Les peuples vivent surtout d’espérances. Leurs révolutions ont pour but de substituer des espérances nouvelles à d’anciennes espérances devenues sans force.
Un pays est voué aux révolutions dès que les partis ayant intérêt à défendre l’ordre établi deviennent moins énergiques que ceux qui aspirent à le détruire.
Le principal résultat des révolutions qui bouleversent l’histoire est de changer les chefs incarnant le principe d’autorité. Les multitudes profitent rarement de cette substitution.
Lorsque les nécessités économiques sont contraires aux impulsions affectives et mystiques qui mènent les hommes, une révolution devient inévitable.
L’envie et son inséparable compagne, la haine, forment les grands ressorts des révolutions sociales. La Révolution Française eut pour cause initiale les différences extérieures et les privilèges qui séparaient la bourgeoisie de la noblesse. La révolution sociale dont nous sommes menacés comptera parmi ses origines les distinctions existant, non dans les codes, mais dans les mœurs, entre les diverses classes.
Quand la haine remplace chez l’inférieur le respect du supérieur, une révolution est proche.
Le bolchevisme représente un état mental qui a plusieurs fois sévi dans l’histoire. Ses éléments psychologiques furent toujours les mêmes : indiscipline, haine jalouse des supériorités, désir intense de s’emparer par la violence des biens qu’on se sent incapable d’acquérir par le travail ou l’intelligence.
Les civilisations modernes traînent derrière elles une foule croissante d’inadaptés rêvant de les détruire afin de leur substituer des formes de vie sociale moins compliquées, telles que le communisme.
L’armée des inadaptés devient aussi menaçante aujourd’hui que les futures invasions germaniques.
Un des grands problèmes modernes consiste à savoir si des bolchevistes sans culture — ou, ce qui est plus dangereux encore, munis d’une demi-culture, — réussiront à ramener nos grandes civilisations à des types inférieurs voisins de la barbarie.
La mentalité d’un peuple déterminant rigoureusement ses institutions et ses lois, certaines nations l’Irlande en Europe, les républiques latines dans l’Amérique, semblent condamnées par leur âme même à ne jamais sortir des révolutions et de l’anarchie.
La Révolution Française, faite par la bourgeoisie contre la noblesse, réussit parce que les capacités de cette bourgeoisie étaient devenues supérieures à celles de la noblesse. De nos jours, une révolution prolétarienne pourrait momentanément triompher, grâce à la puissance du nombre, mais elle ne saurait durer parce que l’évolution industrielle exige des compétences directrices que l’ouvrier ne possède pas.
Un parti révolutionnaire doué de prestige rallie facilement des mécontents de tous les autres partis. Les bolchevistes recrutent des adeptes en Perse et en Turquie, bien que l’islamisme et le communisme n’aient aucun caractère commun.