Récolte du chêne-liège en Grande-Kabylie.

Si nous considérons cette liste d’une façon un peu générale, nous y observons les mêmes éléments que dans les listes précédentes, mais dans des proportions tout autres.

Sur 59 espèces ou variétés citées, il y en a :

A. 13 circumméditerranéennes, c’est-à-dire le 22 %. Dans cette association, cet élément est donc beaucoup plus nombreux que dans les dunes, mais moins que dans les oasis.

B. 21 orientales, ou mieux 23, si nous leur ajoutons les deux espèces qui s’étendent d’Espagne jusqu’en Orient en passant par la Barbarie. Nous sommes fondés de le faire, parce que ce sont, à n’en pas douter, des plantes qui sont venues d’Orient et qui ont pénétré jusqu’en Espagne. Cela fait 39 % de plantes orientales.

C. 11 endémiques dans la région (19 %), auxquelles nous pouvons ajouter quatre particulières au Maroc, à l’Algérie et à la Tunisie, ce qui fait en tout 15, c’est-à-dire 25 %.

D. 6 à dispersion occidentale typique (10 %).

E. 2 de ces plantes, c’est-à-dire le 3 % ont une aire disjointe et se retrouvent en Sicile et dans le Nord de l’Espagne sans passer par le Maroc. Nous pensons qu’il faut voir là cet élément à dispersion transversale par rapport à la Méditerranée, représenté par des espèces si nombreuses dans le Tell, comme l’indique Cosson.

§ 1. Steppes à une espèce exclusive. — Souvent on rencontre dans le steppe des parties qui sont envahies par une espèce excluant toutes les autres. En ces endroits plus ou moins étendus, la végétation est uniforme ; nous n’oserions cependant pas affirmer que cet exclusivisme soit absolu, car nous savons, pour l’avoir observé dans d’autres steppes, qu’entre les touffes sur le sol nu, des annuelles à existence très limitée peuvent se développer çà et là, sous l’influence d’une pluie prolongée, pour disparaître ensuite au bout de quelques jours. Néanmoins, pour qui ne séjourne pas sur place, ces steppes paraissent ne renfermer qu’une espèce. Tels sont ceux formés par :

1) Limoniastrum Feei Hook., dont nous avons observé un type très remarquable près de Tiout. Nous devons ajouter cependant que l’on y rencontre quelques exemplaires d’Euphorbia cornuta Pers.

2) Gymnocarpos fruticosus Pers. (Voy. Pl. VI, fig. 9). C’est dans ce steppe que nous avons observé un grand nombre de Cistanche violacea qui paraissaient être des plantes indépendantes tellement elles étaient isolées.

3) Haloxylon articulatum Bunge (Voy. Pl. VI, fig. 10)[22] dans une dépression où l’eau devait séjourner longtemps et où le terrain contenait du chlorure de sodium.

4) Suæda vermiculata Forsk., forme un steppe très curieux dans un terrain sablonneux à une certaine distance de l’oued de Duveyrier. Ce steppe se termine en s’appuyant au petit bois de tamaris qui longe l’oued (V. Pl. VIII, fig. 13). A cet endroit on trouve entre les groupes du Suæda quelques Peganum Harmala L.

5) Anabasis aretioides Moq. et Coss. Il est peut-être exagéré d’appeler cette espèce exclusive, car les seuls steppes à Anabasis aretioides que nous ayons observés sont ceux que l’on traverse en chemin de fer, à plusieurs reprises, entre Mograr Foukani et Duveyrier. Quoique nous ne nous soyons pas arrêté, nous avons eu cependant l’impression que cette plante d’un port si frappant et si caractéristique occupait seule de grands espaces. Cette impression a été corroborée par plusieurs officiers ou médecins militaires qui nous ont affirmé avoir parcouru d’immenses plaines où, seul, ce champignon du désert, comme ils l’appellent, mettait dans l’étendue stérile la monotonie de ses mamelons grisâtres et toujours fort espacés.

