (il a raison), un des assistants me conduisit chez une veuve nommée Baouré, où avait logé Krauss lors de son passage.
Une pluie torrentielle nous força de précipiter notre installation, qui fut plus que sommaire la première nuit. Les gens étaient peu complaisants ; il nous fut impossible de nous faire préparer quoi que ce fût en fait de nourriture, et l’on se coucha sans manger.
Waghadougou[111] ou Ouor’odor’o[112] est situé dans une grande plaine aride qui offre à cette époque de l’année un aspect désolé. Mon palefrenier va chercher le fourrage à 6 kilomètres dans l’est. Il n’est encore tombé que trois fois de l’eau cette année, et ce n’est que vers la fin de juin, paraît-il, que succède à quelques violentes tornades sèches, véritables ouragans, ce que l’on peut appeler les pluies d’hivernage qui font percer la verdure.
A l’ouest et au nord, séparant le gros du village des groupes de cases les plus éloignés, se trouvent des bas-fonds marécageux qui conservent de l’eau toute l’année et aux abords desquels les habitants creusent des trous où ils prennent leur provision d’eau. Cette eau, chargée de matières organiques, renferme des sangsues et son absorption donne la filaire de Médine. Hommes, femmes et enfants sont atteints de ce mal. J’ai vu des personnes devenues presque infirmes, ayant jusqu’à cinq ou six vers leur sortant du genou, de la cheville et surtout des mollets et des cuisses.
Les abords de ces mares sont très giboyeux. Ma table est toujours bien alimentée. Diawé réussit même à pourvoir mes hommes de viande ; il lui arrive fréquemment de rapporter sept ou huit sarcelles, quelques perdrix et deux ou trois lièvres[113].
Waghadougou proprement dit comprend : la résidence du naba, le groupe de villages musulmans (d’origine mandé), le groupe nommé Zang-ana, habité par des Marenga[114] (Songhay), des Zang-ouér’o[115] ou Zang-ouéto (Haoussa), quelques Tchilmigo (Foulbé), et d’autres groupes de Mossi non musulmans. Cependant on est convenu de comprendre dans Waghadougou les sept villages qui l’entourent et qui se nomment : Tampouï, Koudououér’o, Pallemtenga, Kamsokho, Gongga, Lakhallé et Ouidi. Ils ont chacun leur propre naba. J’estime que la population totale de tous ces groupes ne doit pas dépasser 5000 habitants.
Les constructions sont rondes, en terre ou en nattes dites séko, suivant qu’elles sont habitées par des musulmans ou des fétichistes. Par-ci par-là, on voit cependant des constructions carrées à toit plat, parmi lesquelles je citerai : l’habitation de l’imam et la mosquée (misérable petite construction), une case à un étage habitée par El-Hadj (l’ami d’Isaka) et cinq cases carrées faisant partie de la résidence du naba.
Je m’attendais à trouver quelque chose de mieux que ce qu’on voit d’ordinaire comme résidence royale dans le Soudan, car partout on m’avait vanté la richesse du naba, le nombre de ses femmes et de ses eunuques. Je ne tardai pas à être fixé, car le soir même de mon arrivée je m’aperçus que ce que l’on est convenu d’appeler palais et sérail n’est autre chose qu’un groupe de misérables cases entourées de tas d’ordures autour desquelles se trouvent des paillotes servant d’écuries et de logements pour les captifs et les griots. Dans les cours on voit, attachés à des piquets, quelques bœufs, moutons ou ânes reçus par le naba dans la journée — offrandes n’ayant pas encore reçu de destination.
Dans la matinée, le naba reçoit généralement les visiteurs entre deux masures à un étage qui se font face. Devant celle du nord est disposé un bétonnage surélevé de 20 à 25 centimètres, qui sert de trône. Sur ce bétonnage il y a une dizaine de peaux de bœuf superposées, sur lesquelles sont placés deux vieux coussins en cuir, ornés de drap rouge. Celui qui est rond sert de siège au naba, l’autre n’est là que comme décor. Je mentionnerai aussi le sabre du monarque, qui est toujours disposé devant le coussin rond. C’est un vieux sabre d’officier d’infanterie, sur le fourreau en cuir duquel on a cousu de petits morceaux de drap garance.
Voici pour les lieux de réception habituels. Les vendredis, il reçoit dans la soirée sur le derrière de sa résidence, où se trouvent trois cases basses carrées devant lesquelles est ménagée une grande demi-circonférence de terrain bétonné à côté de laquelle se trouve la tombe de défunt son père Hallilou, ex-naba. Je donne à la page suivante la vue d’ensemble de ce lieu, rendue aussi exactement que possible, car le tout est plus irrégulier et moins bien construit que ne le représente le dessin suivant.
Naba Sanom porte pour les musulmans le nom d’Alassane[116]. En 1870, à la mort de l’ex-naba Hallilou, son père, une lutte pour le pouvoir s’engagea entre Alassane et Boukary Naba. Tous les deux avaient de nombreux partisans. Boukary, préféré du père et reconnu par tous plus intelligent qu’Alassane, finit cependant par perdre du terrain, l’autre ayant pour lui les anciens et le droit d’aînesse, qui le désignait comme héritier du trône. Il a actuellement dix-huit ans de règne.
Autant Boukary Naba paraît distingué, autant Naba Sanom a l’air vulgaire. Ces deux frères n’ont aucune ressemblance. L’aîné, Naba Sanom, peut avoir de cinquante à cinquante-cinq ans environ. Il a le menton saillant et pointu et un peu le nez sémitique ; sa voix est enrouée et rauque. L’ensemble n’a rien de royal. Je l’ai toujours vu vêtu d’un boubou dit karfo et coiffé d’un petit bonnet brodé en forme de toque, dont je rapporte un spécimen.
Si Naba Sanom n’est pas joli, on peut dire que ses femmes sont sans exception hideuses. On croirait qu’il a cherché celles qui ont les seins les plus longs et les plus mal faits. On ne peut comparer ces appendices qu’à de vieilles outres vides. Cela n’empêche pas Naba Sanom d’être extrêmement jaloux, et, pour éviter qu’un de ses sujets ne trouve un visage engageant dans son sérail, il fait raser la tête à toutes ses épouses. Elles sont soigneusement surveillées par deux eunuques qui ont la spécialité d’être toujours ivres. A côté de ces deux eunuques en fonction, Naba Sanom élève quelques jeunes eunuques afin de ne jamais en manquer ; du reste, il est de coutume ici d’opérer à tout âge ; il meurt un adulte sur deux des suites de l’opération.
Résidence de Waghadougou.
Hallilou, le père d’Alassane et de Boukary, était musulman et savait même lire et écrire. Je crois que ses deux fils ne sont rien du tout, c’est-à-dire musulmans non pratiquants.
