D’abord au pied, en plaine, le gneiss ordinaire (80, p. 681) constitue la forme générale et dans les couches apparaissent des couches accidentelles de gneiss à grands cristaux (82, p. 681) ayant souvent l’aspect d’un granite grossier sub-porphyroïde.
Ensuite apparaît accidentellement un gneiss pyroxénique et amphibolique (85, p. 684), passant parfois à la pyroxénite (84, p. 685). Viennent après des gneiss ordinaires contenant des lentilles ou lits de gneiss pyroxénique et amphibolique. Si on examine ensuite l’escarpement, on voit que les gneiss ordinaires (270, p. 681) alternent avec des leptynites (269, p. 683), ces deux roches contenant aussi des lentilles ou lits de gneiss pyroxéniques et amphiboliques (271, p. 685) et de gneiss à grands cristaux.
On a donc là, mais sur une échelle moindre, l’explication de ce que l’on rencontre dans la région de Fort-Sibut.
Les gneiss basiques ont souvent une structure granitoïde et dans certains cas il est difficile de se prononcer sur l’attribution d’un échantillon au gneiss ou au granite.
A l’O. du Kaga Bandéro (7 kilomètres environ) dans le lit du ruisseau Banga on rencontre une leptynite grenatifère très rubéfiée en contact avec un quartzite micacé dont la stratification est O. 25° N.
Enfin les gneiss affleurent encore à 22 et 30 kilomètres environ à l’O. de ce même Kaga, gneiss ordinaire et gneiss à pyroxène en lits ou lentilles dans le gneiss ordinaire (97, p. 685).
Le Kaga Tambago (Gourara), le Kaga M’Bra et les quartzites.
Avant le passage de la rivière Koddo (50 kilomètres environ à vol d’oiseau à l’O. de Fort-Crampel), on retrouve les quartzites. Ces quartzites forment là un affleurement assez important dont la stratification est O. 18° N, la pente vers le S. est de 25°.
Plus loin (11 kilomètres environ à vol d’oiseau avant le Kaga M’Bra) on rencontre, précédé d’une bande de roche ferrugineuse avec cailloux anguleux de quartz, un affleurement de quartzites et de schistes siliceux micacés dont la direction de la stratification est O. 18° N., la pente vers le N. est de 10°.
A l’O. du Kaga M’Bra (7 kilomètres environ à vol d’oiseau) le Kaga Tambago ou Gourara est constitué par des quartzites en grandes masses formant une sorte de longue falaise au pied de laquelle passe le sentier. La direction de la stratification est O. 40° S. et la pente vers le N. O. est de 30°. Au pied de la falaise, la roche ferrugineuse existe et englobe de gros fragments de ces quartzites.
Kaga M’bra. — Le Kaga M’Bra est formé par un amas de 20 à 30 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la base, de blocs gigantesques de quartzites. Dans ces blocs jetés comme au hasard, il est impossible de déterminer une direction certaine de stratification. Comme cas particuliers citons : Une ligne de pente a donné une direction E. O. avec une pente vers l’O. de 32°, la stratification serait donc N. S. Un bloc a une direction N. 7° O, avec une pente vers l’O. de 48°. Deux autres blocs ont une direction N. S., avec une pente presque verticale vers l’O. Tout le reste est confondu et l’ensemble a subi une violente dislocation. Les strates paraissent avoir glissé les unes sur les autres et beaucoup de surfaces de contact sont polies et striées. En général les blocs sont rubanés et ont subi une action métamorphique indiquée par la présence du disthène (104, 105, 107, p. 688).
On trouve çà et là des parties tendres se réduisant en sable sous le choc du marteau. L’eau a désagrégé ces parties en laissant de grands vides.
Le Kaga M’Bra fait peu saillie sur l’ensemble de la région et si sa masse peut être aperçue du S. et du sentier passant au pied du Kaga Tambago, elle n’est plus visible dès qu’on s’éloigne de quelques kilomètres sur le chemin de Ndélé. D’un des mamelons des Kagas Djé (40 kilomètres environ, à vol d’oiseau au N.-E), le guide montre, se détachant imperceptiblement à l’horizon, deux petites saillies séparées par une petite échancrure, c’est le Kaga M’Bra.
Des sommets accessibles, la région présente l’aspect d’un immense plateau sur lequel s’échelonnent vaguement et à l’infini des ondulations de faible altitude. Vers le N.-E. on aperçoit quelque chose de vague paraissant comme une ondulation un peu plus accentuée, ce sont les Kagas Djé.
Il y a lieu de mentionner ici les quartzites des M’Brés qui, d’après les échantillons rapportés par M. Gaud à Fort-Crampel, sont analogues aux quartzites des Kagas M’Bra et Tambago. Les quartzites des M’Brés ont déjà été signalées par M. le capitaine Truffert comme vaguement susceptibles de recéler des dépôts houillers (Revue générale des sciences, no 2, 1902). M. Truffert donne une direction approximative N.-E. à la stratification, avec un plongement variant entre 40 et 80°.
Kagas Djé.
Les Kagas Djé constituent un important affleurement granitique apparaissant sous la forme mamelonnée. Les mamelons sont disséminés sur un espace mesurant environ 7 kilomètres de longueur et 4 kilomètres de largeur, et on en compte 16 bien caractérisés. Au N.-O., à 13 kilomètres environ à vol d’oiseau, il existe encore un autre mamelon nommé Kaga Baga.
L’altitude de ces mamelons au-dessus du niveau de la plaine ne dépasse pas 60 mètres. En réalité ils ne sont que les parties culminantes de l’affleurement qui s’étend vers l’est et qui sépare le bassin du Koukourou du bassin du Bamingui. Entre les mamelons le granit se montre sous forme d’ondulations ou de grands espaces plus ou moins aplanis.
Il paraît donc rationnel d’admettre que les mamelons proprement dits se sont formés par suite de l’inégale désagrégation du massif.
Le granite est à grain moyen comme forme générale, il passe parfois à un granite dont les éléments sont un peu plus gros et qui se rapproche très sensiblement du granite porphyroïde. On rencontre accidentellement des rognons zonés transformés en gneiss et des lentilles, lits ou inclusions dans lesquels le grain est fin et les éléments colorés dominent, également transformés en gneiss (109, 110, 111, p. 671).
Kagas Balidja et Batolo.
L’affleurement granitique qui commence au village de Balidja est beaucoup plus important que le précédent et les mamelons visibles s’étendent sur un espace ayant environ 24 kilomètres de longueur et 21 kilomètres de largeur, on peut compter 31 mamelons.
Le groupe le plus important est celui du village de Balidja.
