III
LES FORMES DIVERSES DE CROYANCES

Les adeptes des grandes religions monothéistes ne sauraient être tolérants. Détenteurs de la vérité pure, ils considèrent comme un devoir de massacrer les infidèles pour extirper l’erreur. Si le protestantisme est devenu tolérant, c’est que sa division en sectes nombreuses l’a rapproché du polythéisme.


Les religions polythéistes furent toujours tolérantes. Les croisades, les guerres de religion, l’inquisition auraient été impossibles chez les peuples polythéistes. Si Rome, dont la tolérance religieuse était complète, finit par persécuter les Chrétiens, c’est qu’ils cherchaient à ébranler son pouvoir politique.


Si le fait d’être monothéiste constituait une supériorité pour une religion, il faudrait mettre l’islamisme au premier rang. Il représente, en effet, la seule religion vraiment monothéiste. Le Jéhovah des Juifs avait des rivaux qu’il ne domina jamais complètement. Le Dieu des Chrétiens comprend trois personnes et une armée de saints, divinités secondaires comparables à celles du paganisme.


Les fondateurs de religions ont sagement agi en dotant leurs dieux de toutes les passions animant les hommes. Si ces dieux sont jaloux, irritables et vindicatifs, c’est que, représentés autrement, ils n’eussent séduit personne.


Tanit, à Carthage, ordonnait des immolations d’enfants. Les dieux d’Homère exigeaient qu’Agamemnon leur sacrifiât sa fille. Les idées modernes héritières des anciens dieux réclament encore plus d’hécatombes. A l’époque de la Révolution les divinités nouvelles désignées sous les noms de Liberté et d’Égalité ensanglantèrent vingt ans l’Europe. On ne compte plus les massacres engendrés par l’idée communiste.


Dans le domaine de la foi religieuse l’absurde est inconnu. On ne citerait pas au cours de l’histoire une seule croyance, si monstrueuse qu’elle pût être, n’ayant pas trouvé de défenseurs.


L’ardeur des disciples de la religion communiste tient à ce que les croyances religieuses nouvelles inspirent toujours à leurs adeptes un désir intense de détruire les vestiges de l’ancienne foi. Les nouveaux convertis n’hésitent pas, comme jadis Polyeucte, à sacrifier leur vie pour détruire les faux dieux.


A chaque période de leur histoire les hommes adoptent des religions et des philosophies à leur mesure. Bien que n’ayant généralement aucun rapport avec la réalité, elles sont fort utiles pour créer les explications dont l’esprit humain ne saurait se passer.


« S’il y a un Dieu, écrivait Pascal, il est infiniment incompréhensible… Nous sommes donc incapables de connaître, ni ce qu’il est, ni s’il est. » La science n’est pas plus avancée aujourd’hui. Elle admet cependant de plus en plus que si les Dieux existent, ils n’interviennent jamais dans la vie des êtres.


Croire qu’on doit croire, c’est déjà croire.