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Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Chapter 252: ÉCHAPPER.
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About This Book

An alphabetical critical dictionary that identifies and explains incorrect or contested French usages, providing corrected forms, concise commentary, and illustrative examples. Designed for readability by non-specialists, it purposely complements denser treatises by focusing on frequently observed faults of grammar, orthography, and idiom and on when popular practice diverges from prescriptive norms. Entries offer quick judgments about acceptability, note instances where official or literary usage differs from common speech, and aim to spare readers long searches by resolving recurrent linguistic doubts. A prefatory essay argues for the importance of solid grammatical knowledge as the foundation of clear expression.

Bon, tant mieux! vous voilà selon notre désir.
(Piron, Métromanie.)
S’il refuse..... (en secret j’en forme le désir.)
(Jouy, Tippo-Saëb.)

il n’existe réellement que onze syllabes pour celui qui les entend prononcer sur nos théâtres.

«Les gens du monde, attentifs seulement à la douceur du son, prononcent desir, desert; les hommes pour qui l’analogie et les règles générales sont d’un grand prix, appuyés de l’autorité de l’Académie, de Lekain, de Voltaire, prononcent désir, désert. Ils trouvent même que l’e aigu est plus propre à peindre, surtout dans désir, ce que le mot signifie.» (Chapsal, Nouv. Dict. gramm.)


DESSUS.

Locut. vic. Il lui est tombé dessus.
Locut. corr. Il est tombé sur lui.

DÉSUÉTUDE.

Pronon. vic. Dézuétude.
Pronon. corr. Dé-suétude.

Féraud veut que le s de ce mot se prononce comme un z; l’Académie est d’un avis contraire, et l’usage est ici pour elle.


DÉTAILLISTE.

Locut. vic. Ce marchand est détailliste.
Locut. corr. Ce marchand est détaillant.

Quelqu’un est détailliste lorsqu’il aime à entrer dans des détails, à s’occuper de minuties; il est détaillant lorsqu’il vend en détail. Telle est la différence établie entre ces deux mots, par les dictionnaires qui les ont recueillis, et qu’un écrivain moderne a méconnue dans cette phrase: «A ce prix il était ajouté, etc., une somme de 5 p. c. pour le profit du marchand en gros, et de 10 p. c. pour le marchand détailliste

(M. Thiers. Hist. de la rév. fr., t. V.)


DÉTEINDRE.

Locut. vic. Ma robe déteint.
Locut. corr. Ma robe se déteint.

Quand ce verbe a pour sujet un nom de chose, comme dans notre exemple, il est pronominal; quand c’est un nom de personne, il est actif. J’ai déteint cette étoffe par maladresse.


DÉVERSER.

Philipon de la Madelaine, et quelques autres grammairiens, prétendent que ce verbe n’est pas français dans le sens de répandre, comme dans cette phrase: Vous déversez le mépris sur d’honnêtes gens. Laveaux est d’un sentiment contraire, puisqu’il l’accueille dans son édition du Dictionnaire de l’Académie (1802) et dans son Dictionnaire des Difficultés de la langue française; et comme cette autorité en vaut bien certainement une autre, nous ne balançons pas à nous ranger de son côté.


DIABLE AU VERT.

Locut. vic. Il m’a fait aller au diable au vert.
Locut. corr. Il m’a fait aller au diable Vauvert.

Saint-Foix (Essais historiques sur Paris) raconte que, sous le règne de saint Louis, des Chartreux, possesseurs à Gentilly d’une très-belle maison qu’ils tenaient de ce prince, et mis en appétit par ce cadeau, s’avisèrent de convoiter le château abandonné de Vauvert, bâti autrefois par le roi Robert dans la rue qu’on nomme aujourd’hui rue d’Enfer, et qu’ils apercevaient de leurs fenêtres. Le demander sans aucune raison valable, c’eût été s’exposer à un refus, même de la part du pieux monarque. Les moines préférèrent employer la ruse; à leur commandement une légion d’esprits peupla le château dont personne n’osa bientôt plus approcher, et, comme on le pense bien, le roi fut, un beau jour, enchanté de trouver près de lui les bons pères, pour se débarrasser de cette maudite propriété qu’ils se chargeaient bravement de disputer aux revenans. Telle est l’origine du diable de Vauvert (ou diable Vauvert, selon Ménage) dont il est si souvent question dans nos auteurs du moyen âge.


DIALECTE.

Locut. vic. C’est une dialecte de la langue grecque.
Locut. corr. C’est un dialecte de la langue grecque.

Richelet, Danet, Restaut, Dumarsais, M. Ch. Nodier, etc., font dialecte féminin; il est masculin selon l’Académie, Ménage, Furetière, les quatre professeurs, Laveaux, etc. On ne manquera pas d’autorités, comme on le voit, en faveur du genre pour lequel on voudra se décider. Toutefois, pour rendre l’option plus facile, nous ferons deux petites remarques. La première, que Dumarsais, tout en préférant le féminin, pour raison d’étymologie, reconnaît formellement que l’usage le plus suivi veut le masculin; la seconde, que M. Ch. Nodier, qui se prononce aussi pour le féminin, ajoute, après avoir fait l’observation que la Méthode grecque de Port-Royal a employé le masculin: en quoi elle est suivie presque universellement. Ne peut-on pas, après ces aveux, regarder le mot dialecte comme masculin, puisque l’usage est notre souverain maître en grammaire?


