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Dictionnaire critique et raisonné du langage vicieux ou réputé vicieux

Chapter 604: OBSERVER.
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About This Book

An alphabetical critical dictionary that identifies and explains incorrect or contested French usages, providing corrected forms, concise commentary, and illustrative examples. Designed for readability by non-specialists, it purposely complements denser treatises by focusing on frequently observed faults of grammar, orthography, and idiom and on when popular practice diverges from prescriptive norms. Entries offer quick judgments about acceptability, note instances where official or literary usage differs from common speech, and aim to spare readers long searches by resolving recurrent linguistic doubts. A prefatory essay argues for the importance of solid grammatical knowledge as the foundation of clear expression.

Ce jour vint le Roy à Vernueil,
Où il fut reçu à grand joie
Du peuple joyeux à merveil,
Et criant Noël par la voye.
(Martial de Paris.)

«Il est certain que, l’an 1631, époque de sa mort, la rivière arrêta son cours la veille de la Noël, ce qui, dit-on, présage immanquablement la mort des rois de Suède.» (Mémoires de Christine, t. I.)

Il fallait: la veille de Noël.


NOGAT.

Locut. vic. Comment trouvez-vous ce nogat blanc?
Locut. corr. Comment trouvez-vous ce nougat blanc?

Si l’on en croit le méridional abbé Féraud, nougat est un mot du patois provençal. Ce sont les beaux parleurs d’Aix ou de Marseille qui ont créé nogat, et ont prétendu nous le donner pour un mot français. Voyez la présomption! Faites du patois, Messieurs du pays d’Oc; c’est à nous, gens du pays d’Oil, qu’il appartient de faire du français. Et avec votre patois encore, quand cela nous plaît.

«Du noga, composé avec des noisettes, des pignons de pin, des pistaches et du miel de Narbonne.» (Bérenger, Soirées provençales.)

Lisez nougat.


NONANTE voyez SEPTANTE.


NOUVEAU.

Pourquoi un auteur se croit-il toujours obligé d’ajouter l’épithète de nouveau à l’ouvrage qu’il publie sur un sujet déjà traité, soit par lui, soit par un autre? Le lecteur, en faisant le rapprochement de la date du livre avec le moment où il lit ce livre, ne voit-il pas tout de suite s’il est réellement nouveau? et s’il ne l’est pas, croit-on que le titre puisse lui en imposer? Que nous fait aujourd’hui que Bouhours ait intitulé un volume de remarques sur la langue: Nouvelles remarques, etc. Le millésime du livre est l’acte de naissance qui dépose de l’âge de ce ci-devant jeune homme qui, avec son siècle et demi d’existence, ose afficher la prétention d’être toujours jeune. Il y a donc ici ridicule, mais il y a au moins bonne foi. En est-il de même des œuvres de musique qui ne portent jamais de date (ce dont on peut avoir quelque sujet de s’étonner) et qui se parent si souvent du titre de nouveaux? Que dites-vous, par exemple, d’une sonate nouvelle de Rameau? Supposez un homme qui ne connaisse pas ce célèbre musicien, et vous le verrez acheter, sur la foi d’un titre trompeur, du vieux pour du neuf. N’y a-t-il pas là évidemment du charlatanisme?


NOYAU.

Prononc. vic. No-iau.
Prononc. corr. Noi-iau.

NOYÉ.

Locut. vic. Secours aux noyés.
Locut. corr. Secours aux noyans.

«Secours aux noyés est une expression reçue, mais une expression vicieuse. En effet, un noyé est un homme mort dans l’eau, un cadavre; et certes les secours ne sont pas pour les cadavres. On aurait dû dire: secours aux noyans, comme on dit: secours aux mourans. Secours aux noyés est aussi absurde que le serait secours aux morts.» (Marle, Précis d’Orthologie.)


NU.

Orth. vic.   On l’a trouvé nue tête et nus pieds.
Il a ce bien en nue propriété.
 
Orth. corr.   On l’a trouvé nu-tête et nu-pieds.
Il a ce bien en nu-propriété.

L’adjectif nu est variable pour le substantif qui le précède, et invariable pour celui qui le suit.

Nu doit toujours être joint par un trait d’union au substantif devant lequel il est placé.


NUMÉRO.

Locut. vic. Paris, 97, rue Richelieu.
Locut. corr. Paris, rue Richelieu, no 97.

