The Project Gutenberg eBook of Capitale de la douleur
Title: Capitale de la douleur
Author: Paul Éluard
Release date: June 12, 2022 [eBook #68297]
Most recently updated: October 18, 2024
Language: French
Original publication: France: Librairie Gallimard, 1926
Credits: Laura Natal Rodrigues (Images generously made available by Hathi Trust Digital Library.)
PAUL ELUARD
CAPITALE
DE LA DOULEUR
RÉPÉTITIONS—MOURIR DE NE PAS MOURIR
LES PETITS JUSTES—NOUVEAUX POÈMES
Quatrième édition
nrf
PARIS
Librairie Gallimard
ÉDITIONS DE LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE
3, Rue De Grenelle (VIme)
TABLE DE MATIÈRES
MAX ERNST
SUITE
MANIE
L'INVENTION
PLUS PRÈS DE NOUS
PORTE OUVERTE
SUITE
LA PAROLE
LA RIVIÈRE
L'OMBRE AUX SOUPIRS
NUL
POÈMES
LIMITE
LES MOUTONS
L'UNIQUE
LA VIE
NUL
INTÉRIEUR
À CÔTÉ
À CÔTÉ
L'IMPATIENT
SANS MUSIQUE
LUIRE
LA GRANDE MAISON INHABITABLE
LA MORT DANS LA CONVERSATION
RAISON DE PLUS
LESQUELS?
RUBANS
L'AMI
VOLONTAIREMENT
À LA MINUTE
PARFAIT
RONDE
CE N'EST PAS LA POÉSIE QUI
ŒIL DE SOURD
L'ÉGALITÉ DES SEXES
AU CŒUR DE MON AMOUR
POUR SE PRENDRE AU PIÈGE
L'AMOUREUSE
LE SOURD ET L'AVEUGLE
L'HABITUDE
DANS LA DANSE
LE JEU DE CONSTRUCTION
ENTRE AUTRES
GIORGIO DE CHIRICO
BOUCHE USÉE
DANS LE CYLINDRE DES TRIBULATIONS
DENISE DISAIT AUX MERVEILLES
LA BÉNÉDICTION
LA MALÉDICTION
SILENCE DE L'ÉVANGILE
SANS RANCUNE
CELLE QUI N'A PAS LA PAROLE
NUDITÉ DE LA VÉRITÉ
PERSPECTIVE
TA FOI
MASCHA RIAIT AUX ANGES
SUR LA MAISON DU RIRE
POURQUOI SUIS-JE SI BELLE?
AVEC TES YEUX
UNE COULEUR MADAME
À FAIRE RIRE LA CERTAINE
LE MONSTRE DE LA FUITE
LA NATURE S'EST PRISE
ELLE SE REFUSE TOUJOURS
SUR CE CIEL DÉLABRÉ
INCONNUE
LES HOMMES QUI CHANGENT
NE PLUS PARTAGER
ABSENCES I
ABSENCES II
FIN DES CIRCONSTANCES
BAIGNEUSE DU CLAIR AU SOMBRE
PABLO PICASSO
PREMIÈRE DU MONDE
SOUS LA MENACE ROUGE
CACHÉE
L'AS DE TRÈFLE
À LA FLAMME DES FOUETS
À LA FLAMME DES FOUETS
BOIRE
ANDRÉ MASSON
PAUL KLEE
LES GERTRUDE HOFFMANN GIRLS
PARIS PENDANT LA GUERRE
L'ICÔNE AÉRÉE
LE DIAMANT
L'HIVER SUR LA PRAIRIE
GRANDES CONSPIRATRICES
LEURS YEUX TOUJOURS PURS
MAX ERNST
UNE
LE PLUS JEUNE
AU HASARD
L'ABSOLUE NÉCESSITÉ
ENTRE PEU D'AUTRES
REVENIR DANS UNE VILLE
GEORGES BRAQUE
DANS LA BRUME
LES NOMS
LA NUIT
ARP
JOAN MIRO
JOUR DE TOUT
L'IMAGE D'HOMME
LE MIROIR D'UN MOMENT
TA CHEVELURE D'ORANGES
LES LUMIÈRES DICTÉES
TA BOUCHE AUX LÈVRES D'OR
ELLE EST
LE GRAND JOUR
LA COURBE DE TES YEUX
CELLE DE TOUJOURS, TOUTE
RÉPÉTITIONS
MAX ERNST
Tourne autour de la virginité d'une petite robe
Dans un coin le ciel délivré
Aux épines de l'orage laisse des boules blanches.
