Races de chevaux.

Comme dans toutes les régions soudanaises, les robes et les balzanes entrent en ligne de compte pour la valeur des chevaux ; il est même très curieux de voir que pour cela ils ont les mêmes croyances que les peuples musulmans.

Car, si l’on en croit le Prophète :

Il en est de même pour les balzanes. Les Mossi, comme le général Daumas, disent :

L’autre race, que nous pouvons appeler, jusqu’à plus ample information, cheval du Yatenga, n’a rien du cheval arabe. C’est une belle et forte bête, ayant les caractères de notre cheval de dragons, environ 1 m. 57 à 1 m. 62. Il se distingue par une tête fine et bien attachée, les membres inférieurs forts, bien musclés, un sabot large et la corne bien consistante, un beau poitrail large, la crinière et les crins de la queue courts. Les robes les plus communes sont : différents bai et alezan. C’est un véritable cheval de guerre, une bête que nous devrions avoir dans notre Soudan pour remonter nos spahis. Je suis persuadé qu’on doit mettre beaucoup de soins à les élever et que les saillies ne sont pas l’effet d’un hasard, comme cela a lieu en général. Les poulains ne sont pas montés trop jeunes non plus, et tous ont un très beau dessus ; malheureusement ces chevaux ne subissent aucun entraînement. En permanence au piquet et entravés même quand on les mène à l’abreuvoir, ils ne sortent et ne sont montés quelquefois que tous les huit jours, et encore ! De sorte que quand une bête semblable doit faire campagne ou marcher tous les jours pendant deux ou trois mois, même sans fatigue pour un animal un tant soit peu entraîné, elle dépérit et meurt. Les produits de ces deux races mélangées donnent un petit cheval court et robuste ayant les caractères d’un petit cheval de trait d’Europe.

Les naba qui possèdent deux ou trois belles bêtes de la race yatenga les font entourer de soins. Chaque animal a son captif, gamin de dix à douze ans, qui ne le quitte pas, et le tient en main à l’aide d’un licol et d’une cordelette en crin. Ces petits palefreniers les bourrent de fourrages, toujours des graminées vertes, qu’ils leur introduisent de force dans la bouche, leur présentent de temps à autre un morceau de sel à lécher, et leur préparent des barbotages au son de mil. A l’aide d’une palette en cuir, ils chassent les mouches ; ils reçoivent le crottin et les urines dans une calebasse. Avec des ciseaux fabriqués dans le pays, on fait les crins et coupe les poils des oreilles, mais on ne sait pas faire les pieds : jamais un sabot n’est rogné. Tous les deux ou trois jours, les animaux sont graissés au beurre de vache ou au beurre de cé.

Les médications en usage contre la constipation ou le manque d’appétit des chevaux sont de six espèces. Je les donne à titre de curiosité, leur efficacité n’étant pas absolument prouvée.

Pour le manque d’appétit, quand le cheval refuse le mil :

1o Poivre long avec la cosse, appelé en mandé kani[126] (environ 10 poignées).

Poivre renfermé dans une coque, appelé en mandé niamakou[127] (environ 30 noix), petit piment rouge appelé foronto ou mousso kani (2 poignées), sel, environ 600 à 800 grammes.

Le tout, pilé dans un mortier, est introduit dans le gosier du cheval, à l’aide d’une petite corne. L’animal est mis à la diète et ne reçoit à boire que six heures après.

2o Pilules de bouse de vache mélangée à de la cendre (environ 40 grammes).

3o 50 grammes d’un sel dont je rapporte un échantillon ; on le nomme baboé en mossi ; il provient du Bornou.

4o Pilules de farine de mil mélangée à environ 400 grammes de piment rouge et 500 grammes de sel.

On emploie contre la constipation :

1o Une purge d’un sel de provenance du Haoussa, nommé konri en mossi et en haoussa.

2o Infusion de l’écorce d’un arbre appelé seguéné en mandé.

J’ai usé de ces médicaments pour mes chevaux, ce qui ne les a pas empêchés de mourir, jusqu’à présent, au bout de quatre ou cinq mois de travail. Les animaux, dès qu’ils font un peu de service, sont vite atteints de fièvre paludéenne, qui se change bientôt en accès pernicieux, ou détermine l’anémie, et les noirs n’ont pas de médicament pour cela.

Nous savons heureusement mieux qu’eux soigner nos animaux, et il n’est pas rare de voir un cheval indigène faire toute une campagne sur le Niger (dix mois), ce qui n’arrive jamais chez les noirs. J’ai vu les chevaux qui restaient à Samory au mois d’août 1887 devant Sikasso ; c’était leur cinquième mois de campagne, dont quatre mois de séjour sans fatigue devant Sikasso, et aucun d’eux n’aurait été capable de faire 100 kilomètres en 5 jours. Parmi eux, il y en avait même qui n’avaient que deux ou trois mois de service, Samory renouvelant ses chevaux au fur et à mesure de ses ressources en captifs.

Je suis persuadé que nos vétérinaires employés dans le Soudan français, en mettant en pratique les observations qu’ils ont faites ou feront pendant des séjours répétés dans notre colonie, arriveront à combattre victorieusement l’affection paludéenne chez les chevaux, et peut-être même à enrayer son développement ; de même que si on leur en fournit les moyens, ils arriveraient, en employant l’étalon du Yatenga, à nous créer une qualité de chevaux qui nous dispenserait de faire venir onéreusement des chevaux d’Algérie, qui ne résistent pas[128].

