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Antiquités d'Herculanum, Tome III. Peintures cover

Antiquités d'Herculanum, Tome III. Peintures

Chapter 58: PLANCHE L.
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About This Book

The volume offers a plate-by-plate catalogue of ancient wall paintings recovered around Herculaneum, describing scenes of semi-nude mythic figures, dancers and Bacchic followers, banquet genii and ritual objects. Each entry gives close visual analysis of color, drapery, pose and dimensions, proposes identifications or alternate readings (such as divine subjects versus domestic nuptial scenes) and comments on likely ritual or decorative functions. Short interpretive notes relate costume and attributes to broader artistic conventions and situate individual paintings by archaeological provenance.


PLANCHE XXV.

(XXXIII, t. IV de l'Edition royale.)

L'habillement et les masques désignent ces trois figures pour des personnages comiques. Pline fait mention d'un peintre qui se rendait célèbre par des tableaux de ce genre, Caladès ou Calacès. Dans cette scène, on voit un esclave ou valet faisant un geste injurieux à deux femmes; son vêtement désigne sa condition et son caractère; il est composé d'un manteau jaune, d'un habit court de même couleur, avec des rayes blanches en travers, et d'un petit corset blanc (somation) que Pollux donne aux histrions (II, 235). Le geste de ce valet désignait, chez les Romains et chez les Grecs, le même genre de moquerie qu'il exprime parmi nous. Des deux femmes, la plus jeune, celle qui se cache une partie de la figure avec la main, porte une tunique bleue et un manteau blanc. L'autre femme, qui fait un rôle de nourrice et peut-être un rôle moins honnête, porte une pièce blanche sur la poitrine; la coiffe et le reste de l'habillement est rouge, couleur appartenant, selon Pollux (IV, 120) à une profession qu'on ne peut mieux désigner qu'en taisant son nom. Les trois masques de la frise sont des masques tragiques; celui du milieu, orné de pendans, et colorié avec délicatesse, paraît destiné à un rôle de femme.

SUJET PRINCIPAL.—Hauteur, 1 P. 4 p°. 4 lig.—Largeur, 1 P. 3 p°. 4 lig.


PLANCHE XXVI.

(XXXIV, t. IV de l'Edition royale.)

Cette peinture, trouvée avec la précédente dans les fouilles de Portici, représente, comme elle, une scène comique. Le personnage debout, appuyé sur son bâton, porte le masque peu gracieux, décrit par Pollux sous le nom de Sphenopogon; chauve, le sourcil élevé et la barbe en touffe pointue, il est vêtu de blanc, costume affecté aux vieillards de la comédie, suivant un usage très-antique: la manche, qui paraît appartenir à l'habit de dessous, est jaune; cette même teinte se remarque sur les jambes, mais on peut croire que c'est l'effet de l'altération de la couleur. On ne sait pas que les anciens aient connu l'usage d'une chaussure étroite, telle que sont nos bas; on sait seulement que les gens infirmes et délicats y suppléaient par des bandes spirales dont on ne voit ici aucune trace. On voit d'ailleurs que le vieillard a les pieds nus, renfermés dans des sandales. Des autres personnages, tous deux assis, l'un joue des deux flûtes; couronné de feuillage, il porte le riche habit qui paraît commun aux Tibicines et aux Citharèdes; la tunique de dessous est jaune, à en juger par les manches; le manteau ou la palla est rouge; on y remarque une longue pièce rapportée, couleur de pourpre et brochée d'or; cette pièce est ce que les anciens appelaient clavus et patagium, ornement le plus recherché des tuniques, et en usage dans les habits de théâtre. L'autre personnage, dont le masque très-chargé exprime le rire, vêtu de blanc comme l'histrion du tableau précédent, paraît chanter avec l'accompagnement; la couronne qu'il porte favorise encore cette conjecture. On distingue mal l'objet qui est à ses pieds. L'intention générale du tableau peut se rapporter à l'intermède dans lequel le joueur de flûte venait amuser les spectateurs pour remplir le vide de la scène; d'autres ont cru y voir le retour imprévu du maître qui surprend ses serviteurs à se divertir: mais le riche habit du joueur de flûte paraît s'opposer à cette explication.

La frise contient quatre masques; les deux premiers sont tragiques; le troisième est comique, et le quatrième, bien qu'il exprime les pleurs, nous paraît appartenir au même genre.

Hauteur, 1 P. 3 p°. 4 lig.—Largeur, 1 P. 3 p°. 4 lig.


PLANCHE XXVII.

(XXXIX, t. IV de l'Edition royale.)

Le fond de ce tableau, très-altéré, semble représenter la partie du théâtre où s'exerçaient les acteurs, appelée choragium. L'homme assis sur un siége recouvert d'une draperie rouge, bordée de bleu, paraît absorbé dans une profonde méditation. Une tunique à manches courtes, de couleur grise, et un pallium jaune, forment son vêtement. On peut reconnaître en lui le poète ou le directeur de la scène; le personnage qui est entièrement effacé, vient poser près de lui une petite armoire ouverte, à deux battans, et au fond de laquelle on remarque le dessin d'une petite figure; cette armoire rappelle celle qu'on avait coutume d'exposer à l'entrée du théâtre en guise d'annonce, où était représentée la figure du principal acteur, qui donnait son nom la pièce. La femme assise, dont la tête manque aussi, est élégamment drapée d'une tunique bleue et d'un voile rouge; elle tient sur ses genoux un masque comique, et présente à sa compagne un petit rouleau ou volume qui peut être le rôle qu'elle doit remplir.

