III
Enseignements de l’histoire. — La belle Italie. — Champs de carnage. — La décadence morale. — La Force reine.

Ainsi meurent les peuples qui n’estiment que la force ou la ruse. Dès que la résistance virile manque à individu, vous n’avez rien à espérer d’une nation, quelque généreuse, courageuse et intelligente que vous la supposiez, quelle que puisse être la perfection morale des doctrines qu’on lui impose ou qu’elle accepte.

Du jour où l’Italie a subi le joug des conquérants étrangers, elle a été perdue. Elle a plus adoré le pouvoir que la justice ; elle a créé des milliers d’âmes essentiellement dépravées, aussi fatalement perdues que celles de l’Osio et de Virginie, n’ayant de goût que pour la ruse et la force, comme les Grecs du Bas-Empire, les Chinois actuels et les Orientaux dégénérés. Les crimes du couvent de Monza ne procèdent pas d’une autre source. Là il n’y a de morale que l’égoïsme et de droit que la victoire. On permet tout à la princesse espagnole ; le couvent lui appartient plus qu’à la prieure. Tout plie devant la suzeraine ; elle a sa cour, ses esclaves, ses religieuses affidées, ses séides.

L’Arrighone est puissant à sa manière ; un homme subtil, rusé, captieux, dangereux, cauteleux ; par conséquent respectable. L’Osio est un petit prince asiatique ; il peut tuer autour de lui tous ceux qui le gênent. Il est riche et gentilhomme ; il s’est fait sa bande, son groupe, son bataillon de dévoués. Il vit dans sa citadelle, c’est-à-dire dans sa maison, avec un valet qui assassine, un autre qui enterre, et un autre qui porte les messages d’amour.

Monde social qui peut être fort civilisé, très-élégant, et qui n’en est pas moins exécrable.

L’individu disparaît. L’âme humaine réduite en poussière ignoble n’est plus que l’élément sans valeur de je ne sais quelle pâte politique jetée dans le moule de l’État. — Ce phénomène méritait d’être observé et analysé ; c’est ce que je me suis proposé dans ce livre.

FIN.