Imiter, et même imiter fort bien ce qui est fort bon, n’est pas faire œuvre de génie; mais imiter ce qui est mauvais, c’est assurément faire œuvre de sot, et c’est précisément cette œuvre de sot que nous faisons, lorsque nous énonçons dans une adresse, à la manière des Anglais, d’abord le nom de la ville, puis le numéro de la maison, et enfin le nom de la rue. Il nous a toujours paru plus logique (et, malgré la mode, nous conservons aujourd’hui la même opinion) de commencer par désigner la ville, ensuite la rue, et en dernier lieu le numéro, parce que c’est réellement dans cet ordre que se trouve l’importance relative de ces indications. Bien certainement, lorsqu’il s’agit de trouver quelqu’un, la première chose à savoir, c’est le lieu qu’il habite; la seconde, le nom de la rue où il demeure, et le numéro de la maison est d’une importance si petite, qu’on parviendrait souvent, sans le connaître, au but de ses recherches.

La mode peut être bonne pour les habillemens, et encore seulement pour les habillemens de femmes, mais de grâce gardons-nous bien de la laisser se mêler de notre langue qui a déjà bien assez de caprices sans cela.—Numéro doit prendre un s au pluriel. C’est là le sentiment de l’Académie.


OASIS.

Locut. vic. Nous trouvâmes enfin un oasis.
Locut. corr. Nous trouvâmes enfin une oasis.

Les Dictionnaires qui donnent le mot oasis (et celui de l’Académie de 1802 n’est pas de ce nombre) le font féminin. Cela devait être, d’après l’étymologie arabe. Oasis est aussi féminin en latin: oasis magna, oasis parva. (Dict. géogr. de Vosgien.)

On lit dans Malte-Brun (Traité élémentaire de géogr. t. II, p. 232): «Au milieu de ces mers de sable, apparaissent çà et là, comme des îles, ces verdoyantes oasis, qui offrent au milieu de la plus fatigante stérilité, le contraste consolant de quelques terrains doués de la fertilité la plus riche.»

M. V. Jacquemont (Corresp. sur l’Inde, t. I.) l’a cru masculin: «Nous sommes descendus à l’entrée d’un oasis délicieux.» Il fallait une oasis délicieuse.


OBÉI.

Locut. vic. Ces lois ne sont pas obéies.
Locut. corr. Ces lois ne sont pas observées.

Obéir, quoique verbe neutre, peut être employé passivement, mais seulement lorsqu’il est question de personnes:

Vous êtes obéie,
Vous n’avez plus, Madame, à craindre pour sa vie.
(Racine. Bajazet. Act. III, sc. IV.)

Nous ne croyons pas qu’on trouve dans un bon auteur aucun exemple d’obéi qualifiant un nom de chose. C’est déjà une assez bizarre exception que ce participe puisse qualifier un nom de personne, car obéir est peut-être le seul verbe neutre qui ait un passif.


OBSERVER.

Locut. vic. Je vous observerai qu’il est trop tard.
Locut. corr. Je vous ferai observer qu’il est trop tard.

«On ne trouvera dans aucun bon écrivain, dit M. Ch. Nodier (Examen crit. des Dict.), ce verbe observer avec l’acception que je lui trouve maintenant partout: je vous observe, pour je vous fais remarquer. On observe une chose, on fait observer une chose; mais on n’observe pas une chose à quelqu’un: règle que je ne ferais pas observer, si on l’observait un peu mieux.»

Nous lisons dans M. Guizot (Tr. de Gibbon), «Mais Lucilien... eut l’indiscrétion d’observer à Julien, etc.»

Voici une anecdote sur Domergue qui fera voir combien le solécisme que nous signalons dans cet article paraissait intolérable à ce grammairien. «Un abcès dans la gorge le suffoquait et le retenait au lit. Son médecin s’approche en lui disant: Si vous ne prenez point ce que je vous ordonne, je vous observe que....—Ah! misérable! s’écrie le moribond, transporté d’une sainte colère, n’est-ce pas assez de m’empoisonner par tes remèdes? Faut-il encore qu’à mon dernier moment tu viennes m’assassiner par tes solécismes? Va-t-en!..... à ces mots, prononcés avec impétuosité, l’abcès crève, la gorge se débarrasse, et, grâce au solécisme, le grammairien est rendu à la vie.» (M. Ballin, Manuel des amat. de la langue française.)


OBSTINER.

Locut. vic. Ne m’obstinez pas ce fait-là.
Locut. corr. Ne me soutenez pas ce fait-là.