DIGESTION.

Prononc. vic. Sa digession est bonne.
Prononc. corr. Sa digestion est bonne.

Le t, dans digestion, a le son rude, comme dans gestion, indigestion, congestion.


DINATOIRE.

Locut. vic.   C’est un déjeûner dînatoire.
L’heure dînatoire approche.
 
Locut. corr.   C’est un déjeûner-dîner.
L’heure du dîner approche.

L’adjectif dînatoire se trouve dans l’édition de Laveaux du Dictionnaire de l’Académie (1802). Cela peut lui donner plus de crédit, mais ne le rend certainement pas meilleur; et, à nos yeux, dînatoire sera toujours, malgré cet honorable patronage, un mot boursouflé, et, qui pis est, un mot inutile. Que signifie un déjeûner dînatoire? un déjeûner qui tient beaucoup du dîner, par l’abondance des mets et l’heure où on le fait. Mais, dirons-nous, puisque vous réunissez ces deux repas, le déjeûner et le dîner, réunissez donc aussi les deux noms de ces repas, déjeûner-dîner, et vous aurez de cette manière une expression logique, plus brève et plus agréable à l’oreille que l’autre, et, de plus, autorisée par bon nombre de grammairiens, Laveaux entre autres.—Quant à cette autre locution l’heure dînatoire, nous la remplaçons par l’heure du dîner, et nous n’y perdons rien. Au contraire!


DINER (Voyez DÉJEUNER).


DINDE.

Locut. vic. Nous mangerons un dinde.
Locut. corr. Nous mangerons une dinde.

Le Dictionnaire de Trévoux fait ce substantif masculin. «Un gros dinde qui pèse plus de vingt livres.» Il est généralement reçu aujourd’hui, parmi les personnes qui parlent bien, de n’employer dinde qu’au féminin. L’Académie, Noël et Chapsal se prononcent pour ce genre; mais M. Raymond (Dictionnaire général 1832), veut que dinde soit masculin ou féminin, par ellipse, selon qu’on sous-entend poulet ou poule. A quoi sert, en ce cas, le mot dindon?


DISGRESSION.

Locut. vic. Cette disgression est inutile.
Locut. corr. Cette digression est inutile.

DISPARATE.

Locut. vic. Cela fait un disparate choquant.
Locut. corr. Cela fait une disparate choquante.

Le féminin est adopté pour ce mot par l’Académie, qui, en écrivant à côté: emprunté de l’espagnol, aurait bien dû s’enquérir du genre qu’il avait dans cette langue, afin de ne pas le faire en français d’un genre différent, quand rien ne l’exigeait, pas même la terminaison, et afin de ne pas faire par là une choquante disparate.


DOGESSE.

Le Dictionnaire de Trévoux ne donne pas d’autre mot que celui-ci pour exprimer l’épouse d’un Doge. M. Casimir Delavigne, dans sa tragédie de Marino Faliero, emploie dogaresse. Le premier serait évidemment plus conforme à l’étymologie; mais on conviendra aussi que le second est infiniment plus poétique.

L’Académie et Féraud ne donnent pas de féminin au mot Doge.


DONNER.

Locut. vic. Je vous le donne de six francs.
Locut. corr. Je vous le donne pour six francs.

La faute que nous signalons ici est souvent faite par les marchands. Donner, dans la signification de vendre, ne peut être suivi des prépositions de ni à; c’est la préposition pour qu’il réclame.


DONT.

Locut. vic.   On a remarqué le numéro de la maison dont il sortait.
La maison d’où il sort a fourni des grands hommes.
 
Locut. corr.   On a remarqué le numéro de la maison d’ il sortait.
La maison dont il sort a fourni des grands hommes.

Il faut employer d’ lorsqu’il est question de lieu, et dont dans le cas contraire.


DORÉNAVANT.

Orthog. vic. Dorénavant.
Orthog. corr. Dorenavant.

Cet adverbe est composé des mots de ores en avant, ce qui signifie de maintenant en avant. Ces mots contractés donnent certainement dorenavant (prononcez doran-navant) et non dorénavant, et cependant tous les dictionnaires s’obstinent à accentuer à contretemps cet adverbe. Un peu plus d’étude de notre vieille langue leur eût fait éviter cette erreur, et plusieurs autres encore.


DORMIR.

Locut. vic. Vous avez dormi un bon somme.
Locut. corr. Vous avez fait un bon somme.

Dormir étant un verbe neutre ne peut avoir de régime direct. Il est donc absurde de dire: dormir un somme. On dit bien dormir un jour entier, mais c’est ici une phrase elliptique qui équivaut à dormir (pendant) un jour entier. Dans la phrase dormir un somme on sent bien qu’il n’y a pas d’ellipse.


