Supplément à «En Virginie»
BIBLIOGRAPHIE DES PRINCIPAUX OUVRAGES
PARUS
SUR LA FLAGELLATION
EN LANGUES FRANÇAISE ET ANGLAISE
AVEC UN COMPTE RENDU ANALYTIQUE DE LEUR CONTENU
PAR
JEAN DE VILLIOT
BIBLIOGRAPHIE DE LA FLAGELLATION
Parmi les sujets dont on s'est le plus occupé, littérairement parlant, la flagellation se place aux premiers rangs. Il existe en effet une littérature spéciale et relativement très complète sur les pratiques flagellatrices dans presque toutes les langues européennes, à commencer par le latin.
Mais c'est incontestablement l'Angleterre qui tient la tête en cette matière. D'innombrables ouvrages ont été écrits sur la flagellation sous toutes formes et cette littérature a acquis un développement qui pourrait, à juste titre, nous paraître étrange, à nous autres Français.
Sous le pseudonyme de Pisanus Fraxi, un Anglais fort instruit et très riche, consacra son existence et sa fortune à mener à bonne fin la publication de trois recueils extrêmement curieux et intéressants, intitulés Index librorum prohibitorum, Centuria librorum absconditorum et Catena Librorum Tacendorum, tous trois imprimés avec luxe et à petit nombre et privately, c'est-à-dire non destinés au commerce. Dans ces recueils, Pisanus Fraxi fait mention de la presque totalité des livres curieux et étranges parus depuis l'antiquité, consacrant à chacun une description minutieuse au point de vue matériel et un aperçu approximatif en ce qui concerne le contenu.
On y parle longuement de la flagellation. Un très grand nombre d'ouvrages anglais y sont consacrés et nous avons cru utile et nécessaire de donner à notre tour à nos lecteurs un aperçu des livres les plus curieux parus sur l'intéressant sujet qui fait l'objet de notre étude.
Voici d'abord: L'Esprit de la Flagellation, ou Mémoires de Mistress Hinton, qui dirigea une école pendant de longues années à Kensington, auxquels on a maintenant ajouté des anecdotes, par une dame très adonnée à la discipline au moyen de verges de bouleau; les modistes fouetteuses; la marâtre sévère, et la maîtresse d'école complaisante, avec des figures analogues. Londres, imprimé et publié par Mary Wilson, Wardour Street[4].
[4] The Spirit of Flagellation; or, The Memoirs of Mrs. Hinton, who kept a school many years at Kensington. To which is now added, Anecdotes, by a Lady much addicted to Birch Discipline. The Whipping Milliners; The Severe Stepmother; And The Complaisant Schoolmistress. Avec des figures analogues. London: Printed and published by Mary Wilson, Wardour Street.
Dans un avis qu'elle publie à la page 41, Mary Wilson nous informe que l'ouvrage a été publié le 1er mai 1852, le volume ne porte cependant pas de date.
D'après les dires de l'éditeur, l'édition originale de l'Esprit de la Flagellation semble avoir paru vers l'année 1790. Le format primitif in-8o fut transformé dans l'édition nouvelle en in-12 pour plus de commodité «étant donné, dit la dame sus-nommée, que ce format s'adapte plus facilement à nos poches rétrécies d'aujourd'hui».
De nombreuses anecdotes fournies par un amateur de fustigations, ainsi qu'une série de gravures vinrent augmenter l'ouvrage original.
Dans un avis qui précède une réédition de l'Exposition des flagellants femelles[5], Thérèse Berkley[6] nous informe que l'Esprit de la Flagellation fut réimprimé par Miss Wilson en l'année 1827.
[5] Index Librorum Prohibitorum, p. 243.
[6] Voir Index Librorum Prohibitorum à l'article: Mary Wilson et Theresa Berkley.
Malheureusement, on ne peut guère tabler sur ces affirmations relatives aux dates pour ces sortes d'ouvrages. Il paraît établi que l'Esprit de la Flagellation a eu trois éditions différentes: 1o en 1827, George Cannon avec 6 gravures, 2o E. Dyer en 1852 (?) avec six lithographies pliantes et 3o vers 1870, avec six lithographies non pliantes.
Les anecdotes qui remplissent 81 pages du genre le plus lascif sont certainement dues à une personne extrêmement triviale; les illustrations, quoique très médiocres, valent encore mieux que le texte. Les trois appendices de l'ouvrage ont par la suite été publiés à nouveau séparément.
Cet ouvrage a eu récemment un certain nombre de réimpressions vulgaires, sans gravures.
Un autre volume de la même valeur littéraire et du même genre, porte pour titre:
Éléments d'intuition et Modes de Punition. En lettres par Mlle Dubouleau, célèbre institutrice particulière parisienne à Miss Smart-Bum, gouvernante d'une pension de jeunes demoiselles à… Avec développement de quelques secrets de Tuteurs pour rire, qui ont trouvé leurs délices dans l'administration des Verges de Bouleau à leurs élèves femelles. Embellie de très jolies illustrations, 1794[7].
