La Chanson des vieux lits

Lits bretons, frères des armoires,
Lits de Trégor, lits de Kerné,
Où, dans les encognures noires,
Pend un bouquet de buis fané,
C’est ici votre chanson vieille,
La berceuse qu’au long des nuits
M’a si souvent dite à l’oreille
L’âme des vieux bouquets de buis.
Elle disait : Je t’ai vu naître,
J’ai vu tes yeux d’enfant s’ouvrir ;
Je sais aussi quel fut l’ancêtre
Que tu sens en toi refleurir.
C’était un pêcheur, un barbare,
Un cœur de cire, un corps de fer.
Le vent s’asseyait à la barre ;
L’homme causait avec la mer.
Et de la mer, de la mer douce,
Son pauvre cœur s’éprit si fort
Qu’un soir de pêche on vit le mousse
Sans le patron rentrer au port…
C’est ici votre chanson vieille,
Lits de Trégor, lits de Kerné,
La berceuse, qu’à mon oreille,
Chante l’âme du buis fané.