Où avons-nous donc été prendre cette orthographe, Bruxelles?
BUT. (Voyez REMPLIR.)
BUVABLE.
L’auteur du Manuel de la pureté du langage a cru devoir frapper de réprobation l’adjectif buvable. En bonne conscience que peut-on reprocher à cet adjectif? De ne pas tirer son origine du latin, comme la noble expression potable, et d’être un peu familier. Mais quel mal y a-t-il donc que nos Français non-latinistes aient quelques mots qu’ils puissent comprendre facilement, et de plus qu’il y ait des mots pour tous les styles? Presque tous nos dictionnaires, l’Académie en tête, admettent buvable; et nous pensons qu’il fait d’ailleurs si bien le pendant de mangeable que s’il n’existait pas il faudrait l’inventer. Gardons-le donc puisque nous l’avons.
ÇA (AVEC).
| Locut. vic. | Avec ça que je m’ennuie. |
| Locut. corr. | Et puis je m’ennuie. |
Dans le grand nombre d’expressions ridicules que nous entendons dans la conversation, dans celle même de gens instruits, n’oublions pas de placer celle-ci au premier rang. Un auteur assez distingué disait dernièrement: il ne vient pas... je suis d’une impatience! avec ça que je suis pressé! Cet auteur n’aurait-il pas parlé d’une manière tout aussi claire, et surtout bien plus correcte, en disant: je suis si pressé!
CACAPHONIE.
| Locut. vic. | Quelle cacaphonie cela fait! |
| Locut. corr. | Quelle cacophonie cela fait! |
De kakos, mauvais, et phônê, son, on a dû faire cacophonie, et non cacaphonie. Aussi la première de ces deux expressions est-elle seule correcte.
CACHETER, CARRELER, BECQUETER, FICELER.
| Locut. vic. | Je cachte une lettre; on carle ma chambre; cet oiseau vous becqte; fice-le ce paquet. |
| Locut. corr. | Je cachette une lettre; on carrelle ma chambre; cet oiseau vous becquette; ficelle ce paquet. |
Les verbes terminés à l’infinitif par eler, eter, doublent la consonne l ou t devant l’e muet. C’est donc faire des solécismes que de prononcer je cachte, on carle, etc.
CALEMBOURG.
| Orth. vic. | C’est un calembourg. |
| Orth. corr. | C’est un calembour. |
Ce mot nous semble mieux écrit sans g, par la raison que l’on dit un calembourdier d’un homme qui fait des calembours. En écrivant calembourg, il faudrait dire un calembourgiste, expression essayée par Mercier (Néologie), mais qui n’a pas fait fortune. Laveaux écrit calembour et calembourdier.
Pourquoi ne dirait-on pas un calembouriste?
CALONNIÈRE.
| Locut. vic. | L’enfant tenait une calonnière à la main. |
| Locut. corr. | L’enfant tenait une canonnière à la main. |
Le dictionnaire de Trévoux a donné ce mot; il n’est plus aujourd’hui du bon usage.
CALOTTE.
Après la manie d’admettre sans examen et sans choix toutes les expressions nouvelles, parce qu’elles sont employées par le beau monde, nous ne savons rien de plus absurde que de repousser des mots populaires, et très-populaires, il est vrai, mais d’ailleurs très-bons, et qui expriment des idées qu’on ne pourrait rendre que par des périphrases, ou par d’autres mots qui passent pour leurs équivalens, et sont cependant loin de l’être. Nous ne concevons point, par exemple, pourquoi plusieurs de nos grammairiens font difficulté d’adopter le mot calotte pour signifier un coup du plat de la main sur la tête. Le mot soufflet a-t-il la même valeur? Non, certes. C’est bien, il est vrai, le même geste de la part de celui qui frappe; mais le geste du soufflet s’adresse à la joue, celui de la calotte à la partie supérieure de la tête. Il y a donc une différence. Comment alors faudra-t-il dire? Une tape; mais ce mot ne suffit pas, car il signifie seulement un coup de la main. On dira donc une tape sur la tête. Quoi! une périphrase quand on peut n’employer qu’un seul mot! Quelle répugnance soulève contre lui ce pauvre mot! Et cependant que peut-on lui reprocher? D’avoir été longtemps rebuté par les dictionnaires auxquels l’Académie avait donné l’exemple d’un injuste dédain; mais aujourd’hui qu’il a été accueilli dans le dictionnaire des quatre Professeurs, dans celui de M. Raymond, etc., qui n’ont fait en cela que déférer à l’usage général, nous aimons à croire que M. Marle, dans une future édition de ses Omnibus du Langage, ne le mettra plus à l’index comme son synonyme giffle, qu’il a parfaitement raison de chasser de la langue, parce qu’il n’exprime réellement qu’une idée déjà exprimée, et qu’il est par là complètement inutile.
