L’idée que des collectivités puissent découvrir la solution de problèmes ayant échappé à des individualités compétentes serait reconnue erronée depuis longtemps si les déterminations collectives ne représentaient, le plus souvent, la décision d’une personnalité assez forte pour s’imposer. La résolution supposée collective n’est alors, en réalité, qu’une décision personnelle.
Il y a peu de rapports entre les principes formulés par les hommes d’État dans les congrès et ceux qui guident leur conduite. Pendant les conférences de la paix, l’âme des diplomates anglais fut dominée par trois principes inavoués : 1o accroître les possessions britanniques, 2o empêcher la France de devenir trop forte, 3o laisser l’Allemagne assez puissante pour faire équilibre à la France.
Il faudrait supposer beaucoup de candeur aux dirigeants britanniques pour admettre qu’ils aient cru remédier à la situation économique de l’Europe en réunissant des conférences. Le but poursuivi était donc tout autre que le but proclamé.
La plupart des congrès de l’histoire ont fait surgir des causes de guerre et n’en ont empêché aucune.
La seule utilité possible d’un congrès aux yeux des hommes politiques assez influents pour imposer leur volonté, est de renforcer par l’autorité du nombre les décisions personnelles qu’ils veulent faire accepter.
Si la rédaction du traité de paix eût été soumise à l’opinion publique, et non discutée en secret, toute la subtilité de certains diplomates n’aurait jamais fait admettre que le chiffre des réparations dues à la France serait fixé par une commission composée en majorité des représentants de pays n’ayant aucun intérêt à ces réparations.
Les conséquences du traité de paix qui termina la grande guerre, montrent combien fut complète la cécité mentale de ses auteurs, expulsant la Turquie de l’Europe et découpant l’Autriche en petits États sans ressources économiques pouvant les soustraire à la misère et à l’anarchie. Il devient évident aujourd’hui que, dans l’intérêt de l’Europe, l’unité de l’Autriche devait être soigneusement conservée et l’Allemagne ramenée à des États séparés comme elle l’était avant de tomber sous la domination prussienne.
La rédaction du traité de Versailles ne fut pas gênée seulement par la contradiction des intérêts en présence, mais aussi par le désir de céder à certaines exigences en raison de la reconnaissance due à l’Angleterre et à l’Amérique. Venus, croyait-on, au secours de la France, pour sauvegarder le droit et la justice, ces États reconnaissent aujourd’hui être entrés dans la lutte uniquement pour défendre leurs intérêts menacés.
Les conférences atteignent fréquemment un but contraire à celui qu’elles se proposaient. La conférence de Gênes ne fit que consolider la situation des soviets et favoriser le rapprochement, si opposé aux intérêts français, de la Russie et de l’Allemagne.
Lorsque des diplomates se réunissent pour résoudre une question sur laquelle ils sont certains de ne pas s’entendre, la discussion se porte immédiatement sur des détails accessoires afin d’éviter le sujet principal. C’est ainsi qu’à Washington la question du libre établissement des Japonais aux États-Unis, qui obsédait tous les esprits, ne fut même pas effleurée.