On attend les poissons d'angoisse.
Dans un coin la voiture de verdure de l'été
Immobile glorieuse et pour toujours.
Des lampes allumées très tard
La première montre ses seins qui tuent des insectes rouges.
SUITE
Pour vivre aisément des goûts des couleurs
Pour se régaler des amours pour rire
Pour ouvrir les yeux au dernier instant
MANIE
Pendant lesquelles le monde était aussi transparent qu'une aiguille
Roucouler s'agit-il d'autre chose?
Après avoir rivalisé rendu grâces et dilapidé le trésor
Plus d'une lèvre rouge avec un point rouge
Et plus d'une jambe blanche avec un pied blanc
Où nous croyons-nous donc?
L'INVENTION
Toutes les transformations sont possibles.
La description du paysage importe peu,
Tout juste l'agréable durée des moissons.
Comme l'eau et le feu.
Le désespoir a rompu tous ses liens
Et porte les mains à sa tête.
Un sept, un quatre, un deux, un un.
Cent femmes dans la rue
Que je ne verrai plus.
L'art d'aimer, l'art libéral, l'art de bien mourir, l'art de penser, l'art incohérent, l'art de fumer, l'art de jouir, l'art du moyen-âge, l'art décoratif, l'art de raisonner, l'art de bien raisonner, l'art poétique, l'art mécanique, l'art érotique, l'art d'être grand-père, l'art de la danse, l'art de voir, l'art d'agrément, l'art de caresser, l'art japonais, l'art de jouer, l'art de manger, l'art de torturer.
Je n'ai pourtant jamais trouvé ce que j'écris dans ce que j'aime.
PLUS PRÈS DE NOUS
Et tout trouver tout ramasser
Délivrance et richesse
Courir si vite que le fil casse
Au bruit que fait un grand oiseau
Un drapeau toujours dépassé.
PORTE OUVERTE
Venez à moi, si je vais à vous c'est un jeu,
Les anges des bouquets dont les fleurs changent de couleur.
SUITE
Un amour dans la bouche, un bel oiseau dans les cheveux,
Parée comme les champs, les bois, les routes et la mer,
Belle et parée comme le tour du monde.
Parmi les branches de fumée et tous les fruits du vent,
Jambes de pierre aux bas de sable,
Prise à la taille, à tous les muscles de rivière,
Et le dernier souci sur un visage transformé.
LA PAROLE
Je glisse sur le toit des vents
Je glisse sur le toit des mers
Je suis devenue sentimentale
Je ne connais plus le conducteur
Je ne bouge plus soie sur les glaces
Je suis malade fleurs et cailloux
J'aime le plus chinois aux nues
J'aime la plus nue aux écarts d'oiseau
Je suis vieille mais ici je suis belle
Et l'ombre qui descend des fenêtres profondes
Épargne chaque soir le cœur noir de mes yeux.
LA RIVIÈRE
L'eau qu'on n'imagine pas, mon petit bateau,
Et, les rideaux baissés, parlons.
L'OMBRE AUX SOUPIRS
Petite, tiède, cœur à l'air.
L'amour de prestidigitateur,
Ciel lourd des mains, éclairs des veines,
Pris dans sa traîne de pavés,
Il lâche le dernier oiseau
De son auréole d'hier—
Dans chaque puits, un seul serpent.
