III
L’Italie au commencement du dix-septième siècle.

Étrange époque, le commencement du dix-septième siècle, surtout au Midi, particulièrement en Italie ! Le Nord ne faisait alors qu’imiter faiblement ces saturnales italiennes, aussi bouffonnes que lugubres.

Les peuples du Midi, possédant depuis longtemps une civilisation élégante, raffinée et vicieuse, poussaient à bout ce raffinement, allaient du même pas au grotesque et au crime, se drapaient dans l’emphase et commettaient mille atrocités puériles.

Chez nous Callot, Cyrano de Bergerac, Saint-Amant copiaient avec plus ou moins d’esprit et de talent ce dévergondage méridional. La corruption italienne était profonde et invétérée ; la nôtre, toute d’imitation et de mode, s’arrêtait à la surface. Le Maderno, le Bernin, le Borromini, le poëte Marini, sur lesquels nous nous modelions entre 1600 et 1640, nous révoltèrent bientôt ; la France se replia sur les anciens : elle en avait assez de l’orgie et revint à la raison. Notre inconstance naturelle nous sauvait encore une fois. La folie sérieuse des autres n’avait été pour nous qu’un intermède.

L’Italie eut plus de peine à se dégager de cette glu brillante de vice allié au mauvais goût, de fausse poésie alliée aux vices de l’âme ; — Sociale bruttura… eta di tronfi poeti e di morie, d’artisti barocchi e di streghe, di lanzichinecchi e d’avvelenatori ; — ainsi parle M. Dandolo de cette époque italienne.

Toute indépendance politique était morte dans la Péninsule ; si les étrangers se battaient comme à l’ordinaire dans la haute Italie qu’ils couvraient de sang, ce n’était pas pour sauver la victime, c’était pour se disputer la proie.

Les Espagnols dominaient sans contrôle à Milan et à Naples ; une seule ruine de grandeur libre se laissait entrevoir dans la pénombre : c’était Venise.