L’homme sérieux ne se mêle d’une manière active aux affaires de son temps que s’il y est appelé par sa naissance ou par le vœu spontané de ses concitoyens. Il faut une grande présomption ou beaucoup de légèreté de conscience pour prendre, de gaieté de cœur, la responsabilité des choses humaines quand on n’y est pas obligé. Mais la réflexion spéculative n’implique pas la même témérité. Chacun, dans sa mesure, a pour devoir de songer au bien public et d’y pousser de toute sa force. Celui qui s’occupe des sciences historiques est particulièrement tenu à ce genre d’application. Car, bien que la connaissance du présent soit moins instructive que celle du passé, le présent est aussi une des faces de la réalité ; il mérite d’être étudié. Laisser un pareil soin à ceux qu’on appelle « les hommes politiques » serait chose fâcheuse. L’homme politique est d’ordinaire un homme de parti et de passion. Il est très mal placé pour juger les ensembles, comparer les temps et les pays divers, saisir les mouvements à longue portée et prévoir l’avenir.
(Questions contemporaines, 1868.)