§ 2. Steppes sablonneux. — Les steppes de cette catégorie sont très variables comme composition et comme espèces prédominantes et ils présentent toujours une très forte proportion de plantes psammophiles. Cette association est, en réalité, un mélange de la végétation des steppes et de celle des dunes. Dans le voisinage de ces dernières on voit tous les passages de l’une à l’autre.

Cependant, il peut arriver que ce steppe prenne une allure plus caractéristique dans certains endroits de la plaine où le sol est sablonneux sans être en rapport direct avec une dune. On pourra rencontrer là l’association suivante :

Comme végétaux caractéristiques formant des touffes steppiques

et disséminés çà et là dans les interstices :

Dans certains cas rares il s’y ajoute un ou deux buissons de Genista Rætam.

Nous aurons à parler tout à l’heure des steppes composites qui se trouvent au voisinage des oasis et l’association dont nous allons nous occuper maintenant participe de leur nature.

Nous verrons aussi comment Massart cherche à expliquer la présence de certaines espèces dans le voisinage des oasis par l’influence des herbivores ; mais comme, dans le cas qui nous occupe, nous avons affaire à une association observée au centre des hauts plateaux, c’est-à-dire au milieu des pâturages, le facteur mentionné ci-dessus semble exclus. D’autre part, comme le terrain est très sablonneux et un peu salé, malgré le voisinage d’un oasis point d’eau, nous pouvons classer cette association parmi les types de steppes sablonneux (Voy. Pl. VII, fig. 11).

Les touffes steppiques n’y constituent pas des mottes proéminentes et les espèces caractéristiques sont nombreuses. On peut s’en rendre compte déjà par l’examen de notre figure 11. Les plus grosses touffes sont formées par :

Les plantes plus petites sont :

On pourrait appeler cela le steppe sablonneux des chotts.

En dernier lieu nous voudrions mentionner un type de steppe sablonneux assez fréquent, et caractérisé par la présence de buissons disséminés de Zizyphus Lotus. Ces derniers se trouvent le plus souvent au sommet de petites éminences sableuses et sont accompagnés par des associations analogues à celle mentionnée pour le steppe sablonneux non salé (Voy. Pl. VII, fig. 12).

§ 3. Steppes rocailleux. — 1. Steppe d’alfa. C’est le steppe typique le plus fréquent sur les hauts plateaux et dans la bordure saharienne. L’espèce prédominante et parfois presque exclusive qui donne la physionomie de ce steppe, est le Stipa tenacissima (V. Pl. VIII, fig. 14). A l’abri de ses énormes touffes, dont on voit jusqu’à l’infini ondoyer les panaches jaune pâle, se rencontre une série d’espèces plus petites, parmi lesquelles il est intéressant de constater que, suivant les régions, soit l’une soit l’autre peut jouir d’une prédominance relative. Ce sont :

2. Voici la composition d’un steppe rocailleux dépourvu d’alfa et observé plus au Sud, près de Aïn el Hadjej (Voy. Pl. XI, fig. 17) :

3. Au milieu du steppe rocailleux, on rencontre parfois dans les vallées de la bordure saharienne des rochers isolés qui surgissent de la plaine et qui ont quelqu’influence sur l’association en question. Ils y introduisent une certaine variété, comme on pourra le constater par les espèces suivantes dont deux endémismes typiques :

récoltés près de l’un de ces massifs rocheux où l’on observe des sculptures préhistoriques célèbres dans le pays.

§ 4. Steppes limoneux. — 1. Petites dépressions limoneuses du steppe d’alfa. Ces petites dépressions font presque partie intégrante de l’association mentionnée plus haut, mais comme elles ont un facies tout à fait différent, il convient de les classer à part.

C’est à peine une formation steppique. Dans la plaine d’alfa, elle se présente sous forme de petites espaces très circonscrits et dénudés. Le terrain rocailleux y fait place à un limon plus ou moins mélangé de cailloux et l’on constate çà et là de petites plantes appliquées contre le sol ou rampantes. Le contraste avec les hautes tiges de l’alfa environnant est donc frappant. Les espèces que nous avons notées dans ces petites dépressions sont les suivantes :

et dans un ou deux cas seulement :

échappé de l’extrême Sud.

