IV
Procès de la signora de Monza. — Pièces de ce procès. — Comment le roman est moins romanesque et moins touchant que la vérité.

Poursuivons donc l’étude de la conquête espagnole et de son influence sur la situation morale de l’Italie.

Ce sont toujours les femmes qui caractérisent les mœurs. Ici le témoin et le symbole du temps est une religieuse, espagnole de race, italienne par l’éducation ; la Signora di Monza, — de son vivant et en religion Suor Virginia Maria, — petite-fille d’Antoine de Lève, ou de Leyva, dont parle Brantôme.

Il y a peu d’années encore une colonne érigée par la justice en mémoire des catastrophes dont la Sœur Virginie fut cause subsistait dans le bourg ou la cité de Monza ; les religieuses de Sainte-Marguerite ont obtenu la suppression de cette colonne infâme qui perpétuait la mémoire coupable de Sœur Virginie.

Ripamonti, dans son Histoire du Milanais (Storia Patria), parle d’elle en beau latin ; Manzoni l’a placée épisodiquement dans ses Promessi Sposi ; elle est le personnage principal du roman de Rosini, la Signora di Monza.

Mais l’élégant récit de Ripamonti n’est pas plus exact que la fiction des deux romanciers. La vérité a eu l’impertinence d’être, selon son habitude, plus touchante que la rhétorique, plus romanesque que le roman.

Quittons donc le roman, et abordons l’histoire ressuscitée par M. Dandolo.

Je prends de ses mains le petit flambeau allumé par lui ; à sa clarté nous étudierons une certaine façon de gouverner les hommes, de les endoctriner et de les élever. Les couloirs d’un vieux monastère de Lombardie ; les cellules des nonnes en 1605 ; le jardin antique ; le bourg d’à côté et le fleuve Lambro, témoin de scènes étranges, s’ouvriront pour nous.

Surtout je veux vous montrer Virginie de Leyva.