[17] Page-boy, petit commissionnaire, garçon de courses, chasseur.
Dans le livre sus-mentionné, une certaine Mme Martinet, dans une lettre qu'elle adresse à l'une de ses amies, nous offre le récit de la façon dont elle passe ses vacances à Aspen Lodge, près de Scarborough, la résidence de «mon vieux protecteur, Sir Frédéric Flaybum, qui, vous ne l'ignorez pas, trouva nécessaire d'installer et de mettre en vogue mon pensionnat aristocratique et pour lequel j'ai aménagé de secrets points d'observation pour son usage, dans les grandes occasions».
Au moyen d'un prêt de deux cents livres sterling (5.000 francs), Sir Frédéric a su décider la veuve d'un officier de l'armée des Indes, à loi confier ses deux jeunes filles, «en lui donnant carte blanche à tous les points de vue, avec la seule restriction que l'exercice de son autorité paternelle (sic) n'ait pas d'effets dangereux et ne laissât pas de traces défigurantes sur ses enfants».
A l'arrivée de Mme Martinet à Aspen Lodge, Anette et Miriam s'y trouvent déjà. Le lendemain, elle et son protecteur se mettent à les fouetter toutes deux, prenant pour prétexte une plainte non motivée d'ailleurs et absolument inventée par Sir Frédéric. Quand l'opération, qui n'était d'ailleurs accompagnée d'aucune pratique particulière et cruelle, fut terminée, on annonce M. Handcock et Miss Vaseline, deux amis de vieille date de Sir Frédéric. La jeune dame, «une délicieuse blonde, de taille élancée mais exquisément moulée, avec des lèvres de corail, des dents de perles et de ces grands yeux langoureux gris bleus, qui caractérisent si bien un tempérament sensuel», entoure de ses bras potelés le cou de Sir Frédéric, qu'elle embrasse avec une ferveur amoureuse qui ne laisse pas que de surprendre l'honorable institutrice.
Il s'ensuit une scène de la plus haute suggestivité, agrémentée de flagellation mutuelle et d'autres provocations plus ou moins efficaces: «Cette scène, dit textuellement Mme Martinet dans sa lettre, dura pas mal de temps et nous remplit, nous, les dames, d'une délicieuse ivresse, les messieurs étant trop vannés pour se laisser aller à trop d'excitement.»
Dans la lettre d'un Page-Boy, le jeune Fred raconte comment, en regardant par le trou de la serrure, il surprend ses maîtresses, les dames Switchers, en train de satisfaire aux goûts dépravés de l'honorable M. Freecock, en le flagellant et en assouvissant d'autre manière encore ses lubriques appétits. Mais le gamin est surpris à son poste d'observation et,—laissons-le parler lui-même,—«en un clin d'œil ils m'eurent lié par les poignets au chevalet; mes pantalons furent descendus en moins de temps qu'il ne faut pour le dire et ils se mirent à me tanner le derrière avec frénésie au moyen d'une formidable verge de bouleau».
Le style de ce volume peut être placé au même rang que celui des trois ouvrages précédemment décrits. Mais ce livre a au moins un avantage, celui de n'être pas, dans son ensemble, farci de détails dont la crudité et la cruauté provoquent d'ordinaire un si profond dégoût.
Les mystères de la «Villa de la Verveine» ou miss Bellasis flagellée pour avoir volé, par Etonensis. Prix: Quatre guinées, Londres. Édition privée. MDCCCLXXXII[18].
[18] The Mysteries of Verbena House, or Miss Bellasis Birched for Thieving. By Etonensis, Price Four Guineas. London. Privately Printed. MDCCCLXXXII.
Ce volume est dû à deux auteurs différents; orné de quatre planches coloriées, il n'a été tiré qu'à 150 exemplaires.
Après avoir pataugé au milieu de tant d'ouvrages lourds, insipides, sinon absolument répugnants, sur la flagellation, c'est avec un réel plaisir que l'on tombe finalement sur un volume écrit avec tact et avec art, que l'on peut lire sans appréhension.
Dans cet ouvrage on nous trace un tableau très fidèle et très minutieux de ce qu'est un pensionnat fashionable pour demoiselles à Brighton, à notre époque, et le récit roule principalement sur les punitions corporelles infligées aux aimables pensionnaires de la maison.
