Pour mettre sa coiffe, un dimanche
Sa coiffe de dentelle blanche,
La fille à son miroir se penche.
— Comme vous voilà belle ainsi !
— D’être belle je n’ai souci ;
D’être plaisante et d’être accorte,
A quoi me sert et que m’importe ?
Nul galant ne frappe à ma porte !
— Taisez-vous et ne pleurez point ;
Les amoureux viendront à point.
— S’ils laissent cette année entière
Passer, comme sa devancière,
Lors, menez-les au cimetière.
— Vous n’avez pas encor vingt ans ;
La rose fleurit au printemps !
— Quand vous verrez fleurir la rose,
Mettez-la sur ma tombe close.
Dites : c’est là qu’Elle repose.
Sur ma tombe mettez des fleurs.
Et, dans le bénitier, des pleurs.
Mettez-y fleur rouge et fleur noire,
La fleur de deuil et de mémoire
Douce aux âmes du Purgatoire ;
Puis, vous planterez sur les bords
La fleur d’oubli, la fleur des morts.