[7] Elements of Tuition, and Modes of Punishment. In Letters from Mademoiselle Dubouleau, A celebrated Parisian Tutoress, to Miss Smart-Bum, Governess of a young Ladies' Boarding School at… With some secrets developed of mock Tutors, who have taken a delight in administering Birch Discipline to their Female Pupils. Embellisbed with Most Beautiful Prints 1794.
Les cinq lettres qui forment ce volume ne sont qu'une suite de lieux communs sur la flagellation, une série d'anecdotes racontées en langage des plus libertins laissant en maints endroits à désirer au point de vue grammatical. La lettre introductrice, qui constitue en quelque sorte la préface est ce qu'il y a de mieux dans le livre, sans que toutefois elle brille par l'originalité. Il y a dans une des lettres, celle adressée par une certaine Lady Flaybum, une répétition absolue de l'une des autres narrations de l'ouvrage.
Manon la Fouetteuse[8], ou la Quintessence de la Verge de Bouleau. Traduit du français par Rébecca-Birch. Ex-enseignante au pensionnat de jeunes dames de Mistress Busby, Londres. Imprimé pour la société du Vice.
[8] Manon la Fouetteuse; or, the Quintessence of Birch Discipline. Translated from the French by Rebecca Birch, Late Teacher at Mrs. Bushby's Young Ladies' Boarding School. London: Printed for the Society of Vice.
Un volume in-8o de 96 pages, contenant 8 lithographies fort mal dessinées. Publié par Dugdale en 1860, mais la première édition remonte à 1805 ou 1810.
Comme les ouvrages précédents, Manon la Fouetteuse est un ouvrage lourd, au style ampoulé et prétentieux, formé d'anecdotes sur la flagellation dont aucune ne possède un cachet d'élégance ou d'esprit. C'est en somme le compte rendu de la carrière de Mlle Dubouleau «qui tient maintenant en Amérique un pensionnat pour jeunes filles». Cette demoiselle confia son manuscrit à son amie Rébecca Birch qui le traduisit pour l'édification de ses propres amis. A vrai dire, on est en droit de douter que l'on se trouve en présence d'une traduction.
Dans Le Bouquet de Verges, ou Anecdotes curieuses et originales de dames amateurs de flagellation au moyen de Verges de Bouleau, Avec de riches illustrations, Publié pour l'amusement et le bénéfice des dames ayant sous leur tutelle des jeunes dames et messieurs revêches, bêtes, libertins, menteurs et paresseux, Boston: imprimé pour George Fichier, Prix: deux guinée[9]; on trouve 8 lithographies obscènes, de mauvais coloris et très mal exécutées.
[9] The Birchen Bouquet; or Curious and Original Anecdotes of Ladies fond of administering the Birch Discipline. With Rich Engravings. Published for the Amusement as well as for the Benefit of those Ladies who have under their Tuition sulky, stupid, wanton, lying, or idle Young Ladies and Gentlemen. Boston. Printed for George Tickler, Price: Two Guineas.
Ce livre, publié une première fois vers 1770 ou 1790 fut réimprimé en 1826 puis en 1881. Enfin récemment.
Comme dans Les Éléments d'intuition, les scènes de flagellation réunies dans le Bouquet de verges ne sont qu'une compilation de faits qui n'ont aucune valeur littéraire. L'on est même en droit de se demander pourquoi cet ouvrage a été si souvent réédité.
L'École du Couvent, ou Précoces expériences d'un jeune flagellant, par Rosa Bellinda Coote, Londres, Édition privée, M.DCCCLXXIX[10], est un récit divisé en 5 chapitres. Une lettre introductive signée Rosa Bellinda Coote et datée du 10 janvier 1825, nous informe que «les curieux faits suivants ont été portés à ma connaissance et confiés à ma discrétion par une jeune comtesse de ma connaissance». Une allusion y est faite aux propres mémoires de l'auteur, auxquels l'École du Couvent peut bien n'être qu'un appendice. Les deux contes sont l'œuvre de l'éditeur.
[10] The Convent School, or Early Experiences of a Young Flagellant, by Rosa Bellinda Coote, London. Privately Printed. M.DCCCLXXIX.
Lucile, l'héroïne, est maltraitée dès son enfance. A la mort de sa mère, étant encore toute enfant, son père la flagelle avec la dernière violence pour exciter ses passions et se mettre dans un état plus propre à goûter les plaisirs que la gouvernante de Lucile ne semble pas trop lui refuser. Quelques temps après elle est envoyée à Bruxelles dans une école congréganiste, où la supérieure la fouette sans pitié pour son bon plaisir. Mais elle réussit à s'évader de ce couvent; elle va se réfugier à l'hôtel d'Angleterre où l'on aurait refusé de la recevoir, n'aurait été l'intervention d'un gentilhomme anglais Lord Dunwich, qui se trouva être un ami intime du comte d'Ellington auquel elle était fiancée.
