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A travers la Russie boréale cover

A travers la Russie boréale

Chapter 19: CHAPITRE VII
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About This Book

The narrator, a naturalist-explorer, narrates journeys through northern Russia, mapping river and overland routes and weighing practical travel choices. He contrasts the treeless tundra with the vast boreal forest, describes major waterways and constant river traffic, and records natural-history observations alongside ethnographic portraits of Finno-Ugric and Uralic peoples such as Zyrianes and Ostiaks. Discussions touch on local material culture, the persistence of primitive craft, processes of Slavic colonization and Tatar presence, and the logistical and administrative arrangements that enabled scientific exploration of remote, monotonous landscapes.

CHAPITRE VII

DE TCHERDINE A LA PETCHORA

La Kolva.—La Vogoulka.—Les moustiques.—Les embâcles de bois.—Le portage entre Vogoulka et Petchora.—Les Zyrianes.

Tcherdine est une petite ville de 4 000 habitants, pittoresquement perchée au-dessus de la vallée de la Kolva. Ici pour la première fois depuis Kazan, changement de décors dans le paysage. Au loin, derrière une immensité bleue de forêts, s'élève la haute cime du Poloudov Kamen (524 m.), dernier renflement de l'Oural. Au milieu de la platitude générale elle fait l'effet d'une île élevée sortant de la mer. Depuis Perm nous suivons le pied de l'Oural, ici pour la première fois nous l'apercevons.

A Tcherdine commence notre exploration. Désormais plus de routes ni de moyens réguliers de transport. A travers la région déserte qui s'étend jusqu'à la Petchora, sur une distance de 300 kilomètres, le chemin est tracé par un long réseau de rivières tributaires de la Kama. C'est d'abord la Kolva, puis la Vitcherka et la Bérésovka, ensuite la Ielovka et enfin la Vogoulka. Ce dernier cours d'eau conduit les barques à six kilomètres seulement de la Volosnitsa, affluent navigable de la Petchora. De la Kama à la Petchora s'étend ainsi une ligne navigable presque continue, grande route naturelle ouverte au milieu de ces solitudes.

Au moment de notre arrivée à Tcherdine, un des principaux négociants de la ville, M. Souslov, allait mettre en route un vapeur pour conduire deux ingénieurs à la Petchora; avec une amabilité dont nous ne saurions lui être trop reconnaissant, il nous offre le passage sur son steamer et l'hospitalité dans sa maison. Inconnus, nous sommes partout accueillis en amis.

A sept heures du soir nous partons pour Kamgort en pletionka, village à 21 kilomètres au nord de Tcherdine, où habite M. Souslov et où est mouillé son vapeur.

Dans ce pays de hiérarchie, où chacun est étiqueté sous une rubrique, M. Souslov appartient à la classe des paysans, mais ne croyez pas du tout que ce soit un laboureur. En France il serait un bourgeois important et compterait parmi les notables du pays. Le jour encore lointain où se formera en Russie une classe moyenne, c'est parmi ces paysans aisés et intelligents qu'elle se recrutera. Beaucoup sont gens d'initiative et ne craignent pas de se lancer dans de grandes entreprises fécondes pour le développement de la Russie. Un simple paysan du gouvernement d'Orembourg n'a-t-il pas installé un des premiers centres de l'industrie russe dans le Turkestan, tout comme M. Souslov crée ici une importante route commerciale? Et on pourrait multiplier les exemples de cette activité.

Chez M. Souslov une réception enthousiaste nous attend, une vraie réception russe. Pendant quatre heures on boit et on mange sans arrêt. Pour pouvoir répondre aux politesses des habitants, un voyageur doit avant tout avoir la tête solide.

A une heure du matin, départ. Des brumes légères fument au-dessus de la Kolva et noient les contours de la forêt. Par endroits la silhouette noire d'un grand sapin perce le brouillard avec des airs de fantôme grandi par la réfraction, puis tout redevient blanc, diaphane, aérien comme si l'on naviguait au milieu des nuages.

18 juillet.—Continuation de la navigation sur la Kolva. La rivière coule claire et rapide entre de jolies collines boisées. Çà et là la masse verdâtre des pins est noircie par des bouquets de cembro, les premiers que nous ayons observés; à côté de ces taches foncées blanchissent comme une neige légère des plaques de lichen de rennes. A onze heures du matin, arrêt à Vetlane pour une excursion à Neyrop, village situé à 4 kilomètres de la Kolva.

Neyrop est une localité historique. Sur l'ordre de Boris Goudounov, l'oncle de Michel Romanov fut conduit ici et enfermé dans un trou qui fut muré par-dessus lui. L'air et le jour n'arrivaient au prisonnier que par une petite ouverture à travers laquelle les enfants lui faisaient parvenir des vivres. Une chapelle a été érigée au-dessus du caveau; on y conserve pieusement les lourdes chaînes dont était chargé le malheureux prince[62].