Les Mossi musulmans disent qu’Alassane est musulman et qu’il fait ses prières à l’abri du regard de ses sujets ; les fétichistes, eux, disent le contraire et parlent avec orgueil de leur naba, qui boit du dolo comme eux.
Son entourage se compose d’une quarantaine de jeunes gens de quinze à vingt ans, qui font un vacarme d’enfer autour de ce que l’on peut appeler le trône quand le naba n’est pas là. Comme cela se passe chez Boukary Naba, ils claquent des doigts dans les circonstances de rigueur. Ainsi que ceux de Boukary Naba, ils sont chargés d’anneaux de cuivre et de houseaux de même métal ; il y en a qui portent au bras plus de 10 kilos de cuivre. Ils ont la tête entièrement rasée ou les cheveux en cimier, comme les femmes du Khasso. Ces jeunes gens sont chargés de diverses fonctions auprès de Naba Sanom. On ne lui connaît pas de conseillers sérieux, si ce n’est quelques musulmans qui lui vendent de temps à autre des gris-gris.
Les occupations de Naba Sanom sont peu sérieuses ; elles consistent à recevoir des visites pendant presque toute la journée. Le matin, vers six heures, le tam-tam annonce que le naba vient de se lever. Lorsqu’il s’est lavé et réconforté par un repas, ses captifs et ses femmes vont le saluer chez lui. Vient ensuite le tour des étrangers, gens des environs, solliciteurs ou autres. Ceux-là s’accroupissent devant le lieu de réception jusqu’à ce que le naba daigne bien paraître. Dès qu’il y a beaucoup de monde, un des jeunes gens va prévenir le naba, qui arrive et s’assied sur son coussin, en jetant un regard aimable sur l’assistance pendant que tout le monde claque des doigts. Dès que Naba Sanom est assis, les solliciteurs et visiteurs se précipitent vers l’entourage, se jettent face contre terre en se couvrant la tête de poussière, puis chacun se relève et remet un cadeau plus ou moins important en cauries ou en vivres, selon ce qu’il sollicite. Les jeunes gens viennent ensuite dire au naba : « Un tel a apporté un sac de cauries ou une chèvre, ou un bœuf, il désire te parler ». Le naba remercie tout ce monde-là par un nif kendé (merci) et se retire chez lui ; il est bien entendu que même la cinquantième partie des solliciteurs n’arrivent pas à glisser ce qu’ils désirent. Ceux qui sont écoutés se sont d’abord adressés à un familier qui, après avoir été grassement payé d’avance, renvoie l’affaire aux calendes grecques en disant à l’intéressé qu’on s’occupera de cela prochainement. Cela m’a rappelé en petit ce qui se passe dans certaines administrations, où l’on classe également les affaires de cette façon.
Après s’être abreuvé de dolo et avoir plaisanté avec ses jeunes gens, il fait une seconde apparition et continue le manège jusqu’à la nuit tombante. Involontairement j’ai de suite comparé cette scène à celle qui se passe dans nos foires, où l’on attend aussi pour commencer le spectacle que le public soit plus nombreux ; mais on a au moins le plaisir d’entendre un boniment qui laisse toujours un joyeux souvenir parmi les curieux, même quand on a quelque peu abusé de leur crédulité.
Réception chez le naba de Waghadougou.
Les jours de marché, la recette est bonne : on apporte de tout, aussi bien du mil que des pelles ou des arachides, et tout est accepté, on s’en rapporte à la générosité du client, car ce sont des clients, comme les passagers des paquebots, des messageries maritimes, sont les clients naturels de cet autre monarque noir, d’heureuse mémoire, le roi de Dakar !
Le vendredi, les naba des villages qui constituent Waghadougou viennent tous saluer Naba Sanom, et tous les lundis il monte à cheval et fait une promenade aux environs, accompagné de ses fidèles jeunes gens et des tam-tams.
On comprend facilement qu’avec des journées aussi bien remplies il est difficile à ce monarque de s’occuper utilement des affaires intérieures et extérieures de son pays, aussi le Mossi est-il dans une période de décadence qui ne fera que s’accroître avec le temps.
Les Mossi sont loin d’être capables actuellement de mener des expéditions comme celles qu’ils firent au commencement du XIVe siècle contre Tombouctou, comme le relate Ahmed Baba (Tarich es-Soudan). J’aurai du reste, plus tard, l’occasion de parler plus longuement de la situation politique du Mossi.
J’eus d’abord des relations fort amicales avec Naba Sanom, surtout les cinq ou six jours qui suivirent la distribution des cadeaux que je lui fis. Il m’offrit à plusieurs reprises des kolas et du dolo ; il me fit venir plusieurs fois pour voir mon fusil de chasse et une de mes armes de guerre. Ces relations semblaient devoir se continuer, lorsque, à la suite d’un entretien où je lui communiquai mon désir de continuer ma route vers le nord, il changea brusquement de procédés à mon égard et refusa même de me recevoir.
Interrogé par lui sur ce que je comptais faire dans le Yatenga, je lui fis expliquer que, ce pays étant un lieu important de production et d’élevage de chevaux, il serait intéressant pour nous de connaître les méthodes d’élevage afin de les mettre au besoin en pratique dans nos possessions de l’autre côté du Niger. Cette proposition ne semblait d’abord soulever aucune difficulté, lorsqu’il me fit dire, quelques jours après, que le Yatenga[117] lui appartenait, que c’était le même pays qu’ici et qu’il ne pouvait m’autoriser à y aller. Il refusa de même de me donner la permission de me diriger vers l’est. Mieux que cela, un soir, sans raison, il m’envoya un bœuf et une petite captive de six à sept ans avec l’ordre de me disposer à quitter le lendemain Waghadougou.
Ici je dois entrer dans quelques détails rétrospectifs qui se rattachent à cet incident. Dès mon arrivée ici, je m’informai d’une bonne monture à acheter et de deux ânes destinés à remplacer les quatre ânes perdus à Ladio.
Dès que Naba Sanom apprit que j’avais besoin d’animaux, il m’envoya un nommé Idriza (Edrizi) pour me dire que je n’avais nullement à m’inquiéter de ces détails, qu’il était désireux de faire l’acquisition d’une coupe de soierie semblable à celle que je lui avais donnée, ce qui me permettrait de me procurer les cauries nécessaires à l’achat de mes animaux.
Je proposai à Idriza d’offrir cette soierie à Naba Sanom. Idriza protesta au nom de son maître, disant que le naba refusait d’accepter un autre cadeau. La pièce de soie fut évaluée à 300000 cauries, prix qui fut accepté. Le naba me remercia et me fit dire qu’il allait s’occuper de me procurer les animaux, et qu’ensuite nous compterions ; il serait facile de régler la différence de prix en cauries ou en marchandises.