CALVI.
| Locut. vic. | Voici des pommes de Calvi. |
| Locut. corr. | Voici des pommes de Calville. |
Les pommes de Calvi sont des pommes qui viennent de la ville de Calvi, en Corse; mais ces pommes n’ont pas, que nous sachions, plus de renommée que d’autres: aussi n’en parle-t-on pas. C’est uniquement des pommes de Calville qu’il est ici question.
Calville est masculin; voilà de beau calville.
CAMPAGNE.
| Locut. vic. | L’été je vais en campagne. |
| Locut. corr. | L’été je vais à la campagne. |
En campagne est une locution qui exprime un grand mouvement, soit moral, soit physique, mais plus particulièrement encore un mouvement de troupes. Son imagination est en campagne; il se mettra en campagne pour le trouver; nous entrerons en campagne le mois prochain.
CANGRÈNE.
| Orth. vic. | La cangrène s’est déclarée. |
| Orth. corr. | La gangrène s’est déclarée. |
Ménage voulait qu’on écrivît et qu’on prononçât cangrène. Ce docte étymologiste savait cependant fort bien que ce mot venait du grec gaggraina; mais comme, de son temps, tout le monde prononçait cangrène, il était guidé dans son opinion par le sage désir de conformer l’orthographe à la prononciation. Nous qui partageons ce désir, nous proposons donc de réformer, non l’orthographe, ce qui ne serait pas chose facile aujourd’hui, parce qu’elle est universellement adoptée, mais la prononciation, contre laquelle protestent l’étymologie et l’usage de bien des gens.
CARRÉ.
| Locut. vic. | Nous demeurons dans la même maison, et sur le même carré. |
| Locut. corr. | Nous demeurons dans la même maison, et sur le même palier. |
L’acception de palier, donnée à tort au mot carré, ne se trouve pas dans nos dictionnaires, et nous ne voyons pas, en vérité, qu’on en ait besoin.
On dit, dans certaines provinces, un pont d’allée pour un palier. Cette expression est aussi repoussée par les lexicographes.
CARREAU.
| Locut. vic. | Il y a deux carreaux cassés à cette fenêtre. |
| Locut. corr. | Il y a deux vitres cassées à cette fenêtre. |
Casser un carreau ne signifie point, comme le croient beaucoup de personnes, casser une vitre. Un carreau est un morceau carré et plat, le plus ordinairement de terre cuite, mais qui pourrait être d’une autre matière; et c’est abusivement qu’on s’en sert pour désigner une vitre, qui peut avoir une autre forme qu’une forme carrée, et qu’il serait conséquemment fort absurde parfois de nommer carreau. Toute personne qui voudra parler correctement devra s’abstenir d’employer carreau pour vitre, même en faisant suivre ce mot du mot vitre, comme le fait le dictionnaire de l’Académie, qui dit un carreau de vitre.
CASTONADE.
| Locut. vic. | Voulez-vous du sucre blanc ou de la castonade? |
| Locut. corr. | Voulez-vous du sucre blanc ou de la cassonade? |
L’Académie, après avoir long-temps balancé entre castonade et cassonade, s’est enfin décidée pour ce dernier mot; et c’est aujourd’hui définitivement le seul avoué, nous ne dirons pas par l’usage général, car son concurrent a un bien plus grand nombre de partisans, mais par le bon usage, qui se trouve, sur ce point, d’accord avec la grammaire.
