[42] Menue monnaie de cuivre.
— Par Allah ! voilà la vérité », dit le troisième, un vieux qui n’avait encore soufflé mot.
Ce vieux regrette fort d’être venu rendre hommage au khan de Khiva, car il comprend bien qu’en réalité, celui-ci est vassal des Russes. Il sent que les Tekkés se sont fourvoyés, qu’ils ne doivent compter que sur eux-mêmes pour défendre leur indépendance. Or, la prise de Geok-Tepe par Skobeleff l’a convaincu de la puissance des Russes, et il n’y a pas à en douter, il va falloir se soumettre, renoncer aux alamans, et tous les ennemis que les Tekkés terrifiaient redresseront la tête.
Le jeune Sari-Khan et son compagnon ont beau le consoler, lui assurer que les Russes ne les malmèneront pas, le vieux branle la tête, il se tait et il a des larmes dans les yeux. Comme un vieux loup cerné de toutes parts, sentant qu’on va le prendre, il se demande si mourir en combattant un ennemi vingt fois plus fort ne vaut pas mieux que d’accepter une cage, confortable peut-être, mais une cage, en somme.