Lorsque Naba Sanom m’envoya l’ordre de partir, il était donc mon débiteur d’une somme relativement forte. Le voyant agir d’une façon aussi peu délicate, je lui fis demander de vouloir bien me régler avant de partir ou de me rendre mes marchandises, afin de me permettre de me pourvoir ailleurs d’animaux. Le naba m’envoya alors l’imam pour protester de son amitié pour moi. « Jamais, dit-il, je n’ai envoyé l’ordre de partir à ce blanc, je ne puis tolérer qu’il aille vers le nord et vers le Haoussa, mais je lui donnerai, quand il m’en fera la demande seulement, un chemin à son choix sur Salaga. Je vais dès maintenant me mettre en mesure de le pourvoir des animaux que je lui dois. »
Hélas ! j’attendis vingt longs jours les deux ânes qu’on avait, disait-on, envoyé querir au loin, Naba désirant me donner deux bêtes splendides. Et quels ânes je reçus ! Deux misérables bêtes dont n’importe quel marchand se serait gardé de faire l’acquisition.
Je ne lui gardai pas rancune, nous étions même les meilleurs amis, je comptais sous peu que Naba Sanom signerait un traité avec moi, comme il me l’avait promis dans une entrevue au cours de laquelle je l’avais amené à demander notre protectorat, lorsque brusquement il m’envoya de nouveau l’ordre d’avoir à quitter Waghadougou. A partir de ce moment il me fut impossible de communiquer avec lui. Il refusait de me recevoir et me fuyait : j’étais devenu suspect. Il fallait me résigner à partir.
On pourrait supposer que c’est parce que je suis Européen que Naba Sanom a agi de cette façon. Pas le moins du monde. Je n’ai tout simplement pas fait exception à ce principe du naba, que tout individu venant à Waghadougou avec des marchandises quelconques doit, outre des cadeaux, lui en laisser une partie.
Vient-il par hasard des marchands de chevaux du Yatenga, ou des marchands d’étoffe du Haoussa, vite il les appelle, achète ce qui lui convient sans regarder au prix (20 ou 30 captifs, cela lui est égal), puisqu’il ne règle jamais. Quelques-uns, en patientant six mois à un an, ont réussi à en tirer la dixième partie de ce qu’ils lui ont vendu ; ceux-là peuvent s’estimer très heureux. A ce propos je citerai l’aventure qui arriva à Karamokho Mouktar, chef de Ouahabou. Ce musulman envoya, il y a trois ans, à Naba Sanom 100 captifs pour recevoir en échange 30 beaux chevaux. Naba Sanom accepta les captifs, reçut fort bien les envoyés, les hébergea pendant quelques jours, puis les laissa de côté. Non seulement ces gens-là n’ont pas encore reçu un seul cheval, mais le naba les empêche de regagner le Dafina. Ces Dafing en ont pris leur parti ; ils font des lougans ici. « Peut-être, se disent-ils, quand ce chef sera mort, pourrons-nous nous en retourner ! »
Cette façon de procéder du naba est une des causes qui placent Waghadougou au second plan, et qui font de Mani la capitale commerciale du Mossi.
Parmi les raisons pour lesquelles on a refusé de me laisser continuer ma route, on m’a donné celle-ci : les uns me faisaient entendre que c’était parce que Boukary Naba se disait mon ami et m’avait donné un cheval. D’autres prétendaient que je me présentais devant le naba la tête couverte et sans me prosterner devant lui. Il y a certainement des personnes qui pourront m’accuser de fierté mal placée en cette occurrence. Peu importe ; j’estime qu’un blanc, quel qu’il soit, voyageant dans ces pays, ne doit pas se prosterner devant un roi noir, si puissant qu’il soit ; il faut que partout où un blanc passe il inspire le respect et la considération, car si jamais plus tard l’Européen doit venir ici, il devra y venir en maître, constituer la classe élevée de la société, et n’avoir pas à courber la tête devant les chefs indigènes, leur étant infiniment supérieur sous tous les rapports. Du reste un Européen vaut certes un musulman indigène, et ces derniers ne se prosternent pas devant le naba.
Pour moi, la vraie raison qui m’a empêché de continuer ma route est l’annonce de l’arrivée prochaine à Waghadougou d’une autre mission européenne[118]. Ma présence ici faisait croire que j’étais l’avant-garde d’une forte expédition militaire, c’est ce qui a éveillé la méfiance de ce roi ignorant[119].
Le 10 juillet au soir, je quittais Waghadougou en compagnie de deux jeunes gens qui devaient me servir d’escorte. Comme on me fit prendre un chemin parallèle à celui que j’avais suivi pour venir, je m’informai auprès d’Idriza si Naba Sanom avait changé d’idée et ne désirait plus que je me rende à Salaga, comme il me l’avait toujours promis.
« Pas du tout, me répondit-il. En sortant de Waghadougou, ce chemin change de direction. Il va bien à Salaga. » Interrogé sur l’itinéraire que j’avais à suivre et les noms des villages à traverser, cette canaille eut l’audace de me citer une série de villages qui n’existent pas. Une demi-heure après, il n’y avait plus de doute pour moi : je faisais route sur la résidence de Boukary Naba.
Ma boussole et mon arrivée à Nakhla me le confirmèrent bientôt. Je n’avais qu’un parti à prendre, me soumettre à la décision de Naba Sanom et continuer ma route, bien heureux de ne pas me voir retenu indéfiniment à Waghadougou.
Le retard dans la végétation, que j’ai signalé, n’existe que pour Waghadougou, car dès qu’on est seulement éloigné d’une dizaine de kilomètres, l’aspect des cultures change complètement : au lieu de trouver le mil et le maïs à peine sorti de terre, il atteint déjà deux mètres de hauteur aux abords des villages. A Saponé le marché était plus amplement fourni de denrées qu’à Waghadougou ; je trouvai à y acheter une bonne provision de gombo[120] frais qui apportèrent pendant quelques jours un appoint nouveau à ma modeste table.
C’est bien tristement que je chemine sur la même route que j’ai parcourue si plein d’espoir il y a un mois. Alors j’espérais qu’avec la protection du chef du Mossi je pourrais gagner le Niger ou au moins raccorder mes travaux à ceux de Barth, mais à présent je me demande ce que je vais devenir si, pour comble de malheur, Boukary Naba, pour plaire à son frère, me retire son amitié et me force à continuer ma route par le Gourounsi sur Ouahabou.
C’est dans cette disposition d’esprit que j’arrivais le samedi 13 juillet devant l’habitation de Boukary Naba. Il pouvait être environ huit heures du matin. Les captifs et le personnel, dès notre arrivée, évitèrent de parler à mes hommes ; quelques-uns se détournèrent de leur chemin pour ne pas avoir à nous saluer. Tout cela me paraissait de mauvais augure, d’autant plus qu’il y avait au moins une demi-heure que j’étais arrivé et que Boukary ne m’avait pas encore fait appeler. J’étais dans une pénible situation d’esprit et bien découragé, lorsque, à ma grande surprise, je reçus deux plats d’excellente viande chaude et une grande calebasse de lait aigre. De plus, Boukary me faisait dire de reprendre mon ancien campement, de m’y installer et d’aller le voir après m’être réconforté.
