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Essais d'un dictionnaire universel / contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts cover

Essais d'un dictionnaire universel / contenant généralement tous les mots François tant vieux que modernes, & les termes de toutes les Sciences & des Arts

Chapter 7: E.
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About This Book

A comprehensive lexicographical and encyclopedic compilation of French vocabulary, both archaic and contemporary, presenting definitions and technical explanations for terms from a wide range of arts and sciences—medicine, law, mathematics, astronomy, natural history, music, architecture, and mechanical trades. Entries supply etymologies, illustrative phrases, authors' names, brief histories, curiosities, and moral sentences, blending linguistic description with practical and scientific information. Prefatory material outlines the compiler's aim to supplement institutional dictionaries and to make specialized terminology accessible to readers while preserving and transmitting the language and knowledge.

E.

EAU. s. f. C'est le troisiéme des quatre anciens Elemens, qui est froid & humide par sa nature: ce nom se donne à tous les corps clairs & liquides qui coulent sur la terre, comme eau de mer, de riviére, de fontaine, d'étangs, de sources, de cîternes, de puits. Cela est clair comme eau de roche. Thalés soûtenoit que l'eau étoit le principe de tous les corps, & cette opinion a été renouvellée en nos jours par Robert Flud, qui en a fait un sistême compris en plusieurs volumes. Ce mot est dérivé du Latin aqua, d'où on a fait premiérement aiguë, témoin aiguës mortes, aiguë perse, aiguë belette; en suite on a dit ayve & ayau, qu'on dit encore en quelques lieux, dont enfin on a fait eau. Borel dit que ce mot vient du vieux gaulois aven ou avon, qui signifioit autrefois riviere, d'où sont venus les noms des Villes Gandavum, Genabum, & autres.

On dit en général aller par eau, pour dire naviger, voyager sur la mer, sur les lacs, & sur les rivieres. Passer l'eau, c'est à dire, de l'autre côté de la riviere. Les eaux sont débordées, sont cruës.

On dit qu'une chose ne sent que l'eau, quand elle n'a ni sel, ni saveur. Jeûner au pain & à l'eau. On a observé que l'eau d'une fontaine est d'un autre poids à sa source qu'à quelque distance de là, & qu'aprés son dégel elle est d'un autre poids qu'elle n'étoit auparavant. Une pinte d'eau du Gange est plus legere d'une once, que quelque autre eau que ce soit: le Mogol n'en boit point d'autre, en quelque lieu qu'il se trouve.

Eau en particulier se dit de la pluye. Ce nuage épais nous menace d'eau; il tombe de l'eau; une ondée d'eau.

L'Ecriture distingue les eaux qui sont au dessus du Firmament, & celles qui sont au dessous; ici le Firmament est pris pour l'air. L'Esprit de Dieu étoit porté sur les eaux.

Eau, en termes de Théologie, se dit premiérement de celle avec laquelle on baptise. Le pécheur est régénéré par les eaux du Baptême, par les eaux de la grace.

Eau benîte, est une eau qui se fait dans l'Eglise avec certaines priéres, exorcismes, & cérémonies; on la prend à l'entrée & au sortir de l'Eglise. L'eau benîte de Pâques est celle qu'on préparoit autrefois, seulement pour baptiser les enfans. Celle de la Pentecôte & celle qu'on fait tous les Dimanches sert pour la dévotion, pour effacer les péchez veniels, chasser les démons, préserver du tonnerre, &c.

On appelle aussi eau benîte, cette cérémonie & ces priéres qui se font les Dimanches avant la grande Messe pour benir l'eau, comme voilà l'eau benîte qui sonne.

Dans le Livre des Nombres il est fait mention d'une eau, qui servoit à éprouver si une femme étoit adultere. Chez nos Anciens on faisoit la preuve des crimes par l'immersion du corps, ou du bras dans de l'eau chaude, ou dans de l'eau froide avec plusieurs cérémonies Ecclesiastiques; ce qui a encore lieu chez plusieurs Nations. Voyez Preuve.

En dévotion il y a de l'eau de S. Clair qui guérit du mal des yeux, de l'eau de sainte Geneviefve qui guérit la fiévre. Chez les Payens on appelloit l'eau lustrale, une eau qu'ils préparoient avec plusieurs cérémonies à leur mode.

Eau en termes de Physique, se dit aussi des humiditez qui sortent des corps, comme de l'urine & de la sueur. Il est allé faire de l'eau, lâcher de l'eau, un filet d'eau; il ne peut tenir son eau. Cette course, cet accés de fiévre l'a mis tout en eau. On le dit aussi de l'eau qui est enfermée dans quelque bube ou vessie, ou entre cuir & chair qui forme l'hydropisie. Il a vuidé quantité d'eaux. Il lui est tombé des eaux sur les jambes; ce qui se dit plus ordinairement des chevaux, quand il leur tombe de mauvaises humeurs sur le boulet & le paturon. On dit fondre en eau, pour dire pleurer abondamment.

En termes de Marine on dit faire de l'eau, pour dire faire aiguade, faire ses provisions d'eau douce au milieu d'un voyage de long cours. Ce Navire fait eau, c'est à dire, que l'eau entre dans le Navire par quelque ouverture, ou voye d'eau. Ce Vaisseau tire tant d'eau, pour dire enfonce dans l'eau de tant de pieds. Il faut attendre le vif de l'eau, ou la haute eau, pour dire la pleine marée: on dit au contraire basse eau, ou eau morte dans le reflus, lors que la marée est basse, & que la mer refoule. Les eaux vives régnent trois jours devant & trois jours après la nouvelle ou pleine Lune. Les eaux mortes viennent aprés les six jours qu'ont occupé les eaux vives. Ce Vaisseau alloit à fleur d'eau, c'est à dire, n'avoit guéres de bord hors de l'eau. Ce Navire étoit percé à l'eau, c'est à dire, dans les œuvres vives, ou qui plongent dans l'eau. On dit aussi qu'un Navire est sur l'eau d'un autre, pour dire qu'il suit son cours, son sillage. On dit aussi mettre un Navire à l'eau, le pousser à l'eau, quand du chantier où il étoit pour le bâtir ou le radouber on le pousse dans la mer. Des courans d'eau, ce sont des mouvemens d'eau impetueux, qui se trouvent le long des côtes ou détroits, & qui naissent de leurs sinuositez. Le courant de l'eau, ou le fil de l'eau se dit seulement de l'endroit des riviéres où l'eau est la plus forte. On appelle aussi chef d'eau la haute marée, & dans la bonasse on dit que l'eau est platte & courtoise.

On dit en termes d'hydrauliques conduire les eaux, pour dire les enfoncer dans des tuyaux ou canaux & élever les eaux par des machines, comme par des pompes qui l'élevent par aspiration jusqu'à trente-deux pieds, ou par compression en pressant l'eau pour l'élever si haut qu'on veut, parce que l'eau ne se condense jamais. Faire un jet d'eau, c'est élever l'eau & la faire jaillir en l'air. Un boüillon d'eau, est celui qui ne s'éleve guéres au dessus du tuyau. Une chute d'eau ou cascade. Une nappe d'eau se dit, quand l'eau s'étend comme une nappe sur une pierre d'où elle tombe. Un Soleil d'eau, quand les jets se distribuent en rayons. Une verge d'eau, quand il y a grand nombre de tuyaux prés l'un de l'autre qui jettent de l'eau ensemble. Un berceau d'eau, quand il y a des jets d'eau à droit & à gauche qui se courbent en arc par dessus la tête. Un rond d'eau, un réservoir d'eau, ou un regard, un pouce d'eau. Bernard Palissi, Jacques Buffon, Serlio & le théatre d'Agriculture, ont écrit de l'art de conduire les eaux, de trouver des sources & des fontaines.

En Medecine on appelle eaux cordiales, certains remédes qui confortent le cœur. Eaux minerales, celles qui servent de reméde, & qui ont contracté quelque vertu en passant à travers des mineraux, comme alun, vitriol, soulfre. Les eaux de Bourbon, de Forges, de Spa, de Pougues; & on dit absolument il est allé aux eaux, on lui a donné les eaux. Eau panée, eau battuë, est celle où on a mis tremper du pain, ou qu'on a battuë, pour lui ôter sa crudité. Eau ferrée, celle où on a atteint une bille d'acier rougie au feu. On dit aussi saigner le pied en l'eau.

Les Apothicaires font aussi des eaux cephaliques, ophthalmiques, thoraciques, stomachiques, hepatiques, spleniques, nephretiques, hysteriques, arthritiques, & autres contre plusieurs maladies, que l'on peut voir dans la Framboisiere & les dispensaires.

En termes de chymie on appelle aussi eaux, les sucs qui se tirent par la distillation ou avec la force du feu, comme eau de senteur, de rose, de fleur d'orange, de naphte. Eau d'ange, eau de plantin.

Eau forte, ou eau ardente ou caustique, c'est de l'eau qui se fait par la distillation du vitriol seul, ou avec alun & salpêtre, qui est la base ordinaire des eaux fortes, ou avec d'autres sels mêlez ensemble, elle sert à graver & dissout tous les métaux: à la réserve de l'or, on l'appelle en Latin aqua stygia.

Eau philosophique, ou des deux champions, est celle qui se fait avec du salpêtre & du sel armoniac.

Eau seconde, est l'eau forte qui a déja servi à la dissolution de quelques métaux, qui par ce moyen a perdu une partie de sa force.

Eau régale ou de départ, c'est de l'eau forte dans laquelle on a ajoûté en la faisant du sel commun, du sel gemme, ou du sel armoniac, laquelle en ce cas dissout l'or sans toucher aux autres métaux; toutes ces eaux s'appellent aussi menstruës ou dissolvantes.

Eau de la Reine de Hongrie, est une distillation qui se fait au bain de sable, des fleurs de romarin, mondées de leur calices sans aucune partie de l'herbe, dans de l'esprit de vin bien rectifié; on l'appelle ainsi à cause du merveilleux effet, qu'en ressentit une Reine de Hongrie à l'âge de 72. ans.

Eau imperiale, c'est de l'eau distillée de noix muscade, écorce de citron, cloux de girofle, feüilles de laurier, d'hyssope, de thim, de marjolaine, de sauge, de romarin, de lavende, des fleurs d'orange, &c.

Eau stiptique, est celle qui est faite avec une dissolution de vitriol.

Eau de vie, c'est du vin qu'on fait distiller dans un matras au bain marie, ou à petit feu de flamme, & qu'on réduit environ à la sixiéme partie, le reste est une flegme insipide: on fait passer le col du matras en serpentant dans un tonneau d'eau froide, pour le refroidir plûtôt; quand cette eau de vie est distillée encore une fois & réduite à la septiéme partie, on a de l'esprit de vin, lequel étant derechef distillé, donne de l'esprit de vin rectifié.

Eau gommée, c'est celle qui se fait en y laissant tremper de la gomme arabique enfermée dans un morceau de linge: les femmes en font aussi pour gommer leurs cheveux, en y laissant tremper des pepins de coin.

Eau de blanc d'œuf, c'est de l'eau qui se fait en foüettant bien le blanc d'œuf, ou bien en le faisant abreuver par une éponge plusieurs fois, & l'épreignant aussi-tôt, puis la faisant couler par le papier gris, c'est une eau jaunâtre qui est la plus fine de toutes les colles.

Les Limonadiers font aussi des eaux, pour chatoüiller le goût, des eaux de cerise, de groseille, de frangipane, qui sont des eaux succrées & parfumées où on a mis des groseilles, des cerises, des parfums.

Eau, se dit aussi du suc de quelque fruit que ce soit: cette poire est de bonne eau.

En termes de Joüailliers on appelle eau l'éclat des perles & des diamans, qu'on suppose être faits d'eau. Cette perle est de belle eau: l'eau de ce diamant est trouble. Donner l'eau à un drap, c'est le lustrer, le calandrer. On dit aussi des cuirs quand ils sont à la tannerie, qu'on leur donne plusieurs eaux pour les préparer.

En Astronomie on appelle un signe celeste, le verseur d'eau qui est l'onziéme à compter d'Aries.

Eaux, se dit au plurier en ces phrases: le grand Maître des eaux & forêts prend la qualité d'Enquêteur & de Réformateur des eaux & forêts. Les maîtrises particuliéres des eaux & forêts, la réformation générale des eaux & forêts, ce sont des Officiers, ou des Jurisdictions qui jugent des causes concernant les eaux & les forêts. Intendant des eaux, celui qui a soin de faire aller les eaux des Maisons Royales.

Eau, se dit proverbialement en ces phrases. Un Medecin d'eau douce, c'est à dire un mal-habile Medecin qui n'a pour reméde que de l'eau douce. On dit qu'un homme a mis de l'eau dans son vin, pour dire qu'il est revenu de son emportement. Ses desseins vont à vau l'eau, pour dire ne réüssissent pas. L'eau lui en vient à la bouche, pour dire cela lui donne l'envie d'en tâter. On dit d'un homme qui fait beaucoup de complimens ou de promesses, sur lesquelles il ne faut pas faire grand fondement, que c'est de l'eau benîte de Cour, parce qu'on n'est point chiche de belles promesses à la Cour, non plus que d'eau benîte à l'Eglise. On dit d'un homme dont le mérite n'est point connu, qu'il faut qu'il fasse voir de son eau, pour dire qu'il fasse voir ce qu'il sçait faire. On appelle des gens de delà l'eau, des gens grossiers & mal instruits des nouvelles & des affaires du temps. Les eaux sont basses, pour dire qu'on n'a point de fonds, point d'argent en bourse. Suer sang & eau, pour dire faire un effort, ou un travail extraordinaire pour parvenir à quelque chose. On appelle un beuveur d'eau, un homme froid & incapable de grandes affaires. On dit faire venir l'eau au moulin, pour dire faire venir du profit, de l'argent à la maison. Nager en grande eau, pour dire être en fortune, dans les grands emplois: il est heureux comme le poisson dans l'eau, pour dire il est en son élevement où il se plaît, ou il est bien.

Revenir sur l'eau, se dit d'un homme qu'on croyoit abîmé, & qui rétablit ses affaires, & r'entre dans le négoce. On dit aussi rompre l'eau à quelqu'un, pour dire apporter quelque obstacle à sa fortune, à ses affaires, ce qui se dit au propre des chevaux, qu'on oblige à boire à plusieurs reprises. On dit qu'un valet est allé à la bonne eau, pour dire qu'il est trop long-temps à revenir d'un message. Laisser courir l'eau, pour dire ne se pas soucier comment vont les affaires. Battre l'eau, pour dire travailler inutilement. On dit encore, tant va la cruche à l'eau qu'enfin elle se brise, pour dire qu'à la fin on périt dans les dangers, où on s'expose trop souvent. Nager entre deux eaux, c'est à dire, être incertain quel parti ou opinion on doit suivre. Pêcher en eau trouble, c'est à dire, profiter du desordre du temps, du mauvais état d'une famille. On dit encore d'un homme malheureux, qu'il se noyeroit dans un verre d'eau, d'un avare, qu'il ne donneroit pas un verre d'eau, qu'il ne donne rien du tout; d'un mélancolique & méchant, que c'est une eau dormante, qu'il n'y a point d'eau pire que celle qui dort; d'un homme inutile, qu'il ne gagne pas l'eau qu'il boit.

Porter de l'eau à la mer, c'est à dire, donner à quelqu'un des choses dont il n'a déja que trop. C'est une goute d'eau dans une mer, c'est à dire, que ce qu'on met dans quelque chose ne la fait pas paroître davantage. Il n'y fera que de l'eau toute claire, pour dire qu'il ne réüssira pas en telle affaire. On dit de deux gemeaux, qu'ils se ressemblent comme deux goutes d'eau; de deux personnes qui se haïssent, que c'est le feu & l'eau; d'une affaire qui n'a point réüssi, tout s'en est allé en eau de boudin, ou à vau l'eau; d'un homme niais & innocent, qu'il ne sçait pas l'eau troubler. Tenir le bec en l'eau, c'est à dire, amuser long-temps une personne sans lui tenir ce qu'on lui fait esperer. On dit aussi d'un homme officieux, qu'il se mettroit dans l'eau jusqu'au cou pour servir ses amis; d'un homme qui se noye, que l'eau est entrée dans ses souliers par le collet de son pourpoint. On dit des enfans, qu'il les faut garder de feu & d'eau, jusqu'à sept ans. On dit encore ce crime est si grand, que toute l'eau de la mer ne suffiroit pas pour le laver; & au contraire il fait aussi peu de scrupule de cela, que de boire un verre d'eau. On dit aussi si on l'envoyoit à la riviere il ne trouveroit point d'eau, pour dire qu'il ne pourroit pas trouver les choses les plus communes. On dit aussi il passera bien de l'eau sous les ponts entre ci & là, pour dire cela n'arrivera de long-temps. On dit aussi gare l'eau là bas, quand on veut jetter par les fenêtres quoi que ce soit.

Eau benîtier, termes d'Orfévres, ils nomment ainsi les vaisseaux d'argent qu'ils préparent pour mettre de l'eau benîte: ils doivent être contre-marquez au corps, au collet de pied & goupillon; à l'égard de la gorge, creux ou panache, quarré de pied ou anse, ils sont seulement marquez du poinçon du maître.

Ebe. s. f. terme de Marine, c'est le reflus de la mer, la basse marée ou l'eau morte, lors que la mer refoule & s'en retourne. Il est opposé au flot & au montant; on l'appelle autrement jussant.

ELECTUAIRE. s. m. terme de Pharmacie, c'est un médicament composé de poudres, ou d'autres drogues incorporées avec du miel & du sucre; il est ainsi nommé à cause que les parties qui le composent doivent être curieusement choisies, il est de consistance moyenne entre les opiates, les lenitifs & les confections; il y en a deux sortes, les mols sont en consistance d'opiate, & se font de trois onces de poudre sur une livre de miel écumé; les solides se font en forme de tablettes, où on met trois onces de poudre sur une livre de sucre clarifié, dissous en quelque liqueur & cuit en suite en perfection: sous les especes d'électuaires on met le mithridate, la theriaque, la confection Hamec, celle d'Akermes, le catolicon, le diaprunum, diaphœnicum, diacartami, diatragagant, &c. qui sont expliquez à leur ordre.

L'hiere picre de Galien, est mise aussi au rang des électuaires; il y a un électuaire de citron qu'on nomme de Guy de Cauliac, fameux Chirurgien, qui l'a mis le premier en vogue, la benedicte de Nicolas, & autres.

ELIXIR. s. m. terme de Medecine, c'est une liqueur spiritueuse destinée à des usages internes, contenant la plus pure substance des mixtes choisis, qu'on lui a communiquée par infusion & maceration. Les esprits tirez des vegetaux, ou leurs eaux spiritueuses sont d'ordinaire la base des elixirs, & les menstruës dont on se sert pour dissoudre & retenir la vraye essence des médicamens, qui entrent dans leur composition. L'esprit de vin est l'elixir, le menstruë, le plus commode de tous. L'elixir approche beaucoup de la nature des teintures.

Elixir de propriété, est un reméde inventé par Paracelse, composé d'esprits de soulfre, d'aloës, de myrrhe, de safran, &c. dissous par un puissant dissolvant nommé alkaest. Crollius veut que cet elixir soit le baume des Anciens, & contienne toutes les vertus du baume naturel.

Elixir, terme de chymie, c'est la substance la plus subtile interne & specifique de chaque corps, qui en est comme l'essence. Les charlatans abusent beaucoup de ce nom, & le donnent à plusieurs simples extraits pour vendre plus cher leurs drogues: on l'appelle autrement quinte-essence. Ménage tient que ce mot vient de l'Arabe elexir, qui signifie proprement fraction, à cause que l'elixir a la force de rompre les maladies, & de rompre les métaux en les dissolvant: d'autres le dérivent avec plus d'apparence de l'Arabe alechstro, qui signifie une extraction artificielle de quelque essence: d'autres veulent qu'il vienne du Grec elayon, & syro, comme une extraction d'huiles, qui est la partie essencielle des mixtes: d'autres enfin du verbe Grec alexeo, à cause du grand secours qu'on reçoit des elixirs. D'autres appellent elicsir, une prétenduë poudre qui convertit les métaux en or, qu'on appelle poudre de projection.

EOLIPILE. s. f. Terme des Hydraulyques. C'est une petite boule de fer ou de cuivre, ayant une queuë où il y a un fort petit trou pour la charger: on la chauffe pour rarefier l'air qui est dedans, & puis on la jette dans l'eau. Il y en entre autant qu'il faut pour remplir le vuide que laisse l'air condensé par la froideur de l'eau; & quand cette boule est derechef mise au feu, il en sort du vent, avec une impetuosité & une durée qui surprennent. On la nomme autrement poire à feu. C'est par la comparaison de ces éolipiles, que Descartes explique admirablement bien la cause naturelle des vents.

EPACTE. s. f. Terme de comput Ecclesiastique, c'est la difference de l'année Lunaire, qui n'est que de 354. jours d'avec l'année Solaire, qui est de 365. jours. Cette difference fait que les nouvelles Lunes reculent tous les ans d'onze jours. On trouve l'âge de la Lune en ajoûtant l'épacte de l'année au nombre des jours du mois où on est, & au nombre des mois écoulez depuis celui de Mars. En observant aussi de retrancher trente jours quand ces trois sommes ajoûtées vont au-delà. Le cicle des Epactes est de dix-neuf ans, répondant au nombre d'or, ou cicle Lunaire, aprés lequel toutes les Lunations reviennent au même jour.

Eparer. v. n. Terme de manége, qui se dit d'un cheval qui détache des ruades, & qui nouë l'aiguillette; un cheval doit s'éparer de toute force à l'air des cabrioles.

Epanorthose. s. f. Terme de Réthorique, c'est une figure, par laquelle on corrige, ou on révoque ingenieusement ce qu'on avoit auparavant allegué.

EPHEMERE adj. Terme de Medecine, qui ne dure qu'un jour, il se dit en cette phrase, fiévre Ephemere. La fiévre Ephemere des Anglois est une espéce de peste.

Ephemere. En termes de Botanique, est une flambe sauvage, ses feüilles sont semblables à celles du lis, quoi que plus menuës, sa tige pareillement. Sa fleur est blanche & amére, sa graine est tendre, sa racine est grosse d'un doigt, longue, astringeante & odorante. Mathiole dit que l'Ephemeron de Dioscoride est le colchicum, qui est un poison croissant au païs de Colchos, il est si dangereux qu'il fait mourir en moins d'un jour ceux qui en mangent, ce qui lui a donné ce nom d'Ephemere, & il ajoûte que ce n'est autre chose qu'un oignon blanc, que les Apothicaires appellent hermodactylus.

Ephemere, est aussi un petit animal qui ne vit que cinq heures, pendant lesquelles il naît, il étend ses membres, il paroît jeune, il change deux fois sa peau, il fait des œufs, jette des semences, vieillit & meurt. Aristote en a fait la description, & l'a ainsi nommé, parce qu'il ne dure qu'un jour. Il paroît vers la Saint Jean, c'est un insecte volant, qui naît à six heures aprés midi, & meurt à onze heures. Il est vrai toutefois qu'avant que d'avoir pris cette figure, il a vécu trois ans sous celle d'un verd au bord de l'eau, dans la vase, ou dans des trous qu'il y a creusé lui-même; il s'en trouve de deux ou trois pouces. Les pescheurs s'en servent pour appâter leurs hameçons. On a observé dans quelques-uns de ces insectes jusqu'à 7000. yeux semez par tout le corps, ils ne s'accouplent point, la femelle jette ses œufs, & le mâle les rend feconds en les couvrant de sa semence. Il ne prend aucun aliment depuis qu'il est changé, & il ne change que pour se multiplier. Aldrovandus, Jonston, & Clusius en ont écrit, mais bien plus incertainement que Swammerdam, qui en a fait les dissections & les observations avec le microscope. Il en est aussi parlé dans le recueil de Thevenot.

Ephemerides. s. f. plur. Terme d'Astronomie, ce sont des Tables calculées par des Astronomes, qui marquent l'état du Ciel tous les jours à midi, c'est à dire, le lieu où à midi se trouvent toutes les Planettes, & ce sont des Tables qui servent à dresser les horoscopes, ou themes celestes. Les Ephemerides d'Origan, de Kepler, d'Argolus, de Joannes Heckerus, &c. Jean Dominique Cassini a fait des Ephemerides des Astres de Medicis, ou des satellites de Jupiter, qui servent à la découverte des longitudes.

Ephialtes. Voyez Incube.

EQUATION. s. f. Terme d'Astronomie, qui se dit de la maniére de réduire le temps ou les mouvemens inégaux du Soleil, à un temps ou à un mouvement égal & moyen. Le jour astronomique se compte depuis le départ du soleil d'un Méridien jusqu'à ce qu'il y retourne le jour suivant, c'est ce qu'on appelle le jour & le mouvement égal; mais parce que cependant le Soleil avance dans l'Eccliptique tantôt plus, tantôt moins à nôtre égard, selon qu'il est apogée, & perigée, & parce que les arcs de l'Ecliptique sont aussi inégaux à nôtre égard, à cause de l'obliquité de la sphere; c'est ce qui rend les jours inégaux. Il a donc fallu que les Astronomes, qui ont besoin d'un jour égal pour faire leurs supputations, trouvassent ce mouvement, ou temps moyen, & c'est ce qu'on appelle équation, par laquelle on trouve 59. minutes & huit secondes qu'il faut ajoûter au vrai jour égal, pour faire ce moyen mouvement journalier. Jean Baptiste Morin a fait un beau traité des équations en son Livre des longitudes. Monsieur Huggens a donné une Table exacte de l'équation des jours, pour régler les mouvemens des horloges à pendules, où on void combien ces horloges doivent avancer ou reculer en chaque jour de l'année, à cause de l'irrégularité du mouvement du Soleil & de l'obliquité de l'Eccliptique.

Equation, en termes d'Algebre est la réduction de deux nombres heterogenes, ou de diverse nature à une même nature en valeur, pour les rendre égaux. L'équation se dit aussi de la connoissance juste de la partie qu'il faut ajoûter à deux nombres differens, pour les mettre dans l'égalité. La science des équations est la principale partie de l'algebre. L'équation se marque ainsi.

ECHELLE. s. f. Instrument qui sert à monter; il est composé de deux perches ou piéces de bois longues & legéres, traversées de pied en pied de menus bâtons qu'on nomme échelons, sur lesquels on met les pieds l'un aprés l'autre pour monter. Jacob vit une échelle par où les Anges descendoient & montoient du Ciel en terre. Les soldats, les voleurs se servent d'échelles pour surprendre les Villes, pour entrer dans les maisons par les fenêtres, par dessus les murs. Les Maçons se servent d'échelles pour monter sur les échaffauts.

On fait aussi des échelles de corde, de soye, qui se plient & qui sont portatives; on en fait aussi de brisées. Il y en a aussi de doubles, qui sont étenduës par le pied, qui servent aux Peintres. Il y en a d'autres pour la guerre qu'on transporte sur des rouës, & qui sont de diverses constructions, dont on void les figures dans la pyrotecnie de Hanselet.

Echelle, se dit aussi d'un méchant escalier qui est tout droit. Les escaliers de la Halle sont des échelles, sont droits comme des échelles.

Echelle, se prend quelquefois pour le gibet, à cause qu'on monte avec une échelle ceux qu'on pend à une potence; ainsi on dit celui-là a été condamné à assister à l'execution, à avoir le foüet au pied de l'échelle: il a été long-temps sur l'échelle avant que d'être jetté. On coupe souvent des bourses au pied de l'échelle.

Echelle, se dit aussi d'un rang de nœuds de Ruban, que les femmes mettent par ornement le long de leur busque, à cause que cela ressemble à une échelle. Cette Dame avoit une échelle de rubans de satin bleu.

Echelle. En termes d'Architecture & de Géographie, se dit d'une ligne divisée en parties égales, qui sert de mesure commune à toutes les parties d'un bâtiment, à la description des cartes topographiques. Pour sçavoir combien cet étage a de haut, il en faut prendre avec un compas la mesure sur l'échelle. On en use de même pour sçavoir combien il y a de lieuës, entre deux Villes marquées sur une carte.

Echelle, ou bâton de Jacob, en termes de Marine est un instrument en croix divisé en semblables parties égales, qui a été décrit ci-devant au mot d'Arbalête.

Echelle, est aussi un nom qu'on donne sur la Méditerranée, ou mer du Levant aux Villes de commerce. La France a ses Consuls, ses Magasins, ses Bureaux en toutes les échelles du Levant, aussi bien que la plûpart des autres Nations, à Smirne, à Said, à Alep, au Caire, &c. On appelle aussi ces places des Ports & Etapes. Ce mot vient d'escale, vieux terme de marine, qui signifie port de mer; qu'on trouve sur sa route, où on entre par occasion pour acheter quelques vivres, pour éviter la tempête ou les ennemis.

Echelle campanale, est une régle qu'ont les fondeurs pour proportionner la longueur, largeur, & épaisseur d'une cloche à son poids, & pareillement celle de son batail pour lui faire rendre un certain son, ils ont fait cette échelle par une longue experience, plûtôt que par une voye géometrique; elle est cependant curieuse, & on la trouve au sixiéme Livre de la Pyrotecnie de Biringuccio, & dans le Pere Mersenne; on l'appelle aussi Brochette, Bâton, Régle, & Diapason.

Echelle, est aussi un instrument de musique assez grossier, composé de douze bâtons enfilez ensemble & separez l'un de l'autre par des grains de chapelet; ils vont toûjours en diminuant depuis le grand qui a dix pouces jusqu'au plus petit qui en a trois, leur figure peut être ronde ou quarrée, ou en forme de prisme, ou de parallellepipede; on en jouë avec un petit bâton, dont une des extrêmitez est tournée en boule; quand cet instrument est bien touché, il rend une symphonie assez agréable.

On dit proverbialement qu'il faut tirer l'échelle aprés quelqu'un, pour dire qu'il n'y a rien à faire aprés lui, qu'il a épuisé la matiére, qu'il a appris tout ce qu'on en pouvoit sçavoir. On dit aussi qu'on punit comme voleurs, ceux qui tiennent le pied de l'échelle.

Echeler, v. act. Vieux mot, au lieu duquel on dit à present escalader.

Echelette. s. f. espéce de petite échelle qu'on attache sur le bast d'une bête de somme pour y accrocher de la viande, du foin, de la paille, &c.

Echelier. s. m. Est une piéce de bois traversée de longues & grosses chevilles, qui sert à monter au haut des gruës, des engins, & des estrapades, on l'appelle aussi Rancher.

Echelon, s. m. petite piéce de bois qui traverse l'échelle: cette échelle avoit trente échelons.

Echelon, se dit figurément en choses morales. La qualité d'Avocat est un échelon pour monter à celle de Conseiller, de Maître des Requêtes. Il est monté d'un échelon, d'un degré, il est avancé d'autant.

ECROU. s. m. piéce de bois, ou de fer, ou d'autre métail qui a un trou, relatif à la grosseur d'une vis, & qui sert à la serrer, ou à la retenir quand on la fait entrer dedans. Il faut que les vis de ce lit ayent été changées, elles ne peuvent entrer dans leurs écrous.

En Mathematique on appelle le clou de l'alhidade l'écrou, ou le chevalet.

Ecrou. Est aussi l'acte d'emprisonnement d'une personne écrit sur le Registre de la geole. Il faut attacher son écrou à la Requête d'élargissement, quand on est recommandé pour plusieurs affaires, ce sont autant d'écrous, quand on déclare un emprisonnement injurieux, tortionaire & déraisonnable, on ordonne que l'écrou sera rayé & biffé. On disoit autrefois écrouë.

Ecroüe. s. f. chez le Roi se dit des rolles ou états de la dépense de sa maison, qui se mettent dans des peaux de parchemin qu'on coud & qu'on attache les unes aux autres, dont on fait de gros rouleaux qui sont signez & arrêtez au Bureau par les Maîtres & Controlleurs de la maison du Roi. On le dit aussi des rolles que les Receveurs des tailles, ou des amendes baillent aux Sergens pour en faire le recouvrement, qui sont appellez écrouës dans plusieurs Edits.

On void dans la Chambre des Comptes une écrouë du Parlement tenu sous Louïs Hutin, qui contient la liste des Conseillers du Conseil étroit, des Maîtres des Requêtes, & autres Officiers.

Ecroüe, en plusieurs Coûtumes se dit de la déclaration, dénombrement & aveu d'heritages cottiers que le sujet donne à son Seigneur. En l'Edit de l'établissement de l'Echiquier de Normandie, on appelle écrouës les écritures qui contiennent les faits & raisons des parties; où il est dit aussi que les Sergens doivent bailler leurs exploits par écrouës, c'est à dire, par écrit. Borel estime que ce mot vient d'écrit, ou écrire, parce qu'on a appellé aussi écrouë une quittance en faveur de celui qui a manié les finances; & on dit bailler écrouë à un Receveur de sa recepte, pour dire souder son compte.

Ecroüer. v. act. Charger un Geolier de la personne d'un prisonnier, en écrivant sur son registre par l'Officier qui l'arrête la cause pour laquelle il est emprisonné, & par quelle autorité, ou Ordonnance; il est défendu sévérement aux Geoliers de détenir qui que ce soit sans être écroüé. Cujas estime que ce mot vient du Grec Encrouo, c'est à dire, injicio: & Ragueau au contraire de Eccrouein qui signifie extendere, liberare; missum facere.

Ecroüé, ée. part. pass. & adj.

Ecroüelles. s. f. pl. Terme de Medecine, ce sont des tumeurs sanguines faites aux parties glanduleuses, comme aux mammelles, aux aisselles & aux aînes. Elles sont presque toûjours enveloppées dans une membrane propre, engendrées de pituite gypsée, grosse & visqueuse. Lors qu'il s'y mêle de l'humeur mélancolique, elles s'échauffent & deviennent malignes, & font un ulcére corrosif & chancreux, qui ronge la substance des glandes; & quand cette humeur court par le corps, elle altére & pourrit les os où elle s'assied, alors c'est une maladie incurable par Art. Les Latins l'appellent scrophulæ du mot scropha, qui signifie une truye, & les Grecs choirades du mot Grec choiros qui signifie un pourceau, parce que les pourceaux sont sujets à avoir ces tumeurs sous la gorge, & ceux qui mangent de leur chair y ont aussi plus de disposition. Le Roi de France a le don de guerir des écroüelles, en touchant les malades.

Ecroüi. adj. Est un terme de monnoye qui se dit des piéces durcies à la sortie du moulin, & qu'il faut faire recuire.

Ecroulement, s. m. Eboulement de terres, d'édifices qui ne sont pas soûtenus.

Ecrouler, v. n. Vieux mot qui signifie s'ébouler. Aprés une vingtaine de volées de canon, tout le bastion s'écroula.

Ecrouter. v. act. Oter la croûte du pain, le couper mal proprement. On dégoûte les gens quand on écroute le pain.

Ecrouté. ée. part. & adj.

Ecrüe. adj. c'est une épithete qu'on donne aux soyes & aux toiles qui n'ont jamais été moüillées. Il est défendu aux tapissiers de doubler les tapisseries de toiles écrües, parce qu'elles se retirent. Les belles étoffes se font de soye cuitte, & les petites de soye cruë ou écruë. Il est sévérement défendu de mêler la soye cuitte avec la soye écruë. On dit aussi du fil écru.


F.

FANON s. m. le devant d'un bœuf, d'un taureau. Rampale dans ses Idiles a dit, la peau d'un gras fanon lui bat sur les genoux. Les Latins l'appellent Paleare.

Fanon en termes de manége se dit d'un gros toupet de poil ou de crin, qui vient au derriére du Boulet de plusieurs chevaux. Les chevaux de carrosse ont souvent de gros fanons.

Fanon, se dit aussi des barbes de Baleine, qui pendent des deux côtez de la gueule de ce monstre: le cent pesant de fanons de Baleine a été réglé par Arrêt du Conseil à 67l. 10. sols: c'est ce qui sert à mettre dans le corps de juppe des femmes & à plusieurs sortes d'ouvrages, où on a besoin d'une matiére pliante & qui fasse ressort.

Fanon en termes de marine est un racourcissement du point d'une voile & particuliérement de celle d'Artimon, lors qu'on la trousse & ramasse avec des garcettes, pour prendre moins de vent. Ces fanons sont des bouts de corde divisez en plusieurs articles ou marticles attachez aux grandes voiles, qui les embrassent & serrent quand il est de besoin.

Fanon en termes d'Eglises signifie un manipule ou ornement sacerdotal, que les Prêtres, les Diacres & soûdiacres mettent au bras gauche en officiant: il est fait en forme de petite étole. Voyez manipule où on a fait voir que c'étoit autrefois une espéce de mouchoir blanc, comme témoigne Durandus: son primitif est Pannus, dont les Allemans ont fait fanus, parce qu'ils changent ordinairement le p. en f.

Fanon se dit aussi des deux pendants, qui sont au derriére de la Mître d'un Evêque, & aussi du bonnet ou de la Couronne de l'Empereur.

Fanon, en termes de blason est un large brasselet fait à la maniére du fanon de Prêtre pendant du bras droit, au lieu que celui du Prêtre pend du bras gauche: c'étoit autrefois une manche pendante qu'on portoit prés du poignet sur tout en Allemagne d'où ce nom nous est venu, parce que les Allemans appellent fanen une piéce de linge ou d'étoffe, & quelquefois une banniére, on l'appelle autrement Dextrochere.

Fanon se prend aussi quelquefois pour gonfanon, voyez gonfanon; & en ce sens Borel le dérive du grec phaino, appareo, parce qu'on le void de loin étant au bout d'une pique.

FAUCON s. m. Oiseau de leurre, qui a le plus beau vol & qui est le plus noble & le plus estimé entre les oiseaux de proye, c'est pourquoi il donne le nom à la fauconnerie, il a les pieds jaunes, la tête noire, & est semé sur le dos de plusieurs taches. Le bon faucon a la tête ronde, le bec court & gros, le col long, les épaules larges, les pennes des aîles subtiles & déliées, les cuisses longues, les jambes courtes, les pieds, ou mains longs, larges & grands: il y a des faucons riviereux, d'autres champêtres propres à voler sur les riviéres ou les campagnes, en Latin falco, triorches, buteo, & en général accipiter, qui est le nom de la meilleure espéce, qui l'a donné aux autres.

Faucon pelerin, est celui qui vient des païs lointains, dont on ne trouve point l'aire, qui est pris depuis le mois d'Octobre jusqu'en Janvier.

Faucon gentil, de passage, qui vient des païs circonvoisins, le plus aisé à dresser, qui est pris en Août ou en Septembre; ce mot vient de Gentilis.

Faucon niais, qui n'a jamais été à soi qui est pris au nid, ou dans le roc quand il est fort petit, on l'appelle aussi faucon Royal, parce qu'on l'éleve facilement.

Faucon sor, c'est un faucon qui a encore son premier plumage, les pennes du premier an.

Faucon hagard, c'est à dire, fier & bisarre celui qui n'est plus sor quand on le prend, qui a mué ou changé de plumes, on l'appelle aussi faucon de repaire.

Faucon antanaire ou antenaire, qui est pris au printemps avant la muë.

Faucon mué en main d'homme se dit simplement du faucon mué; quand il est mué des champs & puis pris au passage il se dit ardoisé, madré ou fleuri, hors de connoissance, & vieil faucon.

Faucon tagarot, c'est un oiseau fort long & flouet, d'une espéce particuliére, on l'apporte du côté d'Egypte.

Faucon Tartaret, qui vient de Tartarie, c'est un grand oiseau dit de haute maille, appellé des Turcs faucon sahin.

Faucons Balarins, qui viennent de Hongrie sont des faucons communs petits, de pennage brun avec la tête noire.

Faucon familleux, c'est un faucon famelic, ou sujet à la faim.

Le Faucon montanier est brun & hardi, & se doit entretenir entre gras & maigre.

Le Faucon Thunisien, qui vient de Thunis, nommé autrement alphanet de alpha, parce que les Grecs le mettent au premier rang des faucons. Il y a des faucons qu'on appelle du Perou, & autrement neblies, qui volent plus haut que les autres, qui ont des serres fortes & une couleur tirant sur le noir.

Le gerfaut, le sacre, le lanier sont des espéces de faucons.

Faucon. Terme d'artillerie espéce de Canon qui a trois pouces de diamêtre & qui porte une livre & demie de balle.

Fauconneau s. m. piéce d'artillerie, qui tient le sixiéme rang entre les Canons, qui a six à sept pieds de long, & deux pouces de diamêtre, dont la balle pese environ une livre & demie, mais selon Hanzelet c'est une huitiéme de coulevrine qui a 35. calibres de long, qui tire deux livres & demie de fer avec deux livres de poudre, & le bâtard à 30. calibres, tire trois livres de fer avec autant de poudre.

Fauconneau chez les maçons, est la piéce de bois la plus haute d'un engin à élever des fardeaux, elle porte les deux poulies par où passent les cables.

Fauconnerie s. f. l'art de dresser, d'affaiter, de gouverner, d'apprivoiser & d'assûrer les oiseaux de proye, Desparon a bien écrit de la fauconnerie.

Fauconnerie se dit aussi de l'équipage de la chasse, qui se fait avec les oiseaux. Ce Prince aime la fauconnerie, il a beaucoup d'Officiers de fauconnerie. La fauconnerie du Roi est en tel endroit.

Fauconnier s. m. affaiteur, ou apprivoiseur d'oiseaux, celui qui dresse & qui gouverne, ou qui a le soin des oiseaux de proye, des gants de fauconnier. Le grand Seigneur entretient ordinairement six mille fauconniers & le moins qu'il en ait eu c'est trois mille.

On appelle chez le Roi le grand fauconnier, l'officier qui a soin de toute sa fauconnerie.

On dit en termes de manége, monter à cheval en fauconnier, pour dire monter du pied droit.

Fauconniere s. f. poche ou bourse de fauconnier.

On appelle aussi fauconniére une espéce de Bissac de cuir ou double gibeciére qu'on porte à cheval & qu'on met des deux côtez de l'arçon de la selle, où on serre les menuës hardes nécessaires pour un voyage.

FEU. s. m. Element chaud & sec, qui entre en la composition de tous les corps naturels, & sur tout de ceux qui sont animez. Les anciens ont crû qu'il y avoit un feu élementaire dans le concave de la Lune, ce qui est une pure vision établie sans fondement. Le feu n'est autre chose qu'une matiére fort subtile & violemment agitée. Le feu est le plus violent de tous les acides. Dans les forges on n'employe que du feu de Charbon, dans les Verreries que du feu de bois sec; dans les Chambres on allume du feu clair, du feu de fagot quand on veut prendre l'air du feu, une poignée de feu. Les pauvres font du feu de tourbes & de mottes. Les volcans sont de grands gouffres de feu, des feux soûterrains qui sortent de temps en temps. On fait du feu avec des pierres, avec un fuzil. Aux Indes Orientales on en fait en frottant deux morceaux de bois de Candou l'un contre l'autre. Aux Occidentales avec un autre bois qu'on appelle Ticaca, qui ressemble à la canelle & qui sert de fuzil. Mathiole dit que les Anciens avant l'invention de l'Acier, tiroient le feu d'un bois dur, frotté avec un bois tendre & spongieux, tel que le bois de la vigne sauvage.

Feu, en termes de Chymie, se dit des degrez de la chaleur, qui servent à en faire les operations. Ainsi les Chymistes appellent feu de digestion, le fumier qu'ils nomment autrement ventre de Cheval, dont la chaleur est telle qu'on ne sçauroit tenir la main dans le milieu d'un grand tas de fumier échauffé, ni souffrir dans la main une verge de fer qu'on y aura introduite & tenuë quelques momens. Le second feu est celui du bain vaporeux, du Bain marie, du Bain de cendre, du Bain de sable, du Bain de limaille & autres qui sont expliquez à Bain. Le troisiéme est le feu ordinaire qu'on applique sous le Vaisseau. Le quatriéme feu est le feu de Lampe qui est moderé & égal, qu'on peut augmenter par la grosseur & le nombre des méches qu'on allume, c'est celui qui sert aux Emailleurs. Le cinquiéme est le feu de Roüe qu'on allume en rond autour d'un Creuset, qu'on approche peu à peu autour du vaisseau également & pour l'échauffer. Le sixiéme feu est nommé de suppression, qui se donne lorsque non seulement on environne le vaisseau, mais aussi lors qu'on le couvre tout à fait de charbons allumez, dont on augmente la force suivant le besoin. Le septiéme feu, est celui de Reverbere clos, qui se fait dans un fourneau, où non seulement il frappe le vaisseau, mais encore il le refléchit & le refrappe par dessus & tout autour: il y a encore feu de Reverbere ouvert, qui se fait dans un fourneau qui n'a point de couverture. Le huitiéme feu est le feu de flame ou de fusion, qui se fait pour la fusion & calcination des Métaux & Mineraux, on l'appelle aussi feu d'atteinte. Le neuviéme feu est celui des grandes Verreries, qui sert à vitrifier les Cendres des plantes, les sables & les caillous, qui est plus violent que tous les autres.

On dit mesurer le feu, donner le feu par degrez, pour dire le donner plus ou moins violent, en ouvrant ou fermant les registres ou trous du fourneau, & on l'appelle alors un feu gradué.

On croit aussi en Chymie qu'il y a un feu central qui cuit & produit les métaux & les mineraux qu'on nomme l'Archée. On dit aussi qu'on éprouve les métaux par le feu, qu'il faut qu'ils souffrent le feu, pour dire la coupelle: en d'autres occasions on dit qu'il faut qu'ils passent par le feu, sur le feu, pour les purger du mauvais air.

On a vû ces derniéres années quelques Charlatans à Paris qui ont mangé du feu, qui ont marché sur le feu, qui ont lavé leurs mains de plomb fondu; ce qui n'est pas un secret nouveau, puis qu'Ambroise Paré dit avoir éprouvé lui-même, qu'aprés avoir lavé ses mains de son urine, ou bien avec de l'unguentum aureum, on les peut laver seurement de plomb fondu. Il dit aussi qu'il fit distiller du lard fondu avec une pelle rouge sur ses mains, aprés les avoir lavées avec du jus d'oignon.

Feu, signifie aussi incendie, embrasement. Le feu a pris à la maison, à la cheminée. On sonne le tocsin, on crie au feu quand le feu est quelque part. Une petite bluette, une étincelle de feu cause souvent une grande incendie. Il a fallu abattre ce corps de logis à cause que le feu gagnoit.

Feux d'artifice ou feux de joïe, sont des feux faits artistement avec de la poudre à Canon, qu'on tire dans les réjouïssances publiques, ou dans les régals magnifiques. Ils sont composez de fusées volantes, saucissons, petards, lances à feu, pots à feu, girandoles, &c. Et accompagnez pour l'ornement de plusieurs figures & devises. On fait à la gréve un feu de joïe la veille de la Saint Jean, on en fait aux naissances, entrées & mariages des Rois, dont les compositions se trouvent dans les pyrotecnies de Hanzelet, Vanoccio, Malthus, & sur tout de Casimir simieirowies Polonnois, qui en a fait un excellent Livre in folio. On dit aussi au figuré qu'un homme fait des feux de joïe dans son cœur, quand il se réjouït secrettement dans son ame de quelque chose qui est arrivée.

Feu, se dit souvent en termes de guerre. On voyoit les feux de l'Armée, c'est à dire, les feux qu'on allume la nuit dans un Camp. Les Armes à feu sont celles qu'on charge de poudre, comme pistolets, mousquets, fusils, carabines, canons, grenades, bombes & carcasses, on les appelle quelquefois bâtons à feu. On dit des Villes prises d'assaut, qu'on y a mis tout à feu & à sang. Le feu de la place, c'est le flanc, ou la partie de la courtine où aboutit la ligne de défense, d'où on a fait feu pour défendre la face du Bastion opposé: la meilleure façon de fortifier est celle qui donne plus de feu, en cet Assaut la courtine étoit toute en feu, il falut soûtenir, essuyer le feu de cette demi-lune. Cette trenchée étoit en filée, exposée au feu de la place.

On appelle feu gregeois un feu d'artifice qui brûle dans l'eau, qu'on dit avoir été inventé par Callinicus, vers l'an de grace 660. comme remarque le P. Petault fondé sur l'autorité de Nicetas & de Zonare: ce fut par son moyen que l'Empereur Constantin Pogonat ou Barbu défit les Agarennes ou Sarrasins qui le tenoient assiégé à Constantinople. Il est inextinguible, si ce n'est avec du sable, du vinaigre, ou des cuirs verds. Mais d'autres soûtiennent qu'il est plus ancien, & qu'il fut inventé par Marcus Gracchus: en effet il y a quelques Auteurs qui font mention que les Grecs & les Romains s'en sont servis dans leurs guerres, pour attaquer & défendre les Places & les Vaisseaux.

On dit d'un homme brave & intrépide qu'il ne craint point le feu, qu'il va au feu comme à la nopce.

Feu, signifie quelquefois simplement la lumiére d'une bougie, d'une chandelle, d'un flambeau. Dans les Villes policées il est défendu de marcher la nuit sans feu, sans flambeau & sans lanterne. On demande du feu pour cacheter une lettre. Les fermes du Roi s'adjugent au premier feu, au second feu, c'est à dire, à l'extinction de la premiére ou seconde bougie qu'on allume pendant les Enchéres. Il est défendu de pêcher, de chasser au feu, c'est à dire, la nuit avec de la lumiére.

Feu, en termes de Marine signifie le fanal ou lanterne, qui est sur la pouppe des Vaisseaux pour servir de guide la nuit. L'Amiral porte quatre feux, fanal de quatre feux. Le Vice-Amiral, le Contre-Amiral, & chef d'Escadre en portent chacun trois, les autres Vaisseaux n'en portent qu'un; le feu sert aussi de signal pour régler la route, la voilure & la manœuvre: on le met en divers endroits & aux haubans de divers mats, suivant qu'il a été concerté entre les Officiers. On dit des grands vaisseaux qu'ils ne craignent que la terre & le feu, un Corsaire qui craint la corde s'il est pris, met le feu aux poudres & fait sauter le Vaisseau. On appelle aussi feux, ces fanaux qui sont allumez sur le haut d'une tour, sur la côte ou à l'entrée des Ports & des Riviéres pour éclairer & guider pendant la nuit les vaisseaux dans leur route.

Feu, signifie quelquefois la cheminée. Il y a tant de feux en cette maison, c'est à dire, tant de chambres à feu ou à cheminées, quelquefois il se dit du feu actuel qu'on entretient dans un âtre. Il me faut 20. voïes de bois par an, car j'ai toûjours deux feux jour & nuit; quelquefois il se dit des utenciles qui servent à attiser, détiser, entretenir & souffler le feu, comme grille, pelle, pincettes, tenailles, soufflet. Un feu garni d'argent.

Feu. Se dit quelquefois aussi d'un ménage, de toute une famille, il y a tant de feux en cette Paroisse. Le beaupere & son gendre ne font qu'un feu, c'est à dire, vivent ensemble, ne font qu'un ménage: ce mot vient du latin focus.

Feu. En termes de Théologie, se dit des feux immateriels dont Dieu se sert pour punir les méchans. Les feux d'Enfer, & du Purgatoire sont des feux inextinguibles qui brûlent les malheureux sans les consumer. Le monde doit périr par un deluge de feu. Sodome & Gomorre furent punis par le feu du Ciel: ils avoient fait des crimes qui méritoient le feu. Dieu apparut à Moïse sous la figure d'un feu ardent en un buisson, le S. Esprit descendit sur les Apôtres en langue de feu. Le Camp des Israëlites étoit guidé par une colonne de feu. Les Hebreux conservoient un feu sacré dans le Temple. Les Payens ont adoré le feu. Les Vestales gardoient le feu sacré des Romains. Les Perses ont encore des feux qui brûlent depuis plus de mille ans sur des montagnes.

Feu. Se dit aussi des Astres & des Méteores. Les Poëtes appellent tous les Astres les feux du firmament, les feux de la nuit, des globes de feu. La Lune est un des moindres feux du Ciel, les feux follets ou ardens sont des exhalaisons qui s'enflamment. On dit que le Ciel est tout en feu, pour dire qu'il tonne & éclaire beaucoup. On appelle sur la mer le feu saint Elme, certains feux volans autour des mâts & des manœuvres, & de la cage, causez apparemment par quelques exhalaisons qui restent aprés une tempête & qui en présagent la fin. Les Mariniers les appellent saint Nicolas, sainte Claire, sainte Helene. Les Italiens hermo, les Castillans san Elmo, les Anciens Castor & Pollux: quand il n'en paroît qu'un on l'appelle furolle ou helene, ce qu'on tient de mauvais présage, quand il en paroît deux les Mariniers s'en réjouïssent & les saluent avec leurs sifflets.

Feu. Se dit aussi en Médecine & en Chirurgie. Le feu saint Antoine étoit autrefois une maladie fort dangereuse. Le feu volage est une espece de dartre qui s'enflamme & qui vient sur tout au visage. On ôte le vin aux malades de crainte de mettre le feu dans une playe, d'augmenter le feu de la fiévre. L'Arsenic met le feu dans la bouche, dans les entrailles. Il y a des playes qui ne se guérissent qu'avec le feu. Le feu actuel est un bouton de feu, un fer chaud. Un feu potentiel est celui qui est enfermé dans les remédes caustiques comme les cauteres, & en quelques minéraux ou plantes corrosives. On dit aussi donner le feu à un Cheval, quand on lui applique un bouton ou un couteau de feu pour le guérir du farcin ou de quelques autres maladies.

Feu. Se dit en termes de Lapidaires, de l'éclat, de la vivacité de quelque corps, de la lumiére qu'il jette ou qu'il refléchit. Un Diamant fin jette bien du feu, de l'éclat. L'Escarboucle est une pierre imaginaire qu'on dit jetter assez de feu pour éclairer une chambre. Des yeux vifs & brillans jettent du feu. Les vers luisans, la pierre de Boulogne, le phosphore la nuit jettent du feu. On appelle couleur de feu un rouge vif & foncé qui a l'éclat du feu.

Feu. Se dit aussi de certains poils roux qui viennent autour des yeux des petits Chiens, qui les font beaucoup estimer par ceux qui en sont curieux.

Feu. Se dit figurément en choses spirituelles & morales de la vivacité de l'esprit, de l'ardeur des passions. Cet Avocat a bien du feu, c'est un esprit tout de feu. Ce Poëte n'a point de genie, il n'eut jamais de feu. Le feu brille par tout dans ses écrits. Il a l'ame échauffée d'un beau feu, d'un noble feu.

On dit d'un homme en colere qu'il a les yeux tout en feu, que le feu lui a monté au visage, qu'il jette feu & flammes, qu'il lui faut laisser jetter son feu. On dit aussi d'un homme amoureux qu'il brûle d'un beau feu, qu'il nourrit un feu discret, un feu caché sous la cendre, un feu qui le devore. La bonne morale veut qu'on éteigne le feu de la concupiscence. On dit aussi brûler d'un feu divin, d'un feu celeste, d'un amour divin. On dit en ce sens qu'il faut laisser passer le feu de la jeunesse, ses emportemens. Le feu se dit aussi du courage. On a du mal à soûtenir le premier feu, la premiére impetuosité des François.

Feu. Se dit aussi des troubles, des séditions. Pendant les Guerres des Huguenots tout le Royaume étoit en feu. Des Prédicateurs séditieux mettoient le feu par tout, le Roi a éteint enfin le feu de la sédition. Quand on use en ces occasions de remédes violens, on dit qu'il y faut appliquer le fer & le feu.

On dit au lansquenet que le premier Roi qui viendra fera feu, pour dire qu'il fera gagner ou perdre quelque coup notable.

Feu. Se dit proverbialement en ces phrases. Un feu à rôtir un bœuf, c'est un grand feu de reculée. On dit aussi il n'est feu que de gros bois. On dit des débauchez qu'ils font grande chere & bon feu. On dit aussi qu'un homme a mis le feu à la cheminée, pour dire qu'il a mangé des viandes trop salées & trop épicées, & qu'il s'est mis le gosier, le palais en feu. On dit aussi c'est un feu de paille, d'une émotion qui ne dure pas long-temps, d'une entreprise qu'on n'achevera point. On dit aussi faire du feu violet pour dire faire quelque chose avec vigueur, ou éclat, à cause que le feu de bois vert qui est le plus violent tire sur le violet. On dit encore le bois tortu fait le feu droit. On dit d'un homme qui s'enfuit fort vîte, qu'il court comme s'il avoit le feu au cul. On dit de deux personnes ennemies qui ne se sçauroient souffrir, que c'est le feu & l'eau. On dit aussi dites-lui cela & vous allez chauffer au coin de son feu, pour dire allez lui reprocher cela en face. On dit d'une maison qu'on trouve en desordre, qu'il n'y a ni pot au feu, ni écuelles lavées. On dit d'un homme fort pauvre qu'il n'a ni feu ni lieu, quand il n'a aucune retraite, aucune demeure assurée. On dit de celui qui n'a point voyagé, ni n'a point vû le grand monde, qu'il n'a jamais bougé du coin de son feu. On dit faire mourir quelqu'un à petit feu, pour dire le faire languir dans une longue attente d'une chose dont il a besoin. On dit que le feu ne va point sans fumée, pour dire qu'il paroît toujours quelque signe au dehors d'une violente passion qu'on a dans l'ame, & qu'il y a toûjours quelque chose de vrai de ce qu'on dit publiquement. On dit encore mettre les fers au feu, en parlant d'une affaire, pour dire commencer à la remuer, ou s'y appliquer vigoureusement. On dit aussi, que le feu est à une marchandise, pour dire, qu'il y a presse à l'acheter qu'on y court comme au feu. On dit mettre le feu aux étouppes, mettre le feu aux poudres, jetter de l'huile sur le feu, mettre le feu sous le ventre à quelqu'un: pour dire l'exciter, l'encourager à faire quelque action, à laquelle il étoit déja porté d'ailleurs, animer sa colére, sa passion. On dit, qu'un homme se mettroit au feu pour son ami, pour dire qu'il est prêt de le servir dans les choses les plus difficiles; & qu'il mettroit sa main au feu, son doigt au feu, quand il propose quelque chose dont il est trés-assuré: ce proverbe se dit par allusion à une coûtume qu'on avoit autrefois, de se purger d'une accusation par l'attouchement du fer chaud. Cunegonde femme de l'Empereur Henri de Baviére se purgea du soupçon que son mari avoit contre elle, en marchant les pieds nuds sur 12 socs de charruë ardens.

Feu. Feuë. Subst. terme indéclinable dont on se sert en parlant des défunts, dont la mémoire est encore assez récente. Le feu Roi se dit du Roi dernier mort; la feuë Reine. Feu mon pere, mon oncle. Les Notaires de quelques Provinces disent encore au plurier furent en parlant de deux personnes conjointes & décedées, ce qui marque que ce mot vient de fuit & de fuerunt, néanmoins, Ménage prétend avec quelque apparence qu'il vient de functus, au lieu de fato functus.

S'il se trouve quelque conformité en cet endroit avec le Dictionnaire de l'Academie, le Lecteur n'en doit pas être surpris, puisque c'est le même Auteur qui en a fait le canevas, dont la minute qui est écrite de sa main peut faire foi. Ce mot qui apparemment se fera distinguer des autres, doit suffire pour faire cesser le reproche qui lui est fait de n'avoir pas voulu communiquer ses lumiéres à la compagnie, puis qu'il n'en a pas été chiche toutes les fois qu'on les a voulu recevoir.

Fief s. m. Terre, Seigneurie, ou droits qu'un Seigneur dominant donne à un vassal à la charge de foi & hommage avec quelques redevances. Les fiefs n'étoient point connus dans le droit Romain, mais ils sont établis dans toutes les Coûtumes de France, & plusieurs tiennent qu'ils sont venus des Lombards. Pasquier soûtient le contraire & prouve par un passage d'Aimoin qu'ils étoient en usage en France dés le temps de Clovis. On possede en fief non seulement des heritages, mais des droits incorporels, comme dîmes, champarts & autres redevances & même des Offices & dignitez. Ce mot est dérivé selon quelques-uns de fœdus comme venant d'un traité & d'une Alliance faite avec le Seigneur; les autres de fides, à cause de la foi qu'on est obligé de porter & de garder à celui dont on releve; Bodin tient que le mot fedum latin vient par la contraction de ces lettres initiales, fidelis ero domino vero meo, qui est une ancienne formule de la foi & hommage; Nicod tient qu'il vient de felo Allemand signifiant la même chose; d'autres de foden qui signifie nourrir, ou du saxon feod qui signifie stipendium, le fief étant une espéce de prébende pour vivre; on a commencé de se servir de ce mot sous Charles le Gros. Fief dominant est celui à qui on doit foi & hommage; fief servant, celui qui releve d'un autre fief, ou qui n'a sous soi que des rotures.

Un fief en nuesse ou de Hautbert, est celui qui reléve de la Couronne nuëment & immédiatement, ce qu'on appelle aussi de nud à nud, qui tient du Roi sa Seigneurie en plein fief, ce qu'on appelle aussi fief chevel. Fief noble, est celui qui est tenu en plein hommage, ou en pairie, ou en plein lige, où il y a Justice, Maison ou Château notable, motte, fossez ou autres signes de noblesse & d'ancienneté, on appelle les autres fiefs ruraux & non nobles qu'on appelle quelquefois fiefs restraints ou abregez. On a appelé aussi fiefs roturiers, des mairies, & fiefs boursiers ou boursaux, des fiefs acquis de bourse roturiére qu'on appelle en plusieurs lieux coûtumiére; les portions de fief qui appartiennent aux aînez s'appellent aussi Bourseaux en la Coûtume du grand perche. Franc fief, cette épithete est donnée aux fiefs, parce qu'ils ne doivent être tenus que par des personnes franches & nobles de race ou annoblies, qui sont franches libres & exemptes de tailles, aides & subsides, & on appelle francs fiefs & nouveaux acquets, la taxe qu'on fait tous les 30 ou 40 ans sur les roturiers, les Eglises, les Communautez & gens de main morte pour les fiefs qu'ils tiennent, ou qu'ils ont acquis de nouveau, qui ne sont point amortis, afin qu'ils ne soient point obligez d'en vuider leurs mains; cette taxe se fait sur le pied du revenu de six années à l'égard des fiefs qui sont tenus du Roi nuëment, & de trois ans à l'égard de ceux qui n'en relevent qu'en arriére fief. Pied de fief est un fief dépecé & démembré dont il est fait souvent mention en la Coûtume de Tours.

Fief de danger est celui dont on ne peut prendre possession qu'aprés avoir fait la foi & hommage, & qu'on ne peut aliener sans le congé du Seigneur, autrement il est confisqué.

Il y a des fiefs à vie, d'autres qu'on appelle fiefs morts qui sont des heritages tenus à rente seche, qui ne portent point de profit de cens, ni de rente fonciére. On dit, qu'un Seigneur de son domaine fait son fief quand de son plein fief il en donne une partie à un vassal pour en faire un arriére fief, & au contraire, que de son fief il fait son domaine, quand il y réünit un arriére fief, ou quand il le retire par puissance de fief. Il y a aussi des fiefs en régale, ou des fiefs de dignité comme étoit autrefois la charge de Connêtable que le Roi donnoit en fief, & dont on lui faisoit foi & hommage.

Fief en l'air, c'est un fief qui n'a point de Château ou principal manoir où les tenanciers soient obligez de venir faire les devoirs & payer les droits.

Profit de fief, se dit des droits Seigneuriaux, comme quints & requints, rachats, laods & ventes qui se payent à chaque mutation des heritages ou fiefs servans quand le fief est ouvert ou vacant. On dit aussi qu'un Seigneur peut se joüer de son fief, pour dire le démembrer.

Puissance de fief, est un droit Seigneurial qui donne pouvoir à un Seigneur de retirer & de prendre un heritage dépendant de lui, pour le même prix qu'il est vendu à un étranger, & non lignager de celui qui vend, ou du vassal.

Commise de fief, c'est la dénégation que fait un vassal de tenir un fief de son Seigneur, ce qui en emporte confiscation, d'où est venu ce proverbe qui fief nie, ou fief rogne, perd son fief.

Arriére fief, est un fief relevant d'un autre fief, lequel en a encore un autre au-dessus de lui.

Fieffer. v. act. donner en fief une terre, un droit à la charge de foi & hommage, & de quelque redevance.

Fieffé, ée. part. un Officier, un Sergent fieffé, sont ceux qui dépendent d'un fief. Il y a quantité d'Offices fieffez & hereditaires. On a appellé Tailleur fieffé, celui qui tenoit en foi & hommage du Roi le pouvoir de tailler les monnoyes de France. On dit aussi par injure & exaggeration, un coquin fieffé, une coquette fieffée, de ceux qui font profession d'être malhonnêtes gens ou qui sont galantes de profession.

FOYER s. m. l'âtre de la cheminée d'une chambre où on fait le feu. Les Penates des anciens étoient appellez les Dieux des foyers. Ce mot vient du latin foculare. Ménage.