DOS.

Locut. vic. Liez-lui les mains derrière le dos.
Locut. corr. Liez-lui les mains sur le dos.

Cette manière de parler n’a en sa faveur d’autre autorité que celle d’un mauvais usage; et nous ne concevons réellement pas qu’au lieu de dire avoir les mains sur le dos, ce qui serait correct, on aime mieux dire avoir les mains derrière le dos, ce qui, notons-le bien, ne peut signifier autre chose qu’avoir les mains sur le ventre. Or peut-on faire une faute plus grossière que de dire précisément le contraire de ce qu’on veut exprimer? N’est-ce pas aller tout droit au chaos?


DOUCE (A LA).

Locut. vic. Je vais tout à la douce.
Locut. corr. Je vais tout doucement.

Pour rendre cette locution tout-à-fait triviale, et vraiment digne des tréteaux de Bobêche, il ne manque que fort peu de chose; c’est d’ajouter ces mots: Comme les marchands de cerises. Vous avez de cette manière une de ces agréables plaisanteries qui forment le répertoire des gens auxquels manquent à la fois et l’instruction et l’esprit.


DROITE.

Locut. vic. A droit et à gauche.
Locut. corr. A droite et à gauche.

Le mot droite est ici féminin parce qu’on sous-entend main; ainsi quand on dit: à droite et à gauche, c’est comme si l’on disait: à main droite et à main gauche. Les Espagnols disent comme nous au féminin a la izquierda, a la derecha, parce qu’ils sous-entendent le substantif féminin mano.


DURANT.

Locut. vic.   Je vais sortir durant que vous êtes là.
Elle aura cette fortune sa vie durante.
 
Locut. corr.   Je vais sortir pendant que vous êtes là.
Elle aura cette fortune sa vie durant.

Durant que ne se dit plus.

Durant, dans cette locution, sa vie durant, est préposition, et conséquemment invariable.


ÉBÈNE.

Locut. vic. Cet ébène est très-beau.
Locut. corr. Cette ébène est très-belle.

Ébène a été autrefois masculin: «Indie seulle pourte le noir ébène.» (Rabel., Pantag., liv. IV, ch. LIV.) Mais comme il y a au moins deux siècles qu’il a perdu ce genre pour prendre le genre féminin, nous pensons qu’on doit regarder les vers suivans de Voltaire comme renfermant une faute:

Je vis Martin Fréron, à la mordre attaché,
Consumer de ses dents tout l’ébène ébréché.

ÉBOULER.

Locut. vic. Ce mur s’est éboulé.
Locut. corr. Ce mur s’est écroulé.

(Voyez ÉCROULER.)


ÉCHAFFOURÉE.

Locut. vic. Vos combats n’étaient que des échaffourées.
Locut. corr. Vos combats n’étaient que des échauffourées.

Une échauffourée est une rencontre d’ennemis qui ne font que s’échauffer les uns contre les autres, étymologiquement parlant, sans en venir à se battre. Échaffourée, comme on le voit, est un barbarisme. «Il mettra un terme aux discordes que l’échaffourée d’Aranjuez a fait naître.» (Salvandy.) Lisez échauffourée.


ÉCHANGE.

Locut. vic. Des échanges commerciales.
Locut. corr. Des échanges commerciaux.

Autrefois ce mot était féminin; il est masculin aujourd’hui.


ÉCHAPPER.

Locut. vic.   Malgré sa bonne mémoire, ce mot lui est échappé.
S’il y a offense, c’est malgré moi: ce mot m’a échappé.
 
Locut. corr.   Malgré sa bonne mémoire, ce mot lui a échappé.
S’il y a offense, c’est malgré moi: ce mot m’est échappé.

Ce qu’on a oublié de dire ou de faire est une chose qui a échappé.

Ce qu’on a dit ou fait par inadvertance, par indiscrétion, par mégarde, est une chose qui est échappée.


ÉCHARPE.

Locut. vic. Il a une écharpe dans le pouce.
Locut. corr. Il a une écharde dans le pouce.

Une écharde est un piquant de chardon ou un petit éclat de bois qui entre dans la chair.

Il ne faut pas dire: j’ai les mains tout écharpées pour rendre cette phrase: j’ai les mains remplies d’échardes, car des mains écharpées sont des mains couvertes de coupures faites par un instrument tranchant, et non de piqûres produites par des échardes.


ÉCHEC.

Prononc. vic. Jouer aux échés.
Prononc. corr. Jouer aux écheks.

Nous conseillons de donner au c du mot échec, au pluriel, le même son qu’il a dans le même mot au singulier, c’est-à-dire un son rude. Dans cette phrase: le ministère a éprouvé de rudes échecs, il n’est personne qui voulût prononcer échés et non écheks, car il serait presque certain de ne pas être compris. Pourquoi, en ce cas, prononcerait-on ailleurs autrement, sous prétexte que l’acception n’est plus la même? Ce serait renouveler la ridicule prétention de ces grammairiens qui voulaient qu’on prononçât agneau, en parlant de l’animal vivant, et aneau, en parlant de sa chair dépecée, un quartier d’aneau. (Réfl. sur l’usage prés. de la lang. fr.) Le temps a fait justice de cette absurdité, comme il le fera des autres.