Le mariage s'accomplit; mais bientôt le mari la néglige pour ses chevaux et la conséquence en est que la jeune femme se laisse aller dans les bras de Lord Dunwich. L'époux apprend la chose et, déguisé en prêtre, il réussit à surprendre la confession de l'infidèle. Il convient de dire qu'ils étaient tous deux catholiques romains. On lui impose une pénitence et elle est renfermée dans une pièce attenante à l'église. Lord Ellington, toujours revêtu d'habits sacerdotaux et aidé d'un autre moine la flagelle avec la dernière violence et la soumet à toutes sortes d'horreurs et de traitements barbares. Après avoir accompli ces abominations, le mari outragé se retire et revient peu après habillé en homme du monde et la jeune femme le reconnut de suite. Alors le gentilhomme s'écrie: «Femme! ma vengeance est accomplie; vous ne me trahirez plus. J'ai égalisé les choses en dégradant, humiliant et torturant mon épouse adultère. Vous ne me reverrez jamais. Tel a été mon moyen de divorcer d'avec une chienne adultère!» Son amant, Lord Dunwich accueille à bras ouvert Lucille, provoque ensuite le mari cruel et lui tire une balle en plein cœur. Le couple amoureux prend la fuite et Lord Dunwich se noie quelque temps après dans le Rhin.
«Depuis cette époque, dit l'héroïne, vous savez que je me suis consolée en m'abandonnant sans aucune retenue à toutes sortes de manies érotiques et plus particulièrement en m'adonnant à la flagellation de sorte que, chère Rosa, je me sens m'en aller tout doucement, quoique à peine âgée de vingt-cinq ans…»
Le livre n'est en somme pas mal écrit, quoique dans ses différentes parties il ne soit guère attrayant; au contraire, on peut dire que les nombreuses scènes de flagellation agrémentées de tortures plutôt dégoûtantes sont au plus haut point fastidieuses et révoltantes.
Conférence expérimentale, par le colonel Spanker, sur les plaisirs excitants et voluptueux qui dérivent du fait de mater et d'humilier une belle et modeste jeune dame; telle qu'il l'a faite dans la salle de réunion de la Société des Flagellants Aristocratiques de Mayfair. Londres, Édition Privée. A. D. 1837[11].
[11] Experimental Lecture. By Colonel Spanker, on The exciting and voluptuous pleasures to be derived from crushing and humiliating the spirit of a beautiful and modest young lady; as delivered by him in the Assembly Room of the Society of Aristocratic Flagellants, Mayfair. London. Privately Printed, 1836.
Cet ouvrage qui comporte deux volumes, quoique une troisième partie a dû être projetée sans cependant être mise à exécution—l'on trouve en effet à la dernière page du deuxième volume la mention: fin de la IIe partie, puis plus bas quelques lignes qui font assister au mariage de l'héroïne, suivies de la mention: Finis?—est orné de 11 planches coloriées passablement obscènes, d'une exécution rudimentaire et faite par quatre artistes différents.
A été réimprimé récemment.
Voici d'ailleurs un compte rendu analytique de cette conférence «faite pour une classe spéciale de flagellants qui trouvent leurs délices dans la torture poussée à l'excès:
«La conférence expérimentale, comme son titre le dénote, traite de l'état d'extase qui résulte, à ce que l'on prétend, de la jouissance que l'on peut puiser dans la cruauté physiquement et moralement parlant.
«Un excès de volupté peut uniquement être produit par deux causes: premièrement par le fait de nous imaginer que l'objet de nos désirs se rapproche de notre idéal de beauté ou d'autre part, quand nous voyons cette personne éprouvant les sensations les plus violentes possibles. Aucun sentiment n'est aussi vif que la douleur; son effet est véritable et certain. Elle ne trompe jamais comme la comédie de plaisirs éternellement jouée par les femmes et rarement éprouvée en réalité. Celui qui peut produire sur une femme les plus violentes impressions, celui qui peut le mieux troubler et agiter la constitution féminine jusqu'au paroxysme réussit à se procurer à lui-même la plus forte dose de plaisir sensuel.»
Ces remarques contiennent la quintessence de toute la philosophie que l'on trouve à satiété dans les volumes renommés du Marquis de Sade, où ce dernier, dans ses rêves exaltés d'orgies sanglantes, de phlébotomies, de vivisection et de tortures de toutes espèces, accompagnés de blasphèmes, ajoute tant d'importance à l'humiliation morale des victimes qu'il met en jeu. Ce à quoi il tend particulièrement, c'est la jouissance physique causée par la torture raffinée à laquelle ses victimes doivent être soumises et qui se résolvent finalement par leur mort.
Dans ce petit ouvrage, nos flagellants réussissent à réduire leurs expérimentations aux mœurs actuelles; elles comprennent une série très longue de tourments qui sont volontairement infligés à une seule victime, une jeune dame très sensible et d'une éducation supérieure.
Dans Justine et Juliette, le nombre d'individus prenant part aux orgies et aux meurtres perpétrés exclut toute possibilité de réalité, tandis qu'ici, tout le procédé est si méthodiquement et si exactement développé, que nous sommes presque portés à croire ou à supposer que tout est basé sur des faits réels, étant donné que l'histoire est si documentairement portée à la connaissance du lecteur.
