LES DOCTRINES DE L’ÉVOLUTIONNISME ET DU TRANSFORMISME : LAMARCK (FRANÇAIS), DARWIN, SPENCER
Transformisme et évolutionnisme
La grande invention philosophique des Anglais au XIXe siècle a été cette idée, appuyée sur une grande connaissance de l’histoire naturelle, qu’il n’y a pas de création. Les espèces animales ont été considérées par tous les philosophes (excepté Épicure et les épicuriens), comme ayant été créées une fois pour toutes et pour rester invariables. Il n’en est rien. La matière éternellement féconde s’est transformée elle-même d’abord en végétaux, puis en animaux inférieurs, puis en animaux supérieurs, puis en homme ; notre ancêtre est le poisson ; en remontant encore, notre ancêtre est le végétal. Transformation (de là le nom de transformisme), discrimination et séparation des espèces ; les individus les plus forts de chaque genre survivant seuls et créant des descendants à leur image qui constituant une espèce ; évolution (de là le nom d’évolutionnisme) de la nature vivante, opérant ainsi, des types les plus grossiers jusqu’aux types les plus élevés et c’est-à-dire les plus compliqués ; il n’y a que cela dans le monde.
Lamarck, Darwin, Spencer
Le Français Lamarck au XVIIIe siècle avait eu déjà cette idée ; Darwin, purement naturaliste, la mit en pleine lumière, Spencer l’exposa à nouveau et en tira des conséquences de philosophie générale. C’est ainsi que pour Spencer, la théorie évolutionniste ne contient aucune immoralité. Tout au contraire la transformation progressive de l’espèce humaine est une ascension vers la moralité ; de l’égoïsme naît l’altruisme parce que l’espèce cherchant sa meilleure loi, sa meilleure condition de bonheur s’aperçoit qu’un plus grand bonheur est dans l’altruisme ; cherchant sa meilleure loi et sa meilleure condition de bonheur, s’aperçoit qu’un plus grand bonheur est dans l’ordre, la vie régulière, la vie civile, la vie sociale, etc. ; de sorte que l’humanité s’élève vers une moralité de plus en plus haute, par le seul fait de s’adapter mieux aux conditions de vie de l’humanité. La moralité se développe comme physiologiquement, comme le germe devient tige et le bouton devient fleur.
Quant à la religion, c’est le domaine de l’inconnaissable. Ce n’est pas à dire qu’elle ne soit rien. Elle est au contraire quelque chose de formidable et d’immense. Elle est le sentiment que quelque chose, au delà de tout ce que nous connaissons, nous dépasse et que nous ne le connaîtrons jamais. Or ce sentiment à la fois nous maintient dans une humilité très favorable à la santé de l’âme et dans une confiance sereine dans l’être de mystère qui préside à l’évolution universelle et qui, sans doute en est l’âme toute-puissante et éternelle.