NUL
Ce qui se dit: J'ai traversé la rue pour ne plus être au soleil. Il fait trop chaud, même à l'ombre. Il y a la rue, quatre étages et ma fenêtre au soleil. Une casquette sur la tête, une casquette à la main, il vient me serrer la main. Voulez-vous ne pas crier comme ça, c'est de la folie!
Des aveugles invisibles préparent les linges du sommeil. La nuit, la lune et leur cœur se poursuivent.
À son tour un cri: «l'empreinte, l'empreinte, je ne vois plus l'empreinte. À la fin, je ne puis plus compter sur vous!»
POÈMES
Sourire et rire, rire et douceur d'outre-sens.
Vaincu, vainqueur et lumineux, pur comme un ange,
Haut vers le ciel, avec les arbres.
Et qui ne peut, couchée au pied de la colline.
Et que le ciel soit misérable ou transparent
On ne peut la voir sans l'aimer.
Les fleurs sont desséchées, les graines sont perdues,
La canicule attend les grandes gelées blanches.
Une musique, bras blancs tout nus.
Les vents et les oiseaux s'unissent—le ciel change.
LIMITE
Aux petits amateurs de rivières tournantes
Où promenade pour noyade
Nous irons sans plaisir
Nous irons ramer
Dans le cou des eaux
LES MOUTONS
Ferme les jardins de la rue
L'intelligence et la hardiesse
L'ennui et la tranquillité
Ces tristes soirs à tout moment
Le verre et la porte vitrée
Confortable et sensible
Légère et l'arbre à fruits
L'arbre à fleurs l'arbre à fruits
Fuient.
L'UNIQUE
Une petite boule de neige couleur d'œil
Elle avait sur les épaules
Une tache de silence une tache de rose
Couvercle de son auréole
Ses mains et des arcs souples et chanteurs
Brisaient la lumière
LA VIE
Qui sortent de leur cachette
Quand elle sort elle dort.
Chaque saison plus nue
Plus fraîche
Elle se balance.
NUL
Il pose un oiseau sur la table et ferme les volets. Il se coiffe, ses cheveux dans ses mains sont plus doux qu'un oiseau.
Elle dit l'avenir. Et je suis chargé de le vérifier.
Le cœur meurtri, l'âme endolorie, les mains brisées, les cheveux blancs, les prisonniers, l'eau tout entière est sur moi comme une plaie à nu.
INTÉRIEUR
Le peintre et son modèle
Prendront la fuite.
Ou moins de malheurs
J'aperçois une statue
Une médaille vernie
Pour le plus grand ennui.
À CÔTÉ
Lampes je suis plus près de vous que la lumière.
Un papillon l'oiseau d'habitude
Roue brisée de ma fatigue
De bonne humeur place
Signal vide et signal
À l'éventail d'horloge.
À CÔTÉ
Signal vide et signal à l'éventail d'horloge
Aux caresses unies d'une main sur le ciel
Aux oiseaux entr'ouvrant le livre des aveugles
Et d'une aile après l'autre entre cette heure et l'autre
Dessinant l'horizon faisant tourner les ombres
Qui limitent le monde quand j'ai les yeux baissés.
L'IMPATIENT
Qu'il inscrit ses nombres à l'envers
Et s'endort.
Et n'a jamais trouvé,
Cherché les idées roses des quinze ans à peine,
Ri sans le savoir, sans un compliment
Aux jeunesses du temps.
De ce qui passait à côté
L'autre jour,
Les mains à terre,
Sous un nuage.
Aux beaux jours d'Août sans défaillances,
La caressante embrassait Pair, les joues de sa compagne,
Fermait les yeux
Et comme les feuilles le soir
Se perdait à l'horizon.
SANS MUSIQUE
Je suis vraiment en colère de parler seul
Et ma parole
Éveille des erreurs,
LUIRE
Miel d'aube, soleil en fleurs,
Coureur tenant encore par un fil au dormeur
(Nœud par intelligences)
Et le jetant sur son épaule:
«Il n'a jamais été plus neuf,
Il n'a jamais été si lourd.»