Faut-il pour cela que nous soyons portés à croire que nous coudoyons journellement des hommes qui puisent une secrète jouissance dans l'action de torturer, des femmes faibles et confiantes et qu'en ce faisant ils puissent arriver à mettre en fonction leurs organes génitaux et jouir?…
L'expérience nous a appris qu'il en était malheureusement ainsi et nous pourrions citer plusieurs cas tout à fait récents où des jeunes filles ont été attachées à des échelles, liées sur des canapés et brutalement flagellées, soit avec des verges de bouleau, soit avec le plat de la main, la boucle d'une courroie ou même encore avec un trousseau de clefs! Quelques-unes d'entre elles ont été préalablement averties qu'elles seraient battues «jusqu'à ce que le sang viendra» et on s'était mis d'accord sur la compensation pécuniaire qu'elles recevraient pour prix de leur complaisante soumission. D'autres, au moyen de cajoleries, ont été décidées à se prêter à la petite mise en scène, après qu'on leur eut fait accroire qu'il ne s'agissait en somme que d'une plaisanterie et pour mieux dire, d'une fumisterie. Mais une fois livrées sans moyen de défense, pieds et poings liés, entre les mains du flagellateur libertin, elles peuvent crier grâce! Ces lâches s'efforcent de produire le plus de souffrances, le plus de douleurs possibles et plus ils maltraitent leur malheureuse victime, plus leur jouissance est grande. Ils ressemblent, dans ces moments d'expansion libertine, à de véritable démons, hurlant de joie et de plaisir presque autant que leur souffre-douleur, de peine. Et cependant, ces mêmes individus, une fois leur rage érotique passée, entourent des soins les plus tendres, les plus attentifs, leur victime, lui témoignant la plus grande amabilité. Boutonnant leur redingote, ils redeviennent ce qu'ils étaient auparavant, c'est-à-dire de galants et aimables gentilshommes, car gentilshommes ils le sont tous de naissance, ceux qui sont possédés de cette terrible manie.
Si de pareils procédés sont, en toute conscience, une chose révoltante, que faut-il penser de ceux qui, non contents de mater, d'anéantir le corps, dérivent encore une jouissance plus grande de l'écrasement, de l'annihilation de l'esprit chez leurs victimes?
D'après l'horrible théorie du colonel Spanker, nous devons supposer que l'on ne saurait éprouver de véritable jouissance en fustigeant le postérieur calleux d'une fille de rencontre que ses parents ont habituée, dès sa jeunesse, aux plus rudes corrections, mais que cela provoque de réelles jouissances en exposant aux coups la tendre et délicate nudité d'une jeune dame sensitive, à l'éducation supérieure et à l'esprit élevé.
Dans le but de mettre en pratique ce plan diabolique, le colonel loue une maison à Mayfair et y fonde la Société des Flagellants aristocratiques qui comprend au moins une demi-douzaine des plus belles et plus fashionables jeunes dames du jour.
Nous voyons ainsi que l'auteur considère que les femmes aussi ne dédaignent pas de se délecter des souffrances infligées à un membre de leur propre sexe. Nos viragos «au sang bleu» sont lassées des victimes vulgaires et consentantes, qui se soumettent aux tortures dans un but de lucre… En conséquence Spanker découvre «une jeune dame connue de la plupart d'entre eux, Mlle Julia Ponsonby, une adorable blonde de dix-sept ans, dont la mère, une veuve, forcée d'aller pour quelque temps à l'étranger, cherche une dame honorable à laquelle elle puisse confier son enfant, pendant la durée de son absence.» La dame honorable et comme il faut qui prend charge de la demoiselle n'est autre qu'une procureuse de la société et miss Julia se trouve bientôt prisonnière dans la maison de Mayfair, dont la serre a été transformée en salle de conférences et où l'on a placé, an milieu de massifs de plantes en pleine floraison, de fontaines et d'autres ornements luxueux, l'appareil «quelque chose comme une paire de larges marches d'escalier, en acajou massif» et auquel on attache les victimes lorsqu'on les soumet à la torture. Le colonel fait son apparition sur la scène et, après avoir abreuvé de toutes sortes de vilenies la jeune femme, qui le traite avec le mépris qu'il mérite, il commence par lui administrer une volée de claques retentissantes sur son derrière nu, puis se laisse aller à d'autres «horribles libertés» et finalement l'envoie se coucher.
Le lendemain matin il la réveille, armé d'une verge, et, en dépit de sa honte et de sa terreur, assiste à sa toilette, qu'il accompagne de coups bien appliqués avec le bouleau. Quand elle est à moitié habillée, il la force à grimper sur une échelle, en tenant ouverts ses propres pantalons, tandis que des cinglements de l'impitoyable badine la forcent à l'obéissance. Son bourreau l'oblige enfin à se placer contre un mur la tête à terre et les pieds en l'air, puis il la laisse.
On la revêt alors d'un élégant costume de bal, et après l'avoir fustigée sur les épaules nues avec une cravache de dame, on la présente à l'assemblée des flagellants réunis dans la serre dans l'attente du spectacle à venir. Il y a là six dames masquées en dominos et quatre messieurs affublés de fausses barbes.
