CHAPITRE IV
LA TOILETTE

Il ne s’est jamais rencontré de femme indifférente à la toilette. De la plus riche à la plus pauvre, de la plus belle à la plus disgraciée, de la plus jeune à la plus vieille, toutes, mais toutes, madame, entendez-vous, toutes, sans l’ombre d’une exception, tournent leurs pensées ravies vers cet idéal sans pareil : la toilette.

La toilette ! Le mot seul renferme tout un monde. La toilette, ce n’est pas les vêtements, ce n’est pas le luxe des étoffes, le prix des bijoux, l’éclat des parures ; ce n’est pas la multiplicité ni le changement continuel des atours ; c’est quelque chose de plus haut et de plus abstrait, de plus général et de plus accessible qu’on pourrait préciser en définissant la toilette : l’art d’accorder chaque objet avec l’effet qu’il doit produire et de lui faire produire son maximum d’effet.

Vous voyez qu’il n’est pas question de fortunes fabuleuses, de couturiers exorbitants. L’argent ne fait rien à la chose ou plutôt ne sert qu’à son côté matériel. Mais ce goût exquis, ce tact délié qui, dans la cervelle de toute femme, préside à la toilette, se rencontre, à des degrés divers, aussi bien chez le trottin que chez la femme du banquier. Cela vous vient avec la vie et vous coule dans le sang jusqu’à votre dernier jour, inconsciemment peut-être, mais avec quelle persistance et quelle force !

Les temps, les lieux, les circonstances, rien n’y fait. Il en va ainsi depuis que le monde est monde et je ne suis pas sûr que la toilette ne trouvera point le moyen de lui survivre.

Tenez, pour appuyer mon dire, je vous veux mettre sous les yeux l’exemple de notre mère commune, Ève, la première qui s’aperçut des inconvénients de la nudité, la première qui eut ou à qui l’on imposa l’idée de couvrir son corps, l’inventeur de la toilette par conséquent.

Certes, son premier accoutrement ne faisait guère prévoir les merveilles de la rue de la Paix, mais encore un coup, c’est la permanence d’un état d’esprit que je veux démontrer, non la nécessité d’être millionnaire pour aimer à s’habiller.

Donc, voici Ève confuse, fort décontenancée d’être nue et dans l’obligation de se vêtir à bref délai.

Vous imaginez sans doute que, pressée par le temps et les menaces de l’Éternel, notre aïeule va s’emparer d’un bananier pour s’y tailler un jupon, se couper un corsage ample et discret dans une feuille de rhubarbe ou tout au moins s’improviser un peignoir en réunissant des feuilles de nénuphar et de catalpa qui sont larges, rondes et faciles à travailler.

Que c’est mal connaître la femme !

Elle se dit, dans le temps d’un éclair, que tout cela sera massif, raide, disgracieux, que, sous prétexte de cacher des nudités, tout risque de disparaître, que si le rôle des vêtements est en effet de dissimuler, celui de la « toilette » est sinon de laisser voir, au moins de fournir des indications qui permettent de deviner. Aussi, sans hésiter, elle se tresse une ceinture en feuilles de figuier ! Or, vous connaissez ce genre de feuilles, formées de grandes dents, profondément évidées, dans les intervalles desquelles nombre d’aperçus étaient encore possibles.

Adam ne s’en plaignit pas, car, une fois la pudeur imaginée, le contraire commençait à prendre du prix et la ceinture en figuier constituait bien une toilette au sens coquet du mot, puisqu’elle faisait valoir précisément ce qu’elle avait la prétention de masquer.

D’ailleurs, Adam, assez détaché jusque-là des attraits de sa femme, y trouva tout à coup des charmes inconnus et j’y vois la preuve que la toilette sert à quelque chose puisqu’en fin de compte, c’est peut-être à cette ceinture de figuier que nous devons indirectement le jour. Et notez que la poitrine n’était pas encore cataloguée parmi les objets honteux, indignes de la lumière : nous serions sans doute, aujourd’hui, trois fois plus nombreux dans le monde si Ève eût eu l’occasion d’affoler Adam par un décolleté canaille en feuilles de mimosa.