[62] Ces chaînes pèsent, paraît-il, 48 kilogr.

Plusieurs maisons sont construites sur le type des habitations permiakes (kirkou) de Koudimgkor, et pour couper le foin les indigènes se servent de la faucille. L'élément finnois forme évidemment ici une bonne part de la population, comme du reste dans tout l'arrondissement de Tcherdine, mais aujourd'hui les habitants ont perdu le souvenir de leur origine et se disent Russes.

La Kolva.

A Vetlane, la rive gauche de la Kolva s'élève en un bel escarpement calcaire haut de 60 à 80 mètres; à trois kilomètres de là, même accident de terrain sur la rive droite. La rivière coule ici dans une sorte d'étranglement. C'est la première fois, depuis notre entrée en Russie, que nous observons la roche en place.

A six heures du soir, le vapeur abandonne la Kolva pour s'engager dans son affluent de gauche, la Vitcherka. Sur cette rivière peu ou point de courant et partout une profondeur relativement grande. Près du confluent il y a, me dit-on, six mètres d'eau. Sur la Kolva, au contraire, des bancs rendent la navigation difficile. La Vitcherka, large d'une dizaine de mètres, coule tantôt entre des marais, tantôt entre des terrasses de sable et d'argile. Le long de ces berges se produisent des glissements qui entraînent dans l'eau des bouquets d'arbres. A chaque instant le vapeur croise des bois flottants ou évite des amoncellements d'arbres tombés des rives.

Le lendemain matin, nous rencontrons une équipe d'ouvriers occupés à débarrasser la rivière des arbres qui l'obstruent. Pour créer une voie commerciale facile entre la Kama et la Petchora, le ministre des voies et communications fait procéder en ce moment au curage de la Vitcherka et de ses affluents et sous-affluents.

La caravane sur la Bérésovka.

Toujours le même paysage, des bois marécageux au milieu desquels la rivière circule comme une avenue couverte d'eau. Plus loin la Vitcherka s'élargit en un lac, le Tchoussovskoé ozero. Au bout de la nappe d'eau on ne voit qu'une mince bande de terre verte qui a l'air de flotter entre le ciel et l'eau, tellement le pays est plat. De tous côtés, des saulaies avec des marais, des terres tremblantes; tout cela reluisant de lumière sous un ciel magnifique. Ce paysage laisse la même impression de grandeur triste que la campagne romaine.

Au delà du Tchoussovskoé ozero, mauvaise nouvelle: la profondeur de la Bérésovka diminue rapidement, on n'avance plus que très lentement, en sondant à l'avant avec une perche. A un moment, le vapeur est obligé de stopper, il n'a plus sous la quille que quelques centimètres d'eau. Il faut maintenant poursuivre le voyage dans les canots que nous avons pris en remorque, et d'ici le portage la distance est, affirment les indigènes, de 100 kilomètres; 100 kilomètres à parcourir à la rame, au milieu de marais!

Nous empilons en hâte les bagages dans les canots, et maintenant aux avirons. D'une embarcation à l'autre les équipages s'excitent par des plaisanteries et par des cris, c'est à qui prendra la tête de la flottille, puis quand, essoufflés, les vainqueurs ralentissent leur vitesse, d'autres plus ménagers de leurs forces repartent de plus bel et essaient de les dépasser. Tout le monde alors de rire et de hurler. Le paysan russe n'est ni triste ni silencieux, comme on le représente généralement. C'est que la plupart des voyageurs l'ont vu dans les villes ou sur les vapeurs du Volga. Discret et timoré, le moujik se tient sur la réserve dans ce milieu qui lui est étranger, mais voyagez avec lui à la campagne, il devient un compagnon enjoué et agréable.

Encore des marais, des saulaies, ou bien une terrasse sablonneuse couverte par la forêt sans fin d'arbres verts.

Dès que le soleil baisse, de ces marécages s'élèvent des nuées de moustiques. Autour de chacun de nous une centaine de ces insectes, pour le moins, susurrent leur musique énervante. Les bateliers s'enveloppent la tête de mouchoirs et nous nous coiffons de moustiquaires américaines, grands filets en tarlatane tendus sur des ressorts, en forme de nasses à poisson; des gants épais et des bottes complètent l'équipement. Impossible de laisser à découvert la moindre partie du corps et nécessité absolue de fermer hermétiquement toutes les ouvertures des vêtements; avec la température lourde que nous supportons il serait pourtant si agréable d'avoir la figure à l'air! En dépit de la chaleur, pendant des semaines, jour et nuit, en plein air comme dans les maisons il faudra conserver la moustiquaire sur la tête. Avec cela il n'est pas très facile de manger. Avant de se mettre quelque chose sous la dent c'est toute une manœuvre. Il faut d'abord écarter les insectes d'un coup de mouchoir, relever ensuite prestement le voile et avaler à la hâte un gros morceau. Quelle que soit la rapidité des mouvements, des moustiques réussissent toujours à se glisser sous le filet; pour chaque bouchée vous pouvez compter sur deux ou trois piqûres au moins. Notez que nous sommes maintenant à la fin de juillet et que depuis une quinzaine les moustiques ont diminué. En pleine saison qu'est-ce que cela doit être?