Usure, il sera plus léger,
Utile.
Clair soleil d'été avec:
Sa chaleur, sa douceur, sa tranquillité
Et, vite,
Les porteurs de fleurs en l'air touchent de la terre.
LA GRANDE MAISON INHABITABLE
Que ses membres traversent
Elle vit d'un monde ébloui.
Attend là comme les récoltes
La chute sur les rives.
Les yeux plus grands ouverts sous le vent de ses mains
Elle imagine que l'horizon a pour elle dénoué sa ceinture.
LA MORT DANS LA CONVERSATION
La bonne et la mauvaise
La belle imaginable
Gymnastique à l'infini
Dépassant en mouvements
Les couleurs et les baisers
Les grands gestes la nuit.
RAISON DE PLUS
L'air sur un tour moitié passé, moitié brillant,
Faites entrer les enfants,
Tous les saluts, tous les baisers, tous les remerciements.
Son rire est toujours différent,
C'est un plaisir, c'est un désir, c'est un tourment,
C'est une folle, c'est la fleur, une créole qui passe.
Je suis bien laid.
Au temps des soins, des neiges, herbes en soins,
Neiges en foule,
Au temps en heures fixes,
Des souples satins des statues.
Le temple est devenu fontaine
Et la main remplace le cœur.
sûr du lendemain.
LESQUELS?
Et pendant qu'elle est gaie
Allons nous habiller et nous déshabiller.
RUBANS
L'alarme matérielle où, sans excuse, apparaît la douleur future.
C'est bien: presque insensible. C'est un signe de plus de dignité.
Aucun étonnement, une femme ou un gracieux enfant de toile fine et de paille, idées de grandeur, Leurs yeux se sont levés plus tôt que le soleil.
Les sacrifiés font un geste qui ne dit rien parmi la dentelle de tous les autres gestes, imaginaires, à cinq ou six, vers le lieu de repos où il n'y a personne.
Constaté qu'ils se sont réfugiés dans les branches nues d'une politesse désespérée, d'une couronne taillée à coups de vent.
Prendre, cordes de la vie. Pouviez-vous prendre plus de libertés?
De petits instruments,
Et les mains qui pétrissent un ballon pour le faire éclater, pour que le sang de l'homme lui jaillisse au visage.
Et les ailes qui sont attachées comme la terre et la mer.
L'AMI
Si le soleil passait,
Si tu bouges.
Dans le tunnel.
«Au temps des étincelles
On débouchait la lumière.»
La bien belle peinture.
L'épreuve, s'entendre.
L'espoir des cantharides
Est un bien bel espoir.
VOLONTAIREMENT
Aujourd'hui pour oublier,
Le mois prochain pour dessiner,
Les coins de rue, les allées à perte de vue.
Je les imite pour m'étendre
Dans une nuit profonde et large de mon âge.
À LA MINUTE
Comme tu le vois.
Espérons
Et
Espérons
Adieu
Ne t'avise pas
Que les yeux
Comme tu le vois
Le jour et la nuit ont bien réussi.
Je le regarde je le vois.
PARFAIT
Transperce les feuilles les fleurs
Éclôt dans les fruits
Et comble les ombres.
Tout se déforme et se perd
Tout se brise et disparaît
La mort sans conséquences.
La lumière n'a plus la nature
Ventilateur gourmand étoile de chaleur
Elle abandonne les couleurs
Elle abandonne son visage
Elle est partout semblable et vide.
RONDE
Une femme s'emballe
Frise son ombre avec ses jambes
Et d'elle seule espère les espoirs les plus mystérieux.
Au lieu des chemins assemblés
De la lumière en un point diminuée
Et des mouvements impossibles
La grande porte de la face
Aux plans discutés adoptés
Aux émotions de pensée
Le voyage déguisé et l'arrivée de réconciliation
La vue des pierres précieuses
Le jeu du plus faible en plus fort.