Quel est le peuple qui a importé le cheval au Yatenga ? Nos recherches nous l’apprendront peut-être plus tard ; toujours est-il incontestable que ce cheval a conservé le type arien. Si l’on en croit les savantes études de Piètrement[129], le cheval arabe ne serait même autre chose qu’un cheval arien ; si donc les anciens ont réussi à acclimater le cheval arien en Algérie et dans le Yatenga, nous devrions arriver à en faire autant, et même mieux, car il faut admettre que les connaissances vétérinaires sont plus étendues actuellement qu’elles ne l’étaient il y a vingt siècles. A-t-on essayé d’acclimater en Afrique, et en particulier dans le Soudan, des chevaux d’Europe ?

Si je me suis écarté de mon sujet en effleurant cette question, j’ai tenu simplement à soumettre mes propres observations aux gens compétents, mes connaissances n’étant pas assez étendues pour me permettre d’entrer dans des détails plus techniques, c’est aux gens du métier à la traiter plus complètement.


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Si le Mossi produit peu de chevaux, il est incontestable que c’est un pays de productions d’ânes. Il semblait cependant jadis plus prospère qu’actuellement, si l’on s’en rapporte à Barth, qui signale à son passage à Dôre un convoi d’ânes considérable acheté par des gens d’Ahmadou, cheikh de Hamdallahi. Aujourd’hui, quoiqu’on trouve des ânesses dans tous les grands villages, il est moins facile de se procurer des ânes qu’à Bakel ou à Médine[130]. Leur prix est ici relativement élevé, il varie entre 30000 et 35000 cauries pour un mâle, et pour cette même somme on peut se procurer à Kong, Dioulasou, dans le Lobi et le Gourounsi environ 60 francs d’or ; ce prix ne diffère pas sensiblement de ce qu’on paye les ânes dans les postes cités plus haut, lorsqu’on les achète payables en guinée. J’ajouterai encore que les ânes du Mossi sont bien moins résistants que les ânes de Bakel. Dès qu’ils travaillent un peu, ils dépérissent ; j’en ai fait l’expérience dans la suite de mon voyage. Ainsi, sur cinq belles bêtes achetées à Oual-Oualé, j’en ai perdu quatre jusqu’à Salaga. La cause du peu de résistance de ces animaux tient à ce que jamais ils ne voyagent en hivernage et qu’en saison sèche leur entraînement se borne à un ou deux voyages de Oual-Oualé à Salaga. Toujours à l’abri de la pluie dans les villages, ces animaux ne sont plus propres à rien au bout de deux ou trois jours de route, et meurent infailliblement, n’étant pas habitués aux intempéries. L’âne du Mossi a en outre l’échine excessivement longue, il est moins ramassé que le bourricot court des Maures et de notre Soudan.

Un de nos camarades, qui s’est occupé de zootechnie pendant son séjour dans le Soudan français, dit qu’il n’existe qu’une race d’ânes dans le Soudan, et qu’il est en train de s’en créer une autre par le croisement d’ânes algériens noirs avec des ânesses indigènes.

Je ne suis pas assez compétent pour affirmer le contraire, mais je me permets ici de faire remarquer que s’il n’existe qu’une race, il existe six variétés d’ânes qui diffèrent essentiellement entre elles par les qualités et le degré de résistance plus ou moins grande qu’elles offrent ; ces variétés sont connues de tous les indigènes qui voyagent. Je les énumère en classant les meilleures les premières :

1o Le bourricot gris roux (rouan) appelé bala en mandé et diabiyangué en sonninké.
2o noir-brun, au-dessous du ventre blanc, gombing-é en mandé et en sonninké.
3o gris-souris, sarfatté  —  id.  — 
4o gris tirant sur le blanc, sale sakhanné ou saguéné  —  id.  — 
5o pie (noir et blanc), fanto  —  id.  — 
6o pie (gris et blanc ou rouan et blanc), kaba  —  id.  — 

Parmi les trois dernières catégories on trouve rarement des animaux de choix ; ils sont toujours d’un prix moins élevé que les sarfatté, qui eux-mêmes sont moins chers que les bala et gombing-é. Ces deux dernières variétés sont des animaux de choix, d’un degré de résistance à toute épreuve ; ils se distinguent en outre par leur sobriété ; ceux qui ont été élevés chez les Maures, par exemple, n’ont pas besoin de mil, ce qui ne les empêche pas de travailler comme les autres.

Parmi les sarfatté, on trouve encore beaucoup de bons animaux, mais ils sont bien moins résistants que les bala et les gombing-é.

Quand on a soin de n’acheter que des animaux dont les deux crochets ont percé, on est à peu près sûr de ne pas en perdre[131]. Plus un âne a travaillé, meilleur il est ; il franchit sans hésitation les passages difficiles, les gués, et se laisse facilement charger. J’ai eu des âniers qui conduisaient jusqu’à trois ânes chargés à 70 kilos, à l’aide du bât indigène (tarfadé).

On trouve ces six variétés répandues, dans des proportions très variables, chez les Maures, à Bakel, à Médine, dans le Kaarta, le Bakhounou, le Ségou, le Macina, le Yatenga, le Mossi[132] et le Haoussa[133]. L’autre race, le dafing (bouche noire), n’existe que dans le Dafina, ou, pour mieux dire, je n’en ai vu que là.

On peut dire que le Soudan est un des pays qui produisent les ânes les plus remarquables.

Il y a deux espèces de moutons dans le Mossi, toutes les deux à poil ras, l’un est petit (valeur 3500 à 4000 cauries), l’autre est le grand mouton maure (valeur 6000 à 7000 cauries).