2. Dépressions limoneuses en général. Nous n’avons pas eu le moyen d’étudier de près cette association caractéristique dont une des plantes les plus saillantes est l’Artemisia Herba-alba Asso ; au reste elle a été remarquée par la plupart des voyageurs et on en trouvera facilement de bonnes descriptions (Voy. Pl. X, fig. 16).

§ 5. Steppes composites. — Ces steppes, qu’on observe presque toujours au voisinage des oasis, sont très riches en espèces. Ils ne présentent pas de plantes prédominantes, cependant il est rare de ne pas y distinguer des touffes d’alfa en assez grande quantité. A part cela, on y rencontre très fréquemment la plupart des espèces steppiques quelles qu’elles soient ; il s’y ajoute presque toujours des espèces des dunes lorsque le sol est sablonneux, et on y remarque quelquefois aussi quelques espèces échappées de l’oasis. M. Massart attribue cette richesse au fait que l’oasis offre aux herbivores une nourriture abondante ; ces animaux dédaignent alors ce qu’ils brouteraient ailleurs s’ils étaient affamés. Dans bien des cas cela est vrai, mais dans la région de steppe où l’alfa abonde, les herbivores n’ont pas une influence si décisive.

A titre d’exemple nous mentionnerons quelques plantes notées dans cette association aux environs d’Aïn-Sefra, telle qu’on la voit sur notre planche (Pl. IX, fig. 15) :

etc., etc.

Remarque : Avant de terminer ce que nous avons à dire sur les steppes, nous voudrions signaler une petite association très élégante et très localisée du reste. Ce n’est ni un steppe, ni une dune, ni un point d’eau, mais cette petite station participait au caractère physique de ces trois facteurs œcologiques. Nous avons récolté là ensemble l’Imperata cylindrica P. de Beauv., formant de petites touffes aux longs panaches argentés, et l’Iris Xiphium L. dont les grandes fleurs s’enlevaient en violet foncé sur le sol jaune et sablonneux. Il est certain que cette association nous a frappé surtout à cause de son caractère esthétique. Nous ne l’avons jamais observée ailleurs ; elle n’a donc qu’un intérêt scientifique fort restreint.

§ 6. Conclusion. — De ce qui précède nous pouvons conclure, au sujet des steppes en général, que ces associations ont une grande affinité avec l’Orient. Dans les plaines, comme sur les dunes, nous assistons à une invasion de la flore d’Orient ; mais elle est certes moins avancée chez les premières que chez les secondes. Dans les steppes on observe en effet à côté de cet élément oriental une proportion d’endémismes et de plantes occidentales un peu plus grande que dans l’association des dunes.

D’autre part il est à remarquer qu’une très grande quantité de ces plantes steppiques du Sud se retrouvent sur les hauts plateaux. Une forte proportion aussi est particulière aux montagnes du Sud et au Sahara. Dans un ou deux cas seulement, d’après les renseignements incomplets que nous possédons sur ce sujet, nous avons rencontré des espèces vivant dans les montagnes du Tell, dans celles du Sud et manquant sur les hauts plateaux. Et encore dans ces cas si rares, l’absence sur les hauts plateaux n’est-elle rien moins que certaine ; si même elle l’était, la présence de ces plantes dans cette association pourrait s’expliquer par le fait que souvent les plantes de montagne descendent jusque dans la plaine en suivant le cours des ouadi. Ce que nous venons de dire au sujet des affinités de la végétation steppique s’affirme davantage encore, si, dans les proportions établies, nous faisons abstraction de l’élément circumméditerranéen.


Chapitre IV

Les montagnes.

Les montagnes du Sud-Oranais sont presque toutes des dômes allongés et monotones, formés par des grès paléozoïques et elles sont couvertes d’une végétation fort riche pour la région. Dans leur partie inférieure, les flancs s’élèvent en pente douce et sont couverts, comme la plaine environnante, d’une association steppique de plantes herbacées ou sous-frutescentes. Leur partie supérieure au contraire, de 1300 ou 1500 m. à 2000 et au-delà, est couverte dans presque tous les cas par des forêts d’une nature particulière.