Deux pièces d'or sont dérobées à une élève créole et miss Bellasis est convaincue d'avoir commis le larcin. Ce qui aggravait sa faute, c'est qu'elle avait caché le fruit de son vol dans la boîte à ouvrage de l'une des plus jeunes élèves. La perquisition générale à laquelle on se livre à la suite de la découverte du larcin, donne lieu à de singulières découvertes: chez une miss Hazeltine on découvre une bouteille d'eau-de-vie de genièvre, tandis que l'on trouve dans le pupitre de Mlle Hatherton un livre obscène. Les deux délinquantes, tout comme l'héroïne principale de l'histoire sont destinées à être fouettées. Mais la propriétaire de l'établissement, miss Sinclair, qui jusqu'alors avait été opposée aux châtiments corporels, croit utile de consulter préalablement le révérend Arthur Calvedon, aumônier du pensionnat. En attendant qu'il se rende à l'appel qui lui est adressé, une espèce de conseil de guerre est tenu et les gouvernantes françaises et allemandes sont admises à émettre leurs avis respectifs sur la castigation des jeunes filles. Le discours de l'institutrice française est reproduit en français qui serait évidemment irréprochable, s'il n'était défiguré par d'innombrables coquilles d'imprimeur. Mais le révérend arrive: il commence à faire un exposé très étendu de ses expériences au collège d'Éton et cela donne lieu à une dissertation très compliquée sur les différents modes de flagellation. Arthur—comme on a pris l'habitude d'appeler tout simplement le conseiller spirituel de l'école—brûle d'envie de demander l'autorisation d'assister à la fustigation de Mlle Bellasis; mais il n'ose et est obligé de se retirer sans avoir vu l'accomplissement de son secret désir; il promet toutefois de revenir après l'opération.
Le lendemain matin, la voleuse est conduite dans la grande salle d'études, par la sous-directrice et la gérante. Après une vive résistance de sa part, elle est dépouillée de ses vêtements, liée sur un pupitre et publiquement fouettée en présence de toutes ses camarades et des domestiques.
La description de la flagellation, qui suit alors, n'est pas du même auteur; le style est distinctement différent. L'allure légère et agréable du début de l'ouvrage se transforme à partir de la page 97 en une narration plus sérieuse, d'un style plus châtié et plus sobre surtout. Jusqu'alors les mots obscènes avaient été employés sans restriction, sans ménagements, sans scrupules: l'auteur appelle tout par les noms propres.
Le caractère de miss Sinclair est du coup transformé du tout au tout.
Mais procédons dans notre analyse. La fustigation de miss Bellasis est décrite avec une ampleur bien exagérée, car elle ne nous apprend rien de bien nouveau. Tout de suite après, nous trouvons une scène passionnelle entre le révérend Arthur et miss Sinclair que la fustigation de son élève, sur le postérieur de laquelle elle a usé trois verges, a mis dans un état de surexcitation sensuelle indescriptible.
Le jour suivant, miss Sinclair, devenue la maîtresse d'Arthur, punit sévèrement les demoiselles Hatherton et Hazeltine, en particulier, chez elle, c'est-à-dire qu'elle inflige aux deux jeunes filles toutes sortes de tourments, d'abord avec une cravache, puis avec une brosse à cheveux, tandis que le révérend admirateur regarde à travers un trou dans la cloison. Le volume se termine d'une façon abrupte par quelques lignes d'encouragement pour les flagellants des deux sexes.
En somme, ce livre est, comme nous l'avons dit déjà, le seul qui ait quelque mérite et qui semble se baser non sur des inventions mais sur des faits réels et vécus.
Exposition de flagellants femelles, dans le monde modeste et incontinent, prouvant par des faits indubitables qu'un certain nombre de dames trouvent un secret plaisir à fouetter leurs propres enfants et ceux commis à leur charge et que leur passion pour exercer et ressentir le plaisir d'une verge de bouleau appliquée par des sujets de leur choix de l'un et de l'autre sexe est du tout au tout aussi prédominant que celui que leur procure le commerce avec les hommes. Publié maintenant pour la première fois d'après des anecdotes authentiques, françaises et anglaises, trouvées dans le boudoir d'une dame. Embellie de six belles planches in-quarto, supérieur à n'importe quoi de ce genre qui ait jamais été publié. Londres. Imprimé pour G. Peacock, no 66, Drury-Lane[19].
[19] Exhibition of Female Flagellants, in the Modest and Incontinent World. Proving from Indubitable Facts that a number of Ladies take a Secret Pleasure in whipping their own, and other Children committed (sic) to their care, and that their Passion for exercising and feeling the Pleasure of a Birch-Rod, upon Objects of their Choice of both Sexes, is to the full as predominant as that of Mankind. Now first published, from authentic Anecdotes, French and English, found in a Lady's Cabinet. Embellished with six beautiful Quarto Prints, superior to any thing of the kind ever Published. London. Printed for G. Peacock, no 66. Drury Lane.