Le bœuf le plus répandu ici est le zébu, dont j’ai vu des sujets remarquables par leur taille et leur bon état (valeur d’un bœuf moyen, 13000 à 15000 cauries).

Anes.

Le Mossi a cela de commun avec la plupart des autres nègres soudaniens, c’est qu’il n’existe pas de type assez répandu pour qu’on puisse dire : « Voilà un vrai type mossi ». On y rencontre des gens ressemblant à s’y méprendre aux Wolof, aux Mandé des bords du Niger et même aux Haoussa. Il m’est donc bien difficile d’en faire le portrait.

Je me bornerai à rappeler que l’on peut diviser la population du Mossi en deux races. L’une, la plus nombreuse, non musulmane, est assez ancienne pour qu’on puisse la considérer jusqu’à un certain point comme autochtone ; on distingue ses sujets sous le nom de Mor’o et Moss’i. L’autre, musulmane, d’origine mandé, est venue des bords du Niger à l’avènement du roi Bammana, Ngolo, entre les années 1754 et 1760. Elle est appelée par les Mor’o : ia r’a. Ces immigrants habitent en général les grands villages ; quelques-uns de ces centres ont même été créés par eux, tels sont : Mani, Yako, Waghadougou, dont l’étymologie est mandé. Ils ont les prénoms musulmans que l’on rencontre chez les Sonninké de Sâro et dans le Djenné. Exemple : Abd er-Rahman, Isaac, Yako, Seybou, Boubakar, Mouça, Alassane, Idriza, etc.

Les autochtones ont des noms de plantes, de choses ou d’animaux, comme les Siène-ré. Ils sont fétichistes, mais ont eu pour culte le soleil, qui porte encore aujourd’hui le même nom que Dieu : ils l’appellent Wouidi.

Ces deux peuples sont déjà fortement mélangés : il est impossible de les différencier aux tatouages, qui varient à l’infini. Je reproduis à la fin du volume ceux que j’ai eu l’occasion de relever pendant mon séjour. Ces différences marquent probablement, comme chez les Mandé (Bambara), les diverses tribus.

Le tatouage du Mossi consiste : 1o en cicatrices sur les joues, partant des tempes pour finir au menton ; 2o en cicatrices allant du nez à la joue ; 3o quelquefois en marques sur le front et le menton.

J’ai relevé onze séries, comprenant trente-trois tatouages différents, et je suis loin d’avoir vu des habitants de toutes les parties du Mossi ! J’ai constaté avec plaisir que quelques musulmans avaient pris résolument le parti de ne plus tatouer leurs enfants, ils ont fini par s’apercevoir que cette coutume barbare ne servait qu’à les défigurer et à les rendre encore plus laids qu’ils ne le sont réellement.

Le costume des hommes ne diffère pas beaucoup de celui des autres Soudaniens que nous connaissons ; j’ajouterai cependant qu’à côté des grandes coussabes et de la culotte ordinaire (doroké) des musulmans, on voit fréquemment un vêtement à taille, jupe et manches, sorte de tunique ample, ainsi que le large pantalon bouffant tombant jusqu’à la cheville, le lemta, le bonnet dit dioutougou, bordé de gris-gris, et les babouches — costume en partie emprunté aux Touareg[134]. Je n’ai pas vu porter d’étoffes de provenance européenne. Les vêtements sont tous confectionnés à l’aide de bandes de cotonnade blanche ou de couleur du Haoussa ; il n’y a que quelques turbans communs qui viennent de Salaga. Les armes les plus répandues sont l’arc et la lance ; tout le monde porte en outre une sorte de canne-massue nommée doro. Les cavaliers portent un bouclier en peau de bœuf, dans le dos, pour parer les flèches que décochent les archers quand ils ont été dépassés par le cavalier qui les a chargés.

Types et costumes de Mossi.

La femme mossi vit dans une condition d’infériorité très marquée ; elle est toujours misérablement vêtue ; le seul luxe que lui tolère son mari est de se charger jambes et bras d’anneaux en cuivre fondu et même souvent de grosses boules en cuivre creuses, ornements qui sont loin de rendre sa démarche gracieuse. Quelques-uns de ces anneaux sont fixés à demeure par le forgeron, d’autres se démontent à coups de marteau. Il n’est pas rare de voir des anneaux de pied peser 6 kilos la paire.

Les femmes qui ne sont pas assez riches pour se procurer des anneaux en cuivre portent des bracelets en bois ou en marbre, venus du Hombori par Douentsa.

A Waghadougou j’ai vu quelques femmes porter de petits bracelets en argent.

La coiffure consiste en un cimier, avec le reste des cheveux rasés, ou encore la tête entièrement rasée.

La femme mossi n’a pas de cauries à sa disposition, comme dans les pays mandé, où la femme sait toujours se créer quelques petites ressources destinées à acheter de quoi se parer.

Les femmes de naba seules portent des colliers de corail à très bon marché ou un collier de cornaline ; les autres doivent se contenter de colliers en rocaille bleue.

La femme salue et ne parle à qui que ce soit sans se prosterner et se tenir les joues avec les paumes des mains tournées en dehors, les coudes touchant terre. Elle porte son enfant en bandoulière, l’écharpe passant sur l’épaule droite. On voit encore par ici de nombreuses filles déjà grandes errer toutes nues.