Obstiner ne s’emploie plus dans le sens de soutenir ni même de contrarier. Ce verbe prend toujours la forme pronominale: il s’obstine à rimer. Cette phrase du grammairien Furetière: «il m’a obstiné que cette nouvelle était vraie» (Dict. univ.), prononcée dans un salon du beau monde, donnerait certainement aujourd’hui, sous le rapport de l’instruction, la plus mince idée de la personne qui ferait un tel emploi du verbe obstiner.

Le Dictionnaire de l’Académie donne cependant obstiner comme verbe actif simple, mais il le désigne comme familier. C’est lui faire encore trop d’honneur. Cette expression n’appartient plus à notre langue.


OCTANTE (voyez SEPTANTE).


ŒUVRE.

Locut. vic. Vous avez fait un œuvre méritoire.
Locut. corr. Vous avez fait une œuvre méritoire.

Œuvre, dans la signification d’action, de production de l’esprit, de banc des marguilliers à l’église, est féminin.

Dans le sens d’ouvrages d’un musicien, d’un graveur, de pierre philosophale (le grand œuvre), il est masculin.

Nos poètes ont souvent donné au mot œuvre, signifiant ouvrage de l’esprit, le genre masculin. C’est une licence.

Sans cela toute fable est un œuvre imparfait.
(Lafontaine, fab. II, liv. 12.)

OFFICE.

Locut. vic. La cuisine est grande, mais l’office est petit.
Locut. corr. La cuisine est grande, mais l’office est petite.

Office est féminin quand il signifie 1o le lieu où l’on prépare tout ce qu’on sert sur la table pour le dessert; 2o les domestiques qui mangent dans ce lieu; 3o l’art de faire, de préparer le dessert. Dans ses autres acceptions il est masculin.


OMBRAGEUX.

Locut. vic. Voyez ce sentier ombrageux.
Locut. corr. Voyez ce sentier ombreux.

Lorsque le mot ombrage signifie défiance, soupçon, son adjectif est ombrageux: «Pygmalion était ombrageux jusque dans les moindres choses» (Fénelon, Tél.); lorsqu’il signifie amas de branches, de feuilles qui donnent de l’ombre, l’adjectif ombreux vient prendre la place d’ombrageux.

Et souvent, des deux bords de nos vallons ombreux,
Ces lits contemporains se répondent entre eux.
(Delille. Trois Règnes. Ch. IV).

OMBRELLE.

Locut. vic. Mon ombrelle est tout neuf.
Locut. corr. Mon ombrelle est toute neuve.

Ombrelle a été autrefois masculin: «Les ombrelles, de quoy, depuis les anciens Romains, l’Italie se sert, chargent plus les bras qu’ils ne deschargent la teste.» (Montaigne, Ess. liv. 3, ch. 9.) Ce mot est aujourd’hui féminin, conformément à son étymologie latine.


OMNIBUS.

Locut. vic. cette omnibus conduit-elle?
Locut. corr. cet omnibus conduit-il?

«Ce nouveau substantif, dit M. Girault-Duvivier (Grammaire des Gramm.), sur le genre duquel on n’est pas encore fixé, nous semble devoir être du masculin, comme le sont en général les mots qui, dérivant du latin, sont masculins ou neutres. Les personnes qui font le mot omnibus féminin invoquent l’ellipse du substantif voiture; mais ce motif suffit-il pour écarter celui que nous donnons? On peut avoir dans l’esprit le mot carrosse aussi bien que le mot voiture


ONDAIN.

Locut. vic. Ce faucheur a fait quatre ondains.
Locut. corr. Ce faucheur a fait quatre andains.

Un andain est une rangée de foin, formée successivement avec la faux, et qu’on n’a pas encore remuée avec la fourche.

Les ondins sont les génies qui habitent les ondes, mythologiquement parlant, bien entendu.

Les étymologistes font venir andain du verbe italien andare, aller, marcher.

Des amateurs de pittoresque croient fort possible que l’expression correcte soit ondain, parce que, disent-ils, les courbes que dessine l’herbe tombant sous le tranchant de la faux, ressemblent assez aux cercles d’une onde agitée.


ONGLE.

Locut. vic. Vos ongles sont trop longues.
Locut. corr. Vos ongles sont trop longs.

Ce substantif est masculin, malgré ce vers de La Fontaine:

Elle sent son ongle maligne.
(Fab. Liv. VI, f. XV).

et malgré Feydel (Rem. sur le Dict. de l’Acad.) qui écrit: ongles fleuries.


ONZE.

Prononc. vic. Il était tonze heures.
Prononc. corr. Il étai onze heures.

L’usage, fixé par l’Académie et nos meilleurs grammairiens, est décidément aujourd’hui en faveur de l’aspiration de l’o dans les mots onze et onzième.