Le docte Ménage préférait castonade, mais sans blâmer ceux qui disaient cassonade.
CASUEL.
| Locut. vic. | Le verre est casuel. |
| Locut. corr. | Le verre est cassant. |
Cet adjectif, employé dans le sens de fortuit, accidentel, est fort bon: son revenu est casuel; mais dans le sens de fragile, cassant, ce n’est plus qu’un barbarisme.
CAUSER.
| Locut. vic. | Il m’a long-temps causé de ses affaires. |
| Locut. corr. | Il m’a long-temps entretenu de ses affaires. |
Causer, employé comme dans notre phrase d’exemple, est un gasconisme, un provençalisme, etc., un méridionalisme enfin, et non un mot français. Causer veut la préposition avec entre lui et le pronom personnel qui l’accompagne. Il a longtemps causé avec moi de ses affaires.
CAUSETTE.
| Locut. vic. | Leur causette dure bien long-temps! |
| Locut. corr. | Leur causerie dure bien long-temps! |
Causette ne se trouve pas dans les dictionnaires. S’il s’y trouvait, ce ne pourrait être qu’avec la signification de petite cause.
CELUI, CELLE, CEUX, CELLES.
| Locut. vic. | Le dégât est considérable; celui causé par vos gens était moindre. |
| Locut. corr. | Le dégât est considérable; celui qui a été causé (ou le dégât causé) par vos gens était moindre. |
La grammaire et l’usage de nos bons écrivains repoussent également les phrases construites d’une manière analogue à celle que nous avons prise pour exemple. Toute personne qui voudra respecter l’une et l’autre de ces autorités ne devra jamais faire suivre immédiatement d’un participe passé le pronom démonstratif celui, celle, ceux, celles, à moins que ce pronom ne soit suivi de la particule ci, car on dirait fort bien: celui-ci arrivé à sa destination, tandis qu’on ne pourrait pas dire: celui arrivé à sa destination.
«Cet emploi vicieux du pronom et de l’adjectif, dit la Revue encyclopédique à l’occasion de ce vers, est une faute grossière, quoique fort à la mode aujourd’hui.»
(Glossaire génevois.)
Ceux ne doit pas se prononcer ceuse, ni ceusse, mais ceu.
CENT.
| Locut. vic. | Son argent est placé à cinq du cent. | |
| Ortho. vic. | Onze cents treize francs. | |
| Onze cent francs. | ||
| Le conseil des Cinq-Cent. | ||
| Le numéro trois cents. | ||
| Locut. corr. | Son argent est placé à cinq pour cent. | |
| Ortho. corr. | Onze cent treize francs. | |
| Onze cents francs. | ||
| Le conseil des Cinq-Cents. | ||
| Le numéro trois cent. | ||
—«On dit, en matière de commerce et d’intérêt, cinq pour cent, dix pour cent, cent pour cent.» (Acad.) Cinq du cent ne vaut rien, car cela signifie cinq de le cent, et l’on ne peut certainement pas dire le cent de francs, un cent de francs. Mais on dirait correctement je vous donne cinq francs du cent d’œufs, parce qu’on dit le cent d’œufs.
—Cent, placé entre deux noms de nombre, est invariable.
—Cent, placé entre un nom de nombre qui le multiplie et un substantif, est variable.
—Cent, n’étant pas suivi d’un substantif, peut être encore variable, mais il faut alors qu’il exprime un nombre concret. L’hospice des Quinze-Vingts (sous-entendu aveugles).
—Si le nombre était abstrait, cent serait invariable: en l’an quatre cent. C’est comme s’il y avait en l’an quatre centième.
