Maï, la servante d’auberge,
Te ressemblait comme une sœur.
Elle avait tes yeux fins de vierge,
Ta beauté sobre, ta douceur.
Une senteur fraîche et subtile
De son cou jeune s’exhalait.
Et c’était ce parfum d’idylle
Qu’ont en Kerné les « fleurs de lait ».
Comme au soleil naissant se lève
Le brouillard qu’a tissé la nuit,
Ainsi la brume de mon rêve
A son regard s’évanouit.
Plus de chambre morne, oppressée
Par on ne sait quelle stupeur !
Plus d’ombre grise balancée
Au vent suggestif de la peur !
Non ! Des perspectives lointaines,
Un ciel voilé, mais transparent ;
Et dans la clarté des fontaines
Un pays grave se mirant ;
Une atmosphère impondérable
De paradis élyséen,
Et l’oraison d’un misérable
Mêlée à l’aboiement d’un chien…
Des vieilles aux rides sévères
Vont pieds nus accomplir un vœu…
Pays hérissé de calvaires,
Par une race ivre de Dieu !…
Dans les sonores étendues
Vibrent des cloches et des chants ;
Et des fermes inattendues
Se lèvent du milieu des champs ;
Des murs bas coiffés de vieux chaume,
Telle une ruche en un courtil.
Tout à l’entour, la terre embaume
L’odeur de miel, l’odeur d’avril.
C’est ici le printemps Celtique
Où l’âme des eaux et des bois
S’épanouit en fleur mystique
A l’arbre même de la Croix.
Ici, dans sa grâce première.
Entre les talus éblouis,
On voit cheminer la lumière
Comme l’ange blond du pays.
Ici, dans les demeures closes,
Habitent les songes heureux,
Et, sur la molle paix des choses,
Flotte encor l’âme de Brizeux.