Dès que Boukary me vit m’avancer vers sa case, il vint au-devant de moi, me tendit les deux mains et, avec son gros rire, me dit : « Eh bien, lieutenant, comment trouves-tu Waghadougou et mon frère ? » Il me fallut lui raconter tout ce qui m’était arrivé depuis que je l’avais quitté. Boukary ne me cacha pas son étonnement quand il apprit que son frère avait refusé de me laisser continuer ma route.
Il en fut même très peiné, et comme il ne pouvait pas m’assurer de route vers le nord, il me promit de me faire gagner le Gambakha. Puis il m’informa qu’il n’exécuterait pas l’ordre de son frère qui lui prescrivait de me faire diriger, sans m’arrêter, sur Ouahabou. Sur ses instances je dus accepter l’hospitalité pendant quelques jours.
Durant mon séjour à Banéma, Boukary Naba ne se départit pas une seule fois de sa ligne de conduite, très digne de la part d’un noir, d’autant plus qu’il est excessivement rare de rencontrer un nègre assez indépendant d’idées pour ne pas renier ceux qui déplaisent au souverain. Il me traita avec beaucoup de bienveillance, et me fit parvenir tous les jours des vivres et de la viande. Ayant appris que j’aimais le gombo, il eut même la délicatesse d’envoyer tous les jours un cavalier en prendre à Dakay.
Un de mes deux chevaux étant mort en arrivant à Banéma, et comme Boukary savait que je n’avais pu me procurer de monture à Waghadougou, il me fit cadeau d’un deuxième cheval assez fort, d’une valeur d’environ 240000 cauries (380 francs).
Il est très regrettable pour moi qu’à mon arrivée dans le Mossi je n’aie pas trouvé Boukary Naba au pouvoir, il m’aurait certainement facilité mon voyage vers le Niger ; et si jamais il arrive au trône, il aidera de tous les moyens dont il dispose le voyageur européen qui passera chez lui. Cet homme a les idées larges, il aime le progrès et serait tout disposé à écouter les conseils d’un blanc. Tout en étant d’une intelligence au-dessus de la moyenne chez les noirs, il se considère comme bien inférieur à l’Européen.
Pour un héritier du trône, puisque la succession dans le Mossi n’a lieu de père en fils que lorsque la ligne mâle collatérale est épuisée, Boukary n’a pas une position bien brillante. Naba Sanom, dans la crainte de le voir se créer quelque réputation par les armes et augmenter ainsi le nombre de ses partisans, ne l’a jamais nommé naba du moindre centre et ne lui a jamais confié une expédition. Bien mieux, quand le malheureux a résidé pendant quelques années sur une frontière, son frère le déplace pour l’envoyer ailleurs. Depuis dix-sept ans, Boukary mène une vie errante, n’ayant pour ainsi dire pas de chez-soi. Comme les sept autres nabiga ses frères, Boukary n’a pas de ressources et n’a même pas le bénéfice de recevoir, de temps à autre, les offrandes de quelques gros villages. Pour subsister et tenir un certain rang, il est forcé de vivre de pillage et même de brigandage.
Ses cavaliers, de temps à autre, font irruption dans la banlieue de quelque village du Gourounsi ou du Kipirsi et s’emparent par surprise des habitants occupés aux cultures ou à chercher du bois. Ses gens vont aussi isolément s’embusquer sur les chemins et font captif tout individu qui passe à leur portée. Cette façon de procéder a valu une mauvaise réputation à Boukary Naba. Cependant les gens qui réfléchissent lui pardonnent, connaissant la situation que lui fait son frère ; malgré cela, il a de nombreux partisans, et beaucoup le verraient avec plaisir arriver au pouvoir.
Les partisans de Boukary répètent à l’unisson que Naba Sanom, étant sans postérité, se soucie fort peu du gouvernement de son pays et de ce qui adviendra dans l’avenir, tandis que Boukary, avec ses nombreux enfants, offrirait plus de garanties.
Retour des cavaliers ramenant des captifs.
Pendant mon deuxième séjour à Banéma, Boukary, connaissant mon horreur pour le pillage et l’esclavage, et craignant de me déplaire, fit partir de nuit et sans me prévenir deux expéditions : l’une dans l’ouest sur Nabouli et l’autre vers le sud sur Baouér’a. Dès dix heures du matin, le lendemain, le retour des cavaliers fut annoncé par des coups de fusil. Bientôt après apparut une file d’esclaves des deux sexes attachés l’un derrière l’autre à l’aide d’une corde passée autour du cou. L’expédition de Nabouli ramenait dix-sept esclaves ; celle de Baouér’a, cinq seulement, et un âne chargé de sel et d’un peu de cotonnade. Dès l’arrivée de ces malheureux, on les fit boire, et, à l’aide de maillets, on leur retira les bagues et les anneaux de cuivre qu’ils portaient au bras et aux jambes ; ensuite eut lieu un classement en trois catégories :
1o Les hommes formèrent un lot destiné à être vendu de suite, de crainte qu’ils ne se sauvassent ; ils furent conduits, séance tenante, à Sakhaboutenga pour être échangés contre du sorgho pour les chevaux, du mil pour le personnel et de la poudre.
2o Un second lot, comprenant les femmes, fut mis en réserve pour acheter des chevaux.
3o Enfin un troisième lot, comprenant les enfants en bas âge, les jeunes filles et jeunes gens, fut réparti entre les guerriers et pris en charge par eux. Les gamins seront employés jusqu’à nouvel ordre comme palefreniers des guerriers ; ceux qui seront reconnus capables de rendre plus tard des services et réputés dociles seront conservés. Les autres seront revendus à la première occasion. Les petites filles sont données en mariage aux guerriers qui se sont distingués.
Dès le 18, je demandai à Boukary de me mettre en route, mais il me pria de différer mon départ de deux jours, désirant me faire faire connaissance avec son jeune frère, Salifou, qui devait arriver le surlendemain. Nabiga Salifou, comme Nabiga Masy, est un jeune homme très bien élevé. Dès son arrivée il me rendit visite, fit tuer un bœuf à mon intention et m’envoya quelques autres provisions. Ce jeune homme ne ressemble ni comme extérieur ni comme caractère à Naba Sanom ; la distinction de ces jeunes gens offre un contraste frappant avec les manières rustres de Naba Sanom, leur aîné.
Comme c’était convenu, Boukary Naba devait me diriger le lendemain par un chemin parallèle à la frontière du Gourounsi vers Béri, où je devais rallier le chemin Waghadougou-Gambakha. Salifou, en dissuada Boukary, l’informant qu’il avait appris en route que Naba Sanom avait donné l’ordre de me faire rebrousser chemin si j’essayais de gagner le Gambakha par cette voie. Boukary se vit donc forcé, à son grand regret, de me diriger sur Bouganiéna sans pouvoir satisfaire à mon désir de ne pas rentrer de nouveau dans le Gourounsi.