Le peuple mossi m’a particulièrement paru en retard comme industrie. C’est à peine si l’on peut citer le tissage, car il ne se confectionne presque pas de cotonnade ici. Les districts sud et sud-est vers Béri et Koupéla ne fabriquent qu’un peu de koyo blanc très commun, qui est loin de suffire à la consommation locale[135]. Les autres tissus, que l’on peut appeler fantaisie, viennent du Haoussa et du Dagomba. Cette industrie du tissage n’a jamais été prospère et Barth a été induit en erreur, ou a oublié plusieurs zéros en écrivant qu’à Koupéla un bon boubou coûtait de 700 à 800 cauries. Chez les noirs il n’existe pas de pays où un boubou revienne à ce prix, il faut toujours compter au moins le triple pour un vêtement très commun.

Le métier de teinturier n’est pas répandu non plus : à Waghadougou, il n’y a que deux teinturiers, un Songhay et un Haoussa.

Comme partout, on fabrique quelques nattes, un peu de vannerie ornée avec goût et des chapeaux qui paraissent avoir été tressés pour des géants, tant la tête est spacieuse (ils sont destinés à être portés par-dessus le turban).

Les Mossi savent travailler grossièrement le fer, le cuivre et l’argent ; ils connaissent la soudure, qu’ils tirent de Salaga. On fait aussi des babouches et quelques selles, mais il ne faudrait pas en conclure qu’on trouve ces objets tout confectionnés ; si vous avez besoin d’une selle, il faut commencer par acheter une ou deux peaux de mouton ou de chèvre, ou faire les avances en cauries à l’ouvrier. Peu à peu votre selle se confectionne et vous êtes servi au bout d’un mois quand on a fait diligence. Le mors se trouve ailleurs ; la bride, les étriers, chez un autre individu. C’est une laborieuse corvée que d’avoir à se procurer quelque chose chez les Mossi. Ces gens-là m’ont paru plus paresseux que les autres noirs en général ; ils saisissent le moindre prétexte pour chômer. Ces mots naïfs de Diawé le dépeignent bien : furieux de ne pas obtenir ce qu’il désirait, mon domestique se lamentait auprès de moi, et comme j’essayais de le calmer, il me répondit d’un air convaincu : « Tu as raison, jamais que moi qui miré paille comme ici : quand de l’eau qui tombe, tout qui halte ». Ce qui veut dire : « Jamais je n’ai vu de pays comme celui-ci : quand il pleut, rien ne va plus ».

La selle en usage est la selle mandé, mais on voit aussi la selle peule, dite selle du Macina et du Djilgodi. Je crois même qu’avant d’avoir adopté la selle mandé, ils ont connu la selle peule, car elle porte un nom peul : gari ; aujourd’hui la selle mandé est la plus commune. Quelques naba ont la selle songhay au dossier élevé, recouverte d’une housse élégamment capitonnée. Les étriers sont de la forme en usage dans le Haoussa, quelquefois ils se composent d’un simple anneau en fer qui est placé entre l’orteil et le doigt suivant.

Le commerce n’est pas plus prospère que l’industrie.

Le marché a lieu à Waghadougou tous les trois jours, comme partout dans le Mossi ; les autres jours il y a petit marché. Le grand marché ne diffère des autres que par le plus grand nombre de visiteurs et le vacarme qui s’y fait. Comme dans le Follona, il s’y débite du dolo, et, en plus, le marché sert de rendez-vous à tous les griots de la région — et ils ne manquent pas. S’ils ne récoltent que peu de cauries, ils ont la satisfaction (?) d’être ivres le soir. Autour des urnes à dolo il est impossible de placer une parole, tous ces instrumentistes jouant à la fois du lounga[136], du doudéga[137], du gangang-o[138] et du ouér’a[139].

Après le dolo, par ordre d’importance, viennent les aliments préparés : riz, lakh-lalo, niomies, beignets de haricots, etc., puis les grains, mil, sorgho, riz, haricots, le savon, le beurre de cé, les condiments, un peu de sel, des kola. On y trouve aussi de petits lots de médicaments de charlatan contre la lèpre, les ophtalmies, le ver de Guinée, la maladie du sommeil, ainsi que des préparations érotiques, puis des chapeaux, des nattes, des paniers, de la viande, etc.

Mais ce que l’on trouve surtout en abondance sur les marchés du Mossi, c’est le kalgou, fabriqué avec les fruits du néré ou netté.

Le néré ou netté, Parkia biglobosa, est une très belle mimosée ; l’arbre atteint 10 à 15 mètres de hauteur dans le Mossi. Quand l’arbre fleurit, il est très curieux à voir : ses fleurs ressemblent à de beaux pompons d’un rouge écarlate.

Ses fruits sont des gousses étroites, longues de 20 à 40 centimètres, généralement disposées par grappes de cinq ou six gousses.

Elles renferment une pulpe farineuse jaune qui sert d’aliment et de boisson, et des graines.

C’est avec les graines que l’on fabrique la sauce dite soumbala en mandé, ou kalgou en mossi.

Les graines sont grillées, puis brisées et fermentées dans de l’eau. Pelées, elles constituent une pâte, dont on fait des boulettes de diverses grosseurs.

Le soumbala se conserve très longtemps. Partout on en trouve à acheter sur les marchés. Les ménagères s’en servent pour la confection de presque toutes leurs sauces.

On peut dire que le soumbala ou kalgou est la base de toutes les préparations de sauces, il est connu par tout le Soudan. L’Européen ne s’y habitue pas facilement. A la fin de mon séjour, je mangeais cependant ces sauces avec plaisir.


