II
LE SOCIALISME

Le socialisme, terme incertain, recouvre, suivant les races, des concepts très différents. Il en résulte que, dans leurs congrès, les socialistes de divers pays ne s’entendent guère.


Le socialisme aux États-Unis diffère totalement du socialisme européen. L’idéal du travailleur américain est de devenir patron, alors que l’ouvrier latin rêve surtout la suppression du patron.


L’hypertrophie de certains sentiments est fort dangereuse pour un peuple. Celle de l’envie, fondement principal du socialisme, a déjà occasionné autant de ravages en Europe que les plus redoutables fléaux.


Si la jalousie, l’envie et la haine pouvaient être éliminées de l’univers, le socialisme disparaîtrait le même jour.


La haine des inégalités, base du socialisme, entraîne comme conséquence nécessaire la destruction des élites qui font la grandeur d’un pays. Le bolchevisme russe comprit parfaitement cette nécessité quand il procéda au massacre systématique des intellectuels. Le socialisme révolutionnaire qui triompha un instant en Allemagne et en Hongrie, répéta les mêmes destructions.


Le socialisme niveleur, très accessible à l’âme simpliste des foules, oriente facilement les forces aveugles et dévastatrices du nombre.


La haine intense des socialistes pour le capitalisme ne traduit souvent qu’une forme aiguë du désir de richesse. Les pays comme les États-Unis, où l’accès à la fortune est relativement facile, comptent peu de socialistes.


Les lois dites sociales ont un pouvoir destructeur parfois supérieur à celui des canons. C’est ainsi que l’application de la loi de huit heures à notre marine commerciale l’aurait rapidement ruinée au profit de concurrents trop intelligents pour accepter un tel décret. Il fallut l’abroger.


Supprimer, comme le voudraient les socialistes, la concurrence entre peuples et entre individus serait anéantir un grand facteur psychologique du progrès. Sans l’émulation, la plupart des découvertes dont bénéficie l’humanité n’eussent jamais vu le jour.


La population ouvrière des États-Unis montre expérimentalement que les classes déclarées ennemies par les socialistes ont beaucoup plus d’intérêt à s’associer qu’à se combattre. Si cette vérité pouvait s’établir en France, notre vie économique et sociale serait transformée.


L’initiative, le jugement, l’émulation, le goût du risque, qualités génératrices des grandes découvertes qui ont transformé le monde, sont des aptitudes exclusivement individuelles qu’aucune collectivité ne posséda jamais. Un pays où les socialistes réussiraient à ruiner l’effort individuel ne réaliserait plus un seul progrès.


Puisque des expériences répétées pendant de longs siècles d’histoire n’ont pas suffi à prouver que les progrès des peuples s’effectuent seulement par leurs élites, il était utile que la ruine de la Russie vînt le démontrer une fois encore.