Une jolie vignette ovale orne cet ouvrage. Elle représente Cupidon attaché à un arbre tandis qu'une jeune fille assise prépare une verge de bouleau pour le châtier.
Au point de vue littéraire ce livre ne vaut absolument rien. L'auteur traite son sujet d'une façon par trop exclusive et part de ce principe que la flagellation en elle-même constitue la jouissance, tandis qu'en réalité l'on ne peut considérer cette pratique que comme un moyen d'arriver au but que l'on se propose, c'est-à-dire la jouissance sensuelle. En lui-même le châtiment corporel que l'on s'impose ne peut certainement avoir rien que de désagréable. Ce n'est pas la flagellation qui termine l'opération, puisqu'elle est suivie d'autres actes qui produisent les effets définitifs désirés et provoqués. D'autre part, les verges sont exclusivement placées dans les mains des femmes, comme si les hommes ne sauraient éprouver au moins tout autant de plaisir à fouetter des jeunes filles qu'à être fouettés par elles.
Dans l'Exposition des flagellants femelles cette théorie uniforme est adoptée d'un bout à l'autre; on nous y enseigne que dans la flagellation il faut un certain art, du tact, et de la délicatesse.
Voici à titre de document, la traduction d'un passage qui s'y rapporte: «Saches donc, fille nigaude (dit Flirtilla), qu'il y a une certaine façon de manier ce sceptre de félicité, dans laquelle peu de femmes ont la main heureuse; ce n'est pas le geste passionné et violent d'une vulgaire femelle qui peut charmer, mais les manières délibérées et élégantes d'une femme de sang et du monde, qui déploie en toutes ses actions cette dignité qui se retrouve même dans le jeu de son éventail, qui souvent sert à faire de si profondes blessures. Quelle différence entre le vulgaire et le mondain, le distingué, précisément en cette matière! Quelle différence entre la vue d'une femme vulgaire qui, provoquée par ses enfants, les saisit comme un tigre ferait d'un agneau, expose brutalement leur derrière et les corrige avec le plat de la main ou avec une verge ressemblant beaucoup plus à un manche à balai qu'à un gentil faisceau de verges, élégamment nouées ensemble tandis qu'une mère bien-née, froidement et méthodiquement sermonnera son enfant ou son pupille et, quand elle se sera rendu compte qu'il est dans son tort et qu'il mérite une punition, ordonne à l'incorrigible miss de lui apporter les verges, de se mettre à genoux et de demander à mains jointes une bonne fouettée; puis, cette cérémonie préliminaire accomplie, elle lui ordonnera de se coucher en travers de ses genoux ou bien la fera monter sur le dos de la bonne, et puis, avec les plus jolies manières que l'on puisse imaginer enlèvera tout ce qui empêchera le libre accès du derrière frémissant de la petite demoiselle, qui pendant tout le temps, tout en larmes et avec des promesses et des suppliques les plus tendres implore sa chère maman ou sa gouvernante de lui pardonner; et à tout cela la belle exécutrice prêtera oreille charmée, découvrant cependant avec un sentiment délicieux les gentilles et aimables rotondités si blanches, qu'en quelques minutes elle fera passer au rose le plus sombre au moyen d'une verge maniée avec savoir-faire et élégance!»
Il existe d'ailleurs encore deux autres éditions de cet ouvrage, savoir:
The Exhibition of Female Flagellants. Suus cuique mos. London. Printed at the Expense of Theresa Berkley, for the Benefit of Mary Wilson, by John Sudbury, 252, High Holborn.
L'autre Édition est celle de genre bien connu de Hollywell Street.
Le Chérubin ou Gardien de l'Innocence féminine. Exposant les Artifices des Pensionnats loués[20], des Diseurs de Bonne Aventure, des Modistes corrompues et des soi-disant Femmes du monde. Londres, imprimé pour W. Locke, no 12 Red Lion Street, Holborn. 1792[21].
[20] Loué est pris ici dans le sens de loyer; c'est-à-dire, Pensionnats pris en location par de vieux messieurs.
[21] The Cherub; or Guardian of Female Innocence. Exposing the Arts of Boarding Schools; Hired Fortune-Tellers; Corrupt Milliners; and Apparent Ladies of Fashion, London: Printed for W. Docke. no 12 Red Lion Street, Holborn. 1792.