Dans la soirée nous rencontrons une barge, habitation flottante de l'ingénieur chargé des travaux de curage. A bord les plus minutieuses précautions sont prises pour arrêter les moustiques: partout ce ne sont que doubles portes, portières de mousseline et moustiquaires, devant l'entrée fume un feu tourbeux; mais bien souvent, paraît-il, tout cela devient inutile.

L'installation des ouvriers est très curieuse. Ces pauvres gens ont pour gîtes de véritables habitations de troglodytes. Dans la hauteur de la berge sablonneuse ils ont creusé des cavités auxquelles on accède par un trou garni d'un linteau en bois pour soutenir le plafond et fermé par une nappe en écorce de tilleul. Ces abris, d'un usage courant en Russie, doivent être une survivance de l'époque préhistorique dans ces pays où les cavernes manquent par suite de l'absence de la roche en place à la surface du sol. Les Tchoudes, répandus jadis dans la région forestière du nord, habitaient des trous creusés en terre; dans le gouvernement d'Arkhangelsk, des cavernes de ce genre sont très fréquentes et portent encore aujourd'hui le nom de Tchoudskiia pechtcheri[63] (cavernes des Tchoudes).

[63] Alex. G. Schrenk, Reise nach dem Nordosten des europäischen Russlands durch die Tundren der Samoyeden zum Arktischen Uralgebirge. Dorpat, 1848, vol. I, p. 372.

A minuit, nous arrivons à Oust-Ielovka, hameau situé à l'embouchure de la Ielovka dans la Bérésovka. Rien que des entrepôts appartenant à des marchands de Tcherdine et un magasin de farines où les indigènes viennent s'approvisionner pendant l'hiver. Actuellement Oust-Ielovka n'est occupé que par une famille, seuls habitants rencontrés depuis le Tchoussovskoé ozero sur une distance d'une vingtaine de kilomètres, et leurs plus proches voisins demeurent à 60 kilomètres de là, au portage entre la Petchora et la Vogoulka. Après un maigre souper nous nous étendons sur le plancher d'une chambre surchauffée par le poêle de la maison. Impossible d'aérer, à cause des moustiques, et sur les planches qui nous servent de lit grouillent des troupes compactes de punaises. Bast! en comparaison du moustique, la punaise est un insecte sympathique.

Nous sommeillons trois heures, puis de nouveau en route. A quelques centaines de mètres d'Oust-Ielovka voici la Vogoulka, affluent de la Ielovka, le dernier rameau du réseau fluvial que nous remontons. Un méchant ruisseau sans profondeur, large de quelques mètres, égout des tourbières environnantes. Pas de vue; à droite, à gauche, des marais, des fourrés de bouleaux et de saules, précédant la grande forêt sèche de conifères, le bor, comme l'appellent les Russes. Pas un habitant, pas un animal, pas un oiseau, c'est une solitude morne, poignante avec le ciel nuageux d'aujourd'hui.

Aucun souffle d'air, et une chaleur grise, humide, accablante. A midi T. = + 29°. Par un temps pareil et dans ces marécages les moustiques deviennent terribles. Nos voiles sont insuffisants à nous protéger, et, pour chasser les essaims les plus compacts, nous devons allumer un feu fumeux dans la marmite au fond de l'embarcation. Pas d'autre alternative, ou se laisser piquer sans trêve ni merci ou passer à l'état de jambon. Pour allumer ces feux, les indigènes recueillent des champignons poussés sur le tronc des bouleaux; en brûlant ils dégagent une odeur pénétrante qui a, dit-on, la vertu d'éloigner les moustiques, mais aujourd'hui on a beau activer le feu, la fumée paraît avoir perdu toute vertu.