Comme pour les Kagas Djé, il paraît rationnel d’admettre que tous ces mamelons se sont formés par suite de la désagrégation inégale du même massif. L’altitude au-dessus du niveau du sol environnant du plus haut mamelon de Balidja est d’environ 80 mètres, et l’altitude du Kaga Batolo (15 kilomètres N.-N.-E. de Balidja) est de 64 mètres. Tous ces mamelons sont dénudés et souvent ont éclaté en couches concentriques, parfois minces, parfois ayant une épaisseur de plusieurs mètres ; les blocs ont roulé ou glissé jusqu’en bas des pentes, mais on en rencontre beaucoup qui sont en place. Il existe sur ces mamelons des cuvettes de peu de surface mais profondes et contenant de l’eau presque toute l’année, cette eau sert à l’alimentation des indigènes.
Au Kaga Batolo une de ces citernes que les indigènes considèrent comme « fétiche » est sensiblement elliptique, a 5 mètres environ de grand axe, 2m50 de petit axe et plus de 4 mètres de profondeur ; elle a ses bords arrondis et s’élargit dans le roc en forme de vase, ce qui fait qu’un indigène tombant dans cette citerne ne peut en sortir. Les habitants en ont une grande crainte et n’utilisent pas son eau.
Le type de granite est le granite porphyroïde à grands cristaux de microcline, mais il passe parfois à un granite à grain uniforme, fait que l’on observe surtout dans un important mamelon de Balidja sillonné de filons d’aplite dans toutes les directions. Il passe aussi mais accidentellement à un granite à grain fin dans ce même mamelon.
Dans l’ensemble des mamelons de Balidja et Batolo, on rencontre des filons de granite à grain fin et d’aplite (116, 126, p. 671), à bords parallèles atteignant plus d’un mètre d’épaisseur, ces filons ont en général une direction N.O.-S.E. Les principales cavités du Kaga Batolo dont l’une est la citerne dont il vient d’être parlé, sont situées sur le trajet d’une fissure ayant également une direction N.O.-S.E. Le long de cette fissure, la roche est comme laminée et les grands cristaux sont orientés parallèlement à la fissure ; là, on rencontre aussi une pegmatite avec très grands cristaux de microcline (124, p. 672).
Cette fissure est l’indice d’une puissante action mécanique ayant modifié dans certains endroits la structure du granite.
On rencontre encore mais accidentellement dans le granite des Kagas de Balidja des enclaves de granite amphibolique (119, p. 671).
Région de Ndélé (Pays de Senoussi).
Djigangou. — Au voisinage de Ndélé, à Djigangou, on rencontre des mamelons et des collines constitués par des roches granitiques. Dans un mamelon formé par du gneiss glanduleux à grands cristaux (197, p. 681), on remarque un filon d’aplite de plusieurs mètres d’épaisseur dont la direction est N.O.-S.E. qui est celle des filons des Kagas de Balidja (127, p. 672). A la base du mamelon apparaissent des gneiss ordinaires.
Un peu plus loin on arrive aux grès horizontaux. Ces grès forment autour de la cuvette de Ndélé des falaises d’un aspect pittoresque et ruiniforme.
Ndélé. — On rencontre à Ndélé : Des roches granitiques, un dyke de norite, des quartzites et des grès horizontaux.
Groupe granitique. — Dans la cuvette de Ndélé, un des contre-forts s’allonge dans une direction N.O.-S.E. et à son extrémité forme trois mamelons. Sur le mamelon le plus N.O., qui est le plus petit et le moins élevé on a construit le poste français.
Au N.E. de la ligne formée par ces mamelons se trouve une échancrure de 600 à 700 mètres de largeur dans laquelle coule une petite rivière, la Mindja Engoulou ; le bord de cette échancrure est couronné par les grès horizontaux, et le fond est formé par des quartzites sur lesquels les grès horizontaux reposent.
Dans cet ensemble, le groupe granitique est représenté par les mamelons et par un petit affleurement situé au pied du bord N.O. de l’échancrure, en face les mamelons. Ce groupe est constitué par des roches riches en feldspath rouge, pauvres en mica ou dépourvues de mica, passant tantôt aux aplites et tantôt aux pegmatites. La roche des mamelons passe aux aplites (151, 192, p. 672) et celle du petit affleurement situé en face passe aux pegmatites.
Dans les mamelons on rencontre une sorte de stratification dont la direction varie de N. 15° O. à N.O. Les couches ont une pente de 70 à 80° vers le N.E. ou sont verticales. Les quartzites ont une direction variant de O. 40° N. à N. 15° O., avec une pente de 40 à 50° vers le S.O.
Un peu au S. des mamelons du poste affleure un gneiss à grands cristaux analogue à celui de Djigangou (197, p. 681) et sur ce gneiss reposent les grès horizontaux. Enfin au N.N.O. du poste, à 5 kilomètres environ, avant le village de Golo et au village même, on retrouve ces mêmes gneiss en collines isolées ou supportant les grès horizontaux (198, p. 682). Si on prend maintenant la direction de l’O., au village de Kaka (13 kilomètres du poste) on rencontre encore du gneiss et une pegmatite grenatifère.
Dyke de Norite. — Au pied du contrefort dont le prolongement forme les mamelons du poste et au S.O. paraît un dyke de norite (190, p. 679). Ce dyke est en contact avec les mamelons d’aplite, et avec les quartzites qui ont été traversés et métamorphisés. Il supporte les grès horizontaux.
Groupe des quartzites. — L’ensemble est constitué par des quartzites plus ou moins micacés. Au voisinage des aplites et des pegmatites, ces quartzites sont souvent riches en mica (muscovite) et passent parfois aux micaschistes.
Au contact des pegmatites on trouve des roches quartzeuses quelquefois pauvres en mica et passant au quartz, mais le plus souvent très riches et prenant un aspect pegmatoïde ou schisteux. Le fer oligiste apparaît dans certaines couches. Ces roches sont stratifiées.
Au contact de l’aplite on rencontre des affleurements de quartz stratifié.
Au contact de la norite on rencontre un affleurement de quartz.
Tous les faits remarqués dans les quartzites indiquent bien l’action métamorphique des roches éruptives.
Enfin il a été recueilli un échantillon de quartz haché portant l’empreinte de cristaux disparus.
Groupe des grès horizontaux. — Les grès horizontaux couronnent la cuvette et les échancrures, d’énormes blocs de ces grès ont souvent roulé jusqu’au bas des pentes. Leur plus grande épaisseur totale est de 60 mètres. Ils reposent sur les quartzites ou sur les gneiss à grands cristaux, ou sur la norite dans l’endroit où cette roche affleure.
