XVII
Audace de l’Arrighone. — Résolution de Virginie.

La correspondance que l’Osio avait engagée avec la princesse suivait son cours, toujours active, animée, ardente ; et la princesse sans aucun doute était compromise.

Un jour elle fut très-étonnée de recevoir une épître signée du confesseur Arrighone, épître insolente et amoureuse, dans laquelle il déclarait que seul il avait écrit toutes les lettres signées par Osio ; qu’il avait parlé pour son compte, bien que sous une autre signature ; qu’enfin il prétendait être récompensé de ses peines, recueillir les bénéfices de son éloquence et devenir, un jour au moins, l’amant de la princesse.

La réponse de Virginie existe en manuscrit ; en voici un fragment :

« Ah ! misérable (lui écrit-elle dans le plus tragique langage et le plus sonore italien du monde), c’est ainsi que vous vous oubliez et que vous oubliez Dieu !… Ah ! vous croyez me tenir sous votre main ? Mais vous n’y pensez pas, drôle ! (briccone !) c’est moi qui vous tiens sous la mienne ; et si vous faites un pas de plus, je vous enverrai aux chiourmes, votre lettre dans la main. Là vous apprendrez qui vous êtes ! »

Par une résolution que les femmes comprendront aisément elle se replia bien vite vers l’Osio, marcha sur les scrupules, et se donna toute à lui.

La servilité du couvent l’y encourageait. La vieille prieure se faisait sourde, aveugle, et ne voulait rien voir : ni les échelles de l’Osio, ni la petite sonnette qui suspendue à la porte répondait à un cordon de la chambre habitée par Virginie, cordon qu’elle agitait pour que l’Osio pût sortir du cloître ; ni l’Osio lui-même, déguisé en religieuse bénédictine, — costume qui allait bien à la blancheur féminine de son visage et à ses cheveux blonds ; — ainsi déguisé, il entrait au monastère, appuyé sur deux religieuses qui le protégeaient.

Quant à l’Arrighone, il laissa la place libre au gentilhomme ; gaiement, avec son gros rire cynique, donnant sa parole d’être à l’avenir plus sage, — parole qu’il a tenue ; — il se retrancha sur ce qui était possible ; resta en bons termes avec son vieil ami l’Osio ; — enfin se contenta de démontrer à sœur Candida, enfant candide comme son nom, la théorie des cas réservés. Il les développait, les commentait et les appliquait avec une subtilité trop savante pour que je me permette d’en essayer l’analyse.