OPUSCULE.

Locut. vic. Cette opuscule est intéressante.
Locut. corr. Cet opuscule est intéressant.

Il y a deux siècles, l’usage voulait que ce mot fût féminin; aujourd’hui il le veut masculin. È sempre bene, à cette petite différence près cependant, que l’usage d’autrefois ne reposait que sur le caprice, et que celui d’aujourd’hui peut se fonder sur l’étymologie.


ORANG-OUTANG.

Prononc. vic. C’est un horan-outang.
Prononc. corr. C’est un noran-goutang.

Buffon (Tome XVIII, édit. 1832), dit toujours l’orang-outang, cet orang-outang, etc. «On pourrait regarder l’orang-outang comme le premier des singes, ou le dernier des hommes.»

Orang-outang est un mot malais qui signifie homme sauvage.


ORANGE (FLEUR D’)

Locut. vic.   Un bouquet de fleur d’orange.
Boire de l’eau de fleur d’orange.
 
Locut. corr.   Un bouquet de fleurs d’oranger.
Boire de l’eau de fleur d’oranger.

Dit-on une fleur de pomme, une fleur de prune, une fleur de cerise? non, car ce sont les pommiers, les pruniers, les cerisiers, qui ont des fleurs, et non les pommes, les prunes, les cerises. L’analogie veut donc que l’on dise une fleur d’oranger, et comme un bouquet est évidemment composé de plusieurs fleurs, nous ajoutons un s au mot fleur dans cette locution: un bouquet de fleurs d’oranger, où l’on fait communément deux fautes, en mettant 1o fleur au singulier, et 2o orange pour oranger. Cette dernière faute se trouve dans le Dict. de l’Académie (1802).—Quant à la liqueur nommée eau de fleur d’orange, on voit qu’il faut aussi écrire eau de fleur d’oranger, puisque cette liqueur est faite avec la fleur de l’oranger, et non avec l’orange. L’Académie dit de l’eau de fleur d’orange, et nous sommes surpris que cette incorrection de langage ait échappé au minutieux et caustique investigateur des erreurs de son Dictionnaire.


ORGE.

Locut. vic. De l’orge nu, perlé, mondé.
Locut. corr. De l’orge nue, perlée, mondée.

L’orge sur pied est du genre féminin, disent les grammaires, voilà de belles orges; l’orge en grains est du genre masculin: Cet orge est beau. Le commerce (dans son almanach du moins), ne se soumet pas à cette distinction, et écrit orge perlée, mondée, etc. Nous l’en félicitons, dans l’intérêt de notre langue, à laquelle on rend certainement un plus grand service en effaçant une exception qu’en la créant.

«On faisait autrefois le mot orge masculin, dit Laveaux (Dict. des diff.); il a plu à l’Académie de le faire féminin, et on l’a fait féminin: de l’orge bien levée, de belles orges. Cependant il est resté masculin dans ces deux phrases: de l’orge mondé, de l’orge perlé. L’Académie aurait pu, et peut-être dû le faire féminin dans ces deux expressions.»

Domergue voulait que le mot orge fût, d’après son étymologie (hordeum), toujours masculin.


ORGUE.

Locut. vic. Voici une belle orgue.
Locut. corr. Voici un bel orgue.

Orgue, d’après son étymologie (organum), doit être masculin, puisque le neutre manque à notre langue.

On lit dans nos grammaires (celles de Wailly, de Sicard, de Noël et Chapsal, de Girault-Duvivier, etc.): «Orgue est masculin au singulier, et féminin au pluriel.»

De sorte que, dans cette phrase: «Nous avons deux orgues expressifs de lui (M. Muller) à l’exposition, et les personnes qui ont entendu celui d’Erard ne trouvent ceux de M. Muller inférieurs en aucune partie» (National, 26 juin 1834); dans cette phrase, disons-nous, il eût fallu, selon la grammaire (la Grammaire scolastique, il est vrai), employer tour à tour le féminin et le masculin, et dire successivement: Deux orgues expressives, celui, celles, en parlant du même instrument. Quel galimathias! Le National avait une option à faire entre la routine et le bon sens: le National s’est déclaré pour le bon sens.


ORTHOGRAPHER.

Locut. vic. Ce mot est mal orthographé.
Locut. corr. Ce mot est mal orthographié.