Hauteur, 1 P. 9 p°.—Larg. 1 P. 7 p°. 6 lig.


PLANCHE XXVIII.

(XL, t. IV de l'Edition royale.)

Ce fragment nous offre encore un sujet scénique. Un jeune homme debout, à demi-vêtu d'une draperie d'un blanc sale, porte un masque tragique, remarquable par une longue chevelure et l'élévation du front. Un autre personnage d'un âge moyen, négligemment drapé d'un manteau d'une couleur jaunâtre, est assis devant lui, et considère le masque avec une attention qui se peint également sur son visage et dans son attitude. On voit près de lui une espèce de chevalet, destiné, sans doute, à poser l'attirail du costume théâtral: il est probable que ce tableau représente des acteurs se préparant paraître sur la scène. La rudesse de leurs traits et la pauvreté de leur costume, rappellent ces histrions que Lucien nous dépeint, reprenant leurs viles dépouilles, après avoir brillé dans la pourpre royale et les riches vêtemens de Priam ou d'Agamemnon.

Hauteur, 1 P. 3 p°. 10 lig.—Larg. 10 p°. 7 lig.


PLANCHE XXIX.

(XLI, t. IV de l'Edition royale.)

Cette peinture, trouvée à Portici en 1761, est une des plus belles de la collection, et se fait remarquer par l'esprit et la sagesse de la composition, par la finesse du coloris, et sur-tout par l'heureux agencement des draperies. On a cru y voir un poète dictant son poëme à la Muse même de la tragédie, l'un des trois princes de la scène tragique, Eschyle, Sophocle ou Euripide. Les portraits antiques de ces deux derniers n'offraient aucune ressemblance avec le personnage du tableau; celui d'Eschyle, qui n'est pas assez connu, n'éloignait aucune application, et l'on s'était arrêté à l'idée que ce poète, qui éleva la tragédie à un grand degré de perfection, était ici l'objet d'une allégorie ingénieuse: cependant Eschyle, suivant le costume de son pays et de son siècle, aurait dû porter la barbe; d'un autre côté, il est bien plus simple de reconnaître, dans ce tableau, un sujet tout-à-fait du même genre que les précédens. La figure assise, le sceptre d'argent à fleuron d'or dans sa main droite, l'épée revêtue du fourreau dans sa gauche, ne sera qu'un acteur remplissant le rôle d'un roi. Une femme est près de lui; un genou en terre et l'autre élevé, elle trace des caractères sur une tablette dressée devant elle; sa tunique, retenue par une ceinture, laisse à découvert son épaule et son bras; ses cheveux sont relevés avec art sur le sommet de la tête; au-dessus de la tablette est un masque tragique: cette femme appartenant à la scène, est, à ce qui paraît probable, dans l'action d'écrire le titre de la tragédie qu'on va jouer, pour l'afficher à la porte du théâtre. Derrière elle est un jeune homme prêtant attention, et qui peut désigner un acteur secondaire, ou l'un des personnages composant la tragédie.

Hauteur, 1 P. 3 p°..—Largeur, 1 P. 1 p°. 3 lig.


PLANCHE XXX.

(XLII, t. IV de l'Edition royale.)

Il est à regretter que cette peinture ait subi une grande altération; trouvée avec la précédente, elle en fait le pendant, et se fait remarquer par une touche délicate et un fini précieux. Le sujet est un concert, ou plutôt la répétition d'un concert qui se fait dans le Choragium. Cette explication se rapproche de celle des tableaux précédens; les personnages sont couronnés de fleurs et richement vêtus. La joueuse de cithare debout a son instrument attaché au bras avec un ruban, en sorte que le mouvement de ses deux mains est libre; elle touche les cordes avec beaucoup de grâce, et de l'archet et des doigts; le joueur de flûte a les joues resserrées par la bandelette, dite capistrum; on voit, sur le devant de sa tunique, cette même pièce de pourpre chamarée d'or, que nous avons remarquée dans la planche XXVI; le mouvement de ses pieds indique qu'ils marquent la mesure. Sur un siége, garni d'un riche coussin, est assise une belle femme, un genou passé sur l'autre, à demi-penchée, tenant un volume ouvert, où quelques lignes obscures indiquent des paroles ou des signes représentant les notes du chant; drapée avec élégance, son épaule reste à nu, ainsi que son bras; le double bracelet, les pendans d'oreille et la chaîne à fibules qui descend sur sa poitrine, sont d'or. Les deux figures d'hommes qu'on voit debout derrière elle, paraissent, par leurs couronnes de lierre, devoir faire partie du chœur, et prendre leur part au concert.

Hauteur, 1 P. 3 p°.—Largeur, 1 P. 9 lig.


PLANCHE XXXI.

(XLIII, t. IV de l'Edition royale.)