A chaque instant les canots touchent ou sont arrêtés par des amoncellements de souches et de branches mortes. Comme la Witcherka et la Bérésovka, la rivière est encombrée d'arbres. D'après les renseignements que m'a donnés un membre de la mission occupée au curage de ces rivières, seulement en deux points de la Bérésovka on n'aurait pas retiré moins de 27 000 mètres cubes de bois mort. Un grand nombre de cours d'eau de la Sibérie et du nord-est de la Russie présentent de pareilles embâcles. Ahlqvist raconte[64] avoir employé vingt-quatre heures pour parcourir 11 kilomètres sur une rivière du versant oriental de l'Oural encombrée d'arbres morts. A 40 kilomètres de son embouchure, la rivière Pich, affluent de droite de la Petchora, devient inaccessible aux barques par suite d'embarras d'arbres. En 1847, l'expédition d'Hoffmann fut arrêtée par des enchevêtrements de bois sur le Volok, affluent de l'Ilytche, conduisant à un portage entre cette rivière et le Potcherem. Ne pouvant détruire cette barricade par la hache ou le feu, l'expédition dut battre en retraite[65]. De pareils embarras existent également, sur une échelle beaucoup plus grandiose, dans le bassin du Mississipi et dans la région forestière du Canada. Un cours d'eau de ce dernier pays porte le nom caractéristique de Rivière des Barricades. Au commencement du siècle, l'Atchafalaya, l'Ouachita, affluents du Mississipi, étaient complètement cachés par des amas d'arbres sur une grande partie de leur cours; en plusieurs endroits on pouvait les traverser sans reconnaître qu'on franchissait des rivières[66]. Dans la région que nous parcourons, ces débris de végétaux n'atteignent point une puissance aussi considérable, mais ils occupent parfois une surface assez étendue, relativement à l'importance des cours d'eau. Au milieu de ces marais les rivières changent souvent de cours, et, sur les différents lits qu'elles abandonnent successivement, laissent des amas d'arbres, que les tourbes viennent ensuite recouvrir. L'étude de ces dépôts serait d'un grand intérêt pour la question si importante de la formation de la houille.

[64] Ahlqvist, Unter Wogulen und Ostjaken. Helsingfors, 1885.

[65] Hofmann, Der nördliche Ural und das Küstengebirge Pae-Choi. Saint-Pétersbourg, 1856, vol. II, p. 69.

[66] Reclus, la Terre, d'après Lyell, Second Visit to the U. S.

A une heure de l'après-midi, arrêt pour laisser reposer les bateliers. Voilà huit heures que ces braves gens travaillent énergiquement. Les équipages préparent une sorte de thé avec des feuilles de fraisier pendant que nous faisons cuire un canard abattu la veille. Avec deux branches fourchues, et la baguette en fer de ma carabine Gras, la broche est installée, on la tourne cinq ou six fois et le volatile est rôti suivant les règles de l'art, sur les bords de la Vogoulka.

A quatre heures, en route de nouveau. La Vogoulka, devenue très étroite, coule sous une charmille de saules: cela serait idyllique sans les moustiques et sans l'humidité qui nous envahit. Nous sommes littéralement dans l'eau: pluie sur le dos, jambes dans l'eau, qui remplit les embarcations plus ou moins disloquées par de nombreux échouages, et avec cela bénédiction continuelle que les bateliers nous envoient avec les gaffes.

A six heures, nous arrivons au lieu dit Vechtomorskaya Pristane. L'agent de police et deux hommes débarquent pour aller chercher les chevaux à la station située sur le portage entre la Vogoulka et la Petchora et les amener ensuite à Poupavaïa Pristane, point où s'arrêtent les embarcations. Désireux de me dégourdir les jambes, je me joins à eux. Il y a, dit-on, une piste, les gens affirment la connaître, et ce sera plaisir de se promener dans la forêt, après être resté quatorze heures en canot; de plus, à cette heure de la journée, on peut trouver du gibier, et le garde-manger est maintenant une grosse préoccupation.

Nous traversons péniblement un large marais; au bout les guides paraissent hésitants, et dix minutes après s'arrêtent, ils ont perdu la piste. Nous tournons dans tous les sens, sans trouver aucune trace. Nous sommes bel et bien égarés, point de soleil, point de boussole, de tous côtés la forêt uniforme, et avec cela pas de vivres. Pour nous tirer de là, il faut rejoindre à tout prix la Vogoulka et ensuite la suivre jusqu'à ce que nous ayons rattrapé nos compagnons. Mais allez donc retrouver, au milieu de ces marais, un ruisseau à moitié caché sous les arbres. Chacun de nous avance dans une direction donnée en restant toujours à portée de voix et en scrutant soigneusement le terrain. Une heure se passe en recherches longues et pleines d'anxiété; rien n'est signalé et le découragement s'empare de nos gens. L'agent de police se trouve mal; tout à coup un cri: un éclaireur vient de découvrir enfin la Vogoulka. Nous sommes sauvés, mais l'émotion a été grosse.

Le long de la rivière, point de sentier, il faut passer des saulaies coupées de fondrières, traverser de hautes herbes, sauter des trous, escalader des amas d'arbres déracinés enchevêtrés les uns dans les autres, partout des fossés masqués par la verdure, et pourtant personne ne tombe et ne fait de faux pas. En pareille circonstance il y a des grâces spéciales. En outre, au milieu de ces marais pensez si les moustiques sont nombreux, et pas moyen de porter de moustiquaires. Après une heure et demie de cet exercice gymnastique nous rejoignons nos compagnons et bientôt arrivons à Poupavaïa Pristane, trempés comme si nous étions tombés à l'eau, et couverts de boutons comme si nous avions eu la petite vérole.

