Croyances religieuses et croyances politiques ont des fondements psychologiques identiques. Elles naissent et se propagent de la même façon.
La propagation de certaines croyances politiques, telles que le communisme, est incompréhensible quand on ignore le mystique besoin de croyance qui domine la vie des peuples.
Les vérités scientifiques sont des vérités universelles. Les croyances politiques, tenues pour des vérités, représentent habituellement des convictions transitoires, issues de passions et de sentiments que la raison ne gouverne pas.
Alors même que les religions semblent ne plus agir sur les âmes, leur puissance se maintient dans l’inconscient et reste mobile d’action. La haine contre la Turquie, si énergiquement manifestée par les Anglais et les Américains, représente une survivance ancestrale de la lutte séculaire entre la Croix et le Croissant.
Une croyance politique n’est, souvent, qu’un acte de foi dépourvu de support rationnel. Elle a pour origine le mécontentement chez les illettrés, l’envie et l’ambition chez les hommes instruits.
Si destructive que soit une croyance politique, elle trouve toujours pour la défendre des intellectuels dont les ambitions dépassaient les capacités.
Certaines croyances politiques attirent une foule de rhéteurs totalement indifférents à ces croyances, mais espérant les utiliser au profit de leurs convoitises. Catilina vivant aujourd’hui se déclarerait syndicaliste ou bolchéviste.
Une croyance rationnellement fausse, mais capable de solidariser les hommes, est politiquement supérieure à une doctrine rationnellement exacte, mais impuissante à créer l’unité de pensée sans laquelle les peuples ne peuvent prospérer. C’est à la lumière de ce principe que l’histoire des croyances politiques et religieuses doit se juger.
On se représente difficilement l’existence d’un peuple gouverné par des réalités au lieu de l’être par des illusions religieuses, politiques ou sociales. L’histoire n’en cite pas d’exemple.
Dans les cycles de l’affectif et du mystique, où s’élaborent les croyances politiques et sociales, l’intelligence pénétrant fort peu, les convictions des illettrés et des savants n’ont pas une valeur bien différente.
L’exemple du dictateur bolcheviste envoyant du Kremlin ses ordres aux révolutionnaires respectueusement réunis en congrès à Tours pour les recueillir, contribue à montrer combien le besoin de soumission à des dogmes reste intense même chez des révoltés s’imaginant libérés de toute croyance.
Dès qu’elles atteignent un certain degré, les croyances mystiques, religieuses ou politiques, deviennent fatalement destructives.
En art comme en politique, le prestige est un grand régulateur des valeurs. Lorsque le Louvre achetait 700.000 francs un tableau qui lui avait été offert pour 20.000 quelques années auparavant, il payait simplement le prestige acquis par le nom de l’auteur. La valeur numérique de ce prestige était exactement représentée par la différence entre les deux sommes. Le prestige des formules politiques subit souvent des variations du même ordre.
Les progrès du bolchevisme contribuent à prouver qu’une doctrine chargée d’espérances s’impose plus facilement que les vérités rationnelles les mieux démontrées.
Républicains et socialistes constituent, malgré leur collaboration éphémère, deux partis politiques opposés. Les premiers représentent la démocratie, les seconds la dictature.
Une des forces du convaincu est de ne pas discuter la valeur rationnelle de sa croyance.
En politique et en religion, le rêve des convaincus fut toujours de pouvoir massacrer sans pitié les hommes qui ne pensent pas comme eux.
Une excellente définition du radicalisme est celle qu’en donna jadis le président Wilson. « Ce terme signifie, disait-il : simplisme, violence et envie. »
Le radicalisme durera longtemps sans doute, parce que la nature humaine suppose volontiers que des mesures simples et violentes peuvent remédier instantanément à des maux résultant, en réalité, d’un ensemble de causes lointaines et profondes.
Lorsque les raisons psychologiques des événements et leur complication seront mieux comprises, bien peu d’hommes instruits consentiront à se dire radicaux.
En politique, une vérité indiscutée n’est souvent qu’une erreur suffisamment répétée.