«Un jour qu’on devait jouer l’Idoménée de Le Mierre, mademoiselle Clairon s’aperçoit que les affiches indiquent Ydoménée avec un Y; fort en colère, elle mande aussitôt l’imprimeur à l’assemblée de la Comédie, et le tance vertement. Celui-ci rejette la faute sur le semainier, dont il assure que la copie porte un Y.—Impossible! dit l’actrice superbe, car il n’y a point de comédien qui ne sache parfaitement ortographer.—Pardon, mademoiselle, reprend l’imprimeur avec un malin sourire, mais il me semble qu’il faut dire orthographier.» (Glossaire génevois.)


OU (LA).

Locut. vic. C’est là où je l’ai vu.
Locut. corr. C’est là que je l’ai vu.

Quand l’adverbe de lieu est précédé de la locution c’est, il faut le faire suivre de que; c’est là que je l’ai vu. Mais quand il n’en est pas précédé, il faut . Je l’ai vu là où vous êtes.

«Là où, dit M. Girault-Duvivier (Grammaire des Gram.), signifiant dans cet endroit (et précédé de l’expression c’est, aurait-il dû ajouter), est unanimement réprouvé. On dit: c’est là que je demeure, et non, c’est là où je demeure, c’est là que je veux aller, et non, c’est là où je veux aller. La raison en est qu’il y aurait deux adverbes où le verbe ne demande qu’une seule modification.»


OUBLI.

Locut. vic. Voulez-vous manger un oubli?
Locut. corr. Voulez-vous manger une oublie?

Les oublies sont cette sorte de pâtisserie mince, croustillante et de figure conique, que les enfans aiment tant.

On disait en vieux français des oublées, et ce mot était aussi féminin.

A grant plenté i ont trovées
Oublées bien envelopées
Dedenz une blanche toaille.
(Roman du Renard. V. 3087.)

OUEST.

Il y a en France deux prononciations bien distinctes des mots ouest, est et sud. L’une est la prononciation générale, que nous ne peindrons pas, parce qu’elle est assez connue; l’autre est la prononciation exceptionnelle en usage parmi les marins, et qui, dans certains noms composés des rumbs de vent, et seulement dans ces noms composés, change ouest en oua, est en et et sud en sur, comme nord-ouest, sud-est, sud-ouest, nord-est qui se prononcent noroua, sué, suroua, nordé. Nous ne pouvons certainement pas engager nos compatriotes à adopter une prononciation tout-à-fait hétéroclite, et nous sommes même loin d’y songer, mais comme il faut hurler avec les loups, les loups de mer bien entendu, nous croyons que toute personne qui sera appelée à exercer quelque autorité sur nos marins, fera fort bien de ne pas trop dédaigner leur manière de prononcer les noms des vents. Il faut songer que si leur prononciation excite de notre part le rire moqueur, la nôtre produit sur eux le même effet; la raison est, il est vrai, pour nous, mais le matelot qui prononce mal, croit aussi l’avoir pour lui, et un nord-ouest prononcé devant lui avec pureté, aura bien certainement pour effet infaillible de lui faire croire que celui qui l’a dit n’est qu’un Parisien; c’est-à-dire ce qu’il y a de plus anti-marin au monde, dans l’opinion des marins. Le passage suivant d’un de nos premiers romanciers maritimes, vient à l’appui de ce que nous venons de dire.

«Au moment où l’acteur chargé du rôle du capitaine Sabord doit dire: Il fallait un vent de nord-est pour nous relever de la côte, le marin de coulisses se trompe, et parle d’un vent de nord-ouest, et en prononçant encore ce dernier terme comme il est écrit. Tanguy, à cette expression qui résonne assez mal à son oreille, semble se réveiller d’un somme, et se met à crier de sa grosse voix d’ancien aide-canonnier: Dis donc un vent de nordais et non pas de norois, espèce de Parisien, puisque la côte court nord et sud! A cette sauvage interruption qui n’amuse qu’une partie du public, le parterre hurle: à la porte le vieux borgne! à la porte!» (Corbière, Les Pilotes de l’Iroise.)


OUÈTE.

Locut. vic. Achetez-moi de la ouète.
Locut. corr. Achetez-moi de la ouate.

On lit dans le Dictionnaire des difficultés, de Laveaux:

«Boileau a dit:

Où sur l’ouate molle éclate le tabis.

«Il est possible que quelques couturières de Paris disent de la ouate ou de la ouète; mais il vaut mieux en ceci imiter Boileau que les couturières.» M. Laveaux est ici dans l’erreur quant à la prononciation du mot ouate. D’autres personnes que des couturières de Paris, M. Girault-Duvivier, Féraud, l’Académie, entre autres, veulent que l’on prononce de la ouate, et cela par déférence pour l’usage, qui depuis long-temps exige l’aspiration de l’o dans le mot ouate, comme dans les mots oui et onze, le oui fatal, le onze du mois.»