A Poupavaïa Pristane la Vogoulka n'est séparée de la Volosnitsa, affluent navigable de la Petchora, que par une langue de terre, basse, large de 6 kilomètres. A travers la forêt, une large tranchée a été pratiquée, et une sorte de route construite pour permettre de traîner les embarcations d'une rivière à l'autre. Au milieu de l'isthme habite un paysan russe chez lequel on trouve des chevaux nécessaires pour effectuer les transports à travers le portage. A peine débarqué, un ingénieur part à la recherche de cet ermite pendant que le reste de la troupe établit le bivouac. Un grand feu est allumé; tout le monde s'étend autour, le nez dans la fumée pour se protéger contre les moustiques et l'humidité des marais. A chaque minute les chevaux peuvent arriver et dans cette pensée on n'ose mettre la marmite sur le feu. On a faim pourtant et toutes les demi-heures on prend une collation ou une tournée pour combattre l'humidité et passer le temps. Après neuf heures d'attente, à six heures du matin arrivent les véhicules destinés au transport des bagages, sous la conduite d'un cocher bancal. Le bonhomme est coiffé d'une casquette rouge, et dans le dos lui pend un énorme foulard écarlate, le tout destiné à écarter les moustiques. Les insectes, affirment les indigènes, fuient les étoffes de couleur rouge ou blanche; le noir, au contraire, les attirerait.

La station est située à trois kilomètres seulement de Poupavaïa Pristane, deux pauvres maisonnettes perdues dans la solitude de la forêt.

Après un somme sur le plancher, nous nous remettons en marche. Au lieu de gagner la Volonitsa, nous prendrons à gauche à travers bois pour arriver directement à la Petchora à Iaktchinskaya Pristane.

Les bagages sont chargés sur deux traîneaux (narte) en bois dont le siège est très élevé, les seuls véhicules capables de circuler sur ces terrains spongieux. Trois chevaux sont attelés en flèche à une narte, deux seulement à l'autre, puis la caravane se met en selle.

Le sentier que nous suivons est large tout au plus d'un mètre, coupé de racines d'arbres. N'importe, on trotte toujours; à droite et à gauche émergent des troncs d'arbres sur lesquels on s'empalerait si le cheval tombait, mais les chevaux russes ont le pied sûr comme les mulets des Alpes. Bientôt le sol devient tremblant devant un ruisseau fangeux, en guise de pont on a jeté en travers deux madriers, et sans broncher, les montures traversent ce passage scabreux. Un peu plus loin, nos bêtes tendent le cou vers le sol, le flairent bruyamment, puis avancent avec précaution un pied après l'autre; la terre est couverte d'une belle herbe drue et haute, on dirait un petit pré bien gras. Le cheval fait encore quelques pas, et patatras le voilà dans la vase jusqu'aux jarrets. Ce pâturage fleuri cache une abominable fondrière, et il y en a comme cela quatre ou cinq échelonnés le long de la route. Cela distrait de la monotonie du paysage.

Un grand vide se fait à travers la forêt. Un incendie, allumé probablement par la foudre, a dévasté les bois, traçant une vaste clairière; des troncs calcinés gisent étendus avec des airs de squelettes grimaçants; le sol brûlé par le feu a une teinte de lèpre; au-dessus de petits tas de charbon s'élèvent des fumerolles bleues, comme la buée d'un encens. De pareils accidents sont très fréquents dans ces régions; chaque été, en Russie et en Sibérie, des incendies détruisent des milliers d'hectares de forêts.

DE LA PETCHORA A L'OB
Feuille 1
Croquis à la Boussole du Cours de la Petchora par Ch. RABOT
1890.

La terre s'enfle légèrement; un boursouflement du sol de trois ou quatre mètres marque la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Kama et celui de la Petchora, entre les tributaires de la Caspienne et ceux de l'océan Glacial; au delà nous traversons à gué la Volonitsa.

Encore quelques marais fangeux, puis le sol se raffermit, les bois s'éclaircissent, la lumière devient plus vive. Au bout de l'avenue apparaît une grande allée bleue, c'est la Petchora, large comme la Seine à Paris, ici à plus de 1 300 kilomètres de son embouchure. Quel plaisir de contempler ce paysage égayé par le mouvement de l'eau courante après être resté trois jours dans une forêt morne et indifférente.

Iaktchinskaya Pristane, situé sur la rive droite du fleuve et non sur la rive gauche, comme l'indiquent les cartes, semble de loin un bourg important. Vous arrivez et quel n'est pas votre étonnement d'y trouver la solitude la plus absolue. Nulle part âme qui vive, toutes les maisons sont fermées, pour le moment une seule est habitée. Iaktchinskaya Pristane est simplement un lieu de foire et l'entrepôt du commerce de la Petchora. Cette localité est occupée seulement au moment du marché et à l'époque des transports, le reste du temps elle n'est habitée que par le gardien des magasins.