Il va sans dire que la partie inférieure présente d’étroites analogies avec les steppes ; néanmoins elle s’en distingue par la présence d’un assez grand nombre d’espèces descendues des hauteurs. C’est le cas en particulier pour les forêts qui s’allongent en pointe vers le bas, en suivant le cours des ouadi. On peut observer ce phénomène de loin déjà sur la plupart des montagnes (Voy. Pl. XII, fig. 18). Dans d’autres cas, au contraire, les déboisements ou les incendies ont fait leur œuvre et la montagne est dénudée jusqu’à une altitude considérable. Alors le steppe s’étend et, quoiqu’il s’incorpore un grand nombre d’espèces de la zone forestière, il entraîne cependant avec lui jusqu’à des altitudes inusitées bien des espèces des hauts plateaux.

La flore montagneuse est d’un puissant intérêt ; comme elle est très riche et variée, on peut y distinguer trois zones :

1) La zone inférieure non boisée dont nous avons déjà parlé ; elle s’étend jusqu’à 1400 m. environ.

2) La zone moyenne de 1400 à 1700 ou 1800 m.

3) La zone supérieure de 1700 ou 1800 m. à 2000 m. et au-dessus.

Il ne faudrait pas s’imaginer que ces limites soient absolues ! Comme les limites des forêts, elles sont très variables et même dans beaucoup de cas où la lisière des forêts remonte à de hautes altitudes, on voit la zone moyenne ne pas coïncider avec cette dernière. Inversément, nous verrons que des associations entières, caractéristiques du sommet des montagnes, sont entraînées très bas le long des rives boisées des torrents.

A l’intérieur des zones de végétation que nous venons de mentionner, il y a des associations particulières, mais celles-ci elles-mêmes contribuent parfois à caractériser la zone en question, tel est le cas pour les prairies que l’on rencontre sous forme de clairières dans la zone supérieure et, plus rarement, dans la zone moyenne. Tel est le cas aussi pour les sources de montagne, mentionnées déjà à propos des points d’eau, ou bien enfin, pour les rochers accidentés qui se trouvent parfois au sommet de quelque dôme démantelé.

Pour nous rendre compte des affinités et de l’origine de ces différentes flores, il convient d’étudier chaque zone à part et de dresser, pour chacune d’entre elles, les statistiques que nous avons faites pour les groupes analysés plus haut. Il faudra introduire quelque peu d’arbitraire dans les listes de cette nature, parce que les limites altitudinaires ne coïncident pas toujours avec les zones que nous avons établies. D’autre part, souvent une même espèce se rencontre dans deux ou trois zones différentes et, comme nous l’avons dit, les limites des zones sont parfois très difficiles à tracer dans un cas donné. Mais si nous laissons autant que possible de côté les cas douteux et que nous répétions autant que faire se pourra la même espèce dans diverses listes, lorsqu’elle aura été récoltée à des altitudes différentes, nous pourrons néanmoins nous faire une idée générale au sujet des éléments de la flore montagneuse. En effet, les indications données par une étude systématique de ces questions sont tellement nettes que — si imparfaites et si incomplètes que soient nos listes — les résultats généraux s’en dégagent néanmoins avec une évidence indiscutable, comme on a pu le voir déjà dans les chapitres qui précèdent.

§ 1. Zone inférieure à caractère steppique. — Nous ne saurions donner de cette association une analyse détaillée basée sur nos exsiccata, car nous n’avons pas approfondi l’étude de ce groupe vu son peu d’intérêt.

1) Dans la zone inférieure des montagnes, c’est avec toutes ses espèces accessoires le steppe d’alfa qui remonte le long des pentes de la montagne. Il serait donc inutile de répéter ici la liste que nous en avons donnée, comme il nous a paru fastidieux d’y récolter à nouveau les mêmes plantes. Mais, à ces espèces déjà mentionnées, s’en joignaient d’autres dont la présence frappait au premier abord, parce que nous ne les avions pas rencontrées dans la plaine. C’étaient par exemple :

Si l’on ajoute cela à l’association des steppes d’alfa, on verra que les rapports avec l’Orient restent très étroits ; les rapports avec l’Occident augmentent un peu, ainsi que les endémismes. Cette augmentation est très faible.

