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Histoire de France 1661-1690 (Volume 15/19) cover

Histoire de France 1661-1690 (Volume 15/19)

Chapter 36: TABLE DES MATIÈRES
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About This Book

The volume surveys French political and religious life from 1661 to 1690 under a dominant monarch, arguing that religion shaped politics as much as diplomacy or administration. It traces the papacy's renewed influence, the trajectory toward the revocation of Protestant toleration and large-scale emigration, and the social and moral consequences of persecution. It examines centralization efforts, ministerial projects, and moments when the sovereign's personal will overrode bureaucratic schemes, alongside vivid cultural production—literature, rhetoric, and ceremonial—that both disguised and manifested state authority. The narrative balances recognition of administrative elegance and artistic achievement with critique of coercive state power and its human costs.

NOTE IV.—PROTESTANTS, DRAGONNADES, ETC.

Les documents protestants de la Révocation méritent-ils confiance? N'est-il pas imprudent de croire les victimes dans leur propre cause? Non. Ces documents sont hautement confirmés par la meilleure autorité, celle de leurs ennemis. Les persécutions successives dont les protestants sont l'objet de 61 à 83 (sauf un court intervalle) sont:—1o constatées par l'exigence des Assemblées du clergé, qui n'accordait au roi de l'argent qu'à ce prix.—2o Elles sont établies par la série des Ordonnances, et par la Correspondance administrative. Ce ne sont pas là de ces lois simplement écrites, comme on en voit tant sous ce règne. Ici, l'exécution est sérieuse, était surveillée dans chaque localité par un corps très-puissant, dont la noblesse dépend pour avoir part aux bénéfices, et dont la populace oisive reçoit chaque matin la charité et le mot d'ordre. Les ordonnances sont non-seulement exécutées, mais aggravées en fait.—3o Les récits protestants, loin d'être exagérés, taisent souvent des circonstances odieuses que nous savons d'ailleurs; ils épargnent souvent aux victimes, qui avaient survécu et qui lisaient leur propre histoire, le supplice d'y retrouver des détails trop amers, de désespérants souvenirs.—4o Avec une modération véritablement admirable, ils fournissent des circonstances atténuantes pour Louis XIV. Ils établissent très-bien qu'il fut trompé, et qu'indépendamment de son bigotisme et de l'expiation qu'il cherchait dans cette bonne œuvre, il fut le jouet de son entourage. Tantôt on lui fit croire que le protestantisme n'était plus rien, qu'au premier mot les protestants quitteraient «cette religion de dupes,» qui leur fermait les places et tout avenir. Tantôt on lui fit croire, au contraire, que les protestants étaient encore très-fanatiques, qu'ils enlevaient les enfants catholiques, qu'ils formaient en dessous un grand parti armé, etc. Il se laissait duper des récits les plus ridicules. Parfois on émouvait sa sensibilité pour lui faire faire des choses cruelles. Par exemple, pour obtenir de lui qu'il n'y eût plus de sages-femmes protestantes, on lui dit que, dans les accouchements où la mère était en péril, elles tuaient l'enfant pour sauver la mère; la petite âme, sans baptême, partant, était damnée. Les protestants disent encore, en faveur de leur persécuteur, que, sauf certains retours de cruauté dévote qu'on provoqua chez lui par d'adroites piqûres (Corr. adm., IV, 295, 460), sa tendance générale fut de modérer les fureurs ecclésiastiques. Ils relèvent aussi avec soin les efforts que firent certains catholiques charitables de toutes classes, des dames, des paysans, des soldats même, pour faire échapper les protestants, ou diminuer les sévices qu'exerçait sur eux le clergé.

Voilà les quatre choses, très-graves, qui garantissent l'authenticité de leurs récits. Ajoutez-y une candeur visible. Les pièces insérées dans Jurieu, employées dans Élie Benoît, ne sont nullement littéraires, mais de simples procès-verbaux, des exposés naïfs, trempés de larmes; c'est plus que la parole, c'est le fait tout chaud et sanglant, qui tombe là, qui saisit et qui trouble. J'ai cité dans mon texte les terribles livres du forçat Marteilhe, de Jean Bion, l'aumônier converti par les martyrs, les Larmes de Chambrun. J'aurais pu citer aussi la Mort et les Souffrances de M. Lefebvre, avocat du parlement; les Souffrances de M. de Marolles, conseiller du roi. Je ne connais rien de si touchant en aucune langue que la lettre de Marolles à sa femme, insérée dans Jurieu (étonnantes joies de la conscience! le paradis sur le banc des forçats!). Il y a aussi une sérénité merveilleuse, presque gaie, dans les lettres que les pieux galériens écrivent à des dames qui leur envoyaient des aumônes. Nombre de détails intéressants se trouvent dispersés dans la France protestante de MM. Haag, ce monument immense qui a ressuscité un monde,—d'autres aussi, non moins importants dans le Bulletin d'histoire protestante, créé par l'honorable M. Read. Je regrette de n'avoir pu louer autant que j'aurais dû le livre très-éloquent et très-exact de M. Peyrat: Pasteurs du désert. Ceux de MM. Coquerel et Pelletan, sous un titre analogue, et de si grand mérite, me viendront au XVIIIe siècle.—M. Baudry a bien voulu me communiquer la partie essentielle de la Correspondance de Louvois et Foucault sur les dragonnades qu'il va publier. Rien de plus intéressant.

Je fais des vœux pour qu'on publie un ouvrage important, le manuscrit de M. Dumont de Bostaquet; il appartient à un de ses descendants, qui est aujourd'hui un dignitaire de l'Église anglicane, et qui l'a communiqué à MM. Macaulay, Weiss et Coquerel; ce dernier en a mis dans le Lien un extrait dont j'ai profité. Rien de plus important pour faire comprendre la situation morale des protestants en Normandie, chez des populations réfléchies, intéressées, prudentes. Grande opposition avec le Midi et l'exaltation des Cévennes.

Un autre ouvrage, d'importance capitale, que M. Cuvier vient de réimprimer, est le récit d'un notaire, M. Olry. La scène se passe à Metz, sous M. de Boufflers, l'honnête homme et le modéré, qui fut accusé d'indulgence. Elle n'en est pas moins terrible. On y voit les angoisses d'une famille respectable et intéressante, le père, la mère, une grande fille et une autre plus jeune, une servante. D'abord l'attente de la catastrophe, l'indécision, l'abattement. On perd du temps, on veut vendre ses meubles, faire de l'argent et se sauver; on ne peut. Tout à coup trompettes et tambours! Les troupes entrent; on craint le pillage. Toutes les boutiques se ferment. Le lendemain, les protestants terrifiés sont mandés devant Boufflers et l'intendant, qui ne daignent même montrer l'ordre du roi. Se convertir sur l'heure, pas un mot de plus. Ils signent, moins un seul qu'on jette au cachot. On va ensuite faire signer les femmes. Celle du notaire et sa fille signent tremblantes. Mais elles restent désespérées. La famille ne peut se décider à aller à la messe. Les Jésuites disent qu'elle conspire.—On y met dix dragons, qui envoient le père chez les rôtisseurs chercher de la volaille, et s'enferment avec les femmes dans une seule chambre. Ils se gorgent de vin et de viande, chantent des chansons effroyables. Les dames ont tout à craindre. Mais un secours vient du ciel. Une courageuse voisine ose venir voir ce qui se passe. Puis, un officier, qu'elles ont logé l'autre année, a pitié d'elles, emmène les dragons dans une autre pièce, et les enivre tout à fait. Mais, avant, ils ont dit qu'après souper ils reviendraient fouetter les femmes. Pendant qu'ils dorment et roulent sous les tables, toute la famille s'enfuit; le père chez un ami qui n'ose le garder, puis chez un juif. La petite fille et la servante trouvent une autre cachette. Mais la dame et la demoiselle avaient bien plus à craindre. Éperdues, la mère et la fille allèrent presque sous l'eau passer la nuit dans les saussaies. Morfondues, les infortunées trouvent pour la seconde nuit un trou de mur, se cachent dans des décombres. De là elles voyaient la chasse que l'on faisait aux fugitifs, attrapés dans les champs, chargés de grosses chaînes de fer, pour être expédiés à Toulon. Demi-mortes de froid et de peur, elles revinrent comme la bête qui se réfugie entre les chasseurs mêmes, elles rentrèrent en ville. Un juif eut la charité de leur ouvrir la synagogue, où elles passèrent une troisième nuit sur des dalles humides. Cela les acheva. Les pauvres brebis domptées, brisées aussi du bonheur imprévu de retrouver le père, ne résistent plus, elles se laissent mener chez un curé. Elles reçoivent de lui, en larmes, avec horreur, «la marque maudite» qui seule pourra faire sortir les dragons. Elles y rentrent. La maison présente un aspect désolant; tout saccagé, brisé. Le lendemain la famille est forcée d'aller aux églises, d'y entendre le catéchisme. Ce martyre ne sert à rien. Les délations des Jésuites triomphent, le père est déporté. Sur la route, en France et aux îles, il trouve de la compassion. Il se sauve aux îles danoises et en Hollande, retrouve ses filles. Mais sa bonne et chère femme est perdue à jamais, ensevelie pour toute sa vie dans un couvent de Besançon.

Aux registres du bagne de Toulon, que l'amiral Baudin a retrouvés, il faut joindre les registres et dossiers de la chaîne qui généralement partait de Paris, et que possèdent les Archives de la Préfecture de Police. M. Haag, avec une patience plus que bénédictine, et que le cœur seul peut inspirer, a exploré l'énorme collection du Séquestre qui est aux Archives de France; elle remplit trois à quatre cents cartons. Un inventaire en existait jadis, fait par M. Tourlet. M. Haag les a de nouveau analysés. Ce qu'il m'en communique pour les années 1687-1690, est curieux. Nombre de bons parents demandent la fortune des leurs. D'autres demandent sans parenté, sans causes ni prétexte. Exemple, le cocher de Madame demande le bien d'un protestant, dont le fils est ministre en Angleterre, etc. À Madame d'Harcourt, le bien d'un homme suicidé (V. Lemontey).—C'est la curée. Et cela fait penser à une affreuse cour de Versailles, qui existe encore, et où l'on faisait, au soir de la chasse, la grasse distribution des lambeaux aux chiens affamés. Petite, très-petite cour, qui devait être un abîme de sang, comme un puits de carnage. Un léger balcon intérieur permettait aux belles dames de regarder à l'aise et d'en aspirer le parfum.

FIN DU TOME QUINZIÈME

TABLE DES MATIÈRES

PRÉFACE Pages.

  • Méthode et Critique 1

CHAPITRE PREMIER

  • Le roi et l'Europe.—Fouquet et Colbert. 1661 21

CHAPITRE II

  • Chute de Fouquet.—Madame et la Vallière.—La Terreur de Colbert 29

CHAPITRE III

  • Le complot contre Madame.—Le parti dévot prévaut contre elle.—Morin brûlé. 1662-63 45

CHAPITRE IV

  • Madame et Molière.—Les marquis proscrits. 1663-65. 63

CHAPITRE V

  • Molière et Colbert.—Don Juan.—Les Grands jours. 1665 76

CHAPITRE VI

  • Le Misanthrope.—Le roi attaque l'Espagne.—Persécutions, enlèvements d'enfants. 1662-1666 88

CHAPITRE VII

  • Conquête de Flandre.—Montespan.—Amphitryon. 1667 103

CHAPITRE VIII

  • Grandeur du roi.—Créations de Colbert.—Le roi arrêté par la Hollande. 1668 117

CHAPITRE IX

  • La débâcle des mœurs.—Dépopulation de l'Europe méridionale 125

CHAPITRE X

  • Mort de Madame. 1667-1670 136

CHAPITRE XI

  • Préludes de la guerre de Hollande. 1670-72 151

CHAPITRE XII

  • Guerre de Hollande. 1672 159

CHAPITRE XIII

  • Guillaume.—Mort des de Witt.—L'Allemagne et l'Angleterre contre la France. 1672-73 176

CHAPITRE XIV

  • L'Autriche et l'Espagne défendent les protestants.—Mort de Turenne. 1674-75 187

CHAPITRE XV

  • Le Sacré Cœur. Mademoiselle Alacoque.—Molinos et madame Guyon.—Traité de Nimègue. 1675-79 204

CHAPITRE XVI

  • Les mœurs.—Quiétisme et poisons.—La Brinvilliers.—La Voisin. 1676-1679 219

CHAPITRE XVII

  • Conquêtes en pleine paix.—Fontanges.—Assemblée du clergé.—Premières dragonnades.—Bossuet. 1679-82 237

CHAPITRE XVIII

  • Mort de Colbert.—Madame de Maintenon.—Exécution militaire sur les protestants. 1683 248

CHAPITRE XIX

  • Infirmités et mariage du roi.—Révocation de l'Édit de Nantes. 1684-85 261

CHAPITRE XX

  • Les dragonnades.—Constance et fermeté des femmes. 1685-86 276

CHAPITRE XXI

  • Hôpitaux.—Prisons.—Cachots.—Galères.—Les forçats de la foi.—Les forçats de la charité 289

CHAPITRE XXII

  • Prisons de femmes et d'enfants.—Les Repenties.—Les Nouvelles catholiques.—Fénelon 303

CHAPITRE XXIII

  • La fuite.—L'hospitalité de l'Europe 318

CHAPITRE XXIV

  • Maladie du roi.—Massacre des Vaudois.—Assemblées du désert.—Prophétie de Jurieu. 1686 330

CHAPITRE XXV

  • Tension excessive de la situation.—Les morts traînés sur la claie.—Le roi opéré.—Les suspects. 1686-87 348

CHAPITRE XXVI

  • Les petits prophètes.—Les Cévennes.—La belle Ysabeau.—Jurieu contre Bossuet. 1688 355

CHAPITRE XXVII

  • Révolution d'Angleterre.—Guillaume et nos réfugiés.—La Déclaration des droits. 1688 367

CHAPITRE XXVIII

  • Esther.—Palatinat.—Cévennes.—Les Soupirs de la France esclave, et l'appel aux états généraux. 1689-1690 379

NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS

  • Note I. La cour.—Madame 401
  • II. La politique 403
  • III. Mœurs.—Histoire de la religieuse de Louviers 406
  • IV. Historiens protestants 417

Paris.—Imprimerie Moderne (Barthier, dr), rue J.-J.-Rousseau, 61.