WELF.
CYADMIS.
HUG.
OTHON.
SYLVESTRE.
UNE PETITE FILLE, mendiante.
L’HUISSIER DE L’EMPIRE.
Paysans, Bourgeois, Étudiants de l’université carlovingienne, Soldats.
Devant le précipice d’Osbor.
Le rebord d’un précipice. Au delà du précipice, qui est très étroit, se profile une haute tour crénelée sans fenêtres. Des meurtrières çà et là. Le pont levis dressé cache la porte. Le précipice sert de fossé à cette tour. Derrière la tour, monte, à perte de vue, la montagne couverte de sapins. On ne voit pas le ciel.
SCÈNE PREMIÈRE.
L’HUISSIER DE L’EMPIRE, un groupe de GENS DU PEUPLE.
L’huissier de l’empire, en dalmatique d’argent semée d’aigles noirs, entre, précédé des quatre massiers de la Diète. Il est suivi d’un groupe de paysans et de bourgeois. Il se tourne vers la tour, où l’on ne voit personne.
L’HUISSIER.
Silence profond dans la tour. On n’y distingue ni un bruit, ni une lumière.
Elle semble inhabitée.
UN BOURGEOIS, survenant, aux autres.
UN PAYSAN.
L’HUISSIER.
Il passe, et disparaît avec les quatre massiers.
LE BOURGEOIS, montrant la tour.
UN ÉTUDIANT, de l’université carlovingienne.
LE PAYSAN.
L’ÉTUDIANT.
LE BOURGEOIS.
L’ÉTUDIANT.
UN VIEILLARD.
LE BOURGEOIS.
LE VIEILLARD.
LE PAYSAN à un autre paysan, montrant la tour.
L’ÉTUDIANT.
LE VIEILLARD.
L’ÉTUDIANT.
LE VIEILLARD.
LE BOURGEOIS.
LE VIEILLARD.
LE BOURGEOIS.
LE VIEILLARD.
L’ÉTUDIANT.
LE VIEILLARD.
LE BOURGEOIS, regardant à ses pieds.
L’ÉTUDIANT, regardant au-dessus de sa tête.
LE BOURGEOIS.
LE VIEILLARD.
L’ÉTUDIANT.
LE VIEILLARD.
LE BOURGEOIS.
LE VIEILLARD.
Montrant le revers de la montagne opposée au précipice.
LE BOURGEOIS.
LE VIEILLARD.
L’ÉTUDIANT.
LE BOURGEOIS.
L’ÉTUDIANT.
LE BOURGEOIS.
L’ÉTUDIANT.
LE VIEILLARD.
Il se penche et leur désigne du doigt un point qu’on ne voit pas.
LE BOURGEOIS.
LE PAYSAN.
LE VIEILLARD.
LE PAYSAN.
LE BOURGEOIS.
L’ÉTUDIANT.
LE VIEILLARD.
L’ÉTUDIANT, montrant la tour.
LE PAYSAN.
L’ÉTUDIANT.
On voit une fumée sortir du haut de la tour.
LE VIEILLARD.
L’ÉTUDIANT.
LE BOURGEOIS.
LE PAYSAN.
LE BOURGEOIS.
Montrant le burg.
L’ÉTUDIANT.
LE VIEILLARD.
On entend une fanfare de trompettes.
LE BOURGEOIS.
Tous se dispersent de divers côtés. Entre une troupe de valets de la lance avec de longues piques. En tête les clairons. Puis un gendarme portant un pennon de guerre. Derrière le pennon, paraît un homme à cheval entièrement couvert d’une chemise de fer à capuchon, et ayant sur le capuchon une couronne ducale. Les soldats s’arrêtent, le pennon s’arrête, l’homme à cheval s’arrête, et se tourne vers la tour. Les clairons se taisent. L’homme à cheval tire son épée. La tour continue de fumer.
SCÈNE II.
CYADMIS, LA TOUR, puis HUG, puis OTHON, puis SYLVESTRE.
CYADMIS, parlant à la tour.
