III
LES ILLUSIONS SUR LA POSSIBILITÉ D’UN DÉSARMEMENT

A tous les âges de l’histoire, et aujourd’hui plus que jamais, le respect qu’inspire un peuple dépend surtout de son prestige militaire.


Les grandes nations modernes sont oppressées par ce dilemme : renoncer à leurs armements pour éviter une ruine financière, ou les accroître pour empêcher des invasions plus coûteuses encore.


Un peuple ne se protège contre les attaques de ses rivaux qu’en restant fort. Si les idées pacifistes propagées avant la guerre par les socialistes n’avaient pas considérablement affaibli notre préparation militaire, il est infiniment probable que l’Allemagne n’aurait jamais songé à nous attaquer.


Guillaume II, dans ses Mémoires, écrit un véritable traité de la guerre et de la paix en deux lignes quand il dit qu’un peuple doit être assez armé sur terre et sur mer pour créer chez son adversaire la peur du risque. On ne se permet guère, en effet, d’attaquer les forts, alors que les faibles restent toujours menacés.


Les guerres ne pourront disparaître qu’avec la suppression des causes qui les font naître : haine entre les races, besoin d’hégémonie des peuples forts, rivalités économiques, etc. La science devra donc d’abord découvrir un moyen de transformer complètement la nature de l’homme.


Depuis les origines de l’histoire, les relations entre peuples faibles et peuples forts furent exactement celles du gibier avec le chasseur.


L’idée finit quelquefois par dominer le canon, mais privée de la protection du canon elle reste sans force.


Les philosophes soutenant que la philanthropie occasionnera encore plus de ravages que les épidémies et les canons auraient peut-être raison, si les harangues des philanthropes avaient jamais exercé une influence quelconque sur la conduite des peuples. Mais elles ne servent guère qu’à orner des discours.


Aimez-vous les uns les autres, conseillent inutilement les religions ; supportez-vous, exigent simplement les codes. Aidez-vous deviendra la maxime de l’avenir quand les peuples auront découvert l’interdépendance qui les lie.


Dans l’état de déséquilibre du monde actuel, le terme désarmement est synonyme de servitude.