Ce livre qui a été réimprimé à plusieurs reprises a pour objet, comme son titre compliqué l'indique assez clairement, de mettre à nu chacune de ces catégories de vice. De nombreuses anecdotes se suivent. En voici une qui a trait à la location des Pensionnats de demoiselles par de vieux libertins, qui trouvent plaisir à voir fouetter les jeunes élèves.
«Un vieux Crésus libertin de Broad Street, dont les richesses étaient aussi considérables que les instincts dépravés, a entretenu depuis quelques années une espèce de trafic sensuel avec les directrices de deux pensionnats; l'un situé aux environs de Hackney et l'autre dans la Banlieue de Stratford. Toutes les semaines il versait à ces Dames des sommes importantes, rien que pour pouvoir goûter des jouissances visuelles qu'un homme ordinaire aurait trouvé plutôt répugnantes qu'agréables.
Le gentleman en question fait des visites régulières et à tour de rôle chez chacune de ces accommodantes matrones.
Voici comment le spectacle se déroule:
Toutes les fautes commises, les dérogations au règlement etc., sont soigneusement enregistrées pendant les quatre ou cinq jours qui précèdent la visite du Crésus; le jour de sa venue est fixé pour l'exécution de toutes les punitions infligées aux élèves. Après avoir fait entrer le vieux birbe dans un petit cabinet adjoignant la salle et dans la porte duquel sont aménagés des trous d'observation, les élèves sont appelées l'une après l'autre, mises à nu, étendues sur un établi ad hoc et fouettées sur leurs postérieurs en proportion de la gravité de leurs fautes. Dans la situation où elles se trouvent les jeunes filles ne peuvent pas se douter un instant qu'elles sont vues de tout autre personne que leur directrice. Et quand le vieux jouisseur, après avoir suivi, au moyen d'une lorgnette toutes les phases et les progrès de la flagellation en est arrivé au summum bonum de sa passion il sort de son rôle passif et se transforme à son tour en exécuteur… Son désir assouvi il se retire comme un homme de bonne composition qu'il est, parfaitement heureux et placide.
L'ouvrage est orné d'un frontispice suggestif par Isaac Cruikshank.
Part the second. The female flagellants in the Beau-Monde and the Demi-monde; proving from indubitable facts that the secret Pleasure of Whipping their own children and those of others, and that the Delights of the Birch Rod are as powerful in the female as in the masculine part of humanity. Now first published from the Manuscript of a Lady, and from original correspondance addressed to the Editor of the first Part. With highly coloured Engravings. Two Guineas[22]. Est une continuation du volume mentionné plus avant, sous le titre d'Exposition des flagellants féminins.
[22] Deuxième Partie. Les Flagellants femelles dans la Beau Monde et dans le Demi-Monde; prouvant par des faits indubitables que le secret plaisir de fouetter leurs propres enfants et ceux des autres et que les Délices de la Verge de Bouleau sont aussi puissants dans la partie féminine que dans la partie masculine de l'humanité. Publie maintenant pour la première fois le manuscrit d'une Dame et la Correspondance originale adressée au rédacteur de la première partie. Avec des illustrations coloriées de haut ton. Deux guinées.
Conférences Fashionables, organisées et tenues avec la discipline de verges de bouleau, par les suivantes et nombreuses belles dames, qui ont rempli à l'approbation générale les rôles de mère, marâtre, gouvernante, femme de chambre, ménagère, gérante de maison, etc., etc.
Avec les observations préliminaires sur les plaisirs de la verge de bouleau, administrée par la jolie main d'une dame favorite. Embellie d'une jolie gravure, d'une demi-feuille, représentant une marâtre fouettant son fils.
C'est un aussi grand provocateur que les cantharides ou le jus de vipères, parce que cela irrite le sang et donne une nouvelle vigueur aux esprits assoupis.
(Le Jésuite lascif, un Opéra.)
Quatrième édition, avec de nombreuses adjonctions. Londres. Imprimé pour G. Peacock, no 66, Drury Lane[24].
[24] Fashionable Lectures, etc… The fourth Edition. With considerable additions. London. Printed for G. Peacock, no 66 Drury Lane.
Cet ouvrage est incontestablement le plus curieux, le plus original et très probablement le premier publié de la série. On aurait pu l'intituler: Le Drame de la flagellation; toute l'action se déroule en dialogues et monologues.
A ce sujet, nous croyons intéressant de reproduire la teneur d'un passage qui termine l'ouvrage: Le Sublime de la Flagellation.
Très peu de temps après la publication des Conférences Fashionables à Paris la carte suivante fut remise par les libraires à tous les acheteurs de l'ouvrage.