ÉCHIGNER.

Locut. vic. On l’a échigné.
Locut. corr. On l’a échiné.

C’est-à-dire: on lui a rompu l’échine ou épine dorsale. On a dit autrefois échigner, maintenant c’est une faute.


ÉCLAIRER.

Locut. vic. Éclairez à ces messieurs.
Locut. corr. Éclairez ces messieurs.

Éclairer, dans le sens propre d’apporter de la lumière, doit-il avoir un nom de personne en régime direct ou en régime indirect? Cette question n’est pas encore décidée; mais comme plusieurs grammairiens distingués se sont prononcés pour le régime direct, que l’usage est bien établi en sa faveur, qu’aucune bonne raison ne peut d’ailleurs nous engager à préférer le régime indirect, et que ce dernier régime a même un caractère d’étrangeté qui choque fortement, nous pensons qu’il vaut mieux dire: éclairez monsieur, que éclairez à monsieur, «Si l’on doit dire éclairez à monsieur, parce que, dans le vrai, on n’éclaire pas monsieur, mais le lieu par où monsieur passe, il faudra donc dire aussi, par la même raison, le jour éclairait encore à ces malfaiteurs; car, dans le vrai, le jour n’éclairait pas les malfaiteurs, mais le lieu où ils se trouvaient. Il faudrait dire aussi cette lampe n’éclaire pas assez à cette ouvrière, ce que l’on ne dit pas. Il est certain que, malgré la décision de l’Académie, et les efforts de quelques grammairiens pour la maintenir, on dit généralement éclairez monsieur, et non pas éclairez à monsieur

(Laveaux, Dict. des diff.)


ÉCŒURER.

Les dictionnaires les plus récens qui nous donnent beaucoup de mots tout-à-fait inutiles, auraient bien dû se montrer moins oublieux ou moins sévères à l’égard du verbe écœurer, dont notre langue nous paraît avoir besoin. Il ne suffît pas pour écarter un mot de dire qu’il n’est pas français, comme on le fait trop souvent; il faut en démontrer les vices, s’il en a, et c’est ce qu’on n’a pas fait. Un mot qui n’est pas français cette année peut l’être l’année prochaine, comme l’a dit Balzac quelque part, surtout si ce mot ne choque ni les convenances du goût, ni celles de la grammaire. Je suis écœuré, signifie littéralement le cœur me manque ou on m’ôte le cœur.—C’est principalement sous la forme active que le verbe écœurer devient d’une grande utilité. Dans cette phrase: cette odeur m’écœure, comment rendre l’idée exprimée par écœurer d’une manière plus expressive et surtout plus laconique? Serait-ce en disant: cette odeur me fait mal au cœur, ou cette odeur me soulève le cœur?


ÉCRITOIRE.

Locut. vic. Cet écritoire est fort élégant.
Locut. corr. Cette écritoire est fort élégante.

On confond souvent écritoire avec encrier, et l’on a tort. Il y a, entre ces deux mots, une différence de signification que le Dictionnaire de l’Académie établit de cette manière.

Écritoire, s. f., ce qui contient ou renferme les choses nécessaires pour écrire, encre, papier, plume, canif, etc.

Encrier, s. m., petit vase où l’on met de l’encre.


ÉCROULER.

Locut. vic. La terre s’écroula sous leurs pieds.
Locut. corr. La terre s’éboula sous leurs pieds.

L’Académie ne paraît pas s’être doutée de la différence qui, selon nos meilleurs grammairiens, existe entre les verbes s’ébouler et s’écrouler, puisqu’elle a accueilli, dans son Dictionnaire, des phrases d’exemple telles que celles-ci: le rempart s’éboule; cette muraille s’est éboulée, etc., la terre s’écroula sous leurs pieds. Dans les deux premières phrases, il fallait employer le verbe écrouler, et le verbe ébouler dans la troisième. Roubaud va nous en donner la raison. «L’idée commune de ces mots, dit-il, est de tomber en ruines, en s’affaissant et en roulant. S’ébouler est, à la lettre, tomber en roulant comme une boule. S’écrouler, est tomber, en roulant, avec précipitation et fracas.

«Une butte s’éboule en se partageant par mottes, qui tombent en roulant sur elles-mêmes comme des boules. Un rocher s’écroule en se brisant et roulant dans sa chûte impétueusement et avec fracas. Les sables s’éboulent, les édifices s’écroulent. Un bastion de terre sablonneuse s’éboulera de lui-même: il faudra du canon pour qu’un bastion solide et revêtu s’écroule.

«Celui qui creuse sous terre court risque d’y être enseveli par des éboulemens. Celui qui bâtit sur des fondemens trop faibles court risque d’être écrasé par l’écroulement de sa maison.» (Synonymes.)


ÉCURER (Voyez CURER).


ÉDUCATION.

Locut. vic. Il n’a pas assez d’éducation pour lire Homère en grec.
Locut. corr. Il n’a pas assez d’instruction pour lire Homère en grec.

Rien n’est plus commun que de confondre éducation avec instruction, et rien n’est plus ridicule. L’éducation comporte l’instruction, mais l’instruction ne comporte pas l’éducation, car bien certainement un savant qui, par sa conduite, blesserait de justes convenances de la société, pourrait être traité d’homme sans éducation sans qu’on pût raisonnablement le nommer un homme sans instruction. Les dictionnaires qui expliquent éducation par instruction et instruction par éducation, ont donc évidemment tort.


ÉDUQUER.

Voici un verbe banni de notre langue écrite par presque tous les grammairiens qui, nous l’avouerons avec peine, ne font pas en cette circonstance preuve de beaucoup de raisonnement. Le caprice ne doit pas diriger un homme éclairé comme il dirige l’usage, et cependant tout nous prouve que le caprice seul a pu faire dédaigner un mot que nous proclamerons, nous, nécessaire, parce qu’il exprime une idée qu’aucun autre verbe ne pourrait rendre exactement. Éduquer et instruire ont effectivement la même différence de signification que celle que nous avons fait remarquer entre les mots éducation et instruction, et nous ne voyons pas pourquoi le premier de ces substantifs serait privé de verbe quand le second en a un. Nous engageons donc nos lecteurs à ne pas se montrer plus scrupuleux sur l’emploi de ce verbe que plusieurs de nos bons auteurs, parmi lesquels figure en première ligne le correct et élégant Buffon.

«M. de la Brosse..... ne dit pas si le nègre les avait éduqués.» (Tom. XVIII, les Orangs-Outangs.)

Très-jeune et très-joli blondin
Qu’éduquait un enfant d’Ignace.
(Rhulière, Poésies.)

EFFILER.

Locut. vic. Votre couteau est bien effilé.
Locut. corr. Votre couteau est bien affilé.

Effiler, c’est défaire un tissu fil à fil, et aussi rendre long et délié, proprement et figurément, comme un fil; affiler, c’est donner le fil à un instrument coupant. On effile un morceau de toile pour en faire de la charpie; on effile un bâton par un bout pour en faire un pieu; on affile un couteau pour découper. On peut dire correctement aussi un couteau effilé, mais il doit être alors question d’un couteau long et mince. Dans ce cas on considère l’aspect du couteau entier, tandis qu’en disant un couteau affilé on ne fait plus attention qu’à une qualité de la lame.

Dans cette phrase: son nez petit, mais affilé, etc. (Gaz. des Trib., 12 juin 1833), c’est effilé qu’il faut.


ÉGALISER.

Malgré l’anathème lancé jadis par Voltaire et dernièrement par M. Ch. Nodier, sur ce mot qu’ils traitent tous les deux de barbarisme, nous persistons avec Trévoux, Restaut, Roubaud, Laveaux, Rivarol, Boiste, etc., à le trouver bon et même nécessaire. Égaler, dit le Dictionnaire de l’Académie (1802), se dit des grandeurs morales; égaliser, des grandeurs physiques. L’amour égale les hommes; on égalise un chemin raboteux. M. Laveaux ne croit pas que la décision sans fondement de Voltaire suffise pour faire proscrire ce mot. Il est d’ailleurs dans la langue depuis fort long-temps, puisque le Dictionnaire de Trévoux lui donne l’épithète de vieux. Ce prétendu barbarisme se réduit donc à un archaïsme.


ÉGAYER.

Orth. vic. Égayez ce cheval, ce linge.
Orth. corr. Aiguayez ce cheval, ce linge.

L’Académie écrit égayer et aigayer; l’Académie, selon nous, a tort de laisser ses lecteurs libres de faire un choix, qui peut souvent n’être pas fort éclairé, entre deux orthographes dont l’une est évidemment vicieuse. Aiguayer signifie laver, tremper dans l’eau, et vient du substantif aigue (eau), ce qui en détermine l’orthographe d’une manière positive.


ÉGRAFIGNER.

Locut. vic. Sa figure est tout égrafignée.
Locut. corr. Sa figure est tout égratignée.

On disait autrefois égrafigner.

Tousiours le chardon et l’ortie
Puisse esgrafigner son tombeau.
(Ronsard, Epitaphes.)

On dit maintenant égratigner.


ÉLÈVE.

Ce mot, dans sa signification d’éducation des animaux, n’a été accueilli par aucun de nos dictionnaires même des plus récens. On le trouve cependant assez fréquemment employé aujourd’hui par de bons auteurs, et, comme nous ne voyons pas de mot qui puisse le remplacer, nous ne pouvons nous empêcher de blâmer les dictionnaires de leur dédain ou de leur oubli. M. Ch. Dupin a dit: Chaptal cultiva cette plante (la betterave) dans un vaste territoire, établit ses ateliers pour la fabrication du sucre dans le château de Chanteloup, fit marcher de front ses travaux avec tous les perfectionnemens agricoles, avec l’élève d’un troupeau de 1200 mérinos à laine superfine, etc. (Disc. sur la tombe de Chaptal, 1er août 1832). On lit aussi, dans le Journal du Commerce (1er février 1832): Les encouragemens qu’on peut donner à l’élève des chevaux, etc.