Des femmes occupées à leur toilette font le sujet de cet agréable tableau. Sachons gré au désir de plaire du soin de la parure; parmi nous et chez les anciens Romains, une aimable émulation a seule été l'aliment du goût; les Grecs ombrageux à l'excès, sur ces matières délicates, avaient des inspecteurs chargés de veiller, dans toutes les réunions, à la décence et à l'élégance des costumes; mais sans doute les Gynéconomes ces agréables magistrats, avaient rarement occasion d'exercer leur censure. Le goût fixa ses modèles sous leur heureuse administration. La mode puise encore dans ce trésor intarissable; inconstante, légère, artificieuse, elle étale à nos yeux les richesses de l'antiquité, et, tous les jours rajeunie, nous paraît fraîche et nouvelle. Sur une table de forme élégante, repose un objet à demi-effacé, qui paraît être cette cassette précieuse renfermant tout l'arsenal féminin (mundus muliebris). Quelle autre qu'une initiée pourrait nombrer tous ces instrumens qui, sous des noms différens, servaient à l'art de la coiffure, et ces charmes auxiliaires qui variaient, au gré des amans, les couleurs d'une belle, ou le trompaient pour lui plaire! L'adroite esclave qui possédait les secrets de cet art, était la Cosmetis. Celle qui savait rendre les cheveux dociles, en faisant éclater en rosée quelques gouttes d'eau, était la Psecas. La suivante qui coiffe la jeune fille, paraît mériter ce nom; celle-ci est richement vêtue; sous son manteau bleu-céleste, passe une tunique couleur de laque, ornée d'une large broderie; ces garnitures étaient appelées acupictœ, peintes à l'aiguille; leur usage, comme nous l'avons déjà observé, semble être venu de la Phrygie. La belle femme assise avec gravité sur un siége magnifique, est parée avec beaucoup d'élégance; son voile qui descend de la tête, et qu'elle soutient entre ses doigts, est d'une couleur dorée. Son premier habit est d'un tissu blanc, dont la transparence laisse briller sa carnation délicate; son manteau est couleur de laque; d'un bras elle retient contre son sein une jeune fille, dont la draperie élégante est blanche et jaune. C'est sans doute une mère avec ses deux enfans: la noblesse d'un côté; de l'autre, la grâce et l'ingénuité désignent des personnages de distinction dans l'intérieur de leur palais.

Hauteur, 1 P. 2 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 2 lig.


PLANCHE XXXII.

(XLIV, t. IV de l'Edition royale).

Le sujet de cette peinture est très-obscur, et son état de dégradation nous prive peut-être encore de quelques éclaircissemens. Un jeune homme nu, dont un bout de draperie indique la chlamyde héroïque, s'appuie sur un long bâton dans l'attitude d'un homme qui vient d'arriver et qui porte la parole. Il a pour chaussure des semelles lacées avec des cordons; la tête et l'épaule droite sont effacées. Un héros assis sur un trône, entièrement nu, une épée près de lui, l'écoute avec attention. Sur le côté et dans un plan séparé, on aperçoit la partie inférieure d'un cheval; le reste est dégradé. Le sujet du tableau paraît être un message qui a rapport l'histoire héroïque, et rappelle ou la députation des Etoliens à Méléagre, ou les supplications de Patrocle, engageant Achille à reprendre les armes, ou le message relatif à l'entrevue d'Etéocle et de Polynice, sans arguer, en faveur de cette opinion, du Sphinx qui sert d'ornement au trône, rapprochement beaucoup trop recherché pour en faire ici l'application. On sait que ces monstres de la fable étaient le soutien le plus ordinaire des bras de siéges; et celui qui paraît dans ce tableau, n'ayant pas la figure humaine, doit être envisagé plutôt comme un griffon ou comme une chimère, que comme un Sphinx.

Hauteur, 1 P. 2 p°. 3 lig.—Largeur, 1 P. 1 p°. 2 lig.


PLANCHE XXXIII.

(XLV, t. IV l'Edition royale.)

Ces trois bandes ou frises peintes sur un fond noir, faisaient partie d'une décoration d'architecture trouvée à Civita. Le culte de Bacchus, de Cérès et des autres Divinités subalternes, présidant aux travaux rustiques et à la reproduction constante de la nature, avaient, dans la religion des anciens, des rapports qui, souvent, en faisaient confondre les mystères et les cérémonies. C'est ce qu'on peut remarquer particulièrement dans la suite curieuse de figures que nous avons sous les yeux. Le principal caractère qu'on y saisit, est celui des processions bachiques et des fêtes dionysiaques. Les bornes, les colonnes, les Hermès ou Priapes placés de distance en distance, sont les emblêmes des campagnes et des jardins où l'on faisait des processions à certains jours de l'année; c'est aussi l'indication des stations religieuses et la représentation des Divinités, qui, sous différens noms, présidaient aux chemins (Dii viales). L'antique Hermès ou Mercure avait les mêmes attributs que Priape; on l'adorait comme Dieu de la génération sous le même emblême. (PAUSAN. VI, 26. ARTEMIDORE, I, XLVII.) Bacchus recevait les mêmes honneurs. Dans une médaille de Béger, on voit un Bacchus avec un Cippe, où est sculpté le signe ithyphallique; on en portait la représentation dans les pompes du Dieu, et elle tenait la principale place dans la ciste mystique. Dans notre peinture, on remarque d'abord un pasteur, indiqué par le pedum, traînant un bouc à l'autel par les cornes, suivant la description de Virgile (Georg. II, 395); vient une femme en habit talaire portant une corbeille; un autre personnage est assis, couronné et tenant un thyrse; près d'une colonne, une femme debout et inclinée, prête attention à une prêtresse richement drapée, assise par terre et récitant une prière dans le rituel sacré; ensuite est un personnage avec le thyrse, un enfant tenant un vase et un plateau où l'on peut supposer des fruits; au milieu de ces figures, l'Hermès, objet du culte. Dans la seconde bande, un autre Hermès ou Priape, avec le roseau et un bonnet à deux pointes, paraît l'objet de la cérémonie; une vieille femme assise tient une branche; une jeune debout, un flabellum; d'autres figures portent le thyrse, un vase et une offrande. Le but de la cérémonie est plus déterminé dans la troisième frise; l'arbre, la colonne, la table de pierre, indiquent l'autel principal de la campagne; un prêtre majestueux, couronné du lierre avec ses corymbes, fait une libation. Le bouc est traîné à l'autel; deux canephores, une joueuse de flûte, une prêtresse tenant un roseau, avec une verge entourée d'un serpent, complètent la solemnité.

