V
L’ÉGALITÉ ET LE BESOIN DE SERVITUDE

La liberté n’est, le plus souvent, pour l’homme que la faculté de choisir sa servitude.


Le premier ministre de l’Empire britannique assurait que « le monde entier était las de toutes les souverainetés ». En réalité, les peuples n’ont jamais autant demandé qu’aujourd’hui à être gouvernés. Les révolutionnaires eux-mêmes ne cessent de réclamer des dictateurs.


Le problème socialiste se ramène à savoir si l’égalité dans la misère, sans moyen d’en sortir, est préférable à des inégalités qui, permettant toutes les ambitions, constituent pour l’homme un stimulant énergique d’efforts et de progrès.


Quelles que puissent être les combinaisons rêvées, une dictature du prolétariat se ramènera toujours à la tyrannie absolue de quelques meneurs. Le résultat final d’un tel régime serait, comme en Russie, l’aggravation notable de l’ancien despotisme.


Si les bossus arrivaient à former la majorité d’une société, ils feraient probablement exterminer tous les individus se permettant de n’être pas contrefaits. C’est pour une raison du même ordre que les communistes russes supprimèrent tant d’intellectuels.