Il reste à déterminer maintenant le genre de ce substantif. Nous pensons qu’étant pour ainsi dire un abrégé du mot élèvement, il doit être masculin.


ÉLEVER.

Locut. vic. Elle éleva ses yeux au ciel.
Locut. corr. Elle leva ses yeux au ciel.

«On lève, dit Girard (Synonymes), en dressant ou en mettant debout. On élève, en plaçant dans un lieu, dans un ordre éminent.»

On lève la tête, les mains, un bâton, un pont-levis, un étendard, etc. On élève un mur, la voix, le style, le cœur, l’âme, l’esprit, etc.

L’Académie permet de dire indifféremment: le vent, la tempête, l’orage, etc., se lève ou s’élève, Nous croyons plus conforme à l’usage d’employer élever dans ces locutions.


ÉLEXIR.

Locut. vic. Voici de l’élexir de Garus.
Locut. corr. Voici de l’élixir de Garus.

Ce serait élexir qu’on devrait dire d’après l’étymologie donnée par le Dictionnaire de Trévoux; alecsiro est, dit-il, un mot arabe qui signifie extraction artificielle de quelque essence.


EMBARBOUILLER.

Locut. vic. Comme sa figure est embarbouillée.
Locut. corr. Comme sa figure est barbouillée.

Embarbouiller n’est pas français, et nous ne croyons pas qu’il l’ait jamais été.


EMBARRAS.

Locut. vic.   Il fait bien son embarras.
Ce n’est pas l’embarras, je peux bien y aller.
 
Locut. corr.   Il fait bien l’important.
Au surplus, je peux bien y aller.

De ces deux mauvaises locutions, la première est la seule dont l’emploi puisse être toléré dans le langage familier, mais en y faisant un changement. Ainsi, au lieu de dire: il fait bien son embarras, dites: il fait bien de l’embarras, et vous aurez pour vous le Dictionnaire de l’Académie. Quant à la seconde ce n’est pas l’embarras, elle est complètement mauvaise et doit toujours être repoussée.


EMBAUCHOIRS.

Locut. vic. Ces embauchoirs sont trop petits.
Locut. corr. Ces embouchoirs sont trop petits.

L’Académie écrit embouchoirs et ambouchoirs. Cette dernière orthographe ne nous paraissant nullement justifiée, nous nous en tenons à la première.


EMBÊTER.

Locut. vic. Cela m’embête.
Locut. corr. Cela m’assomme.

Embêter est certainement une expression qui, dans la signification que nous venons de rapporter, est de la plus grande trivialité, et ne saurait être recueillie par nos dictionnaires, qui peuvent d’ailleurs nous offrir à sa place beaucoup d’équivalens; mais nous pensons qu’il est certains cas où embêter devient un mot très-bon, qui ne peut même être remplacé par aucun autre. Qu’un homme se trouve au milieu d’un grand nombre de bêtes, cet homme n’est-il réellement pas embêté? comme il serait encanaillé, s’il était entouré de canaille, enfariné, s’il était couvert de farine? etc. Pourquoi nos lexicographes ne nous donneraient-ils pas embêter dans ce sens-là?


EMBROUILLAMINI.

Locut. vic. C’est un embrouillamini à ne plus s’y reconnaître.
Locut. corr. C’est un brouillamini à ne plus s’y reconnaître.

Le mot brouillamini nous semble être de longueur à pouvoir très-bien se passer d’allonge. C’est au reste une chose assez remarquable que le penchant des personnes illettrées pour l’augmentation des syllabes d’un mot: rébarbaratif, cesser, écosse de pois, embarbouiller, etc., en fournissent des preuves. Cela remplit mieux la bouche et produit plus d’effet.

Voltaire s’est à tort servi de ce mot: «Il y a au troisième acte un embrouillamini qui me déplaît.» (Correspond. générale.)


ÉMÉLIE.

Prononc. vic. Émélie.
Prononc. corr. Émilie.

Quoiqu’on ait dit qu’il n’y a pas d’orthographe pour les noms propres, ce qui ne peut s’appliquer rigoureusement qu’aux noms patronimiques, et à certains noms géographiques peu connus, nous ferons remarquer en passant qu’il est fort incorrect d’écrire et de prononcer Émélie, comme on le fait quelquefois. Émilie vient d’Émile; il est inutile d’en dire davantage pour indiquer la véritable orthographe de ce nom.


ÉMINENT.

Locut. vic. Vous voilà en péril éminent.
Locut. corr. Vous voilà en péril imminent.

Éminent signifie haut, élevé, excellent; imminent signifie qui menace. Lequel de ces adjectifs doit modifier le substantif péril? C’est évidemment imminent.

L’Académie permet, il est vrai, de dire péril éminent. Nous ne voyons dans cette approbation donnée à un non-sens qu’une preuve de distraction de la part de l’Académie, ou plutôt de condescendance pour l’opinion de Vaugelas, qui a écrit (259e rem.): «J’ai vu un grand personnage qui n’a jamais voulu dire autrement que péril imminent; mais avec le respect qui est dû à sa mémoire, il en est repris non-seulement comme d’un mot qui n’est pas français, mais comme d’une erreur qui n’est pardonnable à qui que ce soit, de vouloir, en matière de langues vivantes, s’opiniastrer pour la raison contre l’usage.» Vaugelas avait dit plus haut: «Il n’est pas possible de concevoir comme on peut donner cette épithète (éminent) au péril.» Conçoit-on une docilité aussi servile pour l’usage? Quoi! vous n’osez pas prendre le parti de la raison contre l’usage! Mais dût-il être seul à commencer, tout grammairien vraiment digne de ce nom doit combattre énergiquement l’usage toutes les fois qu’il est opposé à la raison. L’usage a-t-on dit souvent, est un despote, et si les grammairiens, espèce de législateurs, se rendent ses complices au lieu de lui résister de toute leur puissance, la confusion ne cessera jamais d’exister dans notre langue. Le mot qui nous a donné lieu de faire ces réflexions, nous fait voir combien le sentiment des grammairiens peut avoir d’influence sur l’usage. D’après leur avis, les gens qui parlent bien et qui raisonnent un peu, ne disent plus aujourd’hui que péril imminent, parce qu’ils veulent trouver entre ces deux adjectifs imminent et éminent la même différence que tous nos dictionnaires, celui même de l’Académie, établissent sans exception entre les substantifs imminence et éminence, et en quoi faisant ces dictionnaires nous semblent réfuter eux-mêmes complètement leur opinion sur l’adjonction d’éminent à péril; tant la raison a d’empire!


EMPÊCHER.

Locut. vic. Vous m’empêchez la jouissance du soleil.
Locut. corr. Vous m’empêchez de jouir du soleil.

Le verbe empêcher ne pouvant avoir un nom de personne pour régime indirect, il est évident que le pronom personnel me n’est pas mis pour à moi dans notre phrase d’exemple; son rôle est ici celui de régime direct; mais comme il se trouve un autre régime de même nature dans la phrase, la jouissance du soleil, et que la grammaire s’oppose formellement à l’emploi de deux régimes directs par le même verbe, il faut changer le second en régime indirect, et c’est ce que nous avons fait.


EMPLATRE.

Locut. vic. L’emplâtre n’est pas chaude.
Locut. corr. L’emplâtre n’est pas chaud.

S’il est plus utile que le substantif emplâtre soit du genre masculin que du genre féminin, on saura que la gloire d’avoir établi ce dernier genre est due particulièrement aux médecins. Du temps de Nicod (16e siècle) il était masculin; du temps de Ménage (17e siècle) il était féminin; mais les médecins, comme nous l’avons dit tout à l’heure, prétendirent que l’on devait faire une distinction entre la matière pharmaceutique de l’emplâtre et le morceau de peau, de linge, etc., sur lequel s’étendait cette matière, et réclamèrent le masculin pour ce dernier cas. La question ainsi divisée procura une victoire complète aux médecins, qui, après avoir obtenu gain de cause partiellement, finirent par mettre emplâtre en possession du genre masculin, dont il jouit maintenant sans autre opposition que celle des gens ignares.


EMPOISONNER.

Locut. vic. Ces gens-là empoisonnent l’ail.
Locut. corr. Ces gens-là puent l’ail.

L’emploi du verbe empoisonner, dans notre phrase d’exemple, est tout-à-fait absurde, car on n’empoisonne pas l’ail, dans le sens d’y mettre du poison. On ne dit pas conséquemment ici ce qu’on veut dire, savoir: que ces gens-là empoisonnent leurs voisins par leurs exhalaisons d’ail, et voilà le vice de l’expression.

Empoisonner peut cependant recevoir la signification de puer; mais il est alors verbe actif employé neutralement. Cet égout empoisonne, sous-entendez l’air.


EMPUANTER.

Locut. vic. Cette odeur a empuanté mes vêtemens.
Locut. corr. Cette odeur a empuanti mes vêtemens.

Un journal disait il y a quelque temps: «La voirie de Montfaucon empuante l’air de plusieurs villages qui l’avoisinent.» Il fallait empuantit l’air, etc.


EN.

Locut. vic. Cette essence fait en aller les taches.
Locut. corr. Cette essence enlève les taches.

On ne peut pas employer le verbe aller, précédé du relatif en, sans y joindre le pronom personnel. Vous l’avez fait en aller est donc une phrase vicieuse. Il faut dire vous l’avez fait s’en aller.


ENCHIFERNER.

Locut. vic. Il est tout enchiferné.
Locut. corr. Il est tout enchifrené.

Prononcez aussi enchifrenement et non enchifernement.


ENCLUME.

Locut. vic. Un lourd enclume.
Locut. corr. Une lourde enclume.

Quelques grammairiens prétendent qu’enclume est masculin; l’Académie le fait féminin. Féraud, Domergue, etc., lui donnent aussi ce genre.


ENCRIER (Voy. ÉCRITOIRE).


ENFONDRER.

Locut. vic. Ce pot est enfondré.
Locut. corr. Ce pot est effondré.

Enfondrer ne se trouve pas dans nos dictionnaires; il appartenait à notre vieux langage, et nous pensons, comme M. Ch. Pougens (Archéologie fr.), qu’il pourrait être utile de le remettre en usage. Mais comme nous avons déjà effondrer pour signifier défoncer, il faudrait ne lui attribuer d’autre signification que celle d’enfoncer, qui est la seule qu’il ait dans cette phrase: «Ce n’est donc pas de merveilles si Plutarque ayant eu tant d’instructions et de maistres esloignez du chemin de la vérité spirituelle, et des prédécesseurs enfondrez en l’abyme d’ignorance, y est demeuré.» (Amyot, Vie de Plutarque.)


ENIVRER (Voy. ENORGUEILLIR).


ENNUYANT.

Locut. vic. Son livre est fort ennuyant.
Locut. corr. Son livre est fort ennuyeux.

«L’adjectif verbal tiré d’un verbe actif indique assez par sa terminaison active, qu’il doit être appliqué à une action, et la terminaison eux indique une qualité inhérente au sujet auquel on l’applique. Ainsi, on pourra dire, selon les circonstances, ennuyant ou ennuyeux des personnes et des choses. Un homme ennuyeux est un homme qui, par sa simplicité, par sa sottise, par l’habitude de bavarder ou d’importuner de toute autre manière, a tout ce qu’il faut pour ennuyer. Un discours ennuyeux est un discours long et diffus, qui, n’ayant ni suite, ni liaison, ni intérêt, ne peut être lu ou entendu sans causer de l’ennui. Un homme ennuyant est un homme qui ennuie actuellement par sa présence, ses discours, ou de quelque autre manière. Un discours ennuyant est un discours qui ennuie actuellement, soit parce qu’il est mal fait, soit parce qu’il est mal débité. Un homme peut être ennuyant sans être ennuyeux, c’est-à-dire qu’il peut, par défaut d’attention ou de jugement, faire des choses qui ennuient, quoiqu’en général il ait toutes les qualités nécessaires pour être agréable, et qu’il le soit ordinairement.» (Laveaux, Dict. des difficultés.)

L’épithète d’ennuyant appliquée à quelqu’un est un mauvais compliment; celle d’ennuyeux est presque une insulte.


ENORGUEILLIR.

Prononc. vic. Vous êtes é-norgueilli.
Prononc. corr. Vous êtes en-orgueilli.

Dans les mots composés commençant par en, suivi d’une voyelle ou d’un h muet, si le prépositif est é, comme dans les mots énerver, énombrer, énumérer, il faut prononcer é-nerver, é-nombrer, é-numérer; mais lorsque le prépositif est en, il est nécessaire de conserver à cette syllabe la prononciation qu’elle aurait si elle était isolée. Enamourer, enivrer, enorgueillir, enhuiler, ennoblir doivent en conséquence se prononcer en-amouré, en-ivrer, en-orgueillir, en-huiler, en-noblir. La prononciation de ce dernier mot par a, anoblir, indiquée par M. Laveaux, ne saurait être admise, car elle manquerait à-la-fois aux lois de l’étymologie et de l’analogie, et de plus confondrait dans la prononciation les deux verbes anoblir et ennoblir. L’Académie veut, avec raison, que l’on donne à la première syllabe d’ennoblir le son nasal de en dans ennui.


EN OUTRE DE.

Locut. vic. En outre de cela.
Locut. corr. Outre cela.

En outre de est une expression justement repoussée par la grammaire et par l’usage, car il est très-facile, comme on vient de le voir, de la remplacer par un seul mot, sans que le discours y perde nullement.


ENSUITE DE.

Locut. vic. Ensuite de cela nous partîmes.
Locut. corr. Après cela nous partîmes.

Cette manière de parler n’est jamais usitée par nos bons écrivains modernes, et du temps de Vaugelas elle était déjà bannie du beau style.


ENVIRONS (AUX).

Locut. vic. Aux environs de la Saint-Martin.
Locut. corr. Vers la Saint-Martin.

Cette préposition n’est usitée, en bon langage, que devant un nom de lieu: Il y a de beaux sites aux environs de cette ville. La phrase suivante de Saint-Foix (Essais hist.): La fête des fous qui se célébrait aux environs de Noël, renferme une faute; l’emploi de la préposition aux environs pour la préposition vers.


ÉPIGRAPHE.

Locut. vic. Cet épigraphe est bien court.
Locut. corr. Cette épigraphe est bien courte.