Bien des révolutions seront, sans doute, encore nécessaires pour prouver que les changements d’institutions politiques ont une influence très faible sur la vie des nations. C’est la mentalité des peuples et non les institutions qui détermine leur histoire.
L’état actuel d’un être quelconque étant déterminé par la succession de ses états antérieurs, les transformations réalisables par chaque génération sont toujours minimes. L’état social d’un peuple se trouvant également conditionné par ses états antérieurs, les changements absolus que rêvent les partis politiques ne sont jamais réalisables.
La trame de la vie mentale d’un peuple est composée d’idées, d’habitudes, de croyances, de préjugés même, souvent dépourvus de valeur rationnelle, mais indispensables cependant à l’existence de ce peuple.
Pour changer les institutions d’un peuple, il faudrait d’abord transformer les sentiments et les rêves qui forment l’armature de son âme. L’impossibilité de telles modifications explique pourquoi les théoriciens du radicalisme n’ont jamais réussi à imposer nos institutions aux indigènes des colonies.
La dictature du prolétariat réclamée par les dirigeants des partis socialistes et syndicalistes signifie uniquement la possession, pour ces dirigeants, de tous les profits que l’exercice du pouvoir entraîne.
Dans les sciences, l’autorité des faits a depuis longtemps remplacé l’autorité des personnes. En politique, l’autorité personnelle reste toujours nécessaire.
L’unité d’un peuple peut être artificiellement créée par la force d’un chef, mais elle dépend alors de l’action de ce chef et ne lui survit pas. La seule unité durable est celle que réalise dans les âmes la communauté d’institutions, d’intérêts et de croyances.
Un parti politique prétendant dominer tous les autres finit par engendrer des réactions qui déterminent sa fin. Les croissants privilèges de la noblesse et du clergé amenèrent la révolution française. Les prétentions de l’Allemagne à l’hégémonie déclanchèrent la guerre où elle devait sombrer.
Au point de vue des institutions politiques possibles, les peuples peuvent être divisés en stables, instables et amorphes.
La Russie étant une masse amorphe de peuples primitifs sans intérêts communs, sans traditions et sans culture que recouvre une mince pellicule de civilisation, l’autocratie peut seule y établir l’unité.
Chez les peuples inférieurs, un pouvoir politique ne subsiste qu’en devenant absolutiste ou théocratique.
Les populations asiatiques ne supportant que des institutions autocratiques, le communisme russe fut bientôt obligé d’adopter un régime pratiquement identique à celui des anciens tsars.
En politique, l’action engendrant comme en mécanique une réaction égale et contraire, toute tyrannie grandissante crée rapidement une réaction destructrice de cette tyrannie.