CENT-ET-UN.
| Locut. vic. | Le livre des cent et un. |
| Locut. corr. | Le livre des cent un. |
La raison, l’analogie et l’usage veulent que l’on dise cent un. La raison: car si des mots doivent être courts, ce doit être, sans contredit, les noms de nombre. Destinés à seconder une opération de l’esprit qui se fait habituellement, ou doit se faire, du moins, avec promptitude, ces mots ont besoin de pouvoir être énoncés rapidement.
L’analogie: puisqu’on dit cent deux, cent trois, cent quatre, vingt-un, quarante-un, quatre-vingt-un, quatre-vingt-onze.
Quant à l’usage, nous en appelons à nos lecteurs. Ont-ils jamais entendu prononcer cent et un hommes? Ne dit-on pas cent un hommes?
L’orientaliste Galland a intitulé un de ses ouvrages: les Mille et une Nuits. Voilà probablement ce qui aura induit en erreur l’éditeur du livre des Cent et un. Mais il ne fallait voir là qu’une exception; et ce qui nous paraît le prouver, c’est qu’on écrit mille un francs, deux mille un tonneaux, trois mille un cavaliers.
Prononcez cen-hun, et non cen-tun.
CHACUN.
| Locut. vic. | Ils bâtirent, chacun de son côté, une petite maison. | |
| Ils bâtirent une petite maison, chacun de leur côté. | ||
| Locut. corr. | Ils bâtirent, chacun de leur côté, une petite maison. | |
| Ils bâtirent une petite maison, chacun de son côté. | ||
—Quand chacun est placé avant le régime du verbe, on emploie leur, leurs.
—Quand il est après, on emploie son, sa, ses.
—Quand le verbe n’a pas de régime, on emploie indifféremment leur, leurs, ou son, sa, ses. Tous les juges ont opiné, chacun suivant leurs lumières, ou ses lumières.
CHACUN, CHAQUE.
| Locut. vic. | Il sera payé par chacun an au demandeur. | |
| Ces chapeaux coûtent vingt francs chaque. | ||
| Locut. corr. | Il sera payé chaque année au demandeur. | |
| Ces chapeaux coûtent vingt francs chacun. | ||
Chacun est un pronom; chaque est un adjectif. On ne doit point conséquemment employer le premier de ces deux mots devant un substantif, et le second sans substantif.
CHAIRCUITIER.
| Locut. vic. | C’est un bon chaircuitier. |
| Locut. corr. | C’est un bon charcutier. |
Cette dernière orthographe s’éloigne certainement de l’étymologie; mais c’est la seule qui soit maintenant autorisée par les meilleurs dictionnaires.
CHANGER.
| Locut. vic. | Vous êtes bien mouillé; changez-vous. |
| Locut. corr. | Vous êtes bien mouillé; changez de vêtemens. |
«En certaines provinces, on dit se changer, pour changer de chemise, de linge. C’est un barbarisme.»
(Féraud, Dict. crit.)
L’Académie ne donne aucun exemple de l’emploi de changer comme verbe pronominal, mais elle permet de l’employer comme verbe neutre: j’avais sué, je suis rentré chez moi pour changer.
CHARDONNERET.
| Locut. vic. | L’église de Saint-Nicolas-du-Chardonneret. |
| Locut. corr. | L’église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet. |
«Chardonnet est un diminutif de chardon, et signifie petit chardon; mais il ne se dit qu’en parlant d’une église de Paris qu’on appelle Saint-Nicolas du Chardonnet.» (Dict. de Trévoux.)
CHARTE, CHARTRE.
| Locut. vic. | Consultez la chartre-partie. | |
| On l’a retenu en charte-privée. | ||
| Locut. corr. | Consultez la charte-partie. | |
| On l’a retenu en chartre-privée. | ||
On employait indifféremment autrefois chartre pour prison, et pour acte, contrat. Aujourd’hui la signification de ce mot est restreinte à celle de prison, dans les cas assez rares où l’on s’en sert; et charte se prend toujours pour acte.
De chartre s’est formé chartreux, c’est-à-dire habitant de prison, par allusion au genre de vie austère que commande la règle de saint Bruno.