Passons. Il n’est plus discuté que toute femme aime la toilette et nul ne conteste que ce soit à bon droit.

Il est temps, malgré tout, de faire intervenir une mince restriction en déclarant que si ce goût est en effet universel, il n’est point toujours également judicieux. Et c’est là, sans parler de la beauté variable ou des fortunes inégales, qu’est le véritable terrain où se peut affirmer la supériorité d’une femme. Idolâtrer la toilette, s’attarder devant son miroir n’est rien s’il n’en résulte quelque heureuse trouvaille, quelque innovation qui s’impose.

De plus, il y a la mode qui est pour beaucoup un chemin tracé, d’où le respect humain, le manque d’invention ou la confiance en de plus avisées les empêchent de s’écarter.

Or, madame, souvenez-vous de ce que je vous ai dit des préjugés mondains dont la mode est peut-être le plus despotique et le plus conventionnel. Vous pouvez la railler, la maudire même, à la condition de lui obéir, au moins dans ses grandes lignes.

Ainsi, n’avoir pas, en ce moment, des manches bouffantes et aplatir vos coutures d’épaule, équivaudrait à une affectation ridicule, bonne tout au plus à faire croire que vous voulez économiser l’étoffe.

Mais, comme il ne faut pas que cette obéissance tourne à la soumission servile, courez en avant de la mode ; inventez quelque arrangement ingénieux. Que diable, vous avez bien autant de génie créateur que les petites couturières qui promènent d’atelier en atelier leurs modèles en mousseline.

Et quelle gloire que d’attacher son nom à un détail de la toilette féminine ! Gloire durable, madame, ne vous déplaise, dont vous auriez mille fois tort de faire fi. Combien de femmes ne connaissent Rembrandt que comme parrain d’un grand chapeau ! Tout le monde sait que Mme de Pompadour a baptisé les étoffes à fleurettes, tandis que l’on soupçonne à peine, l’existence de M. d’Étioles, son mari honoraire. Le mot Médicis évoque à la pensée une série de larges cols, bien avant les hauts faits de Laurent le Magnifique, et les bonnes grâces de Louis XIV eussent été impuissantes à sauver de l’oubli Mme de Fontange, sans le nœud de ruban qui nous en a gardé le nom.

Évertuez-vous donc à corriger et à pousser la mode, tout en lui empruntant ce qu’elle peut avoir de profitable pour vous.

Il est, en matière de mode, comme du reste en tout, deux camps bien tranchés. L’un, à peu près uniquement composé de jeunes gens, assure que jamais les femmes ne furent si gracieuses et si bien attifées. L’autre, celui des vieux, trouve tout excessif et ridicule, soutenant qu’en 1850, les femmes avaient autrement d’aisance pour porter la toilette.

Souriez à tous les deux, ne désobligez ni l’un ni l’autre. Dans ce but habillez-vous selon le goût du premier camp et faites chorus, en paroles, avec les récriminations du second ; c’est, énoncé sous une autre forme, le principe que je vous rappelais tout à l’heure.

Si, maintenant, nous passons à un examen plus détaillé de la question, il vous semblera naturel d’envisager la toilette au triple point de vue de l’intérieur, de la ville et des réceptions ou, plus logiquement encore, du matin, du jour et du soir.

Au saut du lit, vers onze heures, — une femme supérieure doit se lever tard, la vie intelligente ayant toute son intensité la nuit — au saut du lit, dis-je, votre chemise de batiste très claire mais très montante tombe et vous passez au bain.

Puis, une fois frictionnée par votre femme de chambre, vous endossez une chemise de jour également très fine, mais très ouverte cette fois et bordée de dentelles. A ce premier vêtement, s’ajoute une légère matinée, recouverte elle-même d’un épais et long peignoir de laine. Les pieds dans vos mules, installée dans un fauteuil en face de votre miroir, vous allez être coiffée.

C’est là l’une des plus graves opérations de la journée dont vous ne chargerez qu’un professionnel ou une camériste très experte.

Vous comprendrez en effet l’importance inhérente au choix et à l’exécution d’une coiffure si vous prenez la peine de remarquer que la chevelure est l’ornement naturel par excellence et aussi celui qui encadre directement le visage, qui peut le mettre en valeur ou le déprécier, d’où peut dépendre le succès d’un sourire, la portée d’une expression.