Malgré le peu que nous savons au sujet de leur dispersion en Algérie même, nous remarquons que la plupart des espèces signalées dans la caractéristique de la région montagneuse inférieure, sont des plantes habitant surtout le Sahara et la chaîne de bordure. Les autres habitent les trois régions ou bien les deux régions méridionales. Cette observation est à retenir pour la comparaison avec les zones supérieures.

2) Nous mentionnerons aussi dans la zone inférieure l’association dont nous avons déjà parlé et qui se rattache à la partie boisée des montagnes, c’est-à-dire les plantes qui descendent presque jusque dans la plaine en suivant les ouadis (Voy. Pl. XIII, fig. 19). Mais nous ne pouvons pas tenir compte de la liste que nous allons donner pour élucider les affinités de la zone montagneuse la plus inférieure ; c’est pourquoi pour la discussion de ces affinités nous rattacherons les éléments de cette association à leurs zones naturelles respectives. Nous y avons noté à côté des :

les plus fréquents et

les espèces suivantes :

Il va sans dire que cette association est en outre fortement imprégnée d’espèces de la zone inférieure steppique telles que :

etc., etc.

§ 2. Zone moyenne plus ou moins boisée. — Cette zone qui commence vers 1400 ou 1500 m. suivant les régions, s’étend jusqu’à 1700 ou 1800 m. Les essences y sont les mêmes que dans la zone supérieure, mais les proportions y sont un peu différentes :

dominent, tandis que :

sont en plus petit nombre. Nous n’avons jamais observé le pin d’Halep dans cette région.

Tous ces arbres ont une forme très caractéristique ; ils possèdent presque toujours un ou plusieurs troncs parfois très gros mais branchus jusqu’à la base, de telle sorte qu’isolés, comme ils le sont, ils ont plus ou moins la forme d’une sphère. On pourrait comparer ces forêts singulières au steppe ; elles sont aux forêts denses ce que le steppe est à la prairie.

Entre ces individus arborescents se trouve toute une flore herbacée, suffrutescente ou même frutescente, à organisation plus ou moins steppique. Elle peut devenir parfois assez dense pour former dans les clairières de petites prairies.

Les espèces herbacées qu’on observe dans cette région, et qui accompagnent les essences ligneuses mentionnées, sont :

Pour être complet et pour avoir des proportions qui correspondent à la flore de cette zone, il est nécessaire d’ajouter à notre liste une série d’espèces habitant la zone supérieure mais descendant toujours plus ou moins bas, dans la zone moyenne.

Ces plantes communes aux deux zones sont :

Si nous envisageons l’ensemble de ces listes, nous remarquons d’abord que la proportion des cosmopolites est fortement augmentée, à cause de l’association des sources de montagne dont nous avons fait rentrer la liste dans l’énumération ci-dessus. Les six premières espèces sont des plantes de point d’eau et pour ne pas troubler nos résultats, nous n’en tiendrons pas compte dans les proportions à établir. Nous avons cependant voulu les énumérer pour être complet.

Une première remarque s’impose tout d’abord, c’est que le nombre total des espèces et variétés observées est beaucoup plus grand que dans le steppe ou dans la région inférieure.

En faisant abstraction des cosmopolites de marécage, il s’élève à 77, parmi lesquelles :

A. 34 cosmopolites ou circumméditerranéennes, c’est-à-dire le 44 %. 8 ou 10 sont des espèces habitant l’Europe centrale et constituent un élément spécial dont nous aurons à parler plus tard. Il reste donc comme proportion de cosmopolites ou de circumméditerranéennes vraies, environ 30 %, une proportion un peu plus forte que dans le steppe de la plaine.

B. 6 orientales, c’est-à-dire le 8 %. Notons ici la diminution énorme de cet élément.

C. 12 endémiques, en y comptant l’Atractylis cæspitosa qui s’étend d’un côté au Maroc, de l’autre en Tunisie. Cela fait une proportion de 16 % de plantes particulières à la région, par conséquent à peine plus faible que dans le steppe ; mais vu l’imperfection de nos statistiques, nous ne saurions baser de conclusion sur une différence aussi minime.

D. 23 à aire occidentale, c’est-à-dire environ le 30 %.

E. 3 de ces plantes enfin, c’est-à-dire un peu plus du 3 %, présentent une aire disjointe, en ce sens qu’elles se trouvent dans l’Europe méridionale, la Sicile en particulier, et en Algérie, tout en faisant défaut, d’une part en Espagne et au Maroc, d’autre part en Orient.

En gros nous pouvons dire que, par rapport à la zone inférieure et au steppe, les affinités avec l’Orient ont diminué dans une très forte mesure au profit de l’affinité avec l’Occident dont l’influence devient prépondérante.

Il nous reste à examiner rapidement quelques-unes des associations les plus typiques de cette zone.

1. Forêts de genévriers et de chênes-verts. — Dans les intervalles entre les arbres, sur un terrain rocheux ou sur des éboulis plus ou moins recouverts de terre, se trouve une série de petites espèces chétives pourvues souvent d’assez jolies fleurs où butinent de nombreux insectes. Il peut s’y ajouter un végétal remarquable à cause de ses petits buissons bas et très verts, c’est le Rosmarinus officinalis qui donne une physionomie vraiment particulière à l’association quand il s’y trouve en grand nombre. A côté des arbres précités et du romarin nous avons noté les espèces suivantes :

etc., etc.

Et plutôt dans les éboulis grossiers, quelque peu recouverts de terre :

Cette dernière série forme en quelque sorte une sous-association, car elle affectionne les endroits plutôt ombreux ; toutefois elle se combine de toutes manières avec la série précédente et avec la suivante.

Parmi les espèces se rattachant toujours à l’association des forêts de genévriers et de chênes-verts, nous tenons à mentionner à part les espèces suivantes, récoltées toutes dans les pierres du chemin et dont nous attribuons la présence en grande partie au passage des troupeaux. En effet toutes ou presque toutes sont des plantes à dispersion étendue, cosmopolite ou circumméditerranéenne et plusieurs possèdent des appareils de dissémination adhéreurs :

2. Prairies-clairières. — Il nous est très difficile de donner un aperçu même fragmentaire de cette association, parce qu’elle est fort rare dans la zone moyenne. Elle est beaucoup plus fréquente dans la zone supérieure ; d’autre part dans quelque zone qu’elle se trouve, elle sert presque toujours de pâturage aux herbivores et ces derniers ne laissent pas une plante entière. Dans certains cas même, là où il y a une tribu dans le voisinage, il ne reste absolument rien qu’un gazon tondu ras, piétiné, où aucune détermination n’est possible. Quoiqu’il en soit, nous mentionnerons cependant quelques espèces récoltées dans la clairière d’Aïn-Aïssa (Voy. Pl. XIII, fig. 20) afin de donner une idée du caractère de ces associations :

3. Pentes herbeuses déboisées. — Lorsqu’elles sont suffisamment recouvertes de terre végétale, l’alfa domine de beaucoup, et elles constituent un steppe très serré de Stipa tenacissima. Il peut s’y ajouter comme sur les pentes sud-est du Djebel Morghad :

Lorsque la pente est surtout rocailleuse, l’alfa est en moins grande quantité, il forme des touffes plus petites et plus espacées. Il s’y ajoute des touffes de :

Et, dans les intervalles, se trouvent en très grand nombre des espèces plus petites :

A une altitude supérieure, nous avons observé l’association suivante, qui devrait rentrer dans la zone supérieure si l’on ne prenait en considération que l’altitude de 1700 à 1800 mètres (Voy. Pl. XIV, fig. 21). La formation est toujours steppique :

Malgré des données incomplètes sur la phytogéographie de l’Algérie, on ne peut qu’être frappé du grand nombre de plantes répandues dans le Tell et dans la chaîne de bordure saharienne, mais manquant sur les hauts plateaux. C’est environ le 30 % des végétaux au sujet desquels nous avons trouvé quelques renseignements. Et même, dans cette série de 30 %, plus de la moitié sont indiqués expressément comme habitant les hauts sommets du Tell et plusieurs du Djurdjura. Une très grande quantité aussi (à peu près la même proportion) est indiquée comme habitant le Tell, les hauts plateaux et la bordure saharienne.

Par rapport aux précédents, un très petit nombre au contraire (environ le 10 %) est indiqué pour les hauts plateaux et dans la bordure saharienne ; le reste serait constitué par des plantes de la bordure saharienne et du Sahara. On pourrait déjà tirer une conclusion de cette constatation mais elle ressortira avec plus de clarté encore de l’étude de la zone supérieure.

§ 3. Zone supérieure boisée. — La zone supérieure commence à 1700 ou 1800 m., elle est toujours boisée, au moins sur les montagnes que nous avons visitées. Lorsque le déboisement a eu lieu, c’est généralement la zone moyenne qui s’élève jusqu’à la limite des forêts. Cependant il peut arriver qu’en certains endroits il reste quelques arbres et alors, au milieu du steppe indiqué comme caractéristique de la zone moyenne, on observe des îlots de plantes se rattachant par tous leurs caractères à la zone supérieure.

Au sommet des montagnes, ce ne sont plus les genévriers qui dominent, mais bien les chênes-verts ; il s’y ajoute les Juniperus macrocarpa en assez grand nombre. On y rencontre aussi, mais moins fréquents que dans la zone moyenne, le Juniperus Oxycedrus et J. phœnicea. Enfin un arbre que nous avons rencontré dans cette zone seule, et qui lui donne un faciès caractéristique, la séparant du coup de toutes les associations de la région, c’est le Pinus Halepensis. Nous en avons observé plusieurs groupes, parfois assez étendus, sur les pentes du Djebel Aïssa ; ce sont des arbres extrêmement vieux, très élevés et dont les formes tourmentées sont des plus pittoresques (Voy. Pl. XV, fig. 23). Il est évident que cette essence est en voie d’extinction, et ces bouquets de bois de haute futaie sont les restes d’une ancienne splendeur. Nous ne doutons pas qu’autrefois, les pins d’Halep n’aient recouvert la plupart des montagnes de la région.

Quant aux autres essences, ce sont des arbres identiques à ceux de la zone moyenne, mais plus on s’élève, plus les exemplaires deviennent exubérants, plus ils se rapprochent aussi ; au point que, sur les hauts sommets, au Djebel Morghad par exemple (2136 m.), ils forment de petits bois très denses, où les couronnes entrent en contact les unes avec les autres et constituent un dôme ombreux continu. Ce même phénomène peut s’observer aussi dans le voisinage des sources ; dans ce cas il est tout à fait localisé ; ailleurs les arbres sont toujours plus ou moins espacés comme dans la zone moyenne.

Un autre caractère de cette zone supérieure est la présence de prairies-clairières comme nous en avons mentionné déjà dans la zone moyenne où elles sont fort rares du reste. Dans la zone supérieure, au contraire, elles sont la règle, tandis que la formation steppique type y fait défaut.

Dans ces forêts de la zone supérieure comme dans ses clairières, nous avons relevé les espèces suivantes :

Formes endémiques en Algérie :


et, à l’état sporadique, l’alfa (Stipa tenacissima).

Remarquons tout d’abord la richesse de cette région dans laquelle nous avons récolté plus de 118 espèces ou variétés différentes ; quoique nous y ayons herborisé bien moins souvent que dans la plaine. Parmi les plantes récoltées il y a :

A. — 45 espèces ou variétés cosmopolites ou circumméditerranéennes, c’est-à-dire le 30 % ; 15 sont des espèces circumméditerranéennes mais répandues dans l’Europe centrale. Il reste donc en fait de cosmopolites ou de circumméditerranéennes vraies environ le 25 %, proportion un peu plus faible que dans la zone précédente.

B. — 3 orientales, c’est-à-dire le 2 %, donc diminution nouvelle de cet élément par rapport à la zone précédente.

C. — 19 endémiques, en y ajoutant l’Anthyllis Vulneraria L. v. coccinea L. et le Polygala rupestris Pourr. v. saxatilis Murb. qui se retrouvent au Maroc et en Tunisie. Cela fait une proportion d’environ 16 % de plantes particulières à la région.

D. — 39 qui ont une aire plus ou moins étendue du côté de l’Occident (33 vont au moins jusqu’en Espagne), ce qui fait le 33 % de plantes occidentales ; donc une augmentation de cet élément par rapport à la zone précédente. On pourrait ajouter encore ici 4 plantes orientales, qui habitent seulement le Caucase ou les montagnes du Nord de la Perse, et qui ont pénétré en Algérie par la voie de l’Europe méridionale où on les retrouve partout, et non par l’Arabie et l’Egypte où elles font défaut. En comptant ces 4 espèces cela fait une proportion de 36 % de plantes orientales.

E. — 6 de ces plantes enfin, c’est-à-dire le 5 %, présentent une aire disjointe dans l’Europe méridionale, en particulier en Sicile, et en Algérie. Elles manquent au moins dans l’Espagne méridionale et au Maroc, ou bien en France et en Espagne. En gros nous pouvons donc dire que les affinités avec l’Occident et avec le Nord ont augmenté au détriment des affinités avec l’Orient méridional. Enumérons les principales associations de cette zone :

1. Forêts de chênes-verts et de genévriers espacés. (Voy. Pl. XVI, fig. 26). — C’est une association semblable à celle que nous avons vue dans la zone moyenne, mais les chênes-verts sont en plus grand nombre et les espèces de sous-bois sont un peu différentes. Suivant que nous nous trouvons à la partie inférieure de la zone ou à une altitude plus considérable l’association varie quelque peu.

A 1700 ou 1800 m. nous avons observé sur les pentes du Ras Chergui et près du col de Merbah au Djebel Morghad, les espèces suivantes :

Au Djebel Aïssa, à la même altitude mais dans une exposition plus favorable, nous avons noté dans la même formation :

Enfin, les espèces suivantes que nous rapportons avec doute à cette association, parce que nous les avons récoltées sur le chemin muletier et, comme nous l’avons dit pour la zone moyenne, elles nous paraissent en relation avec le passage des troupeaux :

A 1900 mètres environ, nous avons noté au Dj. Aïssa, toujours dans les bois de chênes-verts et de genévriers :

etc. Voy. aussi l’association de la forêt de pins.

A 1950 mètres sur le dôme buissonneux du Djebel Morghad (Voy. Pl. XV, fig. 24), nous voulons mentionner trois espèces récoltées dans la station même qui est figurée par nous :

2. Petits rochers isolés dans les forêts. — Çà et là nous rencontrons dans la montagne de petits accidents de terrain qui se traduisent par de faibles parois de rochers ou par de gros blocs isolés. En connexion avec eux nous avons rencontré les espèces suivantes, soit au Djebel Aïssa, soit au Djebel Morghad, soit à la fois dans ces 2 stations :

auxquelles s’ajoutent les suivantes rencontrées aussi dans d’autres associations :

Nous tenons à mentionner à part les espèces récoltées dans la paroi de rochers qui limite l’arête du Djebel Morghad du côté du S.-E., parce que cette paroi est une formation continue et qu’elle se distingue, comme on le voit, par une association d’espèces tout à fait particulières. (Voy. Pl. XIV, fig. 22 à droite en haut).

3. Sommets buissonneux. (Pl. XVI, fig. 25). — Nous avons en vue ici surtout le sommet du Ras Chergui, mais la même formation se représente au col de Merbah avec une association à peu près semblable. Ce sont des chênes-verts formant des buissons étendus mais très rabougris, de 1.50 m. de haut tout au plus. Dans l’ombre épaisse de ces buissons, au milieu de l’entrelacement des branches, se trouvent régulièrement :