Chers Compatriotes et Chères Compatriotes,
Mon mari a été condamné aujourd’hui à six années de prison. Je ne saurais nier qu’une peine aussi sévère ne m’ait été très dure. Je me suis consolée cependant, en me disant qu’il n’est pas au-delà de notre pouvoir de réduire cette peine et par nos efforts de le délivrer avant la fin.
Je ne doute pas que si l’Inde se réveille et se met sérieusement au programme constructif du Congrès, non seulement nous parviendrons à obtenir sa liberté, mais aussi à résoudre d’une façon satisfaisante les trois questions pour lesquelles nous avons lutté et souffert depuis dix-huit mois.
Le remède est donc entre nos mains. Si nous échouons, ce sera notre faute. Je fais donc appel à tous les hommes et à toutes les femmes ayant de la sympathie pour mon mari, et je leur demande de concentrer tous leurs efforts sur le programme constructif, afin qu’il réussisse entièrement.
Parmi les diverses questions au programme, il insista particulièrement sur le rouet et sur le Khaddar. Notre succès dans ces deux questions résoudra non seulement le problème économique pour les masses, mais nous affranchira également de l’esclavage politique.
La première réponse de l’Inde à la condamnation de M. Gandhi doit donc être:
1o Que tout homme et toute femme cesse d’employer le tissu étranger, adopte le Khaddar et persuade aux autres d’en faire autant;
2o Que toute femme considère comme son devoir religieux de filer chaque jour et persuade aux autres de faire de même;
3o Que tout marchand cesse d’acheter et de vendre des pièces de tissu étranger.
Kasturibai Gandhi.