L’épaisseur totale de 60 mètres se décompose ainsi en prenant pour plan de comparaison, 0,00 le fond du ruisseau coulant dans l’échancrure :
| De 0 | à 10 mètres. | — Quartzites. |
| 10 mètres. | — Commencement des grès horizontaux. | |
| 10 à 22. | — Inspection difficile par suite des éboulements. | |
| 22 à 22,15. | — Couche argileuse. | |
| 22,15 à 23,25. | — Grès. | |
| 23,25 à 23,50. | — Poudingue ferrugineux à gros éléments. | |
| 23,50 à 24,00. | — Grès. | |
| 24,00 à 26,00. | — Poudingue ferrugineux à gros éléments. Dans les poudingues intercalés dans les grès, il existe des galets roulés atteignant jusqu’à 20 centimètres dans leur plus grande dimension. | |
| 26,00 à 35,75. | — Grès à grain fin de couleur claire, rougeâtre ou jaunâtre. | |
| 35,75 à 36,00. | — Poudingue ferrugineux à gros éléments. | |
| 36,00 à 38,80. | — Grès à grain fin de couleur claire, rougeâtre ou jaunâtre. | |
| 38,80 à 39,00. | — Poudingue ferrugineux à gros éléments. | |
| 39,00 à 41,50. | — Grès à grain fin de couleur claire, rougeâtre ou jaunâtre. | |
| 41,50 à 41,70. | — Poudingue ferrugineux à gros éléments. | |
| 41,70 à 42,50. | — Grès à grain fin de couleur claire, rougeâtre ou jaunâtre. | |
| 42,50 à 42,70. | — Poudingue ferrugineux à gros éléments. | |
| 42,70 à 43,70. | — Grès à grain fin de couleur claire, rougeâtre ou jaunâtre. | |
| 43,70 à 43,90. | — Poudingue ferrugineux à gros éléments. | |
| 43,90 à 48,00. | — Grès à grain fin de couleur claire, rougeâtre ou jaunâtre. | |
| 48,00 à 59,00. | — Grès plus grossier (conglomérat) de couleur claire, jaunâtre, dans lequel on rencontre des amas de grès à grain fin de même couleur contenant quelques menus galets roulés. | |
| 59,00 à 61,75. | — Grès à grain fin de couleur claire, rougeâtre ou jaunâtre. | |
| 61,75 à 62,00. | — Poudingue ferrugineux à gros éléments. | |
| 62,00 à 70,00. | — Inspection difficile par suite des éboulis de roche ferrugineuse. | |
| 70,00. | — Fin des grès horizontaux et commencement de la roche ferrugineuse. |
Les galets roulés des poudingues ferrugineux proviennent de quartzites identiques à ceux qui supportent en stratification discordante les grès horizontaux. Ces grès auraient donc été formés aux dépens des quartzites. Les poudingues ferrugineux à gros éléments indiqueraient les périodes les plus violentes de la formation, et l’épaisseur des grès qui les séparent, les périodes plus calmes ainsi que la durée proportionnelle de ces périodes.
Circuit Ndélé, rivière Tété, ruisseau Boro. — Aux grès horizontaux succède la roche ferrugineuse, mais elle n’est plus la roche dominante car on rencontre sur tout le parcours les grès précédents et des quartzites. Sur la déclivité du Vou (affluent du Tété) la roche ferrugineuse a disparu et il n’en reste qu’une couche mince englobant des fragments des grès horizontaux.
Les grès horizontaux reposent là sur des quartzites plus ou moins micacés à stratification presque verticale, c’est-à-dire ayant une pente de 75° à l’O. avec une direction N.-S. Les vides de ces quartzites sont remplis par la roche ferrugineuse.
Sur le Vou apparaît un dyke de gabbro qui traverse les quartzites et s’arrête aux grès horizontaux qui recouvrent les deux roches quartzite et gabbro (170, p. 678). Au contact de ce dyke les quartzites sont riches en mica (muscovite) et passent parfois aux micaschistes.
On retrouve des quartzites sur la rive gauche du Tété avec une direction N. 22° O. et une pente vers l’E. de 80°.
Plus loin le Tété et le Boro coulent entre des grès horizontaux à la base desquels apparaissent les quartzites, et sur le plateau sous une couche peu épaisse de roche ferrugineuse, gisent toujours les grès horizontaux qui apparaissent dans les endroits où la roche ferrugineuse a disparu par la désagrégation.
Circuit Ndélé, Kaga Bongolo, Ara, M’Bélé, Kaga Toulou, Tété. — Jusqu’à la grande falaise verticale constituant le Kaga Bongolo, l’itinéraire longe le bord O. d’un grand plateau se terminant brusquement sur la plaine du Bangoran, tantôt suivant les parties culminantes, tantôt franchissant les échancrures du bord même de ce plateau.
Après avoir franchi l’échancrure dans laquelle coule le ruisseau Bongolo, la piste suit le pied d’une grande falaise verticale formée par les grès horizontaux et ayant environ 10 kilomètres de longueur, et remonte ensuite sur le plateau. Cette falaise a environ 85 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la plaine au Kaga Bongolo.
Le Kaga Firindi est un curieux groupe de roches isolées ou bizarrement découpées de grès horizontaux, n’atteignant au-dessus du sol environnant qu’une hauteur de 25 mètres.
Le Kaga Sibi est un curieux mamelon isolé aujourd’hui du plateau dont il devait autrefois faire partie.
Entre Ndélé et Ara, l’altitude du plateau se maintient entre 678 et 732, ce dernier point proche de la source du Bangoran. L’altitude du Bangoran est de 683 et celle du Bamingui 662. L’altitude de la plaine au pied du plateau oscille entre 560 et 578.
Entre Ara et M’Bélé l’altitude générale du plateau augmente insensiblement pour atteindre la cote 827, point culminant de la région. Des alentours de ce point partent la Gounda coulant vers le Chari, la Bata coulant vers la Kotto et la Bakaka coulant vers le Ouadi Kabassa (Dar Four).
Les kagas Fofo et Toulou, voisins l’un de l’autre, sont formés de quelques rochers de grès horizontaux émergeant de 10 à 12 mètres et ayant le premier une altitude de 614 et le second de 634 mètres. Dans le rocher E. du Kaga Toulou existe une grande grotte traversant ce rocher de part en part et possédant une large cheminée verticale.
A 11 kilomètres environ à vol d’oiseau du Kaga Toulou on rencontre le Kaga Diffili qui n’est qu’un îlot de rochers de grès horizontaux émergeant de 4 à 6 mètres, et d’une altitude de 591 mètres.