OUIE.

Locut. vic. Il a l’ouie fin.
Locut. corr. Il a l’ouie fine.

Ouies, au pluriel, est aussi féminin. Ce poisson a les ouies toutes vermeilles.


OUVRIER.

Locut. vic. Nous ferons cette partie un jour ouvrier.
Locut. corr. Nous ferons cette partie un jour ouvrable.

Un jour ouvrable est un jour où l’on peut ouvrer, c’est-à-dire travailler, ce qui est d’une signification bien plus étendue que cette locution jour ouvrier, qui manque de justesse dans son opposition avec les locutions jour férié, jour de fête, puisqu’elle ne présente à l’esprit que l’idée du travail des ouvriers, et qu’elle oublie celui des marchands, des commis, etc. L’Académie a donné les deux locutions, mais elle paraît préférer jour ouvrable. Le peuple, remarque-t-elle, dit plutôt jour ouvrier. Féraud, qui fait la même observation, préfère aussi jour ouvrable. Mais Bouhours, qui a cru remarquer que le peuple dit jour ouvrable, qui affirme même qu’il n’y a que le peuple qui emploie cette expression, la condamne conséquemment, et prétend que tous les honnêtes gens doivent dire jour ouvrier. C’est que M. le jésuite Bouhours n’estimait guère le peuple sous aucun rapport, comme on peut le voir par le passage suivant tiré de ses Nouvelles remarques sur la langue française. «Le mot peuple se dit quelquefois dans une signification élégante. Il faut être bien peuple pour se laisser éblouir par l’éclat qui environne les grands, c’est-à-dire il faut avoir l’âme bien basse, il faut avoir tous les sentimens du peuple. Mademoiselle de Scudéry a employé ce mot dans un endroit où il a très bonne grâce; car, après avoir dit que ceux en qui on se fie le plus, sont ceux dont on est le plus trompé, et que, pour être sage, il faut toujours se défier des autres et de soi-même, elle ajoute: tout le monde est peuple une fois en sa vie, tout le monde fait des fautes, et tout le monde a tort en quelque rencontre. Après tout, ajoute le P. Bouhours, quoique ces locutions soient belles, il faut s’en servir avec retenue, ou plutôt il ne faut pas les employer si souvent, parce qu’elles ont quelque chose de trop beau. Il faut prendre garde où on les place, et se souvenir toujours que les locutions brillantes et un peu précieuses, ressemblent aux pistoles et aux louis d’or, qui ne sont pas tant d’usage dans le commerce ordinaire que les autres pièces de monnaie.» Jamais insolence de cuistre a-t-elle été poussée plus loin?


PAILLÉ.

Orth. vic. J’aime le vin paillé.
Orth. corr. J’aime le vin paillet.

Du vin paillet est du vin rouge, peu chargé de couleur, et dont la teinte est à peu près celle de la paille.


PAMPHLET.

Locut. vic. Ce pamphlet a sali son auteur.
Locut. corr. Ce libelle a sali son auteur.

«Pamphlet, s. m. Mot anglais qui s’emploie quelquefois dans notre langue, et qui signifie brochure.

«Libelle, s. m. Écrit injurieux.» (Dict. de l’Acad.)


PANTALONS.

Locut. vic. Il venait de mettre ses pantalons.
Locut. corr. Il venait de mettre son pantalon.

Les personnes qui disent des pantalons pour un pantalon s’imaginent sans doute qu’un pantalon est la moitié du vêtement ainsi nommé, la partie qui couvre une jambe. Elles sont dans l’erreur; le pantalon est le vêtement tout entier.


PAQUE.

Orth. vic.   Quand Pâque sera venue.
Nous le ferons à Pâques fleuris.
 
Orth. corr.   Quand Pâques sera venu.
Nous le ferons à Pâques fleuries.

«Paque, s. f. Fête solennelle que les Juifs célébraient tous les ans. La Pâque des Juifs.

«Paques, s. m. La fête que l’Église solennise tous les ans en mémoire de la résurrection de Jésus-Christ. Dès que Pâques est passé.

«On appelle Pâques fleuries le dimanche des Rameaux, et Pâques closes, le dimanche de Quasimodo. Alors Pâques est féminin, et ne se dit qu’au pluriel.» (Dict. de l’Acad.)


PAQUET-BOT.

Locut. vic. Il arrivera par le paquet-bot.
Locut. corr. Il arrivera par le paquebot.