CHAQUE FRISE: Hauteur, 4 p.º 7 lig.—Largeur, 2 P. 9 p.º


PLANCHE XXXIV.

(LII, t. IV de l'Edition royale.)

Ce tableau, d'un goût fantasque, faisait encore partie d'une décoration. La scène paraît se passer devant une grotte et sur une rive favorable aux plaisirs du bain. Une grande voile suspendue à l'arbre qui s'élance du sommet d'un rocher, offre un abri contre les rayons du soleil. Des guirlandes de feuillage décorent la voûte, où l'on voit plusieurs statues, de grandeur inégale, posant sur des tables et sur des soutiens d'une autre espèce. Ce sont probablement les statues des divinités locales de ce rivage; leurs symboles se rapportent à cette explication: l'une d'elles a une corbeille et un bâton recourbé; un peu plus loin, on voit un pedum et un thyrse; les bandelettes qui décorent l'arbre desséché et les deux colonnes, témoignent la piété des habitans. Le sujet principal du tableau paraît être la nymphe ou la jeune fille surprise par une Divinité champêtre. Son attitude exprime la pudeur et son embarras; à demi-nue, elle retient ses vêtemens sur ses genoux. Le Dieu, caractérisé par la couronne de roseaux, le pedum et une peau de panthère, semble la supplier: on peut le considérer avec ces attributs, comme le Dieu du fleuve, ou plutôt comme un Sylvan, divinité rustique de la contrée.

Hauteur, 7 p.º—Largeur, 9 p°.


PLANCHE XXXV.

(LV, t. IV de l'Edition royale.)

Ces petites figures gracieuses, renfermées dans leurs câdres par compartimens et d'autres semblables, décoraient les parois d'une salle découverte dans les fouilles de Gragnano, en 1759. Leur disposition et les ornemens accessoires imitaient l'ensemble d'un pavé en mosaïque; cet art précieux qui, peut-être, a précédé la peinture, lui a souvent fourni des modèles: on peut en juger par le rapport qu'on trouve entre les ouvrages en mosaïques et des peintures du genre de la décoration. C'est ainsi qu'une mosaïque, d'une délicatesse exquise, conservée au Musée royal de Portici, s'est trouvée répétée dans une peinture qui en offre la copie exacte. Les enfans aîlés et les nymphes qu'on voit ici, disposés alternativement, et qui font le sujet de la plupart des mosaïques, dans les tombeaux, les thermes, les salles triclinaires et les basiliques, peuvent être considérés comme les génies des Divinités qui s'intéressent à l'existence des mortels. Le plus souvent ces génies font allusion aux mystères de Bacchus, au culte de Vénus, et à la recherche de toutes sortes de voluptés. Ici, l'un des enfans tient un sceptre, ou peut-être le fût d'un flambeau; un autre une lyre; le troisième paraît figurer une danse. La première nymphe tient l'oiseau de Junon; la seconde un écrin ouvert, et la dernière une sorte de feuille servant d'aspersoir ou d'éventail.

Hauteur, 1 P. 6 p°. 10 lig.—Largeur, 2 P. 3 p°. 6 lig.


PLANCHE XXXVI.

(LXI, t. IV de l'Edition royale.)

Cette peinture, très-altérée, nous offre une scène semblable à celle d'Andromède, délivrée par Persée (voy. planche XIX de ce volume); mais les caractères du Héros libérateur paraissent mieux convenir à Hercule délivrant Hésione, la fille du parjure Laomédon. Les rochers escarpés, les arbres dépouillés rendent le rivage affreux; la princesse est attachée les bras étendus; son libérateur s'avance dans les flots, prêt à frapper le monstre de sa massue. Cette femme qui s'enfuit, est sans doute l'une des compagnes de la belle Troyenne, effrayée l'aspect du monstre suscité par Neptune; peu rassurée dans sa terreur par le secours du Héros, elle jette sur son amie un regard douloureux comme un dernier adieu.

Hauteur, 11 p°. 4 lig.—Largeur, 1 P. 2 p°. 4 lig.


PLANCHE XXXVII.

(LXII, t. IV de l'Edition royale.)

Le tableau précédent a paru nous offrir l'aventure d'Hésione; celui-ci appartient à la même histoire. Il représente ce qui s'était passé auparavant, et il nous retrace le péril de la princesse, comme l'autre nous en a montré la délivrance. Le fond de la scène représente les murs de Troie; derrière s'élève le mont Ida. La princesse nue est conduite à la mer par une matrone, sa mère ou sa nourrice. Hercule, armé de sa massue, lui promet son secours. Télamon, compagnon du Héros dans cette entreprise, s'avance chargé d'un bloc énorme, prêt à écraser le monstre qui paraît sur les flots. Le paysage est peint avec vérité; les figures, d'un coloris incertain, ne paraissent qu'ébauchées.

Hauteur, 11 p°.—Largeur, 10 p°. 8 lig.


PLANCHE XXXVIII.

(LXIII, t. IV de l'Edition royale.)