CHATTE.
| Locut. vic. | Mon pistolet a fait chatte. |
| Locut. corr. | Mon pistolet a fait chac. |
Lorsque l’amorce d’une arme à feu brûle sans que le coup parte, on dit ordinairement qu’elle a fait chatte. Cette expression est certainement très-connue des militaires et des chasseurs; mais il se trouve, nous croyons, parmi eux, bien peu de gens qui en connaissent la véritable orthographe. Nous l’empruntons, telle que nous la donnons ici, au Dictionnaire des Onomatopées de M. Charles Nodier. Chac ne se trouve dans aucun autre dictionnaire; on peut avoir quelque droit de s’en étonner.
CHIANT-LIT.
| Orth. vic. | C’est un chiant-lit. |
| Orth. corr. | C’est un chie-en-lit. |
La première de ces deux orthographes, suivie par M. Girault-Duvivier (Gramm. des Gramm.), nous paraît peu raisonnable; nous préférons la seconde, qui est celle de l’Académie. Ne rirait-on pas de quelqu’un qui écrirait un boutant-train (un mettant-train), au lieu d’un boute-en-train (un met-en-train)?
CHIFFER.
| Locut. vic. | Elle a chiffé sa robe. |
| Locut. corr. | Elle a chiffonné sa robe. |
On dit chiffe pour désigner de la mauvaise étoffe; mais on ne peut pas dire chiffer. Ce mot n’est pas français.
Chiffonner une étoffe, c’est la rendre semblable à un chiffon; c’est-à-dire, sale et fripée.
CHIRURGIE.
| Prononc. vic. | L’art de la chirugie. |
| Prononc. corr. | L’art de la chirurgie. |
Prononcez bien les deux r des mots chirurgie, chirurgical, chirurgique, chirurgien. Ce n’est peut-être pas la prononciation de Paris, où l’on dit pâle pour parle, mais c’est au moins la bonne.
CHLORURE.
| Locut. vic. | Cette chlorure est bonne. |
| Locut. corr. | Ce chlorure est bon. |
L’Académie des sciences fait toujours chlorure masculin, comme perchlorure, et leur racine chlore.
CHOSE.
«C’est le mot le plus souvent employé, et il supplée pour je ne sais combien de mots. Dieu a créé toutes choses; le monde est une chose admirable, etc. C’est pourtant une négligence dans le langage que de s’en servir trop souvent à la place du mot propre. Exemple: tout le monde sait bien que les Chinois n’impriment qu’avec des planches gravées, et qui ne peuvent servir que pour UNE seule CHOSE. (L’abbé Du Bos.) Qu’est-ce qu’imprimer une chose, servir pour une seule chose? Est-ce une expression élégante et correcte? Madame de Sévigné s’en moque. Vous avez l’âme belle. Ce n’est peut-être pas de ces âmes du premier ordre, comme chose, ce Romain (Régulus) qui retourna chez les Carthaginois pour tenir sa parole, sachant bien qu’il y serait mis à mort: mais au-dessous vous pouvez vous vanter d’être du premier rang. M. de Sauvebœuf, rendant compte à M. le Prince d’une négociation pour laquelle il était allé en Espagne, lui disait: CHOSE, CHOSE, le roi d’Espagne m’a dit, etc. (Sév.) Ceux qui ont cette mauvaise habitude le disent des personnes, comme des choses: va dire à chose d’aller chercher la petite chose qui est sur la grande chose. (Féraud.)
CHRÉTIENNETÉ.
| Locut. vic. | Sa conduite affligea la chrétienneté. |
| Locut. corr. | Sa conduite affligea la chrétienté. |
Ce mot doit s’écrire et se prononcer chrétienté, et non chrétienneté, comme l’ont fait quelques auteurs, l’abbé Prévost entr’autres.