«Paquebot est un mot français; paquet-bot est un barbarisme.» (Feydel, Rem. sur le Dict. de l’Acad.)

Ce barbarisme a été religieusement conservé par les dictionnaires de l’Académie, de Raymond, de Boiste, etc. Il en est apparemment des mots comme des hommes: il faut que chacun vive.


PAR.

Locut. vic. Ceux qui doivent, ou à qui il est dû par M. N...
Locut. corr. Ceux qui doivent à M. N..., ou à qui il doit.

«Quand deux verbes à régimes différens régissent un même nom, il faut que chacun de ces verbes ait son régime à part.

«Les exemples suivans pèchent contre cette règle:

«Je suis un peu trop lourd pour monter ou descendre facilement d’un cabriolet.» (Louis XVIII, Voyage à Bruxelles.)

«En entrant et en sortant d’un salon, chacun se croyait obligé d’aller faire un compliment d’arrivée ou d’adieu à la maîtresse de la maison.» (Genlis, Mém., tom. 5.)

«La porte d’entrée donnait dans cette antichambre, que j’étais obligée de traverser pour entrer ou sortir de chez moi.» (Même tom.)

«Ces fautes (les deux dernières), sont d’autant plus remarquables qu’elles se trouvent dans un volume où l’auteur signale un grand nombre de locutions vicieuses ou de mauvais goût (selon elle) en usage à Paris.» (Glossaire génevois.)


PAR CE QUE.

Locut. vic. Je vois, par ce que vous me dites, qu’on m’a trompé.
Locut. corr. Je vois, par tout ce que vous me dites, qu’on m’a trompé.

«Les rédacteurs de l’article (du Dict. de l’Acad.) sur la préposition par, auraient dû avertir les écrivains qu’il faut toujours éviter de placer les mots ce et que immédiatement après cette préposition. En cela ils auraient suivi une décision, long-temps méditée, de l’Académie elle-même, et imprimée par son ordre, au bas du chapitre des Remarques de Vaugelas, intitulé: PAR CE QUE, en trois mots. Je rapporte cette décision.

«Pour écrire purement et sans équivoque, il ne faut jamais se servir de par ce que que dans le sens de à cause que. Au lieu de dire, je connais par ce que vous me mandez d’un tel, il faut dire: je connais par les choses que vous me mandez d’un tel.

«Je fais cette remarque à l’occasion d’une phrase que je viens de lire au commencement d’une Notice sur la vie du Tasse, attribuée à l’une des meilleures plumes qui nous restent, et placée en tête d’une réimpression de la Jérusalem délivrée, traduite en 1774, par M. L***, déjà célèbre, à cette époque, entre les bons écrivains. Nous sommes trop disposés, dit l’auteur de la Notice, à juger par ce que nous avons sous les yeux, de ce qui s’est passé dans d’autres temps et en d’autres circonstances. La réputation non moins méritée qu’elle est brillante des deux hommes de lettres à qui cette négligence a échappé, autorise suffisamment ma remarque.» (Feydel, Rem. sur le Dict. de l’Acad.)


PAR TROP.

Locut. vic. Il est vraiment par trop caustique.
Locut. corr. Il est vraiment trop caustique.

«Cette façon de parler ne vaut rien; exemple: c’est être par trop scrupuleux; il suffit de dire: c’est être trop scrupuleux, quoique j’avoue que par trop a beaucoup d’emphase et de force pour exprimer l’excès que l’on veut blâmer, mais le bon usage le condamne.» (Rem. posthumes de Vaugelas, 1690.)


PARADOXE.

On croit assez vulgairement dans le monde que ce mot signifie opinion fausse, tandis que sa vraie signification est celle-ci: proposition contraire à l’opinion commune. Il ne faut donc pas dire: le paradoxe a des charmes pour tous les esprits faux, car il est fort possible qu’un paradoxe soit accueilli par les gens qui sont doués de la rectitude de jugement, et repoussé par ceux qui sont privés de cette précieuse qualité. Lorsque Christophe Colomb annonçait l’existence d’un autre monde par-delà l’Atlantique, Christophe Colomb émettait un paradoxe. Galilée aussi en disant: la terre tourne, donnait dans le paradoxe. Et ces deux grands hommes nous ont cependant prouvé la justesse de leurs assertions.

Paradoxe était employé autrefois comme adjectif: «Ces béatitudes, en apparence si paradoxes et si incroyables.» (Bourdaloue.)

On dirait aujourd’hui: si paradoxales.


PARDONNABLE.

