[91] Osée, VIII, 7.
Mais il y avait aussi des cas différents de ceux dont Charles Reding est un exemple. Il y avait des hommes de dispositions simples, innocentes, véritables éléments caractéristiques du Catholicisme. Ces hommes n’avaient ni désir, ni aspiration au delà de la sphère où la Providence les avait placés, jusqu’à ce que le terrain sur lequel ils paraissaient se tenir debout vînt à leur manquer, et qu’ils fussent poussés en avant par le simple instinct de leur propre conservation. Ils aimaient leurs verts cottages et leur belle terre natale. Les pays étrangers avec leur esprit remuant et leur culte étrange n’avaient pas d’attraits pour eux. Là où ils avaient toujours été, c’est là qu’ils désiraient rester toujours. A leurs yeux, les joies de l’enfance étaient celles de l’âge mûr. Mais ce n’est que dans l’Église Catholique que la réalité de la vie répond aux rêves du jeune âge ; seule, l’Église peut remplir d’un bonheur plus grand encore ces vides que le temps fait nécessairement dans le sanctuaire de nos premières joies. Avez-vous jamais lu les vers si beaux et si touchants de Cooper « sur la réception du portrait de sa mère » ? Qui ne comprend la consolation qu’un homme aussi sensible eût trouvé dans la contemplation de la sainte Vierge ! Eh bien, il y avait des âmes tendres, affectueuses et souples, qui aspiraient après quelque chose de meilleur et de plus durable que ce monde ou que les espérances d’ici-bas. Or, comment le Protestantisme, même dans sa forme la meilleure, satisfit-il jamais à ce besoin ? Par des vues terrestres, moins belles, mais non moins fugitives que celles qui s’étaient évanouies, ou par des rêves plus beaux sans doute, mais tout aussi vaporeux. « Mais », nous dit le docteur Newman, « lorsqu’un homme… » (citation jusqu’à ces paroles : « comme un disciple à son maître. » V. pag. 169.) — Après quoi M. le chanoine Oakeley ajoute :
La première des citations suivantes vous montrera Charles au sein de sa famille ; la seconde, au milieu de ses perplexités d’Oxford ; la troisième, dans son état de transition ; la dernière, enfin, dans son état de quiétude.
— Ici, premier extrait à partir de ces mots : « Charles était un fils affectueux… » jusqu’à ceux-ci : « j’aurai de l’énergie au jour venu. » V. pag. 85. — M. le chanoine Oakeley ajoute :
Le vague soupçon exprimé ici par Charles, que l’espèce de bonheur qui l’environne ne réponde pas complétement aux besoins de son être immortel, est admirablement développé dans la suite de l’histoire. La visite de M. Malcolm, « un ami de la famille », sert à donner à ce sentiment de crainte une forme un peu définie ; et ce sentiment se dessine encore mieux dans quelques conversations touchantes de Charles avec sa sœur Marie. Bientôt après, le père de Charles meurt, et alors viennent tous les tristes accessoires d’un deuil de famille. Ainsi sont brisés pour Charles les liens qui l’attachent à sa maison terrestre. Différents événements qui lui arrivent à Oxford agissent dans le même sens. Le principal de ces événements, c’est le soupçon d’excentricité religieuse auquel il se trouve exposé, et qui bientôt se termine par un fait décisif, comme l’auteur va nous le raconter.
— Extrait, depuis ces mots : « Nous devons dire au lecteur… » jusqu’à ceux-ci : « bannissement était supportable. » V. p. 189. — M. le chanoine Oakeley ajoute :
Je ne vous raconterai pas, mes chers auditeurs, les démarches, qui, au reste, ne sont ni nombreuses ni difficiles, par lesquelles Charles est amené jusque sur le seuil de l’Église Catholique. Maintenant, il n’a plus qu’une épreuve à surmonter ; mais aussi c’est la plus terrible, quoique ce ne soit pas la dernière.
— Extrait, depuis ces mots : « Charles descendit… » jusqu’à ceux-ci : « vers Collumpton. » V. p. 273. — M. le chanoine Oakeley continue :
Charles avait encore un bien rude temps à affronter avant de se trouver sain et sauf dans le port. Cependant, comme je ne me propose pas de vous donner une analyse de « Perte et Gain », ni même une critique de cet ouvrage ; mais comme mon unique but en vous le citant, c’est d’éclairer le sujet que je traite, je m’en vais au plus tôt débarrasser notre jeune étudiant de toutes ses misères.