CIEL.
| Locut. vic. | Ce peintre fait mal les cieux. | |
| Ces cieux de lit sont trop élevés. | ||
| Le midi de la France est sous un des beaux cieux de l’Europe. | ||
| Locut. corr. | Ce peintre fait mal les ciels. | |
| Ces ciels de lit sont trop élevés. | ||
| Le midi de la France est sous un des beaux ciels de l’Europe. | ||
Ciel ne fait ciels, au pluriel, qu’au figuré; au propre, il fait toujours cieux, et signifie le séjour des bienheureux.
CIGARRE.
| Locut. vic. | Prenez une cigarre. |
| Locut. corr. | Prenez un cigarre. |
Laveaux (Dict. des diff.) fait ce mot féminin. L’usage, et surtout celui des fumeurs, qui sans contredit doit être ici le meilleur, veut le genre masculin. L’étymologie réclame aussi ce dernier genre, car le mot espagnol cigarro, d’où vient cigarre, est masculin. Laveaux fonde son opinion sur ce que la terminaison en arre indique des mots féminins; et bécarre, tintamarre, phare, catarrhe, Ténare, etc., de quel genre sont-ils? Puisqu’il y a au moins cinq mots masculins en arre, ne peut-il donc y en avoir six?
CIRE.
| Locut. vic. | La cire de vos bottes est bien brillante. |
| Locut. corr. | Le cirage de vos bottes est bien brillant. |
La cire peut servir à cirer un parquet, une giberne, etc., mais jamais à cirer des chaussures. C’est du cirage qu’on emploie pour ce dernier usage.
CIVET.
| Locut. vic. | Nous mangeâmes un civet de lièvre. |
| Locut. corr. | Nous mangeâmes un civet, ou du lièvre en civet. |
La signification d’un mot une fois bien établie, pourquoi donner à ce mot un complément qui devient tout-à-fait surabondant? Ainsi, pourquoi dit-on un civet de lièvre, aujourd’hui que la personne le moins au courant du langage culinaire sait fort bien qu’un civet se fait avec un lièvre, et une gibelotte avec un lapin ou un poulet? S’il arrivait cependant qu’on parlât à quelqu’un soupçonné de ne pas connaître cette différence, et qu’on voulût positivement lui faire savoir que c’est bien un lièvre en ragoût, et non rôti, qu’on a mangé, il faudrait dire: nous avons mangé du lièvre en civet. De cette manière, on éviterait au moins le pléonasme.
CLAUDE.
| Prononc. vic. | L’empereur Glaude. |
| Prononc. corr. | L’empereur Claude. |
On ne doit pas prononcer Glaude, comme le remarque M. Charles Nodier. Ce serait imiter les beaux parleurs de province dont il fait mention, et qui ont des segrets, et non pas des secrets.
«Il y a cinquante ans, ajoute-t-il, que Madame Brun imprima dans le Dictionnaire comtois qu’il fallait écrire poumon et prononcer pômon; cette règle n’a pas passé les limites de la province.» (Examen crit. des Dict.)
CLUB.
| Prononc. vic. | Le clob, le cloub des jacobins. |
| Prononc. corr. | Le club des jacobins. |
Voulez-vous parler anglais en français? prononcez cloub, comme le veut Domergue, et comme le font plusieurs personnes; voulez-vous au contraire rester fidèle aux règles de la prononciation française, qui n’a jamais donné à la lettre u le son de ou? prononcez alors club.
COGNER.
| Locut. vic. | Ces deux hommes se cognaient rudement. |
| Locut. corr. | Ces deux hommes se frappaient rudement. |
On dit fort bien cogner un clou, mais on ne peut pas dire cogner quelqu’un. C’est une métaphore de mauvais goût.
COI.
| Locut. vic. | Elle se tint coite. |
| Locut. corr. | Elle se tint coie. |
Laveaux dit que Féraud, en voulant que le féminin de coi soit coie, est dans l’erreur. Laveaux se trompe. La règle de formation du féminin dans les adjectifs demande coie; et l’usage d’aujourd’hui, comme celui d’autrefois, est pour cette dernière orthographe. «Sinon que la partie qui en luy plus est divine soyt coye, tranquille, etc.» (Rabelais, Pantag. liv. III.)