On ne connaît point de monument antique qui représente l'aventure de Dédale et d'Icare avec autant de précision qu'on le voit ici. L'imprudent jeune homme est étendu sur le rivage de la mer, laquelle il a donné son nom; l'une de ses aîles détachées est à ses pieds; son père le regarde avec douleur en planant dans les airs. Un personnage demi-nu, assis sur un rocher et tenant un long roseau, rappelle ce pêcheur dont Ovide peint avec élégance l'étonnement naïf (liv. VIII, v. 217.) On voit en mer une barque avec deux rameurs; sur un rocher s'élève un petit monument ressemblant à un temple monoptère: il fait, sans doute, allusion à ces monumens qui ornaient, dans les temps anciens, les lieux élevés, et qui étaient consacrés assez ordinairement à Diane, à Mercure, à Vénus, à Pan et à Bacchus. Le masque pourrait annoncer plus particulièrement le culte de ce Dieu.

Hauteur, 1 P.—Largeur, 11 p°. 6 lig.


PLANCHE XXXIX.

(LX, t. IV de l'Edition royale.)

La figure élégante tenant un volume déroulé, est extraite d'une décoration d'un style capricieux. Appuyée contre la porte d'un temple et sous un vestibule, on peut la considérer comme une prêtresse lisant une formule sacrée, ou étudiant un hymne.

Le second sujet représente une caricature qu'on applique facilement à un tableau de l'Enéide; c'est Enée portant son père Anchise, tenant par la main le petit Ascagne, et regardant avec inquiétude si Créüse le suit. Des têtes et des pieds de singe caractérisent ces sortes de figures grotesques; c'est de-l que Martial les a nommées Cercopitheci, singes longues queues; et Pline, Cynocephali, singes têtes de chien. Virgile eut ses détracteurs, et parmi ceux dont les noms se sont attachés à celui de ce grand poète pour arriver jusqu'à nous, on cite le peintre Carvilius, qui écrivit l'Æneidomastix, le fouet de l'Enéide. Ce tableau bizarre prouve que tous les siècles ont leurs mauvais plaisans; on y trouve l'esprit goguenard des caricatures modernes et des poëmes travestis.

Hauteur, 9 p°.—Largeur, 7 p°.


PLANCHE XL.

(I, t. VII de l'Edition royale.)

Pour ne point interrompre l'ordre que nous avons adopté, nous continuons ce volume par les peintures extraites du VIIe volume de l'édition royale.

Celle-ci est une des plus belles et des plus importantes de celles recueillies dans le Musée de Portici. Une femme élégamment drapée d'un manteau violet et d'une tunique jaune transparente, est assise à l'entrée d'un temple, devant l'Hermès d'un Bacchus, qu'elle fixe avec attention pour le peindre. D'une main, elle tient une tablette; de l'autre, le pinceau qu'elle trempe dans sa boîte couleurs, posée sur un tronçon de colonne. Cette boîte paraît conforme à celle décrite par Varron (R. R. III, 17), divisée en petites cases, où sont distribuées les couleurs ou les cires coloriées. On sait que les anciens avaient deux manières de préparer les couleurs; l'une, en les délayant dans l'eau avec de la colle ou de la gomme; l'autre, en les mêlant dans de la cire liquéfiée au feu, et c'est cette manière qu'on nommait encaustique. Selon le témoignage de Pline (XXXV, 11, sect. 41) on connaissait trois manières différentes de peindre dans l'antiquité, qui se réduisaient cependant toutes l'encaustique et à la gouache vernissée avec de la cire. On n'en connut point d'autre jusqu'à la découverte précieuse de la peinture à l'huile, qui, dans le 15e siècle, rendit le nom de Jean-de-Bruges immortel. L'enfant qui place un tableau au pied de l'Hermès, rappelle l'usage où étaient les peintres d'employer les enfans à les servir et à broyer les couleurs. Deux femmes retirées derrière une colonne, semblent observer l'artiste en secret; l'une d'elles, tenant une feuille ou un éventail, soigneusement enveloppée dans ses draperies, est peut-être une convalescente qui a demandé un tableau votif. Nous avons reconnu un Bacchus dans l'Hermès, au long bâton ou thyrse, et au canthare qu'il tient à la main. Comme Bacchus Indien, il est drapé et porte la barbe; cette dernière distinction peut désigner également le Bacchus Brisœus ou le Bacchus Hébon, adoré dans la Campanie, et dont l'image peut, avec vraisemblance, se trouver à Pompéia, où cette peinture fut découverte. Parmi les femmes qui se distinguèrent dans la peinture, Pline fait mention de Lala de Cyzique, qui peignit à Rome et Naples, également habile à manier le pinceau et le stylet, et qui surpassa les peintres de portraits les plus renommés de son temps, par la rapidité de l'exécution. Ce mérite devait compter pour beaucoup dans l'emploi de l'encaustique, et donner aux artistes un grand avantage sur leurs rivaux. On pourrait, sans trop d'invraisemblance, voir dans notre tableau cette femme célèbre.

Hauteur, 1 P. 2 p°.—Largeur, 1 P.


PLANCHE XLI.

(II, t. VII de l'Edition royale.)