La veille de mon départ, il m’envoya trois jeunes femmes de vingt à vingt-cinq ans en exprimant le désir de me les voir épouser. Il s’excusa près de moi de ne pas être assez riche pour me faire un plus beau cadeau. Passer brusquement du célibat à un triple mariage me parut un peu excessif ; je fis part de mes scrupules à Boukary Naba, et lui en renvoyai deux, n’en gardant qu’une pour faire la cuisine à mes hommes.
Ce ne fut pas aisé de refuser la main de ces jeunesses, Boukary tenait absolument à cette union. On trouva cependant un terrain d’entente : il fut décidé que je ferais épouser les trois femmes par mes serviteurs les plus dévoués.
Ces malheureuses étaient complètement nues. On voyait cependant qu’elles avaient l’habitude d’être vêtues, car elles étaient toutes honteuses, et dès qu’elles eurent les mains libres, elles se couvrirent de feuilles. Une d’elles seulement était tatouée, toutes les trois avaient des incisions entre les seins, et les dents de devant limées. Elles appartenaient l’une à la tribu Gourounga-Kassanga et les deux autres à la tribu Gourounga-Youlsi.
Je leur distribuai à chacune trois coudées de guinée pour se faire un pagne et leur donnai un petit collier de perles.
Dans l’espoir de les voir s’évader la nuit, leur village n’étant éloigné que de 15 kilomètres de Banéma, je négligeai de les faire attacher et empêchai mes hommes d’exercer une surveillance sur elles.
Le lendemain, à ma grande stupéfaction, mes nouvelles pensionnaires, sans recevoir d’ordres, se mirent à chercher de l’eau et à préparer les aliments de mes hommes, absolument comme si elles avaient fait partie de mon personnel depuis un an.
Si ces pauvres femmes ont si promptement renoncé à leur liberté, c’est que dès leur arrivée elles ont été traitées avec bienveillance dans mon camp. Décemment vêtues et relativement bien nourries, elles n’en demandaient pas davantage. Elles ont très bien compris que nos hommes ne les traiteraient pas, comme cela a lieu par ici, comme des bêtes de somme, des brutes ou des animaux de production.
Je me mis en devoir de les marier et de les baptiser, car, ne les comprenant pas, il était difficile de savoir leur nom. A Fondou, le plus âgé de mes hommes, je donnai la femme kassanga, qui fut appelée Miriam ; à Birima, une Youlsi qui fut nommée Tenné (de altiné, « lundi »), et à Mamourou échut l’autre, qu’il demanda à appeler Arba (qui veut dire en arabe : quatre, et en mandé : jeudi).
Le mariage eut lieu séance tenante. Je fis successivement les fonctions de tuteur, de prêtre et d’officier de l’état civil. La publication des bans et autres formalités furent naturellement laissées de côté. Je les dotai de quelques étoffes, une couverture, quelques grains de corail et de bracelets. Plusieurs milliers de cauries, une calebasse de kola et de la volaille permirent au personnel de faire le repas de noce.
Mon convoi se composait, avec ces nouvelles recrues, de sept hommes, les trois femmes et Haïda, la petite fille que m’a donnée Naba Sanom. Cette pauvre petite était d’une maigreur effrayante quand on me l’a amenée à Waghadougou. Pendant le premier mois, elle n’a fait que manger et dormir. Nous ne savions pas son nom et il était impossible de l’interroger ; je l’ai baptisée Aïda, nom que mes noirs ont transformé en Haïda.
Les trois femmes que m’envoie Boukary.
Comme la clef de toutes les langues, ou, pour mieux m’exprimer, le premier mot qu’il faut savoir est : Comment cela s’appelle ? ou : Quel est son nom ? cet interrogatif est essentiel. Je me demandai comment je pourrais l’apprendre dans la langue de la petite Haïda. J’eus l’idée de lui faire voir ma montre. Sa première parole en la voyant fut : O kan. J’ai supposé que c’était : Qu’est-ce que c’est ? Et, après lui avoir dit : Montre, à mon tour je lui ai fait voir plusieurs objets en lui disant : O kan. A chaque interrogation elle me donnait le nom de l’objet. J’ai ainsi pu constituer un petit vocabulaire comprenant les choses usuelles de la vie et lui apprendre assez rapidement à parler le mandé.
Dimanche 22 juillet. — Je n’ai pas voulu quitter Boukary Naba ce matin sans lui donner ma jumelle, qu’il envie depuis si longtemps. Jamais je n’ai vu un homme aussi heureux que lui. Il y regarde par le gros bout et assure, avec un sérieux comique, à son auditoire qu’à l’aide de cet instrument il voit tout ce qui se passe à Waghadougou !!!
Les adieux furent touchants et je reçus ses vœux de bon retour vers le Nasaratenga (pays des blancs). J’ai été accompagné à cheval par Salifou jusqu’au ruisseau de Banéma ; là nous dûmes décharger les animaux : le cours d’eau s’était changé en une véritable rivière, actuellement il n’y avait pas moins de 1 m. 50 d’eau. D’après les renseignements que j’ai recueillis à Bouganiéna sur la direction de son cours, cette rivière serait l’origine d’un grand affluent de la Volta que l’on nomme Baliviri[121], et qui sert de limite entre le Gourounsi et le Gambakha vers Oual-Oualé.
La route entre Banéma et Bouganiéna est entièrement déserte ; il ne se fait actuellement aucun commerce entre cette partie du Gourounsi et le Mossi. Presque toutes les communications ayant lieu par Baouér’a et Dakay, nous ne rencontrâmes des habitants que dans les cultures aux abords de Bouganiéna. Plusieurs me reconnurent. Mon ancien hôte Sénousi Sâfo, chez lequel je descends, me fait un excellent accueil. De toutes parts, les habitants viennent me serrer la main et m’inviter à m’installer chez eux, espérant, disaient-ils, que je passerai ici le restant de l’hivernage.
Telle n’était pas mon intention, et dès mon arrivée je cherchai un chemin vers Salaga et ensuite un compagnon de voyage. Comme j’acquis la certitude que Krauss, en revenant de Bandiagara, avait fait retour vers Salaga par Sati, Oua-Loumbalé et Oua, et qu’à Waghadougou on n’avait pas pu m’affirmer si ce voyageur était venu de Salaga par Oual-Oualé ou par Gambakha, j’étais très embarrassé sur la direction à suivre, voulant à tout prix éviter de parcourir un itinéraire déjà connu. Comme il y avait doute pour Oual-Oualé, j’optai pour cette direction.
Boukary regarde ce qui se passe à Waghadougou.