COLAPHANE.
| Locut. vic. | Un morceau de colaphane. |
| Locut. corr. | Un morceau de colophane. |
«Plusieurs disent colophone, et il est ainsi imprimé dans le Dictionnaire de Trévoux, qui met aussi colaphane.
«Il est vrai que, suivant Pline, cette substance résineuse nous a été apportée de Colophone, ville d’Ionie; ainsi, selon les règles, on devrait dire colophone; mais, selon l’usage, qui est plus fort que les règles, il faut dire colophane.
«On ignore pourquoi colaphane est indiqué dans Trévoux; mais si présentement on employait ce mot, il serait bien certainement regardé comme un barbarisme.» (Girault-Duvivier, Gramm. des Gramm.)
COLÈRE.
| Locut. vic. | J’étais colère dans ce moment-là. | |
| Cet homme est naturellement coléreux. | ||
| Locut. corr. | J’étais en colère dans ce moment-là. | |
| Cet homme est naturellement colère. | ||
L’adjectif colère exprime toujours, non un état passager, mais un état permanent de colère. Votre parent est brusque et colère. Coléreux, que l’on emploie quelquefois dans ce sens est un barbarisme.
Il ne faut pas confondre colère avec colérique. Selon Laveaux (Dict. des diff.), le premier adjectif désigne proprement l’habitude, la fréquence des accès; le second, la disposition, la propension, la pente naturelle.
COLORER, COLORIER.
| Locut. vic. | Ce tableau est mal coloré. | |
| Ce vin est très-colorié. | ||
| Locut. corr. | Ce tableau est mal colorié. | |
| Ce vin est très-coloré. | ||
Colorer, c’est donner une couleur naturelle ou artificielle, mais d’une seule teinte, sans dessin, comme dans ces phrases: le soleil colore les fruits, son teint est coloré, colorez cette eau; colorier, c’est apposer avec art des couleurs sur quelque chose, c’est peindre, en un mot. Ainsi un verre coloré est un verre qui a une teinte de couleur quelconque; un verre colorié est un verre qui représente quelque chose en peinture.
Au figuré, on n’emploie que colorer. Tâchez de colorer sa conduite.
COMBIEN.
| Locut. vic. | Le combien du mois est-ce aujourd’hui? | |
| Le combien êtes-vous dans votre compagnie? | ||
| Locut. corr. | Quel est le quantième du mois aujourd’hui? | |
| Le quantième êtes-vous dans votre compagnie? | ||
«Quantième désigne le rang, l’ordre d’une personne ou d’une chose dans un nombre, par rapport au nombre.»
(Dict. de l’Acad.)
COMME QUI DIRAIT.
| Locut. vic. | Il portait sur la tête, comme qui dirait un turban. |
| Locut. corr. | Il portait sur la tête une espèce de turban. |
Que signifie une pareille locution, que l’on peut si facilement remplacer par une expression plus brève, et surtout plus élégante?
COMMISSION.
Nous ne savons pourquoi M. Raymond, dans son Dictionnaire, dit que ce mot ne s’emploie dans le sens d’action commise que dans cette locution péché de commission, que ce lexicographe appelle assez improprement une phrase. Supposons que quelqu’un fasse cette question: y a-t-il quelque omission dans cette page d’écriture? et qu’on veuille répondre qu’il y a une erreur contraire à l’omission, c’est-à-dire qu’il se trouve des mots de plus, comment dira-t-on? On ne trouvera que le mot commission pour rendre cette réponse sans périphrase; car, selon la judicieuse remarque de M. Charles Nodier (Examen critique des Dict.), ce mot n’a pas d’équivalent. C’est donc une absurdité de ne vouloir l’admettre que dans le style ascétique.