Le commerce sur la Petchora a beaucoup plus d'importance qu'on ne serait tenté de le croire au premier abord. Dans cet immense bassin fluvial, grand à peu près comme la France, vit une centaine de mille d'habitants qui ne communiquent avec le reste du monde que par ce fleuve. Chasseurs et pêcheurs, ils ont besoin de céréales, que ne produit point la terre qu'ils habitent, et d'objets manufacturés, qu'ils ne savent point fabriquer. En échange ils donnent des pelleteries et du poisson. Les négociants de Tcherdine ont en quelque sorte le monopole des affaires sur les bords de la Petchora. En décembre et janvier les marchandises sont transportées par terre à Iaktchinskaya Pristane, puis aux premiers jours de mai, après la débâcle, chargées sur des barques qui vont les disperser dans l'immense rameau fluvial dont la Petchora est le tronc. Vers le 15 août, une partie de cette flottille, la caravane de printemps, comme on l'appelle, remonte à Iaktchinskaya Pristane, rapportant le poisson pris par les Zyrianes après la débâcle; les autres bateaux, la caravane d'automne, reviennent dans les premiers jours d'octobre, principalement avec des cargaisons de saumons. Toutes ces marchandises restent renfermées dans les magasins du port jusqu'à l'époque où le traînage permet de les conduire facilement à Tcherdine.

Pendant l'hiver 1881-1882, de Iaktchinskaya Pristane on a expédié sur la Kama et de là dans la Russie 900 tonnes de divers poissons et 32 tonnes et demie de saumon. Cette année-là, cette dernière pêche n'avait pas été heureuse, d'ordinaire elle produit de 130 à 160 tonnes de ce poisson, particulièrement estimé par les gourmets russes[67].

[67] Ermilov, Poïzdka na Petchorou. Arkhangelsk. 1888.

A la fin de décembre se tient à Iaktchinskaya Pristane une foire importante. On y vient même d'Arkhangelsk, située à plus de 800 lieues de là. C'est principalement un marché de fourrures. Les indigènes apportent les produits de leur chasse en paiement des marchandises qu'ils ont reçues à crédit l'été précédent, et en même temps font de nouveaux achats. Tout ce commerce se fait sans argent, par troc, absolument comme au Xe siècle, du temps que les Bulgares trafiquaient avec les Permiens. Depuis neuf siècles les mœurs des habitants ne se sont pas modifiées. D'autre part les transactions ne sont pas libres. Étant toujours débiteurs des marchands, les Zyrianes cèdent toutes leurs pelleteries à leurs créanciers pour les rembourser de leurs avances. Un étranger leur offrirait-il de leurs marchandises un meilleur prix que leur acheteur attitré, ils refuseraient de la lui céder, de crainte de perdre crédit chez leurs prêteurs. Les marchands de Tcherdine tiennent ainsi la population de la Petchora dans une dépendance complète. Naturellement ces négociants cotent très haut leurs marchandises, 8 à 10 roubles (24 à 30 francs) les 16 kilogrammes de farine de seigle, et très bas celles des indigènes, de manière à faire pencher toujours la balance en leur faveur. Profiter de la naïveté et de l'ignorance des races inférieures pour les voler, n'est-ce pas ce qu'on appelle en langage noble leur apporter les bienfaits de la civilisation? D'année en année le Zyriane s'endette ainsi de plus en plus. Presque tous les habitants des bords de la Petchora sont débiteurs des gens de Tcherdine et quelques-uns même pour des sommes importantes, 2 à 3 000 francs, un joli denier pour des gens qui n'ont ni sou ni maille. Ces pratiques commerciales sont du reste générales dans le Nord. En Sibérie, à la foire d'Obdorsk les marchands russes emploient les mêmes procédés à l'égard des Ostiaks et des Samoyèdes, et les Norvégiens agissent de même à l'égard des Lapons. En tout pays l'homme civilisé a les mêmes appétits.

A Iaktchinskaya Pristane nous rencontrons l'ouriadnik Eulampy Arseniev Popov. D'après les ordres que le gouverneur de Vologda a eu l'amabilité de donner, il doit nous accompagner sur la Petchora, non point que les indigènes soient malveillants, mais afin de nous épargner tout ennui pour le recrutement des rameurs. Par suite de circonstances imprévues, Popov nous a accompagnés jusqu'en Sibérie. Dans la mesure de ses moyens, ce brave homme a été pour moi un auxiliaire très précieux, et je ne saurais trop rendre hommage à son intelligence et à sa profonde honnêteté. Popov était Zyriane et avait toutes les qualités de sa race.

Maintenant la route s'ouvre facile. Nous n'avons qu'à nous laisser tranquillement porter par la Petchora et bientôt nous arriverons en vue de l'Oural. C'est une nouvelle navigation de plus de cent cinquante lieues, facile et agréable sur ce beau fleuve.