Sur tout le parcours les grès horizontaux dominent et la roche ferrugineuse n’existe réellement que sur les parties culminantes du plateau. Partout ailleurs on la rencontre en petites masses épargnées par le ravinement et en contact visible avec la roche sous-jacente. Son épaisseur reste faible et dès qu’on quitte les parties culminantes on rencontre les grès horizontaux.
De Ndélé au Kaga Bongolo les grès horizontaux reposent sur des gneiss et des granites (gneiss granitoïde, granite et gneiss à grands cristaux) qui apparaissent à Goumba dans l’échancrure des ruisseaux M’Bélégué et Yofo (174, 175, p. 682 et 673).
Après le Kaga Bongolo, au pied de la grande falaise, de vagues indications permettent de supposer que la roche granitique n’est pas très éloignée, mais aucun fait positif n’a été remarqué à ce sujet. A Ndélé, les grès horizontaux reposent sur des roches dont il a été parlé plus haut.
Dans l’intervalle qui sépare le Kaga Diffili de la rivière Tété (7km,500 environ) on rencontre d’abord un affleurement quartzeux en couches minces verticales, de 1 à 5 centimètres d’épaisseur et ayant une direction E.-O. Plus loin on rencontre les quartzites ayant une direction N. 25° E. et une pente vers l’O. de 80°.
Le circuit se ferme au Tété sur le circuit précédent.
Ndélé-Mamoun. — Du village de Golo, après avoir gravi le flanc de la colline dont la base est granitique on circule sur les grès horizontaux jusqu’à l’échancrure de Mansaka. Aux approches de cette échancrure la couche des grès horizontaux s’amincit et laisse voir çà et là les quartzites qui apparaissent nettement au sommet de la colline O. de l’échancrure. Là, les couches ont une direction N. E. avec une pente au S.-E. de 40 à 45°.
On retrouve les mêmes quartzites : Dans les collines de Djalmada avec des directions E. 15° N. et E. 20° N. et des pentes vers le S. variant entre 50 et 70° ; à Ndélou, direction O. 35° E. avec pente vers le S. de 25°, S. 20° O. avec pente vers l’O. de 45° ; à Akoulousoulba direction N.-E. et pente au S.-E., direction E. 10° S. et pente vers le S. Ces quartzites ont reçu la roche ferrugineuse. Cette roche dans beaucoup d’endroits n’existe plus que dans les interstices et cavités des quartzites.
Dans la colline qui sépare les villages de Dankounga et Djalmada on rencontre quelques blocs isolés de gneiss amphibolique et accidentellement dans les quartzites du grès avec fer oligiste. On rencontre encore du gneiss en fragments isolés non en place à Ndélou et à Akoulousoulba.
A Akoulousoulba, la texture des quartzites devient grossière et ces roches présentent de grands espaces aplanis par la désagrégation, espaces desquels émergent des couches plus compactes.
Les derniers affleurements de ce genre ont été rencontrés entre le Tété et la Moussoubourta recouverts par la roche ferrugineuse.
Entre Golo et Mansaka l’altitude du plateau se maintient entre 719 et 767 mètres. Après Mansaka où disparaissent les grès horizontaux les altitudes diminuent insensiblement jusqu’au Tété où l’on entre dans une vaste plaine d’une altitude variant entre 471 et 498 mètres, dans laquelle circulent les rivières Tété, Moussoubourta, Boungoul, Diahap ou Mindja, Koumara, Mamoun et Bahap. Toutes ces rivières sont réunies entre elles par des bras marécageux que l’on peut supposer nombreux et dont quelques-uns ont été reconnus.
Cette disposition semble indiquer qu’une vaste dépression existait autrefois dans cet endroit, dépression aujourd’hui comblée par des dépôts alluvionnaires et dans laquelle venaient se jeter un certain nombre de cours d’eau dont quelques-uns, le Tété, la Moussoubourta, le Boungoul et le Diahap, ont été reconnus.
Les parties basses de la grande plaine actuelle sont inondées à la saison des pluies et deviennent impraticables. La largeur des dépressions proprement dites, c’est-à-dire des lits plus ou moins anciens dans lesquels circulent les cours d’eau, sont : Pour le Tété et la Moussoubourta de 1500 à 2000 mètres ; pour le Koumara-Bahap-Mamoun de 4,500 à 5,000 mètres à l’endroit où ces trois cours d’eau se réunissent.
Dans les parties basses, argileuses ou parfois argilo-sablonneuses, on rencontre çà et là à la surface du sol des concrétions calcaires.
Ndélé-Télé (région montueuse du Kouti).
A peu de distance de Ndélé on entre dans la région montueuse du Kouti et jusqu’à Télé, village situé à l’extrémité O. de cette région (80 kilomètres à vol d’oiseau O.-N.-O. de Ndélé), la piste franchit une série interminable de vallons et de collines rocheuses de faible altitude, à Télé on entre dans la plaine du Bangoran.
A part quelques points culminants d’une altitude un peu supérieure, les collines restent à une altitude variant entre 570 et 685, la plaine au pied étant à 470 à Télé.
Tout le massif montueux traversé est constitué par des quartzites micacés ou non, dans lesquels on rencontre un peu de gneiss.
Ces quartzites sont en général inclinés avec pentes très fortes, souvent verticaux, et dans quelques endroits à stratification bouleversée. Leur structure varie du grossier au compact, mais les couches compactes dominent et constituent des affleurements saillants.
La roche ferrugineuse en forme continue est l’exception, elle n’existe ainsi qu’en de rares endroits du parcours. Partout ailleurs elle est disparue et on ne la rencontre que dans les cavités et les interstices des quartzites.
L’ordre successif des principales observations sur la stratification est le suivant :
Village de Koubou. — Direction N. 15° E., pente 60° vers l’E.
Ruisseau Kiokioro. — Dans le vallon, on rencontre un petit affleurement de gneiss amphibolique (208, p. 686), de chaque côté de cet affleurement existent des quartzites dont la stratification est verticale avec une direction E. 25° N.
Entre le ruisseau Pendé et le ruisseau Miadigui. — Stratification verticale et direction S.-O.
Entre le ruisseau Miadigui et le Kaga Batolo. — Direction O. 30° S., avec pente vers le N.-O. de 60°.
Kaga Batolo. — Direction E. 20° N. avec pente vers le N. de 60°.
Entre le ruisseau Yofo et le ruisseau Soukoumba. — Direction O. 20° N. avec pente vers le N. de 60°.
Ruisseau Mandza. — Direction N.-S., avec pente à l’E. de 40°.
Entre les villages Kourou et Télé.
Stratification bouleversée.
Direction S. 35° O., pente vers le N.-O. de 30°.
— — stratification verticale.