CONSENTIR.
| Locut. vic. | Les conditions que nous avons consenties. |
| Locut. corr. | Les conditions auxquelles nous avons consenti, ou que nous avons établies. |
Ce verbe, employé activement, constitue un barbarisme depuis long-temps signalé par nos grammairiens, et que nous trouvons fort souvent en style de palais ou d’administration. Quand M. Boinvilliers a dit: «nos avocats les plus distingués ne disent plus: je consens cette clause, mais à cette clause,» M. Boinvilliers était dans l’erreur. Nos avocats les plus distingués font encore ce barbarisme, et bien d’autres! «Le style du barreau, dit Voltaire, est celui des barbarismes.» (Comm. sur Rodogune.)
CONSÉQUENCE.
| Locut. vic. | La somme est de conséquence. |
| Locut. corr. | La somme est d’importance. |
Plusieurs grammairiens, après avoir blâmé l’emploi de conséquent dans la signification de considérable, important, disent que l’on peut fort bien se servir du mot conséquence pour importance. C’est en vérité se montrer bien peu conséquent, et nous dirons, comme Laveaux (Dict. des difficultés), «que signifient un homme de conséquence, une terre de conséquence, et quel est l’écrivain sensé qui voudrait aujourd’hui employer ces expressions, quoique l’Académie les approuve?» De deux choses l’une: ou conséquent est bon, ou il ne l’est pas. S’il l’est, adoptez conséquence; rien de mieux; l’un vaut l’autre. S’il ne l’est pas, repoussez conséquence; l’un ne vaut pas mieux que l’autre.
CONSÉQUENT.
| Locut. vic. | La somme est conséquente. |
| Locut. corr. | La somme est importante. |
Cet adjectif ne doit jamais être employé dans le sens d’important. Aussi M. Syrieys de Mayrinhac a-t-il excité à la chambre des députés l’hilarité de ses collègues par sa fameuse locution de somme conséquente. Plusieurs années auparavant, M. de Piis avait dit, en parlant de son ouvrage intitulé: l’harmonie imitative de la langue française: «j’aurais déjà donné avis au public que je travaillais à un poème conséquent, etc.» Domergue, en relevant cette faute (Solutions grammaticales), dit avec raison que c’est «annoncer par un barbarisme les beautés de notre idiôme.»
CONSIDÉRABLE.
| Locut. vic. | Il fait un bruit considérable. |
| Locut. corr. | Il fait un grand bruit. |
Nous empruntons à une série d’articles fort curieux intitulés: De quelques mots, de l’époque où ils ont paru, et publiés dans le Cabinet de Lecture de 1832, la remarque suivante, qui nous a paru très judicieuse:
«Tel qui sourit en entendant un homme du peuple parler d’une somme conséquente commet une faute aussi grossière en parlant d’une foule considérable. Le vrai sens de ce mot est: qui mérite d’être pris en considération. Saint-Simon et d’Aguesseau l’emploient toujours dans ce sens: un homme considérable, un argument considérable. (B. E. J. Rathery.)
CONDAMNER.
| Locut. vic. | La cour le condamne en mille francs d’amende. |
| Locut. corr. | La cour le condamne à mille francs d’amende. |
En style judiciaire on dit condamner en, et non condamner à. Nous ne voyons pas, en vérité, pourquoi notre magistrature persiste à vouloir conserver des restes de langage barbare dans les actes qu’elle formule. Serait-ce donc un si grand malheur que tout le monde comprît la justice?
CONSOMMER.
| Locut. vic. | Il a consommé son temps en veilles inutiles. |
| Locut. corr. | Il a consumé son temps en veilles inutiles. |
«Bien des personnes confondent souvent ces deux expressions, consommer et consumer. Ce qui a donné lieu à cette erreur, si je ne me trompe, dit Vaugelas, est que l’un et l’autre emportent avec soi le sens et la signification d’achever, et ils ont cru que ce n’était qu’une même chose. Il y a pourtant une étrange différence entre ces deux sortes d’achever, car consumer achève en détruisant et anéantissant le sujet, et consommer achève en le mettant dans sa dernière perfection. Cet homme a consumé sa jeunesse dans les plaisirs.»