CARTE
ADRESSÉE A MESSIEURS LES FLAGELLANTS
«Tous les acheteurs des Conférences qui seraient curieux de juger par eux-mêmes de l'effet qu'elles produisent quand elles sont bien développées, peuvent être adressés à une dame très accomplie au point de vue physique comme au point de vue de l'intellect, et qui, si on sait lui faire un compliment approprié[25], est prête à développer n'importe laquelle de ces conférences avec toute l'énergie et l'éloquence de son talent oratoire et son action, heureusement en corrélation.
[25] Un bel euphémisme!
«Cette dame a une maison à elle et sa salle de conférence est meublée de verges, de chats à neuf queues, et de quelques-uns des meilleurs ouvrages sur la flagellation. La dame a également dans sa maison une femme robuste, capable de prendre un homme sur ses épaules, quand il lui prend l'envie d'être traité comme un écolier; et en outre, elle, aussi bien que sa bonne, sont prêtes de jouer un rôle passif dans l'usage des verges, quand de temps à autre on le lui demandera. Prix de la première conférence: un louis,—chaque lecture suivante un demi-louis et 2 fr. 50 pour la bonne si elle sert de chevalet dans la circonstance.
«N. B. Les messieurs seuls, qui éprouvent du plaisir à jouer le rôle d'écoliers, seront servis par la maîtresse et la servante, à toute heure, avant qu'ils se lèvent, le matin, dans leurs propres domiciles, où se jouera admirablement bien le délicieux divertissement d'être sorti du lit, bousculé, puis fouetté, pour n'avoir pas voulu se rendre à l'école.»
La Danse de Mme Birchini, une histoire moderne, considérablement augmentée avec des anecdotes originales recueillies dans les cercles fashionables. Publié maintenant pour la première fois par Lady Termagant Flaybum.
«De tomber aux pieds d'une maîtresse impérieuse, d'obéir à ses ordres, d'avoir à lui demander pardon, furent pour moi les plus doux plaisirs.»
(Les confessions de J.-J. Rousseau, vol. I.)
«C'est un excitateur aussi puissant que les cantharides ou que le jus de vipère, parce que cela irrite le sang et redonne une vigueur nouvelle aux esprits assoupis.»
(Le Jésuite lascif; un opéra.)
Neuvième édition, avec de belles planches. Londres. Imprimé pour Georges Peacock, et vendu Drury Lane, no 66[26].
[26] Madame Birchini's Dance. A Modern Tale. With Considerable additions, and Original Anecdotes collected in the Fashionable Circles. Now first published by Lady Termagant Flaybum.
The Ninth Edition, with beautiful Prints. London: Printed for George Peacock, and sold at no 66 Drury Lane.
C'est un livre éminemment curieux. La première édition originale a dû être publiée contemporainement avec les Révélations de Lady Bumtickler. Ces anecdotes originales sont en prose et ne diffèrent pas grandement de ce qui nous a été présenté dans l'exposition de flagellants femelles mais la Danse de Mme Birchini est en vers, parfois bien terre à terre, mais empreints, en certains endroits, d'une belle vigueur et d'une ardeur remarquable.
C'est, en somme, l'histoire d'un jeune noble qui, devenu impotent à la suite d'excès de tout genre, se livre aux soins habiles de Mme Birchini qui réussit, grâce à ses procédés spéciaux, à lui rendre son ancienne vigueur et à le mettre à même de remplir ses devoirs conjugaux après l'accomplissement desquels sa jeune épouse soupirait désespérément.
Le joyeux ordre de Sainte-Brigitte. Souvenirs personnels de l'usage de la verge par Marguerite Anson York.
Imprimé pour les amis de l'auteur, MDCCCLVII[27].
[27] The Merry Order of St Bridget, Personal Recollections of the Use of the Rod by Margaret Anson; York: Printed for the Author's Friends, MDCCCLVII.
On attribue ce livre au même auteur qui a écrit pour Hotten The History of the Rod (l'Histoire de la verge). Il se compose de douze épîtres écrites par miss Anson à une de ses amies; la première lettre est datée de 1868, tandis que sur l'ouvrage le frontispice porte la date erronée de 1857.
Un certain nombre de dames, assemblées dans un château en France, pendant le second Empire, créent, pour passe-temps, le Joyeux Ordre de Sainte-Brigitte, une société ayant pour but l'application mutuelle des verges, une pratique à laquelle elles sont toutes adonnées.
Marguerite Anson est la soubrette de l'une de ces dames et elle est admise à faire partie de la société en qualité d'aide. La description de sa propre installation donnera une idée des rites de l'ordre.