L'artiste a réuni dans cette peinture, trouvée Pompéia avec la précédente, la Muse de l'Astronomie et la Déesse qui préside aux sciences et aux arts. Debout contre un pilastre, Uranie indique avec la verge (radius) une sphère céleste où sont figurés les signes du Zodiaque; on distingue le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion et la Vierge. Minerve assise, appuyée du bras gauche sur son bouclier, la tête couverte d'un casque d'acier orné de plumes, l'égide sur la poitrine et armée de sa lance, semble écouter la Muse avec attention. Ce tableau précieux par son exécution, l'est encore en ce qu'il décide la question qui s'est élevée entre les érudits, si les anciens, avant les Antonins, avaient des globes célestes avec les figures du Zodiaque; il confirme l'opinion qui s'appuyait en faveur de l'antiquité de cet usage, d'un passage du poète Alexis (Athen. II, 18, pag. 60) qui, dans la description d'un festin, dit d'un plat en forme de demi-globe céleste, qu'on y voyait représenté ce que le ciel a de plus beau, des poissons, des chevreaux, un scorpion, etc. Petrone fait la description d'un plat semblable dans le festin de Trimalchion (XXXV). Ces sortes de plats, en forme d'hémisphère, se nommaient poli, et il est naturel de croire qu'ils ne tenaient ce nom que de leurs ornemens empruntés des sphères célestes.

Hauteur, 10 p°. 8 lig.—Larg. 8 p°. 6 lig.


PLANCHE XLII.

(VI, t. VII de l'Edition royale.)

Les amours de Mars et de Vénus font le sujet d'un grand nombre de monumens antiques. Ici, par une fantaisie pittoresque, les figures paraissent portées dans les airs. Le Dieu, vêtu de la chlamyde, n'a de son armure que le casque ombragé d'un panache; un Amour, volant à ses côtés, porte son glaive en triomphe. Cythérée tient d'une main un éventail, et de l'autre soutient un voile qui s'élève au-dessus de sa tête, enflé par l'air. Elle est parée d'un collier, de bracelets d'or et de cercles d'or au bas des jambes (periscelides). Un autre Amour, tenant d'une seule main son arc et ses flèches, comme un vainqueur qui n'a plus besoin de ses armes, vole près de Vénus, et semble sourire avec malignité à l'union qui est son ouvrage.

Hauteur, 1 P. 5 p°. 6 lig.—Larg. 1 P. 1 p°. 6 lig.


PLANCHE XLIII.

(XXII, t. VII de l'Edition royale.)

Cette Muse agréablement peinte sur un fond blanc, couronnée de lauriers, le manteau d'une couleur changeante entre le vert et le rouge, les poignets ornés de bracelets, porte pour attributs la massue et un masque d'Hercule jeune, coiffé de la peau du lion. La massue donnée pour attribut à la Muse tragique, est regardée comme faisant, en général, allusion aux Héros des temps les plus reculés. Le masque, ici, semble confirmer l'opinion qu'elle est plus particulièrement relative au fils de Jupiter, dont les actions merveilleuses fournissaient aux tragiques un grand nombre de sujets toujours applaudis. Les anciens n'ont souvent donné aux images de leurs divinités qu'une partie de leurs attributs, quand, par-là, elles se trouvaient assez clairement caractérisées. Parmi les images certaines de la Muse tragique, celles chaussées du cothurne sont très-rares; cependant, la privation de ce principal attribut de la tragédie a, ici, donné lieu à une conjecture qui pourrait être plus ingénieuse que vraie, quoique fondée sur des remarques curieuses: on a pensé que le peintre avait eu l'intention, de donner à la Muse un caractère mixte, en faisant allusion aux tragi-comédies dont Hercule même était le Héros. Les anciens, en effet, lui donnaient deux caractères, l'un sérieux, comme dans les Trachinies de Sophocle, dans l'Hercule furieux, et dans l'Hercule Œteus d'Euripide; l'autre gai ou satyrique, comme dans l'Alceste de ce même poète. Dans les comi-tragédies inventées par Rhinton de Tarente, cité par Athénée (liv. III, pag. 3), les Dieux même paraissaient en bouffons: de ce genre est l'Amphytrion de Plaute, qui, peut-être, n'est qu'une traduction ou une imitation de Rhinton. Ce caractère d'Hercule bouffon, était du reste tellement décidé, que les auteurs comiques s'en emparaient très-souvent: ils en ont fait un personnage vorace et toujours affamé, fugitif et battu, comme dit Aristophane dans la Paix (v. 740 et suiv.). Le Scholiaste du poète remarque que Cratinus donnait le même caractère à Hercule dans ses comédies, et qu'Aristophane le reproduit ainsi dans les Oiseaux (v. 1603 et suivans), dans les Guêpes (v. 60), et ailleurs. Enfin, sans rappeler les exploits qui valurent au Héros ce renom, et le firent appeler Buphage, il suffira de citer, pour dernier trait, le proverbe vulgaire dont on se servait pour presser les convives quand on les menaçait d'un glouton, Hercule est notre hôte.

Hauteur, 1 P. 1 p°.—Largeur, 9 p°. 4 lig.


PLANCHE XLIV.

(XXIV, t. VII de l'Edition royale.)