Silence dans la tour. Paraît un étendard portant à la hampe une couronne de roi. Entre, derrière un groupe de trompettes, un homme à cheval, vêtu de drap d’or, ayant une couronne royale sur la tête. Il a un sceptre à la main. A sa suite, marche une compagnie d’arbalétriers bourguignons couronnés de fleurs; ils ont de grandes arbalètes, des boucliers faits d’une peau de bœuf et hauts comme un homme, et les pieds nus dans des chaussures de cordes. Tous s’arrêtent. Le duc et la troupe se rangent. L’homme à couronne royale fait face à la tour. La fanfare cesse.
HUG, parlant à la tour.
Silence dans la tour. La fumée s’épaissit et devient rougeâtre. Le roi se range près du duc. Fanfare. Paraît une bannière de drap d’or, portant un grand aigle de sable, éployé. Des sonneurs de trompes et des batteurs de cymbales la précèdent. Derrière la bannière, entre un homme à cheval, vêtu de pourpre, ayant dans la main un globe, et sur la tête la couronne impériale. Il est suivi d’une poutre à tête de bélier de bronze, portée par des croates nus, hauts de six pieds. Le bélier est flanqué de montagnards tyroliens en jaquettes bariolées, armés de frondes. Tout ce cortége s’arrête et fait face à la tour. Les trompes et les cymbales se taisent.
OTHON, tourné vers la tour.
Silence dans la tour. Fanfare. L’empereur se range près du roi et du duc. Paraît une grande croix d’or à trois branches. Derrière le porte-croix, qui est habillé de violet, vient, sur une mule blanche, un vieillard vêtu de blanc, qui a la tiare en tête. Il est seul, sans gardes. Le porte-croix s’arrête. La fanfare se tait. Le vieillard parle à la tour.
SYLVESTRE.
Un homme paraît entre deux créneaux au haut de la tour. Il est tout habillé de fer. Sa barbe blanche passe sous sa visière baissée. Il se découpe en noir sur le fond de neige de la montagne. La nuit commence à tomber.
SCÈNE III.
Les Mêmes, WELF.
WELF, du haut de la tour.
Il disparaît.
CYADMIS.
HUG.
OTHON.
SYLVESTRE, montrant le précipice.
CYADMIS, regardant.
HUG, se penchant.
OTHON, regardant et reculant.
CYADMIS, touchant le rocher.
OTHON, à Sylvestre.
SYLVESTRE.
Tous s’en vont. Il ne reste que des pointes de piques presque indistinctes dans un pli du ravin. Il commence à neiger. Crépuscule. Noirceur croissante de la tour et de la montagne. Un enfant paraît dans un coude du rocher. C’est une petite fille, pieds nus, en haillons; une mendiante. Elle vient du côté opposé à celui par où les rois sont sortis. Elle se traîne dans la neige, qui s’épaissit. Elle regarde autour d’elle avec inquiétude, et monte péniblement la pente qui mène au bord du précipice. Profond silence. Les pointes des piques restent immobiles.
SCÈNE IV.
UNE MENDIANTE, ENFANT.
LA MENDIANTE.
Apercevant la tour.
Frissonnant.
Avançant.
Regardant dans le précipice.
Grelottant.
Songeant.
Regardant le burg.
WELF, paraissant entre les créneaux.
SCÈNE V.
LA MENDIANTE, WELF.
WELF, tournant une lanterne sourde vers le précipice.
LA MENDIANTE.
WELF, regardant.
LA MENDIANTE.
WELF.
LA MENDIANTE.
WELF.
LA MENDIANTE.
WELF.
LA MENDIANTE.
WELF.
LA MENDIANTE.
WELF.
LA MENDIANTE.
WELF.
Il disparaît. La lumière descend de meurtrière en meurtrière. Le pont commence à s’abaisser. On voit la lumière entre les barreaux de la herse. La herse se lève, le pont se baisse et rejoint le bord du précipice. Welf, la lanterne à la main, traverse le pont et vient à l’enfant.
L’enfant prend la main de Welf. Mouvement dans les piques. Clameurs dans le ravin. Des soldats sortent d’une embuscade et se précipitent sur Welf. Cyadmis est à leur tête.