Alors le colonel fait un exposé de ses idées et de ses théories, appuyant ses dires de vigoureuses cinglées, que miss Julia est forcée de supporter; le conférencier dévoile tout le secret des délicieuses sensations et des jouissances que procure la flagellation et ce, d'une façon bien plus étendue que jamais…
La jeune fille, après ces préliminaires, est livrée aux indécentes caresses de toute la société: la petite cravache est de nouveau mise à contribution et, tandis qu'on la déshabille avec une lenteur étudiée, on accompagne chaque phase de l'opération de nouvelles tortures, de plus en plus raffinées. On la pique avec une épingle, on la pince et on la force à raconter des épisodes érotiques de sa vie au pensionnat. Miss Debrette, l'une des dames de la société est ensuite placée sur le chevalet et miss Julia est contrainte de fouetter la jeune dame qui semble y trouver un plaisir extrême, quoiqu'elle soit maltraitée au point d'en être couverte de sang. Puis on se livre à d'autres indécences inouïes, pour prouver «que le flagellant tout autant que le flagellé éprouve de voluptueuses jouissances.»
Ensuite commence ce que le colonel, avec un sourire sarcastique appelle la flagellation pour tout de bon!
Miss Julia est attachée à une échelle avec le dos tourné vers les échelons.
C'est ici que se termine la première partie de l'ouvrage.
La deuxième partie commence par la description très en détail de l'opération à laquelle volontairement miss Debrette s'est soumise. L'un des messieurs lui succède et, après que les deux eurent cyniquement fait part de leurs impressions personnelles aux autres membres de la société, le supplice de Julia recommence: on la fouette au moyen d'une brassée d'orties en pleine sève. La position de la jeune femme sur l'échelle peut donner une idée de la trivialité de la description qui est faite de la scène qui s'ensuit.
Après l'avoir changée de position et lui avoir fait tourner le dos à l'assistance inaccessible à tout sentiment de pitié, le colonel relate quelques autres épisodes de l'application de la torture aux victimes de la lubricité humaine, après quoi on soumet la pauvre enfant à une fustigation accélérée au moyen d'une espèce de lanière de cuir, jusqu'à lui faire presque perdre les sens. Les lubriques acteurs de cette scène révoltante se mettent à jouer à saute-mouton par dessus le dos ensanglanté de l'infortunée et, après cette diversion dans leur dégoûtante orgie, le colonel les régale d'une nouvelle histoire ayant pour sujet les tortures infligées à une femme mariée, durant sa première nuit de noces.
Mais ce n'est là qu'un entr'acte: la représentation continue et, c'est le tour d'une courroie garnie de fines pointes d'acier, de démontrer ses vertus sur le corps nu et déchiqueté de miss Julia que l'on a placée sens dessus dessous, la tête en bas et les jambes en l'air, le long de l'échelle.
Puis une mêlée générale s'engage, qu'il est absolument impossible de décrire; les participants à cette orgie se laissent aller à tous les excès, avec toute la lascivité et le voluptueux excitement que toute cette cruauté est sensée avoir déchaînés et—tout naturellement,—cela au détriment de la pauvre Julia. De nouveau la pauvrette est soumise à une flagellation impitoyable au moyen d'une lourde cravache et finalement—en guise de couronnement de son martyre,—on lui inflige la plus cruelle, la plus abominable des tortures morales: elle est brutalement violée avec tout le raffinement de détails qui, d'ordinaire, peuvent accompagner une telle opération.
Nous pouvons affirmer sans crainte que ce livre est l'ouvrage le plus froidement cruel, le plus cyniquement indécent qu'il nous ait été donné de lire; il est unique en son genre dans la langue anglaise. On semble revivre le rêve sauvage ou plutôt le cauchemar d'un vieux satyre vicieux, vanné, positivement usé et dont l'épiderme tanné jusqu'à l'insensibilité par des flagellations quotidiennes a été saisie d'une folie de passions étranges pour la flagellation bestiale.
Il va sans dire que le compte rendu qui précède ne donne que les grandes lignes de l'ouvrage, car nous avons soigneusement évité de copier le moindre détail, dont la minutie est d'un érotisme trop accentué pour se retrouver sous notre plume. Les plus impudiques descriptions y sont faites et toutes les phases de cette lente agonie de la pauvre fille, le moindre mouvement, la plus petite contraction et le moindre tressaillement sont notés, et commentés. La beauté de Julia est l'objet d'une analyse et de remarques d'une crudité inouïe et rien n'est négligé pour prouver que seul un Néron ou un marquis de Sade peuvent réellement éprouver quelque plaisir sensuel.
Nous pouvons puiser quelque consolation dans le fait que ce livre est trop délibérément horrible pour être dangereux, car ce mélange de débauches lubriques, d'extravagances sadiques, d'usages d'abattoir froidement, cyniquement mis en œuvre ne peut être que le produit d'une imagination surchauffée et surexcitée par des idées obscènes et lascives. Le livre est bien écrit et l'auteur s'est évidemment donné beaucoup de peine pour mettre bien en relief les moindres détails, comme s'il avait voulu convaincre le lecteur de la réalité absolue de ce système répugnant qu'il expose avec tant d'ampleur.