En ce moment, il n’y a pas, régissant la matière, de mode impérieuse, ce qui implique la nécessité de se fonder, pour choisir, sur des considérations esthétiques supérieures à la vogue du moment.

Sans doute, vous allez me citer la coiffure ondulée à la grecque, avec l’obligatoire blond vénitien. De grâce, madame, n’insistez pas. La teinture est indigne de vous et cette façon de s’accommoder est si répandue dans le demi-monde que je croirais manquer au respect que je vous dois en essayant seulement de vous en écarter.

Les cheveux dans le dos, à l’Ophélie, donnent l’air bébête ; la torsade en casque, rappelle trop Nana et la coiffure relevée, à la chinoise ou même à la Lamballe, manque de caractère.

Ce qui fera merveille, dans votre cas, c’est la coiffure à grands bandeaux, dits à la vierge, avec le petit chignon sur le haut de la tête, afin de la distinguer des vieilleries datant de Louis-Philippe. Que les bandeaux soient un peu bouffants et ondulés, je ne m’y oppose pas, mais qu’ils soient étoffés et relevés par une belle courbe, voilà l’essentiel.

Vous devinez bien qu’ici encore c’est la fureur du préraphaélite qui nous guide. Et même, si vous consentiez à entrer tout de bon dans votre personnage de femme supérieure, il serait opportun que votre teint arrivât, de pâleur en pâleur, à cet indescriptible ton olivâtre, où les jaunes indistincts se fondent dans d’insaisissables verts et qui est comme le sceau de la morbidesse intellectuelle. Mais contentez-vous des bandeaux sans vous astreindre à effeuiller les roses de vos joues que vous serez bien aise de retrouver, le jour où le goût des jolies choses saines sera revenu.

Au surplus, les bandeaux suffisent pour conférer un aspect troublant et vous savez qu’une femme déclarée troublante a le droit de ne plus mettre de bornes à ses ambitions.

Qu’est-ce au juste qu’une femme troublante ? Mon Dieu, c’est une femme qui porte des bandeaux et qui donne à dîner. Tous les pions maladifs et les pique-assiette artistiques qui se presseront à votre suite, si vous remplissez seulement ces deux conditions, vous prouveront que mon cercle n’est pas si vicieux qu’il en a l’air et qu’une femme supérieure n’est pas, le plus souvent, ce qu’un vain peuple pense.

Mais revenons à nos moutons.

Vous êtes coiffée, pomponnée, poudrée, c’est l’instant de la robe de chambre, de cette robe que revendique la chaise longue et sous laquelle s’abriteront vos vapeurs et vos lassitudes.

Gardez-vous des oripeaux, des crépons vert d’eau, des satins aurore, des rubans, des fouillis de dentelle qui tombent flasques, s’effondrent en plis mesquins et battent les talons.

Le mieux est un velours cossu d’une couleur noble, soit bleu de roi qui est la teinte de votre chambre, soit jaune capucine qui en est la complémentaire. Encore une fois, pas de fanfreluches, mais une longue queue destinée à faire sur le sol une traîne chatoyante et, sur la chaise longue, un éventail princier.

Que cette robe, du col aux pieds, tombe droite, à peine ajustée, simplement fermée par des brandebourgs et flanquée de manches énormes serrées à partir du coude, jusqu’au poignet.

Alors, quand, installée sur l’éternelle chaise longue, vous jugerez de l’effet d’un accoutrement à la simplicité si somptueuse, vous comprendrez que la robe à elle seule impose et que l’interlocuteur soit subjugué avant même que votre bouche se soit ouverte.

Car les étoffes ont leur éloquence et leurs facultés propres.

Le foulard, les soies de Chine, c’est le sans-gêne, le laisser-aller, l’inertie ; cela s’affale, cela se déchire, cela se viole avec la dernière aisance et il semble qu’un vêtement ainsi composé invite au manque de respect et à la familiarité malséante.

Dans le taffetas et le satin luisant se distinguent l’orgueil de paraître, le désir d’étonner à peu de frais. Il n’est pas jusqu’au bruit de l’étoffe qui ne semble, à tout propos, réclamer l’attention. Ce sont des tissus accapareurs qui importunent et dont on est vite las.