Après avoir présenté Hercule chez les poètes scéniques sous un caractère peu honorable, nous le voyons reparaître dans ce tableau comme l'un des bienfaiteurs de l'humanité, et méritant cette gloire immortelle qui a suivi son nom. Le Héros avec la peau de lion, armé de son arc et de ses flèches, déploie sa force dans une belle attitude, et fait tomber sous ses coups les oiseaux Stymphalides. Ces oiseaux de proie qui prirent le nom des marais qu'ils infestaient, étaient, suivant Pausanias (VIII, 22) de la grandeur des grues, mais semblables aux ibis, ayant cependant le bec allongé et plus fort. C'est ainsi qu'ils sont représentés dans cette peinture et dans d'autres monumens; ils ressemblent encore par leur blancheur aux ibis qui ont les plumes blanches, excepté à l'extrémité des aîles et de la queue. D'autres Mythologistes en ont fait des autruches. La fable ajoutait que ces oiseaux redoutables avaient des plumes d'acier qu'ils décochaient comme des flèches. Le Dieu du fleuve, Stymphalus, couché sur le devant du tableau, sert encore à préciser le sujet.

Hauteur, 3 P. 6 p°.—Largeur, 7 P. 4 p°.


PLANCHE XLV.

(XXV, t. VII de l'Edition royale.)

Bacchus, assis sur un rocher, présente un vase à une panthère. L'animal familier a la peau blanche et semée de taches verdâtres; les pattes dressées sur les genoux du Dieu, il lèche le vase dont il ne peut atteindre la liqueur. Bacchus sourit en le regardant; le Dieu, les cheveux épars, tenant un long thyrse orné de feuillages et d'un ruban, est à demi-nu, comme on le voit le plus souvent; la draperie suspendue à son bras, est violette, et celle qui est rassemblée sur ses genoux, est rouge. Cette composition est pleine d'agrément.

Hauteur, 1 P. 7 p°. 8 lig.—Largeur, 1 P. 3 p°. 6 lig.


PLANCHE XLVI.

(XXVIII, t. VII de l'Edition royale.)

Le beau Narcisse, dans une attitude négligente et gracieuse, contemple son image dans le miroir d'une fontaine; il est couronné de fleurs; sa draperie qui a glissé sur le rocher, ne cache rien de la délicatesse de ses formes; il s'admire, et l'amour de lui-même le remplit d'une douce satisfaction, amour fatal, suivi d'un vain désir que Vénus ne connaît point et qu'elle ne peut récompenser! Déjà Cupidon désolé renverse son flambeau; le fils de Céphise va bientôt tomber desséché; une fleur funeste prendra sa place et son nom. Craignez, jeune amant, de faire respirer sa dangereuse vapeur à votre amante; mais si la mort vous ravit l'objet de vos amours, alors, seulement cueillez le narcisse, couvrez sa tombe de cette triste fleur, elle est consacrée aux tombeaux.

Hauteur, 1 P. 9 lig.—Largeur, 1 P.


PLANCHE XLVII.

(XXXI, t. VII de l'Edition royale.)

La passion de Narcisse est exprimée, dans ce tableau, avec plus de vivacité encore que dans le précédent. Plaignez-le, jeunes beautés, si ce n'est point lui-même qu'il cherche dans son image. Ecoutez: Narcisse avait une sœur jumelle qu'il aimait uniquement; belle comme lui, une ressemblance parfaite semblait offrir le même modèle en deux êtres différent. Ils s'habillaient l'un comme l'autre, ils allaient ensemble à la chasse, ils ne se quittaient point. Narcisse perdit sa sœur; inconsolable, il s'arrêtait au bord des fontaines, et, trompé par sa propre image, il croyait revoir cette sœur adorée. S'il s'éloignait, son bonheur le fuyait; il ne voulut plus s'écarter de la rive enchanteresse; en vain Echo soupira pour lui; en vain l'Amour voulut, le rappeler dans son empire. Irrité, l'Amour renversa son flambeau, la vie du malheureux Narcisse s'éteignit avec la flamme de l'amour, et une lugubre fleur consacra la mémoire de sa triste aventure.

Hauteur, 1 P. 9 p°.—Largeur, 1 P. 6 p°.


PLANCHE XLVIII.

(XXXII, t. VII de l'Edition royale.)

Dans un lieu sauvage, sous une roche couverte d'un épais feuillage, dort une Bacchante; on voit près d'elle son tympanum; ses cheveux sont couronnés de lierre, et noués sur la tête avec un simple nœud. Un satyre insolent, habitant dangereux des montagnes, la surprend dans son sommeil, et, soulevant légèrement la draperie qui la couvrait, rend le spectateur complice de sa témérité. La couronne de feuilles de pin, que porte ce satyre, pourrait désigner le dieu Pan lui-même, que les poètes dépeignent, tel qu'on le voit ici.

Hauteur, 1 P. 8 p°.—Largeur, 1 P. 4 p°.


PLANCHE XLIX.

(XXXVII, t. VII de l'Edition royale.)

Ces deux figures qui se détachent sur un fond jaune, forment un groupe agréable. Une Bacchante couronnée de pampres, élevant d'une main un cercle de bronze, présente l'autre main à un Faune qui la baise amoureusement. Une draperie violette en dehors et blanche en dedans, voltige autour d'elle, et la laisse à demi-nue. Le Faune, couronné de lierre, porte sur l'épaule un grand vase d'où sort une touffe de vigne et de feuillages. On rencontre dans d'autres monumens, des suivans de Bacchus avec ce même attribut. La peau grisâtre, déchiquetée sur les bords, sert encore à caractériser celui-ci. Sa figure est pleine d'expression; plus respectueux que nous n'avons vu précédemment ceux de son espèce, ce Faune retrace cette première soumission de l'amour qui craint d'effrayer celle dont il désire, dont il attend davantage. C'est ainsi que le peignirent Théocrite et Ovide: «Que je baise ta main, dit Polyphême à Galatée, si tu ne me permets un baiser sur tes lèvres. Le maître des Dieux, enlevant la belle Europe, couvre ses mains de baisers, dit Ovide; douceur dont il jouit en attendant le bonheur qu'il espère; à peine, à peine il contient son amour».