— — pente vers le S.-E. de 60°.
— O. 35° S., pente vers le S.-E. de 20°.
Village de Télé. — Direction S. 35° O., pente vers le N. de 25°.
Collines au N. de Télé. — Direction S.-O., pente au N.-E. de 40° (216, p. 689).
Collines au S. de Télé. — Direction S. 25° O., pente vers le N.-O., de 25°.
Nota. — Toutes les pentes sont perpendiculaires aux directions et l’indication, pente vers l’E. ou l’O., indique seulement le point cardinal vers lequel la pente est inclinée.
Résumé. — En résumé les formations géologiques de la région de Ndellé sont les suivantes :
1o Les roches granitiques représentées par un granite à grain fin et un gneiss granitoïde, par le gneiss à grands cristaux et le gneiss ordinaire, par des aplites et des pegmatites.
2o Les quartzites plus ou moins micacés ayant subi dans certains endroits l’influence de roches éruptives.
Des dykes de norite et de gabbro ayant traversé ces quartzites.
2o Les roches précédentes désagrégées et ravinées par les érosions ont reçu les grès horizontaux qui après avoir rempli les dépressions ont constitué sur ces roches une couche épaisse. Aucune découverte n’ayant permis de déterminer l’âge de ces grès on ne peut que les assimiler par analogie de gisement en couches horizontales à ceux du Karoo.
4o Les grès horizontaux désagrégés et leurs éléments entraînés, les roches sous-jacentes ont reparu dans beaucoup d’endroits. La roche ferrugineuse (latérite remaniée) fait alors son apparition, comblant les dépressions et recouvrant ensuite le tout.
5o La désagrégation attaquant la roche ferrugineuse à son tour, les ravinements ont fait reparaître les autres roches, et dans l’état actuel, elle est arrivée dans beaucoup d’endroits jusqu’au contact primitif de la roche ferrugineuse avec les quartzites et les grès horizontaux.
Boungoul, Bahr-Salamat et Lac Iro.
Le Boungoul se jette dans le Bamingui (Bahr-el-Abiod) à Fort-Archambault, un bras secondaire à 3 kilomètres en aval du poste, et le bras principal actuel à 11 kilomètres environ à vol d’oiseau.
Si on donne la dénomination de Chari au cours d’eau résultant de la réunion du Bamingui et du Bahr-Sara, le Bahr-Salamat se jette dans le Chari à 49 kilomètres environ à vol d’oiseau, en aval de Fort-Archambault.
Au voisinage du Chari, le Bahr-Salamat a rencontré des affleurements granitiques (granite porphyroïde) qui ont fait dévier le cours du Chari vers le N.-N.-E., et s’est frayé un passage dans ces roches en formant un delta assez étendu.
Le granite porphyroïde se présente dans le lit du Chari et dans celui du Bahr-Salamat en masses arrondies et plus ou moins décomposées ces masses sont sillonnées de filons d’aplite.
Auprès de la branche principale actuelle (juin 1903), du Bahr-Salamat et à un kilomètre environ du Chari, on rencontre un rocher qui n’est qu’un fragment des grès horizontaux de structure plus compacte et qui a résisté à l’érosion. Ce rocher mesure de 50 à 60 mètres de hauteur, de 15 à 20 mètres de largeur et 8 à 10 mètres de hauteur.
L’extrémité E. forme un chaos dans lequel on ne remarque aucune trace bien nette de stratification. A la partie inférieure de l’extrémité O., les galets roulés quartzeux que la roche contient sont en lits horizontaux. Si on monte sur le rocher, on remarque dans la masse une sorte d’alignement dont la direction est O. 10° N. Ce curieux rocher constitue un témoin de la continuité des grès horizontaux dans une direction O.-N.-O. de l’éperon de Ndélé, dont il est aujourd’hui séparé par une distance de 270 kilomètres à vol d’oiseau.
Entre le Boungoul et le Bahr-Salamat existe un plateau argilo-sablonneux de 30 à 60 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la plaine, et de 15 à 18 kilomètres de largeur, auquel on accède par une pente très douce. Ce plateau qui s’atténue sur la plaine marécageuse de la rive droite du Chari et à 25 kilomètres environ à vol d’oiseau du cours d’eau, se prolonge vers l’E.-N.-E. A 70 kilomètres environ, il est interrompu par la trouée de la Mindja M’Banga qui aboutit d’un côté au Boungoul et de l’autre au Bahr-Salamat.
A l’extrémité E. du plateau, avant la trouée de la Mindja M’Banga, la roche ferrugineuse apparaît en plusieurs endroits en couche continue à la surface du sol. Sur l’autre partie du plateau après la trouée, elle apparaît en blocs isolés.
On peut considérer ce plateau, dont la direction générale est sensiblement parallèle à celle du cours du Bahr-Salamat, comme ce qui reste de la surface de la plaine primitive, dans laquelle au moment du retrait des eaux le Bahr-Salamat a creusé son lit. La plaine actuelle dans laquelle circule cette rivière est limitée au S. par ce plateau et au N. par les premiers mamelons et les premières ondulations d’une région à affleurements granitiques qui s’étend jusqu’aux monts Guérés.
Les affleurements de granite apparaissent sur la rive droite, soit en mamelons rocheux comme Sakoura et Karou (252, p. 673), soit en rochers disséminés comme à Mali (250, p. 673). Le granite de Mali est sillonné de filons d’aplite et les rochers ont de 10 à 15 mètres de hauteur.
Entre le lac Iro et le Bahr-Salamat à peu de distance de cette rivière émergent les mamelons rocheux de Bagolo constitués aussi par du granite.
Confluent Bamingui-Gribingui et rivière Gribingui (Hautes-eaux)[544].
En aval du confluent on rencontre un affleurement quartzeux barrant la rivière et émergeant le long de la rive gauche, la direction de cet affleurement est O. 15° N.
En amont du confluent, le granite apparaît barrant le Gribingui sur un parcours d’environ 5 kilomètres à vol d’oiseau et occasionnant des rapides assez dangereux, rapides que l’on retrouve avec la même cause sur le Bamingui (261, p. 673).
Sur le Gribingui à l’extrémité S. de l’affleurement granitique apparaît une aplite en décomposition dont la partie ténue est du Kaolin.
A 54 kilomètres environ à vol d’oiseau en amont du confluent se dresse, sur la rive droite, une grande falaise rocheuse constituée par un agrégat sans cohésion composé de menus fragments quartzeux cimentés par un ciment argilo-ferrugineux. Il faut considérer cette roche comme une forme particulière de la roche ferrugineuse. Elle contient, irrégulièrement disséminées et en tout sens, de nombreuses gaines ferrugineuses sub-cylindriques, creuses, de 20 millimètres environ de diamètre intérieur et atteignant une certaine longueur.