On me présenta d’abord cette entreprise comme téméraire, le chemin étant réputé impraticable depuis que quelques chefs de village ont pillé des marchands de kolas ; mais, sur l’avis de quelques anciens, on me traça un itinéraire qui m’évitait de passer par les villages hostiles et qui déviait de la route suivie habituellement. La difficulté consistait à trouver un individu qui m’accompagnât jusque dans le Dagomba. Je m’adressai à cet effet à une sorte d’aventurier, nommé Idrisa, dont j’avais fait la connaissance à Dallou. Ce dernier consentit à m’accompagner moyennant la valeur de trois captifs, moitié payable à Bouganiéna, moitié à mon arrivée à Oual-Oualé ; mais, une fois l’arrangement terminé, il se ravisa, quelques peureux lui ayant fait entrevoir ce voyage comme assez périlleux pour qu’il n’en revînt pas. Je ne parvins plus à le décider, même en lui offrant le double de ce qui avait été convenu.
L’imam, sur ces entrefaites, me fit faire connaissance avec un jeune homme de Baouér’a, nommé Isaka, qui m’offrit de me conduire dans son village et de me faire recommander successivement par les chefs de village jusqu’à Koumoullou. Le départ fut fixé au mercredi 25 juillet.
On éprouve de grandes difficultés à se renseigner sur les routes et les distances dans le Mossi. Les indigènes comptent des étapes prodigieuses, de 35 à 40 kilomètres, et ils ont la réputation de les faire. En réalité, en voyageant avec eux j’ai pu constater qu’ils marchaient comme tout le monde, et qu’en somme une étape de 25 à 28 kilomètres était une grosse étape, même pour les Mossi.
Beaucoup de villages de culture, même assez importants, n’ont pas de nom et sont simplement désignés sous le nom de wouiri. Ils se servent aussi souvent du mot tenkaï pour le désigner ; cette appellation veut dire : « Ce n’est pas une résidence de naba » (ten, résidence de naba ; kaï, pas). C’est le Tanguï que Barth a noté à profusion dans ses itinéraires par renseignements à travers le Mossi. Une autre erreur de Barth, c’est d’avoir fait une différence entre l’appellation Natenga et Waghadougou, qu’il a pris pour deux endroits différents. Natenga est un terme dont on se sert très souvent pour désigner Waghadougou ; il veut dire « capitale » ; c’est l’abréviation du mot naba tenga, « village du souverain ». Ce même voyageur a aussi souvent confondu la frontière d’un pays avec sa capitale. Ainsi il donne les itinéraires partant du Mossi vers le Yatenga ou le pays de Kong comme aboutissant à une ville nommée Yatenga[122] et à une autre nommée Kong, tandis que son itinéraire s’arrête, d’une part, à un centre qu’il nomme Yatenga et, d’autre part, aux frontières des États de Kong.
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Le peu de temps que j’ai passé dans le Mossi ne me permet pas de rapporter autant de renseignements que j’aurais voulu en recueillir sur ce pays.
J’ai été en outre très mal secondé comme interprète. L’explorateur venant de l’ouest se trouve moins bien favorisé sous ce rapport que celui qui viendrait du sud (Salaga ou tout autre point), en ce sens que l’on peut considérer le fleuve de Boromo (la Volta Rouge) comme la limite extrême des pays où l’on rencontre assez souvent des gens parlant le mandé, tandis que de Salaga au Mossi on peut se faire comprendre avec le haoussa, le mossi ou le foulbé.
En entrant dans le Gourounsi on se trouve en présence d’un autre groupe de langues et l’on n’y rencontre pas d’individus parlant le mandé. Il en est tout autrement quand on quitte Salaga. Là on peut trouver d’excellents auxiliaires auprès des Haoussa et des Mossi, de sorte qu’en entrant dans le Mossi on est déjà familiarisé avec cette langue. L’étude du mossi n’est cependant pas indispensable, car à peu près partout il y a des Haoussa et des gens du Bornou établis dans les villages un peu importants. Il suffirait donc, pour faire voyage utile de Salaga au Mossi, de savoir parler le haoussa, qui est une langue avec laquelle il est aisé de se familiariser, car on trouve en Europe d’excellents ouvrages sur le haoussa : Schœn, Barth, Leroux, Faidherbe, Tautain, etc.
Je tombais donc dans le Mossi sans interprète et sans savoir parler. Il fut encore très heureux de trouver à Waghadougou, parmi les hommes de Karamokho Mouktar qui y sont retenus prisonniers, un jeune homme du Dafina sachant s’exprimer en mossi et en mandé.
La situation difficile dans laquelle je me suis trouvé quand la défiance de Naba Sanom s’est manifestée à mon égard m’empêcha de faire beaucoup de progrès dans la géographie du Mossi. Vers la fin de mon séjour, cependant, je commençais à savoir m’exprimer suffisamment en mossi pour demander les choses indispensables ; j’ai réussi ainsi à noter plusieurs itinéraires et à me procurer les quelques renseignements que je donne ci-dessous.
Le Mossi ou pays de Mor’o, مُغوُ (mo, radical, nom du peuple ; r’o, affixe équivalant au ga ou ba du mandé qui veut dire, dans beaucoup de pays : gens de), est limité à l’ouest par le Gourounsi et le Kipirsi, dont nous avons déjà parlé.
Il est séparé au nord-ouest du Fouta macinien par le Yatenga.
Au nord, le Mossi touche au Djilgodi, à l’Aribinda et au Libtako, pays traversés par Barth, qui en a donné une remarquable description dans sa relation de voyage.
A l’est, ses limites s’étendent jusqu’au Gourma ou territoire des Bimba et au Boussangsi, dont il est séparé par la branche orientale de la Volta, et enfin, au sud, le Mossi touche au Mampoursi.
Le Mossi est divisé en de nombreuses confédérations plus ou moins indépendantes, dont les naba sont les vassaux de Naba Sanom.
Les principaux vassaux sont : les naba de Yako, de Mani, de Kaye, de Ponsa, de Boussomo, de Djitenga, de Ganzourgou, de Béloussa, de Sakhaboutenga, de Dakay, de Doullougou, de Tiéfakhé, de Béri, de Tangourkou et de Yanga, etc.
Dans cette nomenclature, plusieurs postes de naba sont occupés par des frères ou fils de frères de Naba Sanom ; alors ils portent le titre de nabiga (nababiga, enfants de chef).
Le Mossi se trouve en relations avec les pays limitrophes par une série de chemins dont l’importance commerciale varie avec les centres et les pays qu’ils desservent.
La voie de communication la plus importante est celle qui alimente de sel le Mossi. De Waghadougou elle se dirige par Djitenga, Yako ou Mani sur Ouadiougué (capitale du Yatenga), pour de là se rendre par Bandiagara (capitale du Macina) à Sofouroula, le grand entrepôt du sel de Taodéni de la région, ou encore sur le Gharnata et le Djimbala.
Cette route est une des plus fréquentées ; elle est rarement soumise au pillage, mais elle n’est pas toujours praticable, à cause d’une sourde hostilité qui règne en permanence entre le naba du Yatenga et Naba Sanom, mais qui ne prend un caractère hostile qu’à certaines époques. Le meilleur poste d’observation pour les marchands est Mani ou Yako. Ils y séjournent toujours pendant quelques jours avant d’opter pour la traversée du Yatenga ou la route de Djibo et Douentsa. Cette route est aussi interceptée quelquefois, à cause des opérations militaires du Fouta et du Macina en général, contre le Djimbala et les incursions des Maures du Fermagha.
La route directe de Waghadougou à Douentsa et Tombouctou passe à Djitenga, Mani et Djibo. Une autre plus à l’est passe à Boussomo et Kaye, et rejoint la précédente à Sourgousouma.
Ce sont les voies commerciales naturelles du sel et du kola.
Plus à l’est, le Mossi se met en communication avec le Libtako, et Dôre par Boussomo et Ponsa ; à Marraraba, à trois étapes au sud de Dôre, la route se bifurque pour se diriger à l’est sur Dôre et à l’ouest sur Kora et Lamorde dans l’Aribinda.
Barth, dans ses itinéraires, dit que Marraraba veut dire, en haoussa : « à moitié chemin », et qu’il serait curieux de savoir quel est le lieu dont Marraraba est le point central et intermédiaire.
C’est une erreur.
Marraraba veut dire, en haoussa : « bifurcation, embranchement », c’est le mot mandé faraka, il veut dire, en arabe vulgaire, « divisé ». Il est plus que probable que Marraraba est le nom donné par les Haoussa, mais que les autochtones désignent ce village sous un autre nom.
Le Haoussa est en relations avec le Mossi par une route fréquentée aussi, sur laquelle cependant je n’ai pu obtenir que des renseignements très vagues. Ce que je sais, c’est qu’elle passe à Ganzourgou et à Béloussa. A Zebbo (Yagha), elle rejoint l’itinéraire suivi par Barth quand le voyageur s’est rendu de Say à Lamorde.
Le Gourma ou territoire des Bimba (nom des indigènes du Gourma) communique de Noungou (capitale du Gourma) avec Waghadougou, par Bélounga et Koupéla. C’est une route peu fréquentée. Le caractère des Bimba est très belliqueux. Ce sont des peuples divers qui se rattachent ethnographiquement aux Mossi et aux Gourounga.
Vers le sud, reliant Waghadougou à Salaga, il n’y a pas de chemins bien définis, bien arrêtés. Les Gourounga sont pillards. La rapacité des chefs est excessive. Les marchands changent d’itinéraires très souvent ; les grandes escales sont cependant toujours à peu près les mêmes : ainsi Koupéla, Tangourkou et Yanga d’une part ; Béri, Surma, Souaga, d’autre part ; ainsi que Doullougou, Poukha, Pakhé ; et Baouér’a, Koumoullou, Pakhé, Korogo sont autant de centres qui jalonnent les voies de communication les plus importantes, sur lesquelles se dirigent indifféremment les marchands. On peut dire qu’ils sont comme les cases d’un vaste échiquier desquelles on gagne d’un point un autre en cherchant la sécurité pour se porter sur Oual-Oualé, Gambakha, Yendi et Salaga.
Les routes du Dafina, nous les avons décrites plus haut ; là aussi on cherche à louvoyer pour gagner, à travers le Dafina, Bobo-Dioulasou et Kong, ou encore Oua, Bouna, Kintampo et Bondoukou.
Le parcours de ces routes dépend essentiellement des incidents de la guerre ; le plus sage parti à prendre est de s’appuyer sur les tribus les plus fortes, c’est le seul moyen de passer. On ne peut pas dire qu’il existe une artère préférable à l’autre, elles se valent toutes ; la sécurité est un vain mot sur les chemins qui mènent au beau pays de Mossi.
Les limites du Mossi ne paraissent pas s’être jamais étendues beaucoup plus au nord qu’actuellement, quoique Ahmed Baba mentionne qu’en 1329 (?) le roi du Mossi s’empara de Tombouctou et mit la ville à feu et à sang. Cette date, qu’il n’affirme pas, me paraît en effet erronée, car si c’est vers 1326 que Tombouctou fit sa soumission à Mansa Mouça, roi du Mali, il me paraît difficile que trois ans après, les Mossi aient réussi à s’en emparer ; d’autant plus que les Mandé paraissent y avoir fait un assez long séjour. C’est en effet sous le règne de Mansa Mouça qu’Isaac de Grenade éleva la grande mosquée, dite Djemmâa el-Kébira. Ce même roi y construisit également un palais dont l’emplacement est encore connu. Cette résidence royale portait le nom de Madougou. Il est plus logique de supposer que les Mossi faisaient alors partie du sultanat de Mali, et que c’est vers 1326, avec les Mandé ou sous leurs ordres, qu’ils s’emparèrent de cette ville. Du reste, un peu plus loin le même écrivain dit que le roi du Songhay, Ali Killoun ou Killnou, se reconnaissait vassal du Mali, et que Tombouctou fut pendant cent ans sous la domination du Mali. Les Mossi ont dû rester assez longtemps après en contact avec les Touareg[123], puisqu’ils ont adopté en partie leur costume et qu’ils se servent comme eux du sabre à poignée en croix. Ils ont dû commencer à se retirer vers le sud sous le règne de l’Imoschar’A’Kil (1433), et compléter leur retraite devant l’arrivée des Songhay, sous Sonni Ali (1468) et surtout sous Askia, en 1498, qui battit Nassi, roi du Mossi, pilla et ravagea entièrement son pays.
Au moment de la prise de Tombouctou par les Mossi, il y avait probablement longtemps que des Mandé étaient fixés chez eux. Djenné n’est pas loin du Mossi, et sous Mari Diata ou Diara (1260) Djenné était presque exclusivement fréquenté et habité par des Mandé. Ce qui m’autorise à faire cette supposition, c’est qu’on trouve dans le mor’[124] quelques mots d’origine mandé ; on voit très bien qu’il y a eu contact.
Ils possédaient aussi déjà, au moment de la conquête de Tombouctou, la vilaine petite selle mandé avec toutes ses imperfections, car s’ils étaient arrivés sans chevaux, et par conséquent sans selles, chez les Touareg et chez les Songhay, ils n’auraient certes pas manqué d’adopter l’élégante selle en usage chez ces deux peuples et dont j’ai vu des échantillons chez les cavaliers songhay de Gandiari.
Après la guerre d’Askia contre le Mossi, Ahmed Baba ne parle plus de ce pays que pour mentionner qu’en 1533 les Portugais envoyèrent de la Côte d’Or une ambassade au roi du Mossi, en lutte à cette époque avec le roi du Mali, Mandi Mouça.
Quant à la légendaire histoire du Wolof Bémoy, que les Portugais amenèrent à Lisbonne, il n’y a pas à s’y attarder. Ce Wolof raconta à Lisbonne que les Mossi avaient beaucoup d’analogie avec les chrétiens et que le roi portait le titre d’ogane. Ce récit fut pris au sérieux par quelques personnes qui voulaient voir dans le titre d’ogane la corruption du mot Johannes, et en conclurent que le premier roi du Mossi devait être l’apôtre Jean.
Il est peu probable que les Mossi, en dehors de l’expédition sur Tombouctou, aient fait d’autres guerres importantes ; ce qui tendrait à le prouver, c’est qu’eux-mêmes affirment qu’à part les Mandé musulmans qui vivent au milieu d’eux, ils sont tous de même race.
Ils s’en vantent en faisant remarquer qu’ils sont environnés de peuplades à demi barbares qu’ils n’ont pas voulu annexer parce qu’ils ne sont pas de même famille. Je ne crois pas que ce soit le sentiment de l’homogénéité qui les ait guidés, c’est un tout autre mobile et un mobile qui n’est pas flatteur pour eux. Le Mossi n’a jamais annexé le Gourounsi, tout simplement parce qu’il ne pourrait plus le ravager ; si au contraire il vit en hostilité avec lui, il y trouvera son profit, puisqu’il aura toujours la ressource de capturer ses habitants. Je ne puis trouver de meilleure comparaison qu’en appelant le Gourounsi « le vivier du Mossi ».
L’aspect général des pays mossi que j’ai traversés pour me rendre à Waghadougou est celui d’une plaine élevée (altitude 900 mètres) dans laquelle on ne remarque même pas un léger plissement ; le sol est uniformément plat et entrecoupé de temps à autre de terrains marécageux ou de petits biefs pleins d’eau sans écoulement apparent.
A proprement parler, le Mossi ne compte pas de fleuve ni de cours d’eau importants.
J’ai cherché vainement où pouvaient se trouver les sources de la Schirba, rivière que Barth a traversée entre Say et Zebba, et j’ai acquis la certitude que ce cours d’eau est d’une importance tout à fait secondaire. Au moment où Barth l’a traversée, le 2 juillet 1853, la rivière avait 6 mètres de profondeur, mais c’était presque en plein hivernage, il y avait eu vingt et une pluies, dont plusieurs de grande durée. La rivière était donc déjà fortement gonflée. Du reste, sa largeur est de 100 pas, dit-il, ce qui fait 30 mètres au lieu de 200 mètres, comme cela est indiqué sur plusieurs cartes.
Cette largeur n’implique donc pas un cours très étendu, et si elle passe près de Koupéla, c’est à l’état d’un infinie ruisseau ; c’est pourquoi personne ne me l’a signalée dans mes conversations avec les marchands.
Le sol consiste en quartz, fer, argile siliceuse et granit. Ce pays m’a paru être habité et peuplé depuis fort longtemps, car je n’ai nulle part rencontré ce que nous appelons la brousse. Partout ce sont des cultures en exploitation ou des terrains anciennement défrichés dont on a momentanément abandonné la mise en œuvre, la population en ayant tiré ce qu’elle a pu jusqu’à épuisement. C’est un pays de culture et d’élevage par excellence.
Le petit gibier est très abondant partout. Les gazelles les plus communes sont l’espèce appelée koulou en mandé, et une variété un peu plus grande, rayée de larges bandes de poil blanc parallèles à l’échine, qu’on nomme siné dans la même langue. Dans les marécages il y a des caïmans d’une petite espèce, dont la longueur ne dépasse pas 2 mètres.
Le netté et le cé sont très répandus. Parmi les cés j’ai vu des arbres portant des fruits d’une forme oblongue à très petit noyau ; ils sont bien charnus et constituent un excellent dessert. Je n’ai encore rencontré cette variété nulle part ailleurs.
On cultive le petit mil (sanio) et le sorgho blanc (bimbiri). Les bas-fonds sont utilisés pour la culture du riz, qui vient très bien et est aussi beau que le riz Caroline.
Le maïs n’est cultivé qu’aux abords des villages. Il en est de même de l’indigo, du coton et du tabac. Il est regrettable que ces trois dernières cultures ne soient pas poussées avec plus de vigueur ; ce sont des produits relativement chers, à l’aide desquels les Mossi pourraient se créer des ressources, surtout avec le tabac, qui est d’une qualité supérieure aux variétés que j’ai vues jusqu’à présent.
Partout où j’ai passé, les noirs m’ont vanté la richesse de production de chevaux et d’ânes du Mossi. Avant d’entrer dans ce pays j’étais persuadé que tous les chevaux qu’on rencontre dans les États de Kong étaient des produits du Mossi. Ce que les indigènes ne me disaient pas, c’est que les chevaux, s’ils viennent du Mossi, y ont passé en transit, si l’on peut se servir de cette expression.
Ils viennent tous du Yatenga, qui en prend peut-être lui-même une partie dans le Macina, dont il est voisin.
Il est incontestable qu’il y a des chevaux dans le Mossi, mais il n’y a pas ou peu de juments. Nous avons vu Boukary Naba aller à la fête à Sakhaboutenga avec vingt chevaux, dont cinq ou six ne lui appartenaient pas.
Dans ce dernier village il y en a peut-être autant. A Waghadougou, y compris les chevaux de Naba Sanom, il n’y a pas quarante bêtes. Il est vrai que le climat de Waghadougou a la réputation d’être funeste aux chevaux, et qu’il y en a peut-être plus ailleurs. A Mani, par exemple, on peut trouver assez facilement des chevaux, ce village n’étant éloigné que de deux journées de marche du Yatenga ; mais, tout compte fait, nous sommes bien loin des deux mille chevaux par-ci, des trois mille chevaux par-là qui, sur un signe de Naba Sanom, viendraient à Waghadougou. C’est une fable. Si l’on voit quelques chevaux[125] dans les grands villages du Mossi, c’est qu’ils ne coûtent pas cher dans le Yatenga : 3 ou 4 captifs, d’une valeur moyenne de 60000 cauries chacun.
Les chevaux provenant du Yatenga qu’on voit ici sont de deux races bien distinctes.
La plus commune a, sans en avoir les qualités, tous les autres caractères du cheval arabe : tête fine, encolure courte, membres grêles et croupe fuyante, crinière et queue très longues. Les robes qu’on rencontre le plus souvent sont bai, alezan, gris, isabelle et rouan ; ces trois dernières variétés ont toutes du ladre au chanfrein. Il est rare de rencontrer des chevaux sans balzanes. Dans cette race il y a beaucoup plus de chevaux de rebut que de bêtes de prix ; c’est le cheval arabe dégénéré. Quand le poulain atteint un an, il est monté, ne se développe plus, s’enselle et est hors de service à l’âge où en Algérie et en France il commence à rendre des services.