Hauteur, 1 P. 8 p°. 6 lig.—Largeur, 1 P. 2 p°. 8 lig.


PLANCHE L.

(XLV, t. VII de l'Edition royale.)

Une femme debout, tenant une outre, verse du vin dans un vase à deux anses que lui présente un Silène assis. Ce personnage bachique est bien caractérisé par son embonpoint, son front chauve, sa longue barbe, et l'affaissement de son corps, effet de l'ivresse habituelle. Il porte un thyrse entouré de feuillages, et s'appuie du coude sur une espèce de corbeille, d'où sort une draperie verte qui vient retomber sur ses genoux. Cette corbeille est, sans doute, une ciste mystique, attribut qui convient Silène, maître des mystères de Bacchus. La femme n'a rien du caractère d'une Bacchante; la couleur verte de sa draperie semble désigner plus particulièrement une Nymphe: ces Divinités, nourrices de Bacchus, furent aussi ses compagnes, et cette union semble, dans un sens moral, rappeler que le vin doit être très-tempéré par l'eau. Cette peinture, trouvée à Portici, est très-altérée, et les jambes des deux figures sont effacées.

Hauteur, 1 P. 1 p°. 3 lig.—Larg. 11 p°. 5 lig.


PLANCHE LI.

(L., t. VII de l'Edition royale.)

Nous réunissons ici deux tableaux qui décoraient l'intérieur d'une même salle, dans une maison découverte à Civita, tous deux précieux par la délicatesse avec laquelle ils sont traités, et par les sujets qu'ils représentent. Dans le premier, on voit réunis les trois inventeurs de la médecine; Apollon, symbole du soleil qui vivifie la nature, et qui dissipe, par ses rayons, les vapeurs malfaisantes, se montre dans l'attitude du repos, qui lui est si souvent attribuée; il s'appuie sur une longue lyre, posée sur la cortine qui rappelle ici l'union de la médecine et de la divination, toutes deux sœurs et filles d'Apollon, suivant Hippocrate (epist. 2, ad Philopœm.) Vient ensuite le centaure Chiron, qui on attribue les premières connaissances en chirurgie et en botanique, s'appuyant sur un bâton, et tenant d'une main quelques simples. Esculape, inventeur de la médecine clinique, est assis, comme il est le plus souvent représenté; car c'est ainsi qu'on voit le médecin près du lit du malade. La barbe désigne ici l'âge de l'expérience plutôt que la vieillesse. Esculape porte le doigt sur la bouche, en signe de silence; la médecine réside dans les opérations et dans les remèdes, et non dans de vains discours; aussi Virgile l'appelle la science muette (artes mutas. Æn. XII, 395.) Près du Dieu, est une colonne sur laquelle est posé un trépied. C'est probablement l'emblême de la science des pronostics, partie si intéressante de la médecine clinique. Le fond du tableau, assez obscur, est occupé par des arbres et des rochers.

L'autre peinture, qui a souffert quelque altération, nous offre quatre femmes occupées d'une cérémonie bachique.

Chaque sujet.—Hauteur, 1 P. 4 lig.—Largeur, 1 P. 7 p°. 9 lig.


PLANCHE LII.

(LI et XLVI, t. VIII de l'Edition royale.)

Cette charmante figure est peinte avec autant de vérité que de délicatesse. Son attitude est pleine d'aisance, et le doigt entre les lèvres annonce la méditation ou la recherche d'un souvenir; ses cheveux blonds sont retenus dans un voile d'un rouge clair; une ample draperie de la même couleur, très-fine et transparente, l'enveloppe toute entière; par le bas, on voit passer l'habit de dessous, qui est d'une couleur verte. Les pieds nus, assise sur un siége de métal garni d'un coussin, avec un marche-pied, il semble, à l'élégante négligence de sa personne, que l'artiste ait voulu représenter une jeune femme à son lever; et l'on peut supposer que l'objet de la méditation qui l'occupe est la parure du jour. Si l'on voulait une explication plus recherchée, on se rappellerait que, chez les anciens, c'était une opinion reçue, accréditée par Pline (XXVIII, 6.) que les genoux croisés étaient un maléfice; il était défendu de paraître en cette attitude dans les conseils et dans les cérémonies religieuses; en faisant l'application de cette remarque, on verrait dans l'attention et la pose de ce personnage, une intention de malignité. Mais en écartant ces subtilités, on pourra dire, avec plus de vraisemblance, que cette figure représente Mnémosyne, la mère des Muses; l'attitude du recueillement, quelques ressemblances des figures de Polymnie, Muse de la mémoire; enfin, la conformité avec quelques statues anciennes qui ont la même pose, viennent à l'appui de cette opinion. Cette peinture vient des fouilles de Civita. La suivante, trouvée à Pompéia, nous offre un Faune couché par terre et buvant avec le vase dit rhyton; la forme de ce vase est empruntée d'une corne de bœuf dont on se servait primitivement. Quoique privé des attributs ordinaires de son espèce, ce Faune est caractérisé par ses traits rustiques, son nez relevé, son front étroit et ses cheveux touffus.

1er. SUJET.—Hauteur, 1 P. 8 lig.—Largeur, 1 P. 6 p°. 2e. SUJET.—Hauteur, 10 p°. 4 lig.—Largeur, 1 P. 6 p°.