Enfin à Finda, poste situé à 64 kilomètres environ à vol d’oiseau en aval de Fort-Crampel, on rencontre des fragments de diabase en décomposition.
Niellims
Les masses rocheuses des Niellims sont constituées par un granite porphyroïde à grands cristaux d’orthose, passant en plusieurs endroits à un granite ordinaire (231, p. 674). On y rencontre aussi des filons d’aplite.
Puits de Oulgou (30 kilomètres environ à vol d’oiseau O.S.O. des Niellims), profondeur de 10 à 11 mètres.
| 0m,50. | — Petits nodules ferrugineux, formation actuelle, couche manquant souvent. |
| 1m,50. | — Terre végétale mêlée d’argile grise et de quelques petits galets. |
| 4m,00. | — Argile grisâtre mêlée d’agglomérats ferrugineux (ordinairement exploités), caverneux, de petits galets disséminés dans l’argile et d’oolithes ferrugineuses disséminées. Ces oolithes sont parfois réunies en petits agrégats ferrugineux exploités. Ce serait à la base de cette couche que le Dr Decorse aurait observé en un puits une couche compacte épaisse de 0m,30 de fer oolithique. |
| 5m,00. | — Argile gris-jaunâtre avec grains ténus de quartz et petits cailloux ferrugineux disséminés. |
| 11m,00. |
Groupe de Korbol.
Le granite de (346A, p. 673) Korbol est traversé par un filon de microgranite à microcline (285, 347, 349, 355, p. 677). Ce microgranite est à structure ordinaire ou à structure porphyrique. Dans le granite on rencontre aussi des filons d’aplite et des rognons de pegmatite.
Groupe Djember-Mandéré.
Au delà de Korbol, vers le N.-E. et le N., la région de Djember-Mandéré est caractérisée par du granite ordinaire, du gneiss et du granite porphyroïde.
Koli.
A Koli on rencontre un affleurement de granite de couleur rougeâtre (340, p. 673)
Groupe de l’ancien lac Baro dans le Dar-el-Hadjer (Pays des roches).
A l’E. du Tchad, à 200 kilomètres environ, on rencontre un groupe granitique important et cette région a été nommée par les indigènes Dar-el-Hadjer (Pays des roches). Les principaux affleurements sont groupés autour d’une dépression qui constituait autrefois le lac Baro, lac aujourd’hui asséché. Du S. au N. le groupe s’étend d’Ardèbe à la lagune de Rédéma, c’est-à-dire sur un parcours d’environ 125 kilomètres. Les granites de ce groupe sont fréquemment porphyroïdes. Ils contiennent aussi des filons d’aplite et des pegmatites (305, 342, 413, 114, p. 674).
Lac Fittri.
Le granite affleure à Yao au N. du lac Fittri (410, p. 674). A 24 kilomètres environ au sud de ce lac on rencontre un affleurement de porphyrite (p. 680).
Groupe de Hadjer-el-Hamis.
Les rochers de Hadjer-el-Hamis sont constitués par une rhyolite verdâtre dans la pâte de laquelle sont disséminés de nombreux cristaux de feldspath et de quartz.
Monts Guérés.
L’administration locale n’ayant pas cru devoir fournir à la mission les moyens de se rendre dans cette région, les deux échantillons recueillis proviennent de Djongoro et sont dus à l’obligeance de M. le capitaine Dujour alors lieutenant. Le premier est un granite porphyroïde et le second une syénite à pyroxène.
Les terrains du Kanem.
Dans l’ensemble de la partie du Kanem visitée par la mission, on remarque partout de l’argile calcaire ou non calcaire et du tuf calcaire (Ngouri, Mondo, Clitoua).
L’étude des échantillons de Mondo montre qu’ils contiennent un grand nombre de diatomées, 32 espèces ou variétés dans le tuf calcaire et 9 espèces dans l’argile. Ces diatomées ont été étudiées par M. Paul Petit. Ils contiennent en outre du quartz et du feldspath (dont du microcline en fragments déterminables).
A Clitoua, le tuf calcaire contient de nombreux fragments d’Arundo fragmites.
Au delà du Bahr-el-Ghazal, à la lagune de Rédéma, située à 120 kilomètres environ à vol d’oiseau à l’E.S.E. de Clitoua, on rencontre également de l’argile calcaire. Cette argile contient en abondance des coquilles fossiles de Mélanies. La mission a trouvé en outre au même endroit des débris fossilisés d’ossements de tortue.
Les sels de la région du Tchad[545].
On peut considérer le Tchad comme la limite méridionale d’une vaste région du centre africain dans laquelle abondent les sols alcalins. Cette région s’étend au nord jusqu’à Bilma (18° 30 de lat. et 11° de long.) à l’ouest jusqu’à Agadès (17° de lat. et 6° de long.), et à l’est jusqu’au Dar Ouara (18° de lat. et 20° de long.).
Les deux principaux gisements alcalins sont : 1o Le gisement de l’oasis de Bilma qui approvisionne l’Aïr (Agadès), une partie des contrées situées au nord de cette région, le Damergou et une partie du Bornou ;
2o Le gisement du Dar Ouara qui approvisionne le Borkou, le Thibesti, le Ouadaï et le Baguirmi.
Gisement de Bilma. — Le Kaouar dont fait partie l’oasis de Bilma fut visité en 1822 par Oudney, Denham et Clapperton ; en 1855 par Barth, en 1866, par G. Rohlfs, en 1870 par Nachtigal et 1892 par Monteil. Ce gisement était déjà connu au XIIe siècle car Edrisi parle du trafic de l’alun dans la vallée du Kaouar et ce qu’il a dit se rapporte vraisemblablement au commerce du sel. Selon Barth ce gisement fournit deux espècees de sel, le sel en pains ayant un goût amer, et un autre sel plus fin pouvant être utilisé par les Européens.
Des échantillons rapportés par M. Foureau et provenant de ce gisement, les uns sont constitués par du sulfate de soude ne renfermant que 12 0/0 de chlorure de sodium, et d’autres ne sont qu’un mélange (presque à parties égales) de carbonate (trona) et de sulfate de soude[546].
Gisement du Dar Ouara. — D’après les échantillons que la mission a pu se procurer, échantillons qui sont étudiés pour la première fois, ce gisement fournit trois espèces de sel : 1o Du sel gemme que l’on trouve dans un endroit appelé Toro ou Tourou (Tourkéchi), en couches stratifiées dans le lit du rahat (étang) Saraf, où il n’y a de l’eau qu’à la saison des pluies. En saison sèche on creuse le sol à 0m40 ou 0m50 de profondeur et l’on recueille la roche par petits blocs de 8 à 12 centimètres d’épaisseur, jamais en tables comme à Taodénit (grand gisement situé à 575 kilomètres environ à vol d’oiseau au N. de Tombouctou). C’est un sel à grands cristaux renfermant beaucoup de sulfate de magnésie (épsomite) qui s’effleurit à l’air sec.