Mais laissons-la avant tout admirer son costume: «Une chemise de toile fine, garnie de Valenciennes avec des entre-deux de rubans. Un jupon moelleux en flanelle blanche garnie de soie en bordure dans le bas; un autre en cachemire blanc, très fin avec un ruché dans le bas, garni de velours bleu de ciel. J'avais en fait de corset l'un de ceux de ma maîtresse, tout brodé; et par-dessus le tout, un magnifique peignoir bleu, avec des ruchés blancs; pas de jupes ni de pantalons et rien aux pieds, qu'une paire de mules bleues garnies de rosettes blanches très mignonnes.»
Ainsi accoutrée, Marguerite est placée dans une petite chambre contiguë à la grande salle où le Joyeux Ordre tenait ses assises: elle a les yeux bandés.
«Il me semble que j'attendis longtemps, mais je crois que ce ne fut que quelques minutes au bout desquelles quelqu'un entra dans la chambre:
—Enlevez votre manteau! me dit une voix que je reconnus pour celle de Mistress D…, une dame anglaise, belle, grosse et grasse, de quarante ans environ, pleine de vie et de malice, qui avait été une des promotrices de l'affaire.
—Maintenant, suivez-moi!
La porte de la salle fut ouverte et l'on m'introduisit. Puis la porte se referma et fut verrouillée et j'entendis autour de moi des rires étouffés.
Alors une voix partant du fond de la salle s'exclama: «Silence, mesdames, s'il vous plaît!»
Trois coups secs furent frappés sur une table et la même voix demanda:
—Qui vient ici?…
J'avais été stylée par Mistress B… et je répondis, conformément à ses instructions:
—Une candidate pour une place dans le Joyeux Ordre de Sainte-Brigitte.
—Êtes-vous prête à servir l'ordre du mieux que vous pourrez et d'aider, comme le demande votre maîtresse, dans l'accomplissement des cérémonies de l'ordre?
—Je le suis!
—Est-ce que vous vous engagez à ne jamais souffler mot de ce que vous verrez, entendrez ou ferez dans cette chambre, sous peine de perdre votre place sans certificat?
—Oui! Je m'y engage!
—Connaissez-vous le but du Joyeux Ordre?
—Oui!
—Dites-le nous!
Selon mes instructions je répondis.
—La salutaire et agréable discipline au moyen de verges appliquées réciproquement par ses membres au cours de ses séances.
—Avez-vous jamais été fouettée?
—Oui!
—Promettez-vous de vous soumettre à telle flagellation que le Joyeux Ordre vous imposera, sans vous rebeller ou sans murmurer?
—Oui!
—Préparez-la!
«J'entendis de nouveau des rires étouffés dès que cet ordre fut donné et je pus me rendre compte que mistress D… était secouée d'un rire intérieur, tandis qu'elle exécutait sa consigne, et qu'elle m'enleva mon peignoir. Elle épingla mes jupons et ma chemise sur mes épaules et alors, ma chère, je savais ce qui allait venir. Quelqu'un d'autre se saisit de l'une de mes mains tandis que mistress D… me tenait l'autre en attendant un nouveau commandement.
—Avancez!
«Ils me firent faire quelques pas en avant et au même instant un formidable coup de verge tomba sur ma hanche, puis sur l'autre et ainsi de suite jusqu'à ce que j'eus atteint le bout de la salle. Je pleurai et me débattis; mais tout fut en vain; mes guides me maintenaient solidement et, lorsqu'elles me lâchèrent, je ne pouvais plus que sangloter et haleter.
Alors un nouveau commandement se fit entendre:
—A genoux!
Je m'agenouillai devant l'ottomane du centre de la pièce. Les dames maintinrent mes bras par-dessus ce meuble et lady C… quitta son fauteuil, s'avança vers moi et me fouetta jusqu'à ce que je ne sus plus guère où je me trouvais. Alors elles m'aidèrent à me lever et la dame dit:
—Mesdames de l'Ordre de Sainte-Brigitte, recevez-vous Marguerite Anson en qualité de membre et de servante jurée, pour faire tout ce que vous demanderez?
—Oui! répondirent en chœur celles qui ne riaient pas.
—Laissez-la voir! fut le commandement qui retentit alors et, à ces mots, l'une des dames fit retomber mes vêtements et une autre m'enleva mon bandeau des yeux. J'étais tellement secouée et abrutie par la flagellation que pendant un certain temps, je pus à peine y voir. Mistress D… me prit par le bras et me ramena à l'extrémité de la pièce. Je me remis peu à peu et alors, en regardant autour de moi, je fus témoin d'un spectacle que n'aurait certainement jamais rêvé ce journaliste dont je mentionnais l'entrefilet dans ma dernière lettre.
