Doucement, doucement bercées
Par le chant si câlin des flots,
Les épouses, les fiancées
Dorment au fond des grands lits clos.
Chacune d’elles, mère, femme,
Fille vierge en désir d’amour,
A bien prié sa Notre-Dame
D’Espérance et de Bon-Retour.
Et toutes elles font ce rêve
D’un pas lointain, d’un pas connu,
Qui par l’étroit sentier de grève
Jusqu’à leurs portes est venu.
Les clefs tournent dans les serrures.
— « Voici venir qui j’attendais !… »
Des hommes aux larges carrures
Entrent… Ce sont les Islandais !
A des visages noirs de hâle
Pendent des barbes de glaçons.
On entend la flamme qui râle
Sur le cadavre des tisons.
Les Bretonnes ensommeillées
Étreignent les gars à plein corps !
Dieu ! qu’ils ont les lèvres mouillées !
Sont-ils vivants ?… S’ils étaient morts !…