Le palais de la Société des nations à Gênes est aux yeux des psychologues un palais d’illusions, mais ces illusions se trouvent enveloppées d’espérances assez fortes pour en voiler la médiocrité. Les peuples s’imaginent que cet aréopage de sages vieillards découvrira le moyen de soustraire le monde à l’enfer de ruines et de désolation auquel aboutissent les guerres modernes.
Les juristes vertueux mais bornés qui, aux conférences de la Haye, prétendaient proscrire l’usage de certaines armes, ne soupçonnaient pas la supériorité militaire qu’ils auraient ainsi attribuée aux pays dédaignant leurs prescriptions sur ceux qui les auraient respectées.
Les rêveries humanitaires, et notamment le principe des nationalités, ont contribué à plonger l’Europe dans un état d’anarchie dont nul ne peut prévoir le terme.
La Société des nations restera une absurdité psychologique jusqu’au jour où elle possédera une force morale ou matérielle suffisante pour la transformer en un super-État dont les décisions seraient aussi universellement respectées que celles des Papes au moyen âge.
Tous les projets d’arbitrage international par une Société des nations semblent devoir rester bien illusoires lorsqu’il s’agira de concilier des intérêts nettement inconciliables. Était-il un arbitrage possible entre Rome et Carthage à l’époque des guerres puniques ou entre l’Angleterre et la France quand elles se disputaient la domination de l’Inde ? Nul arbitrage n’est possible entre le Japon cherchant à déverser sur les États-Unis l’excédent de sa population et la grande République qui refuse l’invasion de la race jaune. De tels intérêts étant aussi différents que ceux du mouton et du boucher, du gibier et du chasseur, la guerre constitue le seul arbitre dont les décisions soient respectées.
La lutte récente des Turcs contre les Grecs montre une fois de plus que certaines questions ne peuvent être résolues que par le canon.