«Chacune des dames tenait en main un faisceau de verges souples et solides et nouées avec des rubans correspondant à la couleur de leurs vêtements.
Sur l'ottomane où j'avais subi ma dernière fustigation étaient déposées deux autres verges.
—Marguerite Anson! Approchez! me dit Mme C… de nouveau. J'avançai timidement, appréhendant une nouvelle fessée…
—Agenouillez-vous!
Je m'agenouillai et elle me fit cadeau d'une verge en m'informant que j'étais maintenant une servante du Joyeux Ordre de Sainte-Brigitte, que j'étais autorisée à prendre part à leurs cérémonies et que j'étais tenue de faire tout ce que l'on me demanderait.
Puis on m'enjoignit d'aller me placer à l'extrémité de la salle, et de m'apprêter à faire à celle dont le tour était venu, absolument la même chose qui m'avait été faite à moi.
Il saute aux yeux qu'une répétition d'une flagellation de ce genre entre femmes ne peut que devenir insipide à la longue, car elles ne varient que fort peu. Pour faire diversion, l'auteur intercale dans son récit des réminiscences évoquées par les dames présentes, au cours desquelles l'élément masculin est mis en scène.
Une anecdote surtout est impayable: c'est l'histoire d'un monsieur qui, se faisant passer pour un inspecteur scolaire du gouvernement, fait une tournée d'inspection dans tous les pensionnats de jeunes filles où les plus belles d'entre les élèves sont fouettées en sa présence.
L'auteur adopte la thèse, d'après laquelle une certaine délicatesse et du savoir-faire sont des qualités essentiellement requises en flagellation.
«Il y a, dit-il, une grande différence entre les différents modes d'administrer les verges. Il n'y a aucune jouissance à puiser dans le maniement des verges ou dans la réception des coups, quand la chose est pratiquée de la même manière qu'emploierait une femme vulgaire dans un accès de colère. Mais, quand la verge est maniée par une dame du monde, élégante, avec dignité et grâce dans le maintien et dans l'attitude, le fait de pratiquer la flagellation et de la subir deviennent également une source de réel plaisir[28].»
[28] Cette phrase est incontestablement plagiée. Elle se trouve dans «L'Exposition des Flagellants Féminins».
L'extrait suivant de History of the Rod (l'histoire de la verge) a quelque analogie avec le récit de Marguerite Anson, qui précède.
C'est pour cela que nous croyons utile de le reproduire ici, à titre de document bibliographique.
«Une vieille nouvelle française, que nous avons parcourue en passant, le long des quais de la Seine à Paris, donnait une description très vivante d'une espèce de club romantique de flagellation qui existait à Paris peu de temps avant la Terreur. Les dames qui faisaient partie de cette association se fouettaient réciproquement avec une élégance pleine de charmes! Une sorte de procès précédait chaque correction et, quand une dame était reconnue coupable elle était immédiatement déshabillée et fouettée par ses compagnes. S'il faut en croire les affirmations contenues dans ce livre qui avait pour titre le Château de Tours, un grand nombre de dames du plus grand monde étaient affiliées à cette société et recevaient de leurs compagnes des châtiments personnels.
Ces nobles dames étaient également décrites dans ce livre comme instigatrices et créatrices des nouvelles modes; elles donnaient le ton. A en juger par les descriptions de ces modes, faites dans le livre en question, quelques-unes ne devaient pas différer beaucoup de celles adoptées jadis par notre bonne aïeule, la mère Ève!»
Les Mystères de la flagellation[29] ou un Récit des Cérémonies secrètes de la Société des flagellants. La sainte pratique des Verges. Saint-François flagellé par le Diable. Comment on domine ses passions par l'art de la flagellation. Avec beaucoup d'Anecdotes curieuses sur la Prédominance de ce Passe-temps particulier chez toutes les nations et à toutes les époques, soit sauvages ou civilisées (sic).
[29] Mysteries of Flagellation or A History of the Secret Ceremonies of the Society of Flagellants. The Saintly Practice of the Birch. Saint Francis whipped by the Devil. How to subdue the Passions by the art of Flogging! With many Curious Anecdotes of the Prevalence of this Peculiar Pastime in all Nations and Epochs, whether Savage or Civilized. Printed by C. Brown, 44 Wych Street, Strand. Price 2d.