Le soir de notre arrivée à Iaktchinskaya Pristane, nous nous remettons en marche, et le lendemain matin à trois heures nous atteignons le hameau d'Oust-Pojeg[68].

[68] Mammaly, en langue zyriane.

De suite Boyanus va demander l'hospitalité dans la maison que l'on nous dit être la plus propre. Le khozaïne[69], quoique troublé dans son sommeil, ne nous en reçoit pas moins très amicalement. Ces braves paysans font toujours mon admiration. Vous arrivez chez eux au beau milieu de la nuit, vous bouleversez tout leur intérieur, et toujours ils se montrent aimables et empressés. La complaisance et la douceur sont le fond de leur caractère. Notre hôte nous abandonne deux pièces. Le mobilier en est sommaire: une table, des bancs, un lit formé de planches clouées au mur. Point de literie, nos couvertures et la tente, étendues sur le bois, la remplacent. Par-dessus nous disposons une grande tente moustiquaire, et à la porte de la chambre est allumé un feu fumeux dans un vase; grâce à ces précautions nous serons à l'abri des moustiques. Voilà la quatrième nuit que nous passons sans sommeil, je vous laisse à penser si nous dormons à poings fermés.

[69] Maître de maison.

Le village d'Oust-Pojeg[70] est situé sur la rive gauche de la Petchora, à 700 mètres environ en aval du confluent de la rivière Pojeg[71], dans une boucle du fleuve.

[70] 98 habitants, tous Zyrianes.

[71] La carte de l'état-major russe (feuille 124) place à tort Oust-Pojeg sur la rive droite de la Petchora et en amont de l'embouchure du Pojeg.

Durant notre séjour à Oust-Pojeg, tout le temps un beau soleil et une température élevée, trop élevée même à notre gré. Le 26 juillet, de neuf heures du matin à huit heures du soir, le thermomètre s'est maintenu à + 26° à l'ombre; le matin au soleil, il marquait + 33°. Pour un pays froid c'est un peu chaud. Avec une pareille température les maisons de bois deviennent des fours, et impossible de les ventiler, sans risquer de laisser pénétrer des essaims de moustiques. L'excès de chaleur est, après tout, préférable aux morsures de ces maudits insectes.

Départ des faneuses d'Oust-Pojeg.

Sur la Petchora, comme sur le Volga, l'intérêt du voyage est dans l'étude de la population. Les Zyrianes, que nous rencontrons pour la première fois, à Oust-Pojeg, ne sont ni aussi primitifs ni aussi originaux que les Tchérémisses et les Tchouvaches, mais n'en sont pas moins intéressants par certains côtés.

Leur civilisation est plus élevée que celle des Finnois du Volga, mais, vivant au milieu de forêts vierges, sous un climat qui interdit pour ainsi dire toute culture, ils ont dû rester à l'état de chasseurs, tandis que leurs cousins germains des environs de Kazan, habitant des pays plus favorisés, sont devenus agriculteurs.

Les Zyrianes sont disséminés dans la partie orientale des gouvernements d'Arkhangelsk et de Vologda, ainsi que dans l'extrême nord du gouvernement de Perm[72]. Quelques clans sporadiques se trouvent en outre en Sibérie dans le bassin inférieur de l'Obi.

[72] Oust-Pojeg se trouve à la frontière de ce dernier département.

Ces indigènes habitent de petits villages égrenés le long des cours d'eau. Les groupes les plus compacts se rencontrent dans la vallée supérieure de la Petchora[73], sur les rives de son affluent l'Ischma, et de la Witchegda, tributaire de la Dvina, enfin dans la partie supérieure du Mezen et de la Vachka. Ischma est la capitale des Zyrianes. D'après les statistiques, sujettes à caution ici plus que partout ailleurs, l'effectif de ces Finnois serait de 95 000[74], disséminés sur un territoire immense[75].

[73] La carte ethnographique de Rittich indique à tort la haute vallée de la Petchora comme habitée par des Russes. Depuis Oust-Pojeg jusqu'à Oust-Chtchougor, la population n'est composée que de Zyrianes.

[74] Ermilov, loc. cit.

[75] Les statistiques ci-jointes des trois communes (volost) de Troïtskoïé Petchorskoïé, Savinoborskoïé, et Oust-Chtchougor, qui constituent le territoire que nous avons traversé en descendant la Petchora, montrent la dispersion de la population dans cette région.

Zyrianes.

Liste des localités habitées dans le volost (canton) de Troïtskoïé Petchorskoïé.