Au contraire, du damas opaque, de la faille rigide, du velours épais se dégagent des sensations hautes, des pensées graves et imposantes qui remplissent l’âme de leur grandeur. Il est bien rare qu’on insulte une femme en robe de velours. Avec le foulard ou le taffetas, je ne réponds de rien !…

Mais le temps a marché, vous allez sortir pour les visites.

Laissez-moi, puisque nous voici venus à la toilette de ville, vous prémunir contre une tendance désastreuse à laquelle, peut-être, les circonstances vous porteraient à vous abandonner.

C’est la tendance au genre artiste que je veux dire.

Ce genre vous le connaissez comme moi : il est aussi classique que peu varié, car il consiste, à peu près uniformément, à s’affubler de chapeaux monstrueux et de vêtements rouges.

Pourquoi pas vert-chou, évêque ou jonquille, si c’est le voyant qu’on cherche ? Je l’ignore et n’essaie pas de pénétrer le mystère. Je constate seulement que le rouge est la couleur artiste.

Malheureusement, la plupart de celles qui promènent ainsi leur silhouette incendiaire, non contentes d’arborer avec indépendance une couleur peu goûtée par le commun, se sont avisées que le corset, les agrafes, les gants étaient préjugés de crasses bourgeois. De là, des tailles à peine équarries, des poitrines ballottantes, des mains noires et des corsages entre-bâillés sur des dessous où l’ombre ne met pas seule du gris.

Cela peut faire le compte d’une femme qui n’est qu’artiste (?) mais non celui d’une femme du monde comme vous.

Laissez aux grisettes d’atelier les guenilles éclatantes ou exotiques, les dessous douteux et les panaches exorbitants.

En dehors du linge quotidiennement renouvelé, du corset de la bonne faiseuse, des escarpins vernis, des gants blancs portés une fois, des corsages sobres, habilement ajustés, des chapeaux sérieux et des robes toujours fraîches, il n’y a point pour vous de salut.

En d’autres termes soyez d’une élégance raffinée mais ennemie du tapage et que le passant vous prenne pour la première venue s’il n’est connaisseur ami de l’observation.

D’ailleurs, les journaux de mode et vos amies vous offriront assez de modèles pour qu’avec ces quelques généralités vous ayez en permanence la tenue irréprochable qui est la pierre angulaire de toute supériorité.

Rendez-vous compte aussi que je ne saurais passer en revue, objet par objet, votre garde-robe. Outre qu’il la faut modifier souvent, l’inventaire en serait si long que l’ennui nous gagnerait l’un et l’autre à cause de sa sécheresse et de son inutilité.

Il faut cependant que je vous fasse encore, relativement à la toilette du soir, un petit nombre de recommandations capitales.

Cette dernière toilette a pour but, n’est-il pas vrai, de montrer un peu plus de vous qu’on n’en voit le reste de la journée. Il est donc facile d’en déduire qu’une telle exhibition doit être raisonnée.

Si vous avez le cou de proportions agréables, montrez-le ; si vos épaules sont d’une courbe heureuse et constellées de fossettes, montrez de confiance ; si vos bras sont blancs, potelés et lisses, montrez encore ; si votre gorge est ferme et ronde, montrez toujours ; si votre… au fait, je crois qu’il serait prudent de s’en tenir à ce que j’ai dit.

A ce propos, je vous renvoie bien vite au début de ce chapitre pour vous rappeler qu’en matière de toilette, « montrer » ne signifie pas tout à fait mettre insolemment en lumière et offrir en spectacle, à la ronde, un objet sans le moindre voile. J’en prendrai tout naturellement prétexte pour vous décrire ce que je crois être la meilleure façon de se décolleter.

Je déclare d’abord, en toute impartialité, que les femmes d’aujourd’hui ont, sous ce rapport, le goût bien moins sûr, bien moins aiguisé que leurs mères, et cela par le souci constant qu’elles affichent de se produire aussi nues que possible.

Vous savez ce que nos jeunes filles appellent la « grande peau ». C’est le décolletage extrême pour les bals de cérémonie, qui s’obtient au moyen d’un corsage échancré dans le dos, presque jusqu’à la taille, ouvert devant à peu près dans les mêmes conditions, de manière à éviter tout au plus que le bout des seins n’apparaisse et maintenu sur l’épaule par un étroit ruban.

Un tel calcul est d’une niaiserie insigne.

Le modèle qui pose le nu entier ne produit absolument aucune impression, sans quoi les peintres seraient ataxiques avant trente-cinq ans.

Ce qui fait le charme d’un nu, c’est précisément qu’il soit limité, c’est la conviction où se trouve le spectateur que le peu qu’il voit suppose des merveilles toutes voisines, si adorables, si excitantes, qu’on n’ose les présenter à ses yeux éblouis. Jamais l’attrait d’une gorge cyniquement exhibée ne vaudra l’idéal qu’on se forge avec celle dont on ne perçoit que la naissance.

Un torse nu n’a pour lui que sa propre valeur qui doit être inestimable pour maintenir l’admiration, tandis que le buste dont quelques parties seulement, et bien choisies, sont livrées aux indiscrets a, en plus, l’imagination généreuse du désir auquel on oppose une barrière.

Tout cela n’est pas niable et les « grandes peaux » actuelles ne sont que de malpropres déshabillages, d’autant plus condamnables qu’ils sont plus maladroits.

Adoptez donc, cette fois, la mode de jadis et le décolletage à la Vierge, comme vos bandeaux.

Outre que cette association forme une harmonie de style, on doit reconnaître que la courbe de ce décolletage qui passe comme une caresse le long de la poitrine et des reliefs grassouillets du dos, dessine à ravir toutes les éminences qu’elle longe. A peine distingue-t-on l’origine de la gorge, et pourtant, on la devine, on la sent blottie, craintive, palpitante ; on sait qu’elle est là. Les premiers contreforts de la rose colline, visibles à l’œil, sont prolongés par la pensée qui dessine, à sa fantaisie, des sommets triomphants. Or, qui vous dit que la réalité atteindrait à ces altitudes de rêve ?

Et savez-vous rien de plus joli que ces coins d’épaule entièrement dégagés, émergeant de la vaporeuse berthe de dentelle ? Dans ces deux mamelons satinés, pareils à des seins où n’auraient pas encore germé les boutons d’incarnat, il y a le plus perfide et le plus excitant des nus. Pourquoi ? Parce qu’immédiatement au-dessous, une manche s’interpose ; non pas, vous entendez bien, un ruban, une bretelle, mais une manche qui s’en vient presque jusqu’au coude. L’avant-bras, ce cône allongé, à la forme changeante qui est peut-être le chef-d’œuvre de la femme, ressort à son tour de cette manche où se dissimulent prudemment les parties épaisses et ballottantes du haut.

Vous imaginez-vous que les femmes du temps de Louis XV dont le costume avait des sous-entendus si joyeusement égrillards aient jamais eu l’idée de supprimer leurs manches et d’échancrer démesurément leurs corsages ? En aucune façon. Elles savaient trop bien la valeur d’une réticence pour n’en pas mettre à leurs atours. Et leur conduite en cela n’avait pas, selon toute apparence, pour mobile, une recrudescence de chasteté.

D’ailleurs une mode heureuse tend à imposer maintenant la manche ballon soulignant, comme je viens de dire, l’épaule et l’avant-bras. Une telle manche en velours bleu de roi ou même noir, vous fera des chairs incomparables et donnera à vos formes une étonnante souplesse de contour. Mais où cette même mode devient inepte, c’est lorsqu’elle maintient la pointe en avant, ouverte jusqu’à l’estomac. Encore une fois, et pour me résumer, le décolletage est comme l’héritier d’un oncle bien portant, il doit vivre d’espérances…

Voilà, madame, dans ses grands traits, le cadre que j’ai rêvé pour vous. Il vous appartiendra d’en parfaire la ciselure. C’est à vous maintenant que je vais avoir la présomption de m’attaquer en examinant quelle conduite il convient que vous y teniez.

Autrement dit, le théâtre est construit ; je frappe les trois coups traditionnels et la pièce commence…