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De temps à autre, un marchand de captifs vient y conduire ses deux ou trois captifs.

Il ne s’y vend pas un seul article d’Europe, même pas un foulard ou une pierre à fusil.

Les marchés de Saponé, Tiéfakhé et Sakhaboutenga sont semblables. Il y vient un peu moins de monde ; on y débite également du dolo.

En dehors du marché, il existe un faible trafic permanent entre le sel, les ânes, les chevaux et surtout les captifs, qui sont la base de toute transaction dans le Mossi. C’est son seul produit ; c’est avec lui qu’il achète les chevaux, le sel, les kola. Les ânes sont échangés aux Haoussa pour des étoffes, ou à Salaga pour des kola avec quelques petits objets de provenance européenne, ou encore des étoffes de Kano.

Les kola valent ici de 25 à 50 cauries, suivant la grosseur. Le sel (la barre) coûte, suivant son poids (30 à 35 kilos), 30 à 35000 cauries.

Le captif adulte, de 50 à 65000 cauries ; le cheval, 2, 3 ou 4 captifs.

Il n’est pas possible de faire l’acquisition d’un cheval sans captifs, les cauries étant excessivement rares ici : il faudrait vendre pendant plus de six mois pour réunir les 250000 cauries nécessaires à l’achat d’un cheval.

Il n’y a peut-être pas dans tout Waghadougou un homme pouvant compter séance tenante 20000 cauries. Dès les premiers jours de mon arrivée je m’en suis rendu compte : je comptais beaucoup plus rapidement les cauries que les Mossi, tandis que les gens de Kong et les Mandé Dioula en général comptent avec une dextérité que je n’ai jamais pu atteindre. Un peu plus tard, l’imam et deux autres musulmans auxquels je croyais quelque aisance sont venus me supplier de leur acheter leur bague en or de la grosseur d’une petite ficelle ; ils en ont accepté chacun 1500 cauries. Je les ai payées au taux de Kong. C’est presque une preuve de misère, puisque l’or est excessivement rare dans le Mossi et qu’on ne s’en défait qu’à la dernière extrémité.

A partir de Kong et jusque dans le Mossi, on voit, en fait d’argent, le thaler à l’effigie de Marie-Thérèse, frappé au millésime de 1780, et quelques piastres mexicaines. Ces pièces d’argent ne sont jamais utilisées comme monnaie : les noirs s’en servent comme bijoux et en font faire des bracelets. Leur prix varie selon qu’elles sont plus ou moins neuves ; un thaler bien propre et neuf (valeur 5 fr. 50 d’argent) peut s’échanger contre 3500 à 4000 cauries. En chiffres ronds, 1 franc vaudrait 800 cauries. Quant à la valeur de la piastre mexicaine, elle varie de 2000 à 2500 cauries. Il faudrait bien se garder de croire qu’il est possible de faire n’importe quel achat avec de l’argent. On pourrait au besoin arriver à se défaire de quelques pièces à ce prix, mais alors que rapporterait-on en échange ? des ânes ou des chevaux, du sel ou des captifs ? Le noir n’acceptera pas en payement rien que de l’argent : il en prendra bien huit ou dix pièces pour en faire des bijoux, mais pas davantage, car il craindrait de ne pouvoir s’en défaire sans perte et ne l’accepterait pas.

A Kong et à Djenné on compte par sira (200 cauries) et par ba (800 cauries). Dans le Dafina, quand on achète ou vend, on spécifie si c’est le ba et le kémé des Dioula ou bien le ba et le kémé du Mossi, car les Mossi ont le système décimal. Leur première grande unité est 100 (kouapakha ou kobchi) ; vient ensuite 1000 (toucéri).

Les étoffes de provenance haoussa n’arrivent pas toutes par le Libtako, mais surtout par Salaga. Ce qu’il y a de curieux, c’est qu’elles se vendent moins cher ici qu’à Salaga. Ceci s’explique facilement : il suffit de se poser cette simple question : « Que vendent les Mossi à Salaga ? — R. Des captifs et des ânes », le sel gemme en barres revenant plus cher rendu à Salaga que le sel marin. Or, si les Mossi vendent leurs captifs et leurs ânes, ils se privent de leurs moyens de transport, ils sont donc forcés de ne prendre des kola qu’autant que les autres moyens de transport le leur permettent. Le reste des cauries qu’ils ont obtenues de leurs ânes ou captifs[140] étant trop lourd, ils le convertissent en étoffe, qu’ils revendent le même prix et souvent à meilleur marché dans le Mossi, sans pour cela éprouver de perte, puisqu’on leur a payé leur âne ou captif trois fois la valeur de ce qu’il vaut dans le Mossi et le Yatenga.

Voici la nomenclature et la description des tissus de Kano et de Sokoto qui arrivent par ces deux voies dans le Mossi :

1o Le karfo qui est une coussabe (boubou) teinte à l’indigo et brodée en lomas de même teinte. Il entre dans cette teinture une grande quantité de gomme, de sorte que le vêtement une fois battu et repassé[141] est très bien lustré. Une fois lavé, le lustrage disparaît peu à peu. Il vaut, suivant qu’il est plus ou moins luisant, de 10000 à 25000 cauries. Pour 15000 cauries, le boubou est déjà fort beau.