Têtes imposables.
Village paroissial de Troïtskoïé Petchorskoïé (siélo) 280
Derevnia Oust-Ilytch 45
— Poktchinskaïa 144
Skoliapovskaïa 47
Kodatchinskaïa 42
Soïvinskaïa 13 *
Porog 4
Pilia Stav 10 *
Griché Stav 8 *
Oust-Liaga 15
Koghil-Ous 9 *
Maximovo 9 *
Mort Ior 7 *
Gord Mou 15 *
Sariou-Oust 20 *
Kodatchdinekost 7
Iag-ty-di 2 *
Marko-Lasta 3 *
---
680

Les localités marquées d'un astérisque sont situées sur les bords de l'Ilytch, les autres sur les rives de la Petchora.

Cette statistique est établie d'après le dernier recensement, qui remonte à une dizaine d'années. Actuellement la population du district s'élève à 2 101 (936 hommes, 1 165 femmes).

Liste des localités habitées dans le volost de Savinoborskoïé.

Distance en verstes
au chef-lieu
de la commune
Hommes Femmes
Village parois. de Savinoborskoïé 53 76
Derevnia Mitrofanovskaïa 63 31 55
— Ovinino 50 17 24
Evtyghinskaïa 40 12 12
Taïninskaïa 25 30 36
Rémino 15 11 10
Pyrédinskaïa 7 59 78
Kouzdibomskaïa 20 35 49
Doutovo 30 28 20
Lemty 40 24 40
Lemty-boj 47 37 38
Colonie Viatskii 35 1 1
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338 439

Tous ces villages et hameaux sont situés sur les bords de la Petchora.

Liste des localités dans le volost d'Oust-Chtchougor.

Hommes. Femmes.
Village paroissial d'Oust-Chtchougor 67 65
Derevnia Lébiajskaïa 4 5
— Voukhtylskaïa 5 10
— Podtcherskaïa 128 136
— Boïarskii Iag 20 16
— Oust-Soplias 12 22
— Oust-Voïa 12 17
— Bérézovka 20 29
— Pozorika 60 80
— Boris Dikost 33 34
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Population actuelle 361 475

Toutes ces localités sont situées sur les bords de la Petchora.

Les villages avec une église portent en russe le nom de siélo et les autres celui de derevnia.

Les Zyrianes, du moins tous ceux que nous avons rencontrés, soumis depuis des siècles à l'influence slave, sont presque complètement russifiés. Sous ce rapport ils peuvent se comparer à leurs voisins les Caréliens, néanmoins chez eux le sentiment de leur individualité ethnique reste vivant. Quand vous les interrogez sur leur nationalité, ils vous répondent toujours avec un sentiment d'orgueil qu'ils sont Zyrianes.

Ces indigènes sont très proches parents des Permiaks, et ne forment en réalité avec eux qu'une seule et même population. La division des Finnois établis dans les hauts bassins de la Kama et de la Petchora, en deux races distinctes, les Zyrianes et les Permiaks, est absolument arbitraire. Les deux populations parlent une langue presque semblable, présentent les mêmes caractères physiques, enfin, dans leur idiome, se donnent le même nom. En langue indigène Zyrianes et Permiaks s'appellent Komy mort (peuple de la Kama), preuve évidente que les premiers ont habité jadis la vallée de la Kama à côté des seconds et ont ensuite émigré vers le nord. D'après Sjögren, le nom de Zyrianes dériverait du vocable finnois syrjä, signifiant limite ou frontière: ce serait donc la tribu établie aux confins de la région, étymologie que confirme la topographie.

Les Zyrianes les plus caractérisés que nous ayons rencontrés sont les habitants d'Oust-Pojeg. L'usage de la langue russe leur est encore peu familier, aux femmes surtout.

A l'inverse de ce que l'on observe généralement, seuls les hommes ont conservé en partie le costume national. L'été, tous sont vêtus d'un pantalon et d'une blouse-chemise en toile blanche. L'hiver, ils endossent un long et épais kaftan blanc et par-dessus un louzane, lorsqu'ils vont à la chasse. Ce dernier vêtement, spécial aux Zyrianes, est un plastron double tombant par devant et par derrière jusqu'à la ceinture, autour de laquelle il est fixé par des courroies, et qui laisse les bras complètement libres. Figurez-vous une très longue bavette carrée descendant jusqu'au ventre. Le louzane est en laine grossière, décorée de raies noires et blanches; dans le dos est appliquée une courroie servant à porter la hache du chasseur. A Oust-Chtchougor des gamins d'une quinzaine d'années étaient vêtus de blouses en toile blanche munies d'un capuchon pour les préserver des moustiques, semblables à l'anourak des Eskimos.

L'hiver, les indigènes sont coiffés d'un bonnet, présentant le même dessin que le louzane. L'été, la plupart ont la casquette noire des Russes. Les Zyrianes sont chaussés de bottes basses en cuir, qu'ils confectionnent eux-mêmes. Comme les Tchérémisses et les Tchouvaches, en place de chaussettes ils s'entourent les pieds de morceaux de toile, et, ainsi que les Lapons, mettent une couche de joncs sur la semelle de leurs bottes[76].