— Citation du dernier chap. de la IIIe partie. M. le chanoine Oakeley termine sa conférence par ces réflexions :
Ces deux amis sont arrivés à l’Église catholique par des voies et à des heures différentes. Willis s’y est réuni dès le début de sa carrière. Sa démarche ne porte pas le cachet d’une délibération bien mûrie ; on la dirait le fruit de la volonté propre. Charles, qui est du même âge que le jeune converti, et qui se trouve dans les mêmes circonstances et dans les mêmes occasions, use de sa pleine liberté tout le temps de sa préparation. Il passe au crible de sa raison tout argument qu’il rencontre, et épuise toutes les alternatives. Puis il se jette dans le sein de l’Église, non-seulement sans un acte de choix, mais à peine avec un effort de volonté, tel qu’une grappe mûre qui tomberait d’elle-même dans les mains de celui qui la cueille. La première pensée de Charles, comme nous venons de le voir, c’est qu’il a tardé trop longtemps ; la crainte de Willis, après de sérieuses réflexions, c’est que, peut-être, il a agi avec trop de précipitation. Il est certain qu’on peut arriver à faire une bonne action par une fausse voie ; et des juges différents, tout en se réjouissant avec Charles et Willis de leurs conversions, jugeront d’une manière différente la marche respective par laquelle ces jeunes gens sont arrivés, chacun à sa façon, au Catholicisme. Certaines personnes disent parfois que la seule faute que commettent les convertis, c’est de ne pas se convertir plus tôt ; d’autres, au contraire, après avoir étudié des conversions particulières, les croient trop précipitées et évidemment trop peu mûries.
Les paroles que notre auteur met dans la bouche de Willis peuvent être prises, il me semble, comme exprimant sa pensée sur cette question : « Tout est bien, dit-il, excepté ce que le péché rend mauvais. » Une conversion à l’Église est l’acte le plus grand de la faveur divine sur la terre, à part le don de la persévérance ; et Dieu accorde cette grâce à qui il veut, de la manière qu’il lui plaît, au temps qui lui convient. Les uns, il les appelle à la première heure, d’autres à la onzième. Il peut arriver que celui qui s’est converti de bonne heure ait été téméraire, et que celui qui s’est converti tard ait temporisé avec la grâce ; et s’il en est ainsi, il y a un péché (plus ou moins grand) dans la conduite, quoique le résultat témoigne de la bénédiction divine. Mais dans aucun des deux cas, la faute n’a été assez considérable pour provoquer le retrait de cette grâce divine ; grâce, permettez-moi de vous le rappeler, qui apporte avec elle, parmi d’autres priviléges, celui d’obtenir le pardon de tout péché commis dans la voie même que Dieu avait marquée. Soyons donc toujours plus disposés, en jugeant les conversions individuelles, à applaudir au bienfait reçu qu’à critiquer les fautes que l’on peut avoir commises au moment où Dieu accordait ce bienfait.
Les mêmes considérations qui nous portent à juger charitablement des conversions individuelles nous font également apprécier avec indulgence le grand « Mouvement Religieux » lui-même. Pour tout catholique qui en ignore l’origine, qui ne sait pas le caractère et les intentions de ses chefs, ce Mouvement doit avoir présenté sans doute un spectacle inexplicable et peu satisfaisant. Il doit être très-difficile de comprendre pourquoi des hommes qui s’avançaient si loin n’allaient pas plus loin encore. Et de là il est arrivé que les mêmes personnes auxquelles les Protestants reprochaient d’être infidèles à leur Église, étaient accusées, au contraire, par les Catholiques de lui être trop servilement attachées. Cette anomalie, toutefois, était parfaitement intelligible pour ceux qui étaient plus rapprochés du théâtre de l’action. Ils comprenaient que le désir de rendre justice à l’Église Catholique s’accordait très-bien, jusqu’à un certain point, avec l’attachement le plus respectueux à la communion qui primâ facie avait droit à la soumission de ses membres comme étant celle qui les avait vus naître, qui les avait élevés et qui avait été pour eux, évidemment, le canal de bien des grâces. Les chefs et les disciples du Mouvement d’Oxford (ou du moins ceux à qui je fais directement allusion) désiraient seulement connaître la volonté de Dieu envers eux ; et ils tâchaient de la connaître par la seule voie légitime, celle du devoir. Le grand problème, dont ils acceptaient par anticipation les conséquences, fut résolu non par eux, mais pour eux ; et lorsque la voix de Dieu parla à leurs cœurs de manière à ne pas s’y méprendre, ils se levèrent et ils obéirent. Qu’ils lui aient obéi lorsqu’ils l’ont fait, c’est une preuve qu’ils étaient prêts à obéir dès le commencement. Les conversions, donc, viennent nous donner le véritable commentaire et l’interprétation du Mouvement. « C’est à leurs fruits que vous les connaîtrez. » Oui, ce n’a pu être que l’œuvre de Dieu qui a donné à son Église des centaines d’enfants fidèles et dévoués comme résultat direct de ce Mouvement, et des milliers comme son résultat indirect. Et cependant il est probable que nous ne cueillerons de nos jours que les premiers fruits de cette grande moisson. Je le répète, les conversions, si nombreuses et si multiformes, si indépendantes dans leur origine et si semblables dans leur résultat ; les conversions impliquant l’assujettissement de tant de puissantes intelligences, la soumission de tant de volontés opiniâtres, le sacrifice de tant de rapports aimés, l’immolation de tant d’attachements terrestres : voilà, mes amis, ce qui explique la crise religieuse d’où elles sont sorties ; comme, aussi, elles sont expliquées, à leur tour, par cette crise elle-même. L’importance du Mouvement nous est une garantie que nous pouvons compter sur ces conversions ; le nombre et la valeur des conversions nous sont des preuves manifestes de la profonde réalité du Mouvement.