2o Un sel gemme impur, en fragments de couleur rougeâtre, contenant près de 50 0/0 de matières terreuses ou siliceuses et même des menus galets roulés. On le trouve dans un endroit qui s’appelle Ouadi Démi ou Démé, endroit qui appartient aux arabes Mohamid du Dar Ouara et qui est situé à l’E. du Toro ou Tourou.
3o Le même endroit (Ouadi Démi) fournit aussi le minéral désigné vulgairement sous le nom de natron et qui est constitué par l’espèce minérale le trona (3 Na²O, 4CO², 5H²O).
Le trona du Dar Ouara constitue une véritable roche et offre la plus grande ressemblance avec celui des lacs Natron (Egypte). Il est débité par les indigènes en morceaux tabulaires de 6 à 8 centimètres d’épaisseur, de couleur gris-jaunâtre, à structure caverneuse. Leur cassure montre qu’ils sont constitués par des cristaux monocliniques allongés suivant ph¹ (001) (100) et possédant un clivage facile suivant p, à éclat vitreux très vif. Ces cristaux de longueur inégale atteignent 20 à 25 millimètres de longueur. Ils se groupent en agrégats fibro-bacillaires terminés par des pointements aigus, libres dans les cavités de la roche ou engagés dans de l’argile ; leurs faces sont trop arrondies pour pouvoir être mesurées exactement. Il existe parfois une seconde génération de cristaux plus petits, implantés sur les premiers, ou constituant des masses blanches à texture très lâche, qui remplissent leurs intervalles : on peut y constater l’aplatissement des cristaux suivant a¹ (101).
Le Borkou et le Dar Ouara dépendent actuellement du Ouadaï, le Tibesti appartient au Fezzan.
Gisement d’Agadès. — Agadès fut visitée par Barth en 1850 et d’après ce voyageur on recueille du natron un peu au N.E. de cette ville et les grès sont saturés de sel. Elle fut de nouveau visitée en 1899 par la mission Foureau-Lamy qui rapporta de ce point des échantillons de natron provenant de Bilma et du sel brun d’Imgal[547].
Pays des Krédas. — Le pays des Krédas, nommés aussi Gouranes, traversé par le Bahr-el-Ghazal, est situé à l’E. du Tchad (14° environ de latitude et 15° de longitude). D’après des renseignements recueillis par la mission, dans ce pays, une région nommée Sagarda renferme aussi du trona en grandes tables, mais, au dire des indigènes, il n’existe pas de sel gemme. Dans cette même région on rencontre le calcaire sous forme de roches affleurant à la surface du sol.
Lagune de Rédéma. — A 200 kilomètres environ à l’E. du Tchad, au sud du pays des Krédas, on rencontre la lagune de Rédéma qui est en relations avec le Bahr-el-Ghazal. L’eau de cette lagune est alcaline et après évaporation il reste sur le sol une croûte de 5 millimètres d’épaisseur que les indigènes appellent natron, renfermant surtout du chlorure de sodium avec du carbonate de chaux et un peu de carbonate et de sulfate de soude. C’est la terre qui laisse suinter le natron, disent les indigènes, plus on en recueille et plus il en pousse, ce sel est contenu dans la terre et rien ne saurait appauvrir celle-ci. Il faut creuser à une brasse pour obtenir de l’eau, et dès que la couche est atteinte, le liquide s’élève constamment presque jusqu’au niveau du sol.
L’eau est claire et fortement alcaline.
Lac Tchad. — Les environs immédiats de la partie E. et N.-E. du Tchad sont caractérisés par une série de bassins alcalins ou de lagunes alcalines communiquant plus ou moins avec le lac au moment de la crue (La crue de l’hivernage élève le niveau du Tchad de 0m,70 dans une année de pluie moyenne) et s’asséchant pendant la saison sèche en abandonnant à la surface du sol des croûtes alcalines. Les terres des talus des canaux ou lagunes sont aussi fortement alcalines.
Une des lagunes qui a été particulièrement étudiée est celle de Grand-Baissé située à 60 kilomètres environ du Tchad. Au moment de l’assèchement de cette lagune, les premières croûtes cristallines qui se forment sur les bords sont essentiellement constituées par du carbonate de soude (trona). Plus bas, il se forme une croûte constituée par un mélange de carbonate et de sulfate de soude (thénardite) avec des traces de chlorure de sodium. Des échantillons de cette croûte emballés dans un tonnelet étanche ont fourni par cristallisation secondaire, au cours du voyage de retour, des nodules de mirabilite qui s’efflorissaient rapidement à l’air sec et tombaient en poussière. Quand les eaux deviennent plus basses encore, la croûte qui se forme est surtout constituée par du sulfate de soude.
Un échantillon d’eau de la lagune de Grand-Baissé a été rapporté. L’analyse faite par M. A. Hébert[548] a montré que cette eau contenait 11,94 d’acide sulfurique, 10,30 de soude, 0,49 de chlore, 1,74 de potasse, avec traces de chaux et de magnésie.
Bédanga. — Comme dernier renseignement ajoutons que l’eau du puits du poste de Bédanga (345 kilomètres environ à vol d’oiseau au S.E. du Tchad) est alcaline.
Considérations générales. — En résumé le Tchad constitue une cuvette recevant les eaux d’un bassin particulier et où ces eaux viennent s’évaporer en abandonnant sur le pourtour du lac les principes alcalins qu’elles contiennent, soit pour les avoir dissous du sol alcalin de la plaine, soit provenant de très loin.
Les sols de Mandjaffa (190 kilomètres environ à vol d’oiseau du Tchad) et de Bousso (330 kilomètres environ à vol d’oiseau du Tchad), postes situés sur le Chari, sont sodiques, mais, ainsi qu’il résulte des analyses de M. A. Hébert, le sol de la galerie forestière du ruisseau Boro, au S.E. de Ndélé, c’est-à-dire à l’extrême limite du bassin (810 kilomètres du Tchad), contient une notable proportion de soude.
Il paraît difficile de rattacher les gisements alcalins de la région du Tchad, formant aujourd’hui un bassin spécial, aux autres gisements disséminés dans toute la partie de l’Afrique située au N. de la 20e parallèle. On ne peut que constater qu’il existe au Tchad du carbonate de soude, du sulfate de soude et du carbonate de chaux.
Dans d’autres régions le carbonate de soude se formant par la réaction du chlorure de sodium sur le carbonate de chaux, on peut supposer que le chlorure de sodium existe disséminé dans le sous-sol de la plaine.
En outre nous pensons qu’il y a lieu de tenir compte pour la formation des carbonates de soude au Tchad, de la soude dissoute des terrains du bassin et amenée par les eaux.
A l’O. du Tchad, entre le lac et Zinder, une région alcaline a été particulièrement étudiée par M. le commandant Moll et ses collaborateurs. Les principaux centres de cette région sont Ouacha (460 kilomètres environ du Tchad), Gourselick (300 kilomètres environ du Tchad) et Adeber (120 kilomètres environ du Tchad).
En outre M. Foureau a recueilli dans les dépressions du Tchad des croûtes salines constituées par du carbonate de soude.
Puits d’Ardèbe. — Le puits d’Ardèbe a une profondeur totale de 47 mètres. On y remarque les couches suivantes :
| 40m | 7 m. | — Terre noire mélangée de nombreux grains de sable. | |
| 16m,50. | — Sable fin blanc jaunâtre. | ||
| 15 50. | — Argile blanc verdâtre prenant parfois un aspect schistoïde. | ||
| 2 35. | — Marne blanche. Calcaire en morceaux de la grosseur d’une noix. | ||
| 2 35. | — Sable blanc très fin. | ||
| 2 35. | — Sable grossier formé de gravats siliceux, quartz, quartzite, roche ferrugineuse, de la grosseur d’une noisette. | ||
| 47m,05 |
Le calcaire contient des diatomées (35 espèces ou variétés)[549]. Les Navicula et les Epithemia forment le fond de ces diatomées. En outre il contient du quartz, du feldspath (dont oligoclase en fragments parfois déterminables), de la biotite, du zircon et de la magnétite.
La marne très argileuse de la même couche ne contient que quelques rares diatomées. La partie lourde des résidus de lévigation contient du quartz, du feldspath (dont microcline en fragments déterminables, de la biotite, de l’apatite, de l’ilménite et de l’hématite).
Pour expliquer la présence de ces minéraux il faut rappeler qu’il existe à Ardèbe un affleurement de granite.
Puits de Lahmeur (El Amer). — Ce puits a une profondeur totale de 33m,70. On y remarque les couches suivantes :
| 2m,20. | — Terre noire recouverte d’un lit superficiel de sable. |
| 9 00. | — Argile grise ou blanc-verdâtre avec petites concrétions gréseuses et petits grains de quartz. |
| 9 00. | — Sable blanc très fin avec petits morceaux de quartz à angles mal arrondis. |
| 6 75. | — Marne blanchâtre. |
| 6 75. | — Sable plus ou moins grossier avec gros gravier siliceux. |
| 33m,70 |
Puits de Bolo, 36m,00 de profondeur.
| 11m,25. | — Sable grisâtre mélangé d’une très petite quantité de terre. |
| 11 25. | — Sable très blanc avec particules nombreuses de quartz en grains anguleux. |
| 13 50. | — Sable ocracé, en petits grains, friable, mélangé d’une très petite quantité d’argile. |
| 36m,00 |
Puits de Reddedioum, profondeur 26m,60.
| 7m,15. | — Sable grisâtre. |
| 6 75. | — Sable de couleur ocre. |
| 4 50. | — Sable blanc avec petits galets quartzeux. |
| 8 20. | — — — |
| 26m,60 |
Puits de Gogo, profondeur 25 mètres.
| 2m,25. | — Sable grisâtre. |
| 11 25. | — Sable de couleur ocre. |
| 2 25. | — Siniaka béda. |
| 9 25. | — — |
| 25m,00 |
Puits de Moziout, profondeur 28m,40.
| 6m,75. | — Sable grisâtre avec lits alternatifs de terre végétale. |
| 9 00. | — Sable jaune ocracé assez bien agglutiné. |
| 4 50. | — Sable blanc assez fin avec petits grains de quartz et quelques petits nodules de calcaire de la grosseur d’un haricot. |
| 8 15. | — — — |
| 28m,40 |
Puits de Kanam, profondeur 43 mètres.
| 33m75 | 4m,50. | — Sable grisâtre. | |
| 11 25. | — Terrain sableux assez aggloméré, d’un jaune ocracé. | ||
| 6 75. | — Sable fin jaune ocracé avec petits cailloux de quartz. | ||
| 11 25. | — Sable blanc avec petits cailloux de quartz et petits morceaux de calcaire, le plus gros de la grosseur d’une noix comme à Ardèbe. | ||
| 9 25. | — — — | ||
| 43m,00 |
On ne peut guère tirer de conclusions de l’examen de ces couches. Un vague rapprochement existe cependant entre le puits d’Ardèbe où le calcaire existe à 40 mètres de profondeur en morceaux de la grosseur d’une noix, et celui de Kanam où l’on rencontre aussi du calcaire sous la même forme à 33m,75 de profondeur.
Le nivellement du sol n’étant pas fait, il est difficile de considérer ce vague rapprochement comme pouvant constituer un repère permettant de supposer que le calcaire existe en couche continue à cette profondeur.
Les puits étudiés se trouvent dans une région formant une dépression limitée par les affleurements granitiques du Dar-el-Hadjer et recevant trois cours d’eau, le Batha ou Ba Laïri, le Ba Bourda et le Batha du Ouadaï. Cette dépression a évidemment été comblée par les apports de ces cours d’eau et il ne reste plus du lac primitif que le petit lac Fittri.
Les quelques renseignements que la Mission a pu recueillir malgré les difficultés de la navigation et la hauteur des eaux sont les suivants (Les distances sont comptées en partant de Bangui et le chiffre donné n’est qu’une indication. Les directions sont orientées au N. magnétique. Le chaland a constamment suivi la rive droite).
Bangui. — Le fleuve est barré par un affleurement de quartz en couches épaisses, dans lesquelles on rencontre la roche ferrugineuse remplissant les fissures et les cavités. La direction générale des couches est celle du barrage même, c’est-à-dire N. 7° E., avec pente de 58° environ vers l’E. Dans ce barrage on rencontre un autre filon transversal de quartz avec clivages verticaux ayant l’apparence de strates de 10 à 30 centimètres d’épaisseur ; la direction de ce filon est presque perpendiculaire à celle du barrage.
Mission catholique. — Conglomérat paraissant former une couche épaisse à la surface du sol, composé de cailloux quartzeux plus ou moins roulés de 1 à 7 centimètres environ, agglutinés par un ciment ferrugineux.