Curiosités en flagellation. Une série d'incidents et de faits compilés par un flagellant amateur et publiés en cinq volumes. Vol. I. Londres 1875[12].
[12] Curiosities of Flagellation. A series of Incidents and Facts collected by an amateur Flagellant and published in five volumes. Volume I. London 1875.
Malgré l'annonce de cinq volumes, il n'en parut à l'origine qu'un seul, qui fut réédité en 1879-1880, avec addition d'un volume supplémentaire. Ces deux volumes pris séparément contiennent chacun un récit: le vol. I. est réservé à The Jeweller's Housekeeper, en français, La Gouvernante du Joaillier; le vol. II. contient Mrs North's School ou l'école de Mme North. Chacun de ces volumes est illustré de cinq gravures exécutées avec très peu de soin; elles sont coloriées et de nature quelque peu obscène. L'ouvrage est publié par l'auteur lui-même.
La Gouvernante du Joaillier est un récit qui a pour but d'exposer la flagellation comme une pratique aphrodisiaque, comme un moyen d'arriver à un but déterminé et non pas comme le but lui-même que l'on se propose d'atteindre, contrairement à la tendance des livres publiés au début du siècle.
L'auteur cependant nous semble pousser les choses un peu trop loin quand il cherche à nous persuader que les victimes éprouvent malgré tout une sensation agréable et voluptueuse, après une flagellation impitoyable accompagnée d'autres pratiques inhumaines, même quand ils sont sur le point de succomber à leurs tortures, et que ces sensations augmentent d'intensité quand le supplice a cessé, ce qui les fait se soumettre par la suite docilement à ces pratiques et les incite même à désirer vivement d'y être soumises encore, d'être fouettées de verges, avec des cravaches et d'avoir leur peau cinglée jusqu'à ce que le sang découle en profusion des cicatrices béantes, et tout cela pour assouvir les instincts voluptueux qui accompagnent et suivent leur agonie.
Nous ne doutons pas que la fustigation sur les postérieurs soit suffisante pour provoquer une circulation anormale du sang dans cet endroit et dans les parties adjacentes et que par cela même elle ne stimule les facultés procréatrices chez certaines natures exceptionnellement douées. Mais nous ne pouvons admettre, en aucune façon, qu'un individu de l'un ou de l'autre sexe, surtout s'il est sain de corps et de constitution normale, puisse se soumettre volontairement aux tortures décrites dans le volume.
La famille dans laquelle se passent les aventures relatées et dont, au dire de l'auteur, «beaucoup sont basées sur des faits», se compose de M. Warren, un bijoutier des environs de Saint-Paul[13] «réputé imbu de principes religieux»; de Sarah sa gouvernante; de «deux filles de par sa femme». Miss Annie âgée de seize ans et Miss Alice, de quatorze ans, deux des plus belles filles du quartier de Highgate où leur père a son domicile particulier et «maître» Willy, un gamin de onze ans, fils du joaillier «de par Sarah».
[13] Saint Paul, la cathédrale de Londres qui donne au quartier son nom. Elle est située dans la cité.
Suivant les instructions du joaillier, la gouvernante invente des histoires contre les enfants, afin de fournir à ce père modèle des prétextes pour flageller impitoyablement ses enfants, le garçon comme les filles, le soir, quand il retourne de la Cité. Après s'être adonné avec frénésie à ce passe-temps excitant, il calme ses ardeurs dans les bras de Sarah; ou bien encore, les deux amants se flagellent mutuellement pour prolonger leurs accès de volupté. En dépit des histoires inventées contre elles par Sarah et des corrections brutales qui en sont la conséquence, les deux jeunes filles, aussi bien Annie qu'Alice se prennent d'un réel attachement pour Sarah et en arrivent même à désirer d'être soumises à une bonne fustigation,—ce que nous trouvons foncièrement anormal.
Nous ne croyons ni utile, ni nécessaire, de faire une description détaillée de ces flagellations, qui d'ailleurs se ressemblent toutes; elles ont ceci de particulier qu'elles sont décrites d'un style bien meilleur que celui que l'on est habitué à trouver dans les livres de cette nature. Le récit se termine d'une façon quelque peu abrupte; l'on voit bien que l'auteur se proposait d'y donner une suite, car vers la fin Sarah promet de montrer à ses jeunes amis «quelques petits instruments de plaisir; mais la chose doit être remise à un autre moment».
Voici l'analyse du IIe volume qui contient l'histoire de l'école de mistress North.
Le volume se compose de cinq lettres passablement longues qui traitent toutes de l'influence de la verge de bouleau sur les organes sexuels. Point n'est besoin de faire ressortir que le sujet est, d'un bout à l'autre, traité avec une désinvolture extrême et que le langage employé est d'une franchise outrée. L'auteur décrit dans leurs moindres détails les scènes de fustigation et les conséquences qui en résultent, sans rien cacher.
Dans la première lettre, sir Charles dit qu'il a à ses gages une dame, miss Whippington qui dirige un pensionnat pour les jeunes filles de l'aristocratie. Elle flagelle ses élèves pour le plaisir de son riche protecteur, après avoir arrangé pour lui une cachette d'où il peut, tout à son aise, suivre les contorsions et jouir de la confusion et de la honte de ses belles et rougissantes victimes. Lady Flora Bumby, une jeune fille gracile, à l'air doux, d'une délicate beauté, blonde, âgée de quatorze ans environ est mise en scène, avec accompagnement de détails minutieux sur sa contenance, sur sa toilette intime, ses dentelles et les charmes qu'ils cachent aux regards profanes. C'est ensuite le tour de miss Mason, une belle brune de seize ans, aux yeux fulgurants, aux joues de pourpre: elle est gentiment apprêtée et délicatement cinglée de longues marques rouges. Ceci produit aussi bien chez le bourreau que chez sa victime le même effet érotique; mais nous, pour notre part, nous sommes en droit de supposer que cette idée existe seulement dans l'imagination des écrivains lascifs, quand ils forcent leurs effets. Néanmoins nous pouvons nous hasarder à dire qu'une femme encline à l'hystérie peut être soumise à bien des tourments par un amant préféré sans en ressentir toujours de la douleur, surtout si ce dernier réussit à faire naître chez elle un excitement voluptueux, alors qu'il lui inflige des mauvais traitements corporels. Malgré cela ces créatures ne sont que des exceptions: elles sont toutes anémiques et esclaves de leur système nerveux; elles se contredisent souvent. Elles sont menteuses, ont des visions et des accès d'insomnie. Elles s'adonnent à la boisson et souvent la morphinomanie ou l'abus du chloral les conduit droit à la maison de fous ou dans la tombe. Il n'y a pas de femme bien développée, en bonne santé, avec un sang pur et abondant circulant dans ses veines, qui puisse éprouver du plaisir à être battue; et avec bien plus de raison, il n'y a pas d'homme dans ces conditions qui peut puiser la moindre jouissance dans le fait d'être fustigé. Les flagellateurs du sexe fort sont généralement des êtres absolument usés et dépravés et il en est de même des femmes de cette catégorie; à moins qu'ils ne soient des exceptions, c'est-à-dire des êtres dominés par des passions anormales.
Pour revenir à notre sujet après cette digression qui, nous l'espérons, n'est pas tout à fait déplacée, voici, après miss Mason, une autre élève qui tombe sous la férule de la douce institutrice. Cette fois on nous présente une boulotte, assez courte de stature, aux cheveux roux, avec de grands yeux d'un brun sombre: elle répond au nom de miss Howard et n'a atteint que son dix-septième printemps. Pour commencer, on l'expose dans toute la gloriole de sa captivante nudité. C'est couchée à plat-ventre qu'elle subit son châtiment jusqu'à ce qu'elle ait perdu connaissance. Ici se termine ce petit délassement et sir Charles, arrivé au paroxysme de l'excitation, est confortablement soigné par miss W…, l'institutrice, qui pendant plus de deux heures se prête à ses extravagances libidineuses et assouvit sa soif de luxure, faisant revivre de temps à autre ses forces déclinantes, au moyen de quelques douzaines de coups de verge bien appliqués, tandis que dans leur chambre, miss Mason et Lady Flora se laissent aller sans aucune retenue aux incitations d'une idylle amoureuse d'un genre nettement lesbien.
Dans la première lettre, Wildish raconte quelques autres épisodes de flagellation. Une épouse corrige son ivrogne de mari au moyen d'une cravache et cet exercice produit chez elle un tel excitement qu'elle se réconforte dans les bras d'un amant qui a suivi toute la scène à travers le trou de la serrure. Nous avons ensuite le mariage d'un Lord Coachington qui, âgé de trente ans à peine et cependant déjà usé jusqu'à la moelle des os, épouse une jeune veuve très riche. Mais il ne réussit pas à remplir ses devoirs conjugaux malgré les ingénieux artifices mis en œuvre par la jeune femme,—artifices décrits avec une lascivité extrême et que notre plume se refuse à transcrire. Alors, il offre de placer sur la tête de sa femme 250.000 francs, pour qu'elle consente à se laisser attacher au moyen de cordons de soie et à recevoir de lui une fessée en règle sur son postérieur, avec des verges de bouleau. Elle consent et le noble Lord se met à la besogne, en dépit des pleurs et des grincements de dents de la jeune épouse, qui se tord de douleur et regrette, un peu tardivement, de s'être prêtée à cette fantaisie maniaque. Le résultat de cette opération ne se fit pas attendre et se traduisit au bout de neuf mois par la naissance de jumeaux: deux filles!…
Dans cette même lettre, on nous conte l'aventure d'un certain M. Robinson atteint, lui, d'une flagellomanie aiguë. Il offre cinq mille livres sterling, soit 125.000 francs à un jeune garçon, pour qu'il lui soit permis de le fouetter à cœur joie et à satiété. Mais, ayant par la suite acquis la certitude que le bel adolescent n'était autre qu'une jeune fille déguisée, il la remet aux mains de ses quatre valets de pied et il s'ensuit une orgie qui défie toute description. La lettre se termine par une communication de Miss Whippington qui s'étend complaisamment sur les détails d'une fustigation infligée par elle à Mlle Lucie Saint-Clair, l'une de ses élèves.
La troisième lettre fait l'objet, de la part de Mistress North, d'une communication comportant une copie très exacte du journal de feu Lord P…, un fervent disciple et propagateur de la flagellation avec des verges. Ce mémoire est suffisamment nouveau et curieux, même pour les initiés aux pratiques flagellatoires et libertines, qui sans doute ne trouveront généralement dans ces livres, que très peu de choses qui ne leur soient connues de longue date. Il raconte les amours d'une gouvernante robuste qui s'amuse à flageller un frère et une sœur confiés à ses soins. Elle éprouve des spasmes voluptueux en administrant ces corrections qui, en fin de compte, la portent à faire partager son lit par son élève mâle, auquel elle frappe avec ivresse le derrière et les parties adjacentes, non sans le couvrir simultanément de caresses lascives. Ce couple si étrangement assorti se livre ensuite à une distraction d'un genre particulier, que ce Faublas en herbe appelle jouer «à la vache et au veau». Nous voulons passer rapidement sur les aimables leçons données an gamin, et glisser sur la matière, car il nous est franchement impossible de suivre et d'étudier les progrès de cette corruption inculquée à des enfants d'un âge relativement peu avancé.
Les amours, ou plutôt les passions de cette gouvernante nymphomaniaque, sont continuées dans la cinquième lettre, qui termine le livre, dont voici la conclusion, d'une ironie vraiment cynique: «Cher Sir Charles, je pense qu'en voilà assez du journal de Lord P…, le restant est trop sale pour que je puisse le transcrire.»
Vraiment! Mais alors, qu'est-ce que cela peut bien être!
Dans la quatrième lettre, Sir Charles relate l'histoire d'un de ses amis qui possédait plusieurs grands singes auxquels il avait enseigné de se flageller réciproquement, dans le but de faire naître chez eux une excitation des sens. Si—comme on est en droit de le supposer—cette histoire n'est pas vraie, elle n'en a pas moins le mérite de la nouveauté et ouvre un nouveau champ d'études aux Buffon de l'avenir.
Une fois de plus on nous sert dans cette lettre la description de trois jeunes demoiselles, qui, toutes frémissantes, sont attachées au chevalet et flagellées avec la dernière violence, au grand amusement d'un ancien Lord-Chancelier, M. S…, qui paie pour suivre la cérémonie à travers un petit trou, après quoi il est soulagé par la maîtresse de pension.
Ce petit ouvrage est évidemment original, aussi original que peut l'être un livre de ce genre, si l'on considère que c'est toujours la même rengaine et qu'il est assez difficile d'apporter dans le traitement de ce sujet des variations continuelles et pas banales.
Nous ne doutons pas que ceux qui sacrifient au vice de la flagellation, se délecteront à la lecture de ces cinq lettres et même en demanderont encore. Le style est entraînant et tout nous porte à croire que l'ouvrage est de la même plume que la Conférence Expérimentale. L'analogie du style dans ces deux ouvrages saute parfois aux yeux: on y retrouve en certains endroits les mêmes phrases interminables. La partie la mieux écrite est incontestablement celle dans laquelle sont décrites les prouesses de la gouvernante et qui nous montre combien il est dangereux de confier sans aucune retenue de jeunes enfants à des servantes. Le grand scandale de Bordeaux[14] nous fournit un exemple de pareille négligence de la part de parents; d'autre part on peut trouver de nombreux autres cas dans le livre du Dr Tardieu[15]. En somme, il y a de bons enseignements à tirer de partout, même d'un livre franchement érotique.
[14] Affaire du Grand Scandale de Bordeaux. Pellerin, 1881. 8 vol.
[15] Étude Médico-Légale sur les attentats aux mœurs par Ambroise Tardieu, Paris, J.-B. Baillère et fils, 1873, in-8o, avec gravures.
Nous nous sommes plus longuement étendu sur ce dernier ouvrage, parce qu'il nous est présenté comme une première œuvre de l'auteur et nous croyons que le lecteur nous excusera facilement.
La quintessence de la discipline an moyen de verges de bouleau. Suite du Roman de la Castigation. Illustré de quatre superbes planches coloriées. Édition privée. Londres 1870[16].
[16] The Quintessence of Birch Discipline. A sequence to the Romance of Chastisement. Illustrated by four beautifully coloured plates. Privately printed. London, 1870.
Les quatre superbes planches coloriées ne sont que d'obscènes caricatures d'une exécution des plus rudimentaires. L'auteur et l'éditeur sont la même personne, quoique le Roman de la Castigation ait une autre personne pour auteur. Les sept dernières pages du volume sont occupées par un récit intitulé: Lettre d'un Page Boy[17] à sa mère habitant la campagne.