Cet article ferait une concurrence très sérieuse à notre guinée de Pondichéry s’il arrivait jusqu’au Ségou et au Niger, car si les noirs savaient compter et comparer les cauries à l’argent, il arriverait ceci : un karfo de 15000 cauries représente à Waghadougou 15 francs en argent, au taux habituel, mais comme le possesseur recherche ce métal, j’admets qu’il n’en obtienne que 12 francs. Porté à Nyamina, Ségou ou Bammako, il pourrait céder ce vêtement au même prix qu’un boubou en guinée et même le vendre plus cher, puisqu’il est plus solide, plus joli, brodé et tout terminé.

Or, à Ségou, un boubou en guinée revient à :

Une demi-pièce de guinée 12 fr. »
Confection du vêtement 2 fr. 50 (ba kili)
Broderies (au moins) 5 fr. »
Total 19 fr. 50 (en chiffres ronds 20 francs).

2o Après le karfo, je citerai une autre coussabe, qu’on nomme noufa, également de provenance de Kano. Ce vêtement est confectionné en tissu teint à l’indigo, rayé de blanc ; de loin le dessin paraît gris, il est richement orné, sur le devant et dans le dos, de lomas brodés en soie blanche indigène. Le prix de ce vêtement varie entre 35000 et 50000 cauries, suivant la qualité de l’étoffe, les broderies étant toujours les mêmes.

3o Vient ensuite le pantalon ou culotte longue en noufa brodé et soutaché en soie verte ou rouge. Il vaut ici de 20000 à 30000 cauries.

4o Une jolie couverture rayée de bleu de diverses nuances, bien confectionnée, avec de très belles teintes ; elle se fabrique en deux ou trois largeurs de 60 centimètres chacune, et vaut 12000 cauries en deux largeurs et 15 à 18000 en trois.

Les Haoussa sont des gens très adroits et industrieux. Ces tissus sont relativement à bon marché, quand on songe au temps que met un noir à la confection de semblables effets. Ce qui m’a paru intéressant, c’est de voir que les Haoussa savent produire des tissus de 60 centimètres de largeur, tandis qu’à Kong même et à Djenné les largeurs maxima sont de 20 centimètres seulement. Toutes ces étoffes sont pliées avec goût et très uniformément, elles sont en outre emballées dans du papier et ficelées.

J’ai réussi, avec beaucoup de peine et à force de patience, à me procurer des échantillons de ces divers tissus et vêtements, ne sachant pas si j’irais ou non à Salaga.

Il n’y a pas beaucoup de ces étoffes dans le Mossi ; les mouvements vers Salaga sont momentanément suspendus à cause des cultures, et, d’autre part, il m’est très difficile de me procurer des cauries. Je comptais beaucoup sur mes étoffes rouges de Kong, mais je n’ai pu m’en défaire que d’une partie, avec un bénéfice de 2 à 3000 cauries seulement par pièce. J’ai réussi aussi à me procurer des cauries avec du cuivre en barres, du bleu en sachets, un peu de corail à bon marché, de l’étoffe rouge pour bonnets et servant à recouvrir des gris-gris, quelques turbans à bon marché, du velours pour bonnets, un peu de coutellerie et des glaces. Comme je l’ai dit plus haut, la femme, qui ailleurs achète tant d’objets d’Europe pour se parer, ne peut s’en procurer que rarement dans le Mossi, de sorte que ce n’est qu’avec les plus grandes difficultés qu’on arrive à vendre quelques articles pour femmes.

Les Mossi ont la réputation d’être d’excellents tireurs d’arc ; leur arme est certainement la mieux conditionnée que j’aie vue jusqu’à présent. Encore actuellement ils ont fort peu de fusils. L’entourage des naba seul possède des armes à feu. La plupart d’entre elles sont de fabrication française (arme réglementaire à silex), modèle 1822, marquées Pellekerin, B... et Cie (maison de Saint-Louis).

Le Mossi est maintenant un pays engourdi, qui s’est laissé dépasser en civilisation par tous les peuples voisins qui l’environnent. Le Djenné, le Yatenga, le Macina, le Djilgodi, le Haoussa, le Dagomba, le Kong sont tous beaucoup plus avancés et plus prospères que le Mossi. Favorisés par la nature, qui leur offre un territoire presque en entier propre à la culture, les Mossi se reposent, cultivent ce qui leur est nécessaire pour vivre, mais pas plus, de sorte que, s’il n’y a pas de malheureux dans ce pays, on peut dire qu’il n’y a pas non plus de gens riches. Tout le monde vivote, pour me servir d’une expression vulgaire, mais qui peint bien la situation.

Ce pays pourrait être riche, sa population est très dense (environ 20 habitants par kilomètre carré). On peut dire qu’à part l’élevage des ânes et du bétail, le Mossi ne produit pas grand’chose. Il est tributaire de ses voisins pour tout, le commerce y est à peu près nul, ses habitants sont apathiques au dernier degré.

Ils n’ont presque pas de relations avec le Djilgodi et le Libtako, et Salaga est bien négligé.

Les produits du sol ne suffisent pas à donner la prospérité à un pays, il faut le commerce et l’industrie, chez les noirs comme chez nous. Partout où à côté de l’agriculture l’homme s’occupe aussi de commerce et d’industrie, le pays est prospère et se développe. Nous en avons deux exemples frappants dans le Soudan : le Mandé Dioula y prospère et le Peul y périclite.

Naba Sanom crie si souvent par-dessus tous les toits qu’il commande à 333 naba et à plus de 10000 chevaux, qu’il finit par en être persuadé lui-même. La réalité est que Waghadougou est la plus grande agglomération du Mossi (5000 habitants au maximum, et les autres centres, Mani, Yako, Boussomo, Sakhaboutenga, Pisséla, Koupéla, Ganzourgou, ont au maximum 3000 habitants). Dans la majeure partie des autres villages, le chiffre de la population varie entre 50 et 500 habitants, ce qui est déjà fort beau pour un pays nègre. D’après mes calculs, cela donne en moyenne une densité de population de 15 à 20 habitants par kilomètre carré. Ses 333 naba, à part ceux des grands centres que je cite, sont de simples chefs de village, dont beaucoup n’ont même pas un cheval à monter. Quant aux 2000 chevaux par-ci et 2000 chevaux par-là, j’ai dit plus haut ce que j’en pensais. Comme situation extérieure, le Mossi a été longtemps à l’abri des incursions de ses puissants voisins, grâce à une ceinture de peuples inférieurs et en retard qui constituaient autour de lui une sorte de rempart. Cette situation ne peut se prolonger longtemps : Naba Sanom est un homme de trop peu d’esprit, trop faible et trop mal conseillé pour perpétuer une série d’années de paix qui, mises à profit, auraient pu apporter quelque aisance à son pays.

A son avènement, Naba Sanom a été forcé de gouverner le Mossi avec un despotisme sans bornes. De crainte de perdre le pouvoir il s’est laissé entraîner à prendre des mesures trop excessives, qu’il a été forcé de réduire. Quand ses grands vassaux ont vu cela, ils ont pris ces concessions pour de la crainte et ont commencé à travailler sourdement contre lui. Aujourd’hui les naba de Mani, de Boussomo, de Yako et de Koupéla sont des forces avec lesquelles Naba Sanom devra compter.

Avant peu, l’empire du Mossi se désagrégera, le pays s’organisera en confédérations à l’instar du Bélédougou et du Yatenga.

C’est du reste un événement que nous, Européens, ne pouvons voir que d’un bon œil. L’expérience nous a montré que dès qu’un chef nègre commande à plus de 20000 âmes, il rêve un empire, ses besoins augmentent, il cherche l’extension. Comme il n’a point de budget, tout est déficit, et pour le combler il lui faut faire la chasse à l’esclave. En confédération, les chefs arrivent moins rapidement. Dès qu’il y en a un qui s’élève, les autres confédérations peuvent s’allier et étouffer son ambition dans le germe. C’est le seul moyen de faire régner la prospérité.

Une des grandes fautes que Naba Sanom vient de commettre, c’est d’avoir fermé les yeux sur les agissements de Gandiari, qui lui créera plus tard de sérieux embarras.

Ce Songhay a quitté il y a six ans le Zamberma pour passer le Niger à Say et recruter d’autres Songhay sur la rive gauche du fleuve, dans les régions désignées sur les cartes « Songhay indépendants ». Il se promettait d’expéditionner chez les Bimba, dans le Boussangsi ou chez tout autre peuple, suivant que l’occasion s’en présenterait.

Pour ne pas éveiller les soupçons et éviter de se faire fermer le pays, il ne prit que quelques compagnons de route et marcha pendant quelque temps à l’aventure, lorsque, sachant que le Mampourga Naba se préparait à châtier des villages du Gourounsi, entre autres Pou ou Poukha, Gandiari se dirigea à cheval sur Gambakha.

Il voyageait avec un ami nommé Alfa Hainou et n’était suivi qu’à plusieurs jours de marche par ses compagnons dévoués.

Mais en arrivant il apprit que le parti musulman, craignant sans doute que la guerre ne fît naître des difficultés encore plus grandes dans les transactions futures avec le Gourounsi, faisait tout son possible pour éviter une prise d’armes. Le Mampourga Naba s’était laissé d’autant plus persuader, que sans l’appui des musulmans de Gambakha et de Oual-Oualé il ne pouvait rien faire, ses forces n’étant pas assez nombreuses. Et enfin, raison majeure, cette guerre ne lui disait plus grand’chose, les musulmans, et par conséquent Dieu, ne lui prêtant plus d’appui.

Gandiari, après avoir sondé les musulmans de Gambakha et de Oual-Oualé, acquit la certitude qu’il n’y avait rien à faire de ce côté. On lui donna le conseil de partir pour Karaga, le naba de ce village, assez puissant, ayant formé, avec Daboya et Kompongou, le projet de détruire deux ou trois villages du Gourounsi, frontières du Dagomba. Gandiari et Alfa Hainou se rendirent donc à Karaga. Possédant chacun un cheval, ils furent agréés avec enthousiasme par le naba, et l’expédition fut organisée avec le concours des gens de Daboya.

Les Gourounga ne possèdent ni chevaux ni fusils, aussi furent-ils promptement réduits et la razzia de captifs fut considérable.

Une fois les quelques villages hostiles détruits, Daboya et Karaga considérèrent le but comme atteint et se retirèrent.

Sur ces entrefaites, plusieurs autres villages du Gourounsi firent des ouvertures aux chefs de colonne pour leur demander de les aider contre des villages voisins. Gandiari n’eut pas de peine à retenir quelques gens armés de Daboya et de Karaga, qui formèrent avec des Songhay Zaberma le noyau de sa future armée.

Un ou deux succès faciles et la quantité de captifs qu’il razziait lui valurent bientôt une réputation telle, que de toute part il lui arriva des forces, constituées naturellement par des aventuriers d’origines mossi, dagomba, gondja, gottogo, puis des Mandé de tous les pays et des gens venant du Yorouba, mais principalement des habitants de Oua et de Bouna. Au fur et à mesure que les succès de Gandiari grandissaient, il lui arrivait des Songhay ; actuellement ils sont les plus nombreux.

A la mort d’Alfa Hainou, Gandiari prit un nommé Babotou comme lieutenant, et quand Gandiari lui-même mourut[142], il y a trois ans, Babotou lui succéda en prenant pour auxiliaire un nommé Isaka, dont je ne connais pas la nationalité.

Le souvenir que Gandiari a laissé est tellement vivace encore, que partout on désigne ses troupes par son nom : jamais personne ne se douterait qu’il est mort depuis si longtemps ; je crois même qu’il y a beaucoup de noirs qui l’ignorent.

A l’heure actuelle, Babotou est maître de tous les pays qui limitent le Mossi au sud et au sud-ouest. Le dernier centre de résistance du Gourounsi était le gros village de Sati, situé à trois étapes au sud de Ladio. Ce village pris, Moussa, son chef, fut décapité, et Sati est pour ainsi dire la capitale des pays conquis et le centre de rayonnement des colonnes qui vont piller. Sati est appelé par les Haoussa Camp de Gandiari, « Sansanné Gandiari ».

Babotou se lassera évidemment d’envoyer des cadeaux en captifs à Naba Sanom, et sous peu il deviendra pour lui un ami gênant.

Cependant ce dernier ne voit pas la situation, c’est un revenu en captifs que lui sert momentanément l’autre. Bien mieux que cela, il est assez aveugle pour convier Babotou à venir s’emparer de Lalé, gros village situé sur la frontière du Kipirsi (à une journée de marche de Waghadougou), devant lequel une attaque des Mossi, mal dirigée, a échoué.

Quoique Naba Sanom fasse administrer son pays par 333 naba, comme il le dit avec emphase, ses revenus ne sont nullement réglés. Il vit d’aumônes et d’offrandes qui lui sont portées en vue d’obtenir justice ou de lui faire quelque réclamation.

Il hérite dans certains cas, à défaut de postérité par exemple. Il envoie aussi quelquefois une bande de ses gens prendre quelques captifs dans le Kipirsi, ou bien il prête la main à des entreprises de Wouidi, des chefs du Djilgodi et de Babotou. Mais ces revenus ne sont pas suffisants, comme ceux de tous les chefs noirs, chez lesquels il règne un gaspillage qui va toujours en croissant. De sorte que ces souverains sont toujours forcés d’user d’expédients pour se procurer des chevaux et d’autres ressources.

Si encore Naba Sanom groupait ses captifs dans les villages de culture, et qu’il les fît se livrer à un peu d’élevage, à l’instar de Tiéba, de Pégué et des gens de Kong, mais il s’en soucie peu. S’il ne reçoit pas assez de mil comme cadeaux, il fait vendre ses captifs pour s’en procurer.

En résumé, la situation du Mossi n’est pas prospère, mais sous une sage administration et avec un chef énergique elle pourrait le devenir.

Les terrains de culture sont nombreux et produiraient en abondance, outre les céréales : le coton, l’indigo, le tabac, les piments, la graisse de cé, tous produits plus rémunérateurs que le mil et le riz.

Le tissage et la teinture devraient prendre également de l’extension, sans compter l’élevage des chevaux et des ânes.

Ils pourraient également trouver quelques ressources en créant l’industrie mulassière, mais les Mossi sont trop apathiques, trop engourdis et surtout trop mal gouvernés, pour que leur situation s’améliore. Je crains pour eux, dans un temps plus ou moins éloigné, leur anéantissement par les Songhay, qui commencent de nouveau à se réveiller après une somnolence de près de trois siècles. Babotou fera la guerre au Mossi.


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Quelques mots sur le Yatenga.

Contrairement à ce que Barth avait compris, il ne s’agit pas d’une ville : le Yatenga est une vaste contrée qui sépare le Macina du Mossi ; elle est limitée au nord et à l’ouest par les États foulbé du Macina et le territoire des Tombo : au nord par le Djilgodi à l’est par le Mossi, au sud par le Kipirsi, et à l’ouest par les Bobo-Oulé.

Ce pays est organisé en confédérations, à la tête desquelles sont des naba puissants, qui semblent reconnaître l’autorité de celui de Ouadiougué, le centre le plus important. Les autres résidences de naba sont : Toukhé, Kindi, Alasko, Kalanka et Kalsaka.

Le Yatenga est peuplé de races diverses. Le fond de la population est d’origine mossi, mais il y a de nombreux villages songhay, tombo, peul et bobo-oulé.

Quelques-uns de ces peuples ont des cases en pierre, m’a-t-on dit, mais les habitations sont aussi misérables que si elles étaient en briques séchées au soleil.

Le pays est peu arrosé, on ne trouve l’eau que dans des puits ; il y a peu ou point de marécages.

C’est un pays d’élevage ; il fournit des chevaux au Mossi et au Dafina. Dans toute cette partie du Soudan, les chevaux du Yatenga sont renommés.

Le pays produit du tabac en grande quantité. Les habitants sont des fumeurs extraordinaires. Hommes, femmes, enfants ont toujours la pipe à la bouche.

Le Yatenga est en communication avec le Macina et le Mossi, par une route qui passe à Ouadiougué et se rend de Waghadougou à Bandiagara ; il est en relations avec le Dafina par un chemin se dirigeant sur la colonie foulbé de Baréni, résidence de Wouidi.

Il n’est pas rare de voir le Yatenga s’allier à Wouidi et aux contingents kipirsi pour faire des razzias d’esclaves dans les régions avoisinantes.

FIN DU TOME PREMIER