Imprimé par C. Brown, 44 Wych Street, Strand. Prix: 2d.[30].
[30] 2d. vingt centimes. Sur la couverture, en tête se trouve répétée, en toute lettrée cette fois, la mention: «Price Two pence».
Cette publication—8 pages—qui date de 1863, avait été provoquée par l'arrestation d'une dame Potter, pour avoir fouetté une jeune fille contre sa volonté.
En comparaison avec son genre, cette brochure n'est pas mal écrite. Elle nous donne un aperçu de ce qu'étaient certains établissements de Londres et notamment le White House (maison Blanche), la Den of Mother Cummings (Repaire de la Mère Cummings), l'Élysée de Brydges Street, etc.
Voici d'ailleurs le résumé de l'affaire Potier. Elle est intéressante:
«A cette époque (en juillet 1863), sur la demande de la Société de Protection des Femmes, une perquisition fut opérée dans l'Académie, alors très en vogue, de Sarah Potter, alias Stewart, dans la Wardour Street[31] et une rare collection d'accessoires et d'instruments de flagellation fut saisie et transportée au palais de justice de Westminster. C'est alors seulement que le grand public apprit que des jeunes filles étaient débauchées dans l'École de flagellation de la femme Stewart, pour être soumises à la fustigation de la part de jeunes et de vieux amateurs de ce sport particulier, au grand profit de cette honnête dame. Les spécimens les plus curieux de son stock d'instruments servant à son industrie consistaient en une échelle pliante, avec des entraves, des verges de bouleau, des balais de chiendent et d'accessoires secrets à l'usage des hommes et des femmes.
[31] Ce fait n'est pas tout à fait exact, en ce sens que la perquisition eut lieu au no 3 de Albion Terrace, Kings Road à Chelsea, où cette dame habitait après avoir déménagé de Wardour Street.
Sa méthode de procéder dans sa petite industrie était la suivante. Elle attirait des jeunes filles, les nourrissait, les logeait et les habillait et en retour elles étaient obligées de se prêter aux caprices des protecteurs de cette pension de famille d'un nouveau genre.
Elles étaient fouettées de différentes façons. Quelquefois on les fixait à l'échelle: d'autres fois elles étaient pourchassées à coups de fouet par la chambre; parfois on les couchait sur le lit. On avait recours à toutes les variations et à tous les raffinements qu'une imagination pervertie pouvait inventer, pour varier dans la mesure du possible les orgies, en retour desquelles la maîtresse de maison touchait des sommes variant entre 5 et 15 livres sterling. Les bénéfices que la Stewart tirait de cette école lui permettaient de tenir des valets et une maison de campagne, au grand scandale de la communauté.»
Ce récit est évidemment exagéré. On ne pourrait admettre que la jeune fille fût flagellée contre sa volonté, car elle avait pour habitude de fouetter des messieurs et de se soumettre elle-même à l'opération quand elle était payée en conséquence. Il est un fait certain, c'est qu'elle retourna chez Mme Potter dès que celle-ci fut relâchée de prison et habita avec elle pendant longtemps à Howland Street.
Mistress Sarah Potter, alias Stewart fut une matrone d'une certaine importance qui, à un moment donné réalisa de grosses sommes. Au cours de sa carrière accidentée elle changea très souvent de domicile.
Sous ses auspices, les flagellations étaient appliquées presque exclusivement aux messieurs quoique de temps en temps il arrivait que des jeunes filles y étaient soumises. Elle avait pour spécialité de procurer de très jeunes filles avec les parents desquelles elle prenait préalablement des arrangements pour éviter dans la suite des désagréments éventuels. Elle habillait ces enfants de costumes suggestifs et leur enseignait des tours variés, pour amuser ses clients.
Le Roman de la Castigation; ou les Révélations de miss Darcy.
Illustré de gravures coloriées. Londres: imprimé pour les libraires[32].
[32] The Romance of Chastisement, or The Revelation of Miss Darcy.
Illustrated with coloured Drawings; London: Printed for the Booksellers.
Belinda Darcy rend visite à son amie Dora Forester, qui l'initie aux plaisants mystères de la flagellation et lui révèle ce qui se passe à la Villa Belvédère, une maison de délassement où l'on fait un usage très étendu de la verge.
Le livre contient en outre quelques scènes diverses, telle que la description d'une pénitence dans un couvent, et une scène de flagellation domestique, etc.
Au point de vue littéraire, cet ouvrage a quelque mérite et on peut le lire avec intérêt.
Le Roman de la Castigation ou Révélations de l'école et de la chambre à coucher. Par un expert.