Locut. vic. Vous n’êtes point pardonnable.
Locut. corr. Vous n’êtes point excusable.

On ne peut pas dire que quelqu’un est pardonnable. Une faute est pardonnable parce qu’on peut pardonner une faute; le verbe est ici actif. Mais comme on ne peut pas pardonner une personne, mais à une personne, parce que ce verbe devient neutre quand il a pour régime un nom d’être animé, il s’ensuit que cette personne n’est pas pardonnable, et qu’elle ne saurait être pardonnée. On pardonne les choses, on pardonne aux personnes. Cette faute, si commune dans la conversation, a été faite par l’auteur de l’Avant-propos des Œuvres de Cl. Marot (Dondey-Dupré, 1824, 3 vol. in-8.) «Mais lorsque ces pages sont peu nombreuses, l’auteur est plus pardonnable

Ce que nous venons de dire s’applique également à l’adjectif impardonnable. Nous ne concevons pas que Laveaux ait pu être d’un autre sentiment. L’Académie, nos meilleurs grammairiens et la raison, qui plus est, sont contre lui.


PARENT.

Locut. vic. Êtes-vous parent à Lucas.
Locut. corr. Êtes-vous parent de Lucas.

C’est le fils à Blaise, c’est le père à Jean, c’est un parent à Pierre, c’est un ami à Paul, sont des expressions que notre syntaxe désavoue formellement, et qui ne devraient jamais se trouver dans un ouvrage bien écrit. Il faut les laisser à la conversation familière, où elles ne sont même employées que par les gens illettrés. «En 1639, on donna une tragédie de la chûte de Phaéton, dont l’auteur, Tristan l’Ermite de Vozelle, était sans doute parent à François Tristan.» (Dict. hist. et bibliogr., par Peignot, art. Tristan (Fr.).) Lisez parent de.


PARFAIT (AU).

Locut. vic. Elle se porte au parfait.
Locut. corr. Elle se porte parfaitement.

«Faire une chose au parfait est une expression qui s’est introduite dans la langue par abus. Vous ne trouverez dans aucun auteur du siècle de Louis XIV, dit Voltaire, que Rigault ait peint les portraits au parfait.» (Laveaux, Dict. des diff.)


PARIER.

Locut. vic. Je parie que cela ne soit pas.
Locut. corr. Je parie que cela n’est pas.

Le verbe parier ne doit pas être suivi d’un subjonctif, comme le croient généralement les méridionaux, à moins qu’il ne soit employé avec une négation, je ne parie pas qu’il ait dit cela.


PARIURE.

Locut. vic. Je vous fais une pariure.
Locut. corr. Je vous fais un pari.

Pariure est un mot qui se trouve dans plusieurs patois français, mais qui n’appartient pas au pur français.


PARLER MAL, MAL PARLER.

Locut. vic.   On l’a entendu parler mal de vous.
Cet orateur a très mal parlé.
 
Locut. corr.   On l’a entendu mal parler de vous.
Cet orateur a parlé très mal.

«Beauzée pense que ces deux expressions ne sont pas synonymes. Mal parler tombe, selon lui, sur les choses que l’on dit, et parler mal sur la manière de les dire: le premier est contre la morale, et le second contre la grammaire.

«C’est mal parler que de dire des choses offensantes, surtout à ceux à qui l’on doit du respect; de tenir des propos inconsidérés, déplacés, qui peuvent nuire à celui qui les tient, ou à ceux dont on parle. C’est parler mal que d’employer des expressions hors d’usage; d’user de termes équivoques; de construire une phrase d’une manière embarrassée ou à contre-sens; d’affecter des figures gigantesques en parlant de choses communes ou médiocres; de choquer la quantité en faisant longues les syllabes qui doivent être brèves, ou brèves les syllabes qui doivent être longues.

«Il ne faut ni mal parler des absens, ni parler mal devant les savans, etc.» (Roubaud, Synonymes.)

«Observez que cette distinction n’a lieu qu’à l’infinitif et dans les temps composés du verbe parler. On ne dirait pas: il mal parle, il mal parlait.» (Gramm. des gramm.)


PARMI.

Locut. vic. Le reconnaissez-vous parmi le faste qui l’environne?
Locut. corr. Le reconnaissez-vous au milieu du faste qui l’environne?

Tous nos grammairiens s’accordent pour blâmer l’emploi de la préposition parmi, ailleurs que devant un nom pluriel indéfini, signifiant plus de trois, ou devant un singulier collectif. On dira